Le Brésil contemporain
LE Brésil est par son territoire un des grands États du monde; par sa population il se classe parmi les États moyens ; par son commerce il vient au troisième rang dans la liste des pays américains.
Ily a une quinzaine d'années j'ai fait, avec le concours de savants brésiliens qui m'ont fourni des documents ou
qui m'ont prêté leur collaboration, une description de Tétat physique, politique, économique et intellectuel du Brésil (i). C'était précisément à l'époque où une révolution soudaine allait renverser le trône impérial, condamnant à l'exil un prince qui était assurément un des hommes les plus éclairés de ses Etats et les mieux intentionnés pour le bien, et substituer à un empire unitaire une république fédérative. Il est intéressant de comparer la situation dans laquelle était alors le Brésil à sa situation actuelle et d'essayer de mesurer les progrès d'ordre économique accomplis sous le régime républicain pendant les trois derniers lustres.
Aussi bien une publication très importante, As mimas do Brasil e sua Legislaçâo, de M. Joao Pandia Calogeras, qui met à notre disposition des renseignements abondants et précis sur les richesses minérales du Brésil et sur leur exploitation, nous invite à compléter sur ce point l'étude que nous avions faite en i88g.
Territoire et population, — Depuis 1889, le territoire du Brésil s'est agrandi. Un arbitrage du 6 octobre 1898 a tranché une question depuis longtemps pendante avec la République Argentine et a porté la frontière méridionale jusqu'au Guarahim. Un autre arbitrage entre le Brésil et la France au sujet du territoire contesté de la Guyane, prononcé par le président de la Confédération Suisse, en date du i^^ décembre 1900, a porté la frontière septentrionale jusqu'à rOyapok(2). Au mois de novembre igoS, un traité,
(1) C'est l'article Brésil de la Grande Encyclopédie. 11 a été réédité a part, avec additions et avec un album par le Commissariat brésilien de l'exposition universelle de 1900, à Paris.
(2) Dans ces deux arbitrages, le commissaire du Brésil a été le baron de Rio Branco, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères.
conclu entre le Brésil et la Bolivie relativement au territoire contesté de la région de rAcre,a attribué au Brésil, du côté de sa frontière occidentale, un territoire d'environ 121,000 kilomètres carrés et à la Bolivie un territoire d'environ 2,3oo kilomètres carrés (i) et une indemnité de 5o millions de francs. Un différend avec l'Angleterre au sujet de la frontière de la Guyane britannique a été soumis au roi d'Italie et réglé le 6 juin 1904, partageant entre les deux Etats le bassin de l'Irenc et du Takutu.
La question de la frontière avec le Pérou est soumise à l'arbitrage du président de la République Argentine (2).
La superficie du Brésil, donnée comme officielle en 1889, était de 8,337,218 kilomètres carrés. Nous l'estimons aujourd'hui, avec ses agrandissements à 8,607,000 kilomètres carrés (3).
Il est regrettable que les statisticiens ne trouvent pas de documents pour calculer l'accroissement de la population. En 1872, un recensement avait donné 10.108,291 habitants. En 1889, j'ai donné, d'après l'évaluation de M. Faville Nunez 14, 002, 335 habitants, nombre qui est à peu près celui qu'a constaté le recensement de 1890 (i4,333,9i5) (4). Depuis ce temps il n'y a pas été publié officiellement de recensement général, celui de 1900 ayant été trouvé trop insuffisant pour que le gouvernement en fit usage. Etant connu l'accroissement de 1872 à 1890 et l'immigration européenne qui a été de plus de i,3oo,ooo personnes de
(1) D'où un agrandissement de 188,700 kilomètres carrés.
(2) Lorsque le traité de Petropolis, entre le Brésil et la Bolivie, fut approuvé par les Chambres des deux pays, le différend de frontière entre la Bolivie et le Pérou était déjà soumis à l'arbitrage delà République Argentine. Le Brésil n'est pas lié par cet arbitrage; il est entré en négociation directe avec le Pérou.
(3) Ou 8,538,700 kilomètres carrés, d'après un autre calcul.
(4) Ce recensement a accusé une légère prédominance du sexe masculin (7, 237,932) sur le sexe féminin (7,095,983).
1890 à 1904 (i), le chiffre de 17 millions d'habitants pour Tannée 1907 paraîtrait vraisemblable (2). Cependant, le recensement de 1900 donnait un chiffre bien supérieur; 22 millions et des Brésiliens proposent aujourd'hui (1907), avec les nouveaux agrandissements, 25 millions.
Il est certain que depuis une quinzaine d'années la population des grandes villes a beaucoup augmenté ; Rio de Janeiro qui, en iSyo, avait environ 520,ooo habitants, en a 816,000 en 1907 ; Belem, enrichi par le caoutchouc, a passé de 5o,ooo à 160,000 ; Sâo Paulo a quintuplé le nombre de ses habitants, 65, 000 en 1890, 332, 000 en 1905. Toutefois une augmentation de 10 millions r/2 en seize ans (14.4 millions en 1890; 25 millions en 1907) suppose un accroissement moyen annuel de 4.5 p. c, lequel excéderait de beaucoup celui des Etats classés les premiers sous ce rapport dans la statistique internationale et partant semble peu vraisemblable (3).
Dans la population brésilienne, les blancs forment au moins les trois septièmes du total ; le reste se compose de métis, de noirs et d'Indiens.
Cette population est insuffisante pour l'immense territoire qu'elle occupe. Il n'y avait, d'après la recensement de 1890, qu'un Etat, celui de Rio de Janeiro, où la densité dépassait
(1) 6o3.o33 de 1890 à 1894; 540,126 de 189? à 1899; 178,296 de 1900 à 1904, parmi lesquels dominent les Italiens. Le recensement de 1890 accusait déjà une forte prédominance des Italiens. Sur 2,692,500 étrangers, il y avait i,3oo,ooo Italiens, 5oo,ooo Portugais, Soo ooo Allemands, 110,000 Espagnols, 80,000 Polonais, 10,000 Français, 5, 000 Anglais, 100, 5oo personnes d'autres nationalités.
(2) C'est celui que nous avons donné comme évaluation approximative dans V Annuaire du Bureau des longitudes de 1907.
(3) L'accroissement moyen annuel pendant la dernière décade 1890-1900 a été :
pour les États-Unis 2 1 p. c.
— la République Argentine ... 2
~ TEmpire allemand 16 —
— la Russie 1 5,?j —
— la Norvège i.3 —
lo habitants par kilomètre carré (i); il y en avait six où elle était inférieure à i (2) : dans TAmazonas etle Matto Grosso elle descendait même au-dessous de i/io d'habitant par kilomètre carré. La moyenne générale du Brésil, en i8go, était de 1.08 habitants. Un des Etats les plus avancés sous le rapport de la civilisation économique, le Sâo Paulo, dont la densité était alors de Set est peut-être de 10.4 aujourd'hui, est peuplé dans sa partie orientale, voisine de la mer, couverte de villes, villages et fazendas et sillonnée de chemins de fer; mais l'intérieur occidental présente encore l'aspect de forêts désertes ou hantées seulement par des Indiens sauvages.
Cultures. — Si le Brésil a été de tout temps renommé comme une contrée riche en mines, il est beaucoup plus riche encore par quelques-unes de ses cultures et par certains produits naturels de ses forêts. Il récolte en grande quantité le manioc, le riz, le haricot noir, et même le maïs qui forment le principal de l'alimentation populaire. Ses produits ne suffisent pas pourtant à nourrir toute sa population ; car il doit importer chaque année du froment, de la farine, du riz, des pommes de terre, du bœuf salé, de la morue et des vins (3). C'est que ces cultivateurs, surtout les grands propriétaires de fazendas, portent presque tout leur
(1) La densité était 1 3 dans le Rio de Janeiro, d'après le recensement de i8qo, elle serait de 22.6 d'après une estimation pour 1906.
(2) La densité était : Amazonas 0.07 en 1890, 0.1 5 en 1906; Goyaz o,3 en 1890, 0.54 en 1906; Maranhâoo.9 en 1890, o.i3 en 1906; Matto Grosso o 07 en 1890 o. i3 en 1906 ; Piauhy 0.9 en 1890, 1 .68 en 1906.
(3) En 1904, l'importation de denrées alimentaires au Brésil a été de 72 millions de milreis or (le milreis or = fr.2.83), à savoir : 14 millions en vins, 14 millions en farine de froment, 11 millions en froment, 11 millions en bœuf salé, etc.
effort sur la production des denrées d'exportation, le café, le sucre et le cacao.
La culture du caféier, importé en 1727 à Parâ, a commencé à être pratiquée dans la seconde moitié du XVIIP siècle, mais n'a pris d'importance que depuis 1826 (i). La récolte moyenne, qui était évaluée à 40 millions de kilogrammes vers 1840, dépassait 400 millions en i885 et l'exportation était d'environ 35o millions de kilogrammes. En 1899-1900 Duurung et Zoon évaluaient la production du Brésil à 9,800,000 sacs (590 millions de kilogrammes) (2). 11 n'y a pas de statistique officielle de la production; mais il y en a une de l'exportation qui, de 1902 à 1905, a été, année majeure, de prés de 75o millions de kilogrammes (3).
La valeur moyenne (1901-1904) de l'exportation du café a été de 180,000 contos de reis (523 millions de francs) (4).
L'aire du caféier s'étend, dans la zone tropicale, de l'Amazone au sud de l'Etat de Sao-Paulo, sur un espace d'environ 600,000 kilomètres carrés. Cependant les plantations ne couvrent guère qu'un million d'hectares ; elles sont situées principalement dans les parties hautes de la région côtière, sur des défrichements de forêts où l'humus est profond, et, autant que possible, à Tabri des gelées, des vents du sud-est
(1) Les premières exportations datent de 1817, année où Rio a exporté 63,989 sacs En 1840, il a exporté un million de sacs. En 1881, année de la plus forte exportation de Rio, 4,377,418 sacs. L'épuisemement des arbres a causé, ensuite, une diminution. Les premières exportations de Santos datent de i85o : 100,000 sacs ; en 1884, 4 millions de sacs; en 1897-98, environ 6 millions.
(2) Rio 3,25o,ooo sacs.
Santos .... 5,750,000 —
Victoria . . . 400,000 —
Bahia et Geara . 400,000 —
(3) L'exportation a été en 1901-1902 de 14,584,000 sacs (le sac de 60 kilogr.); en 1903-1904 de 12,379,000 sacs; en 1904-1905 de 9,640,000 sacs.
(4) L'exportation du café (en sacs de 60 kilogr.) a été, en 1904, de io,7i3,i6i ; en 1905, de 10,720,873; en 1906, de 15,347,660.
et de rhumidité. On cultive diverses espèces; le café national, originaire peut-être d'Arabie, occupe les trois quarts du sol planté; au second rang se place le café Bourbon, puis le Bolocatu et le Maragogipe. Le café de Rio arrive ordinairement sur le marché un mois avant celui de Santos (avril et mai).
L'abolition de l'esclavage, en mai 1888, sans indemnité pour les maîtres, a causé tout d'abord de grandes difficultés à l'exploitation. Il a fallu s'ingénier à remplacer les bras par des machines et passer de la culture extensive et même nomade à la culture intensive, labourer deux fois les plantations nouvelles, repiquer les jeunes pousses, fumer, mettre des tuteurs, aménager une moitié de la fazenda en culture vivrière et en pâturage. Beaucoup de propriétaires n'ont pas pu supportées les dépenses du changement et ont été remplacés par d'autres propriétaires.
La culture, malgré les crises qu'après cette libération des esclaves sans indemnité, les variations de prix sur le marché, causées soit par l'état de la récolte, soit par le change du papier-monnaie brésilien, lui ont fait éprouver, s'est beaucoup développée non seulement dans l'Etat de Rio de Janeiro, mais dans ceux de Espiritu Santo, de Minas Geraes et surtout dans celui de Sâo Paulo. En 1904, il y avait, dans ce dernier Etat, i5,ooo plantations de caféiers, dont Sgo avaient 200,000 à 5oo,ooo pieds, 1,000 en avaient 100,000 à 200,000, et 1,800 en avaient 5o,ooo à 100,000.
Le mode d'exploitation s'est modifié. Dans beaucoup de régions les noirs émancipés n'ayant plus fourni qu'une main d'œuvre insuffisante, il a fallu recourir à l'émigration européenne, surtout aux Italiens; de là, l'accroissement de leur immigration. Il faudra aussi substituer plus encore à la culture extensive une culture intensive avec emploi des machines. On ne fait encore qu'entrer dans cette voie.
D'après M. de Lacerda et le Jornal do commercio^ la production brésilienne a été en moyenne annuellement de i5o millions de kilogrammes dans la période i852-i86o; dans la période i88o-i88g, elle a été d'environ 35o millions (à l'exception de la mauvaise récolte de 1887-1888). Depuis 1897,1a récolte annuelle dépasse 600 millions; celle de 1901-1902 paraît même avoir atteint 870 millions de kilogrammes (i).
Le prix du café, qui s'était maintenu très haut de 1872 à 1875, avait encouragé les plantations qui ont été très nombreuses alors ; les planteurs hypothéquaient leurs terres pour se procurer les capitaux nécessaires. Le prix a baissé d'année en année jusqu'en i885, mais il y a eu une hausse considérable durant la décade suivante (1886-1895). La fortune tourna ensuite. La Commission française des valeurs de douane, qui cotait le kilogramme de café fr. 2.45 en i8g5, fixait en 1901 le prix à fr. 1.60, taux auquel il était encore à peu près (fr. 1.58) en 1905. La production avait dépassé les besoins de la consommation. En octobre 1902, les planteurs et les négociants tinrent à New^ York un congrès international dans lequel on décida la création d'un centre international du café pour maîtriser les prix du marché. La création n'a pas eu lieu; mais une organisation de ce genre se fit au Brésil. Les Etats de Minas Geraes, de Rio de Janeiro et de Sâo Paulo considérant que le Brésil fournit à lui seul à peu près la moitié de l'approvisionnement du monde (2), essayèrent de réagir contre la baisse en formant un vaste trust.
(1) Voir Le Café, par H. Lecomte.
(2) Pour l'année i865, le Dictionnaire de statistique de Mulhall évalue la production du monde à 428 millions (?) ; pour Tannée 1887-1888, la circulaire Buuring donne 420 millions; pour l'année 1897-1898, 925 millions (c'est une des plus fortes récoltes). En 1896, sur une récolte évaluée à environ 836 millions, le Brésil figure pour 466 millions (M. Sunbarg, Apeyyus statistiques internationaux). Cependant la récolte de 1903-1904 a été évaluée à environ 670 millions de kilogrammes. {Le café, par H. Lecomte, p. 239).
Il n'est pas vraisemblable qu'une pareille tentative réussisse ; le trust s'expose à un échec qui aboutirait à une liquidation onéreuse.
Jusque vers 1890, Rio de Janeiro avait été le grand marché du café. Depuis une quinzaine d'années il est distancé par Santos, parce que c'est dans l'intérieur de l'Etat de Sâo Paulo que la culture s'est le plus développée. Victoria et Bahia, troisième et quatrième ports d'embarquement, viennent bien loin derrière les deux premiers.
Aucune production brésilienne n'est comparable en importance à celle du café et aucune ne procure par l'exportation un revenu aussi considérable au pays.
Cependant le caoutchouc, qui n'est l'objet d'une culture que sur un petit nombre de points, mais qui constitue la plus vaste exploitation de produits naturels du sol dans la région équatoriale du nord, a donné lieu à une exportation de 81 millions de milreis (moyenne de 1901-1904), soit en francs 23o millions (i).
Le cacaoyer pousse à l'état sauvage. Il est l'objet d'une culture importante dans la région tropicale, surtout dans le bassin de l'Amazone. Sur les bords du fleuve et de plusieurs de ses affluents, Madeira, Tocantins, etc., il donne un fruit plat, allongé, de bonne qualité. On le cultive aussi dans les Etats de Ceara et de Pernambuco, mais la qualité est inférieure à celle du cacao du l'Amazone. Sur le bord des rivières du Matto Grosso on trouve beaucoup de cacaoyers.
(1) L'exportation des dernières années a été de :
igoS. 1906.
Millions de Millions de
kilog. francs. kilog. francs.
Caoutchouc de Mangabeira (Hancornia
speciosa). . ....... 637 3,639 653 3,894
Caoutchouc de Manicoba (Manihot
Glaziovii) . ...... 2,682 21,000 2,663 20,768
Caoutchouc ordinaire (Hevea, Siphonia,etc. 32,073 338, 000 31,642 329,000
En 1897, on évaluait la production du Brésil à 7 1/2 millions de kilogrammes.
La valeur de l'exportation de cacao a varié, de igoi à 1904, entre 7,627,000 et 9,788,000 milreis or (2i,3 à 27.5 millions de francs (i). C'est vers la France que se dirige la plus grande partie de cette exportation.
Dès le commencement du XVP siècle, les Portugais avaient introduit au Brésil, dans la région de Sâo Paulo et de Rio de Janeiro la culture de la canne à sucre, et le Brésil exportait du sucre à Lisbonne avant que la culture ne se fut propagée dans les Indes occidentales. Mais les Indes dépassèrent le Brésil dont les gouverneurs s'efforcèrent de soutenir la production par des garanties d'intérêt accordées aux usines centrales. Ces usines, encore peu nombreuses, rendent environ 10 à 11 p. c; dans le nord elles ne rendent guère plus de 9 p. c; une grande partie du sucre est encore produite par les anciennes méthodes avec un rendement de 5 à 6 p. c L'Etat de Pernambuco tient aujourd'hui la tête pour la culture de la canne, qui est mieux soignée que dans les autres Etats et qui y rend un produit plus abondant et de qualité supérieure.
L'abolition de l'esclavage et la baisse des prix ont été défavorables à cette industrie agricole comme à celle du café; en 1889, une partie des usines des Etats de Bahia et de Pernambuco furent obligées d'arrêter leurs opérations.
Cependant la fabrication du sucre est la principale industrie agricole du Brésil. Dans la région plus ou moins voisine des côtes, depuis Para jusqu'à Santos, principale-
(1) L'exportation des deux dernières années a été de :
1905 1906 Millions de Millions de
kilog. francs. kilog. francs.
ment dans les États de Pernambuco, Bahia, Rio de Janeiro, Alagoas on cultive la canne et il existe un très grand nombre de petits moulins travaillant par les anciens procédés. Il existe aussi un grand nombre d'usines et des raffineries, dirigées la plupart par des ingénieurs brésiliens. Le sucre est vendu ordinairement amorphe ou en cristaux; des raffineries le livrent en pains ou en tablettes.
On ne sait pas quel est le chiffi'e de la production totale du sucre (i) ni celui de la consommation nationale. Mais on connaît l'exportation : 37.747 tonnes d'une valeur de 10,210,000 francs en igo5, et 84.949 tonnes d'une valeur de i5,25i,ooo francs en 1906.
D'après une estimation de M. Seigneuret, qui paraît inférieure à la réalité, l'Etat de Pernambuco tiendrait la tête avec une trentaine d'usines ; à sa suite viendraient l'Etat de Rio de Janeiro et particulièrement Campos, puis Alagoas, Bahia, Sâo Paulo, Parahyba, Sergype.
Le Brésil avait été au XVIP siècle un des principaux pays producteurs de coton ; mais les États-Unis l'avaient éclipsé au XIX** siècle et la production avait beaucoup diminué. La guerre de sécession, arrêtant la production et le commerce des Etats-Unis et élevant considérablement les prix, ramena les planteurs brésiliens vers la culture du cotonnier qui exige moins de capitaux que celle du caféier. Toutefois cette fortune a été de courte durée et la récolt brésilienne a diminué de près des deux tiers (2); elle s'est re-
(1) MM Willeli et Gray évaluent la production du sucre au Brésil entre 275 millions de kilogrammes (1894-95) et i54 millions (1898 99).
M. Bartholomew, dans V Atlas of the World' s commerce donne 6 millions de quintaux anglais, soit 3o5 millions de kilogrammes. Dans le dixième bulletin de la «Ihambre française de commerce de Rio, M Seigneuret a évalué la production totale du Brésil à 4,040,000 sacs, soit 240 millions de kilogrammes, chiffre qui, d'après des autorités brésilliennes, est bien au-dessous de la réalité.
(2) En évaluant la production moyenne de 1871 à 1875, à environ 5o millions de kilogrammes; elle était tombée à 14 millions en 1880.
levée depuis quelques années. L'exportation, en effet, qui, de 8 millions de kilogrammes en 1840, était montée jusqu'à 78 millions en 1872, était descendue entre 23 et i3 millions de 1880 à 1887 (0; ^^1^ ^ été de 28 millions de kilogrammes en igo3, de i3 millions seulement en 1904, de 24 millions de kilogrammes, valant 29 millions de francs. En igo6, elle a monté à 3i 1/2 millions de kilogrammes valant 41 i/2millions de francs.
Cette exportation se fait surtout par Pernambuco, à destination de l'Angleterre.
Le relèvement de la production est attesté non seulement par cette exportation, mais aussi par la création de manufactures de coton. Il n'y avait encore que 3o manufactures de ce genre en 1871. On en a compté, en 1904, 108, faisant marcher 715,000 broches et 26,000 métiers et consommant annuellement environ 3o millions de kilogrammes de coton.
Parmi les autres productions du sol et de l'agriculture qui sont l'objet d'une exportation importante, il reste à signaler le tabac cultivé principalement dans les Etats de Bahia, de Minas Geraes, de Sâo Paulo, de Parana et du Para, la cire de carnahuba, provenant des forêts amazoniennes, le maté, récolté dans les forêts du Sud, les peaux et cuirs que fournit l'élevage dans les provinces méridionales, surtout dans le Rio Grande do Sul (2).
(1) Elle a même été à peine de 9 millions en 1895.
(2) L'exportation a été (en millions de milreis or) ;
J901 1902 1903 1904 Kiiogs Francs
Kilogs Francs
Tabac. . . .
Maté ....
Cire de carnahuba Peaux et cuirs Cuirs secs et salés Peaux.
Les mines. — Dans les siècles passés, le Brésil était renommé pour ses mines d'or et de diamant. Elles sont encore, avec le manganèse, au nombre des principales richesses du règne minéral qu'il exploite. C'est à décrire ces richesses, leurs gisements géologiques, leur exploitation, leur histoire, la législation qui les régit, leur avenir, que M. Calogeras a consacré trois volumes très instructifs, et c'est surtout pour présenter un résumé de son étude que nous avons écrit cet article.
Dès le milieu du XVIe siècle, des Paulistas s'étaient aventurés dans rintérieur et avaient recueilli de Tor dans des sables d'alluvion. Les premières concessions de terrains aurifères faites par le roi de Portugal, Jean III, datent de i552; on a conservé le souvenir d'un certain concessionnaire, mort en 1604, qui aurait laissé par testament une valeur de près d'un million et demi de francs en poudre d'or enfermée dans des bouteilles. Les découvertes et l'exploitation s'étendirent du Minas dans les provinces de Bahia, de Matto Grosso, de Goyaz. Dans la seconde moitié du XVIII^ siècle, l'exploitation, gênée par l'exagération des taxes, diminua considérablement; ainsi le Matto Grosso et le Minas, qui, durant un demi-siècle (1719-1770), avaient produit en moyenne par an 180 arrobas, soit environ 14,400 kilogrammes, n'en ont produit que 4,600, année moyenne, dans la période 1771-1822.
L'industrie minière se releva sous le gouvernement de Jean VI ; des compagnies se constituèrent, surtout avec des capitaux anglais (Impérial Brazilian Mining Association, en 1824 (i) ; S' John El Rey Mining Co limited, en i83o; Brazilian C% eni83o; National Brazilian Mining C^, en
(1) Cette société, au capital de 35o,ooo livres sterling, a fonctionné de 1826 à i856, extrait 12,887 kilogrammes d'or, et réalisé un bénéfice de 849,000 livres sterling.
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i833). Plus tard, se fondèrent d'autres compagnies, quatre, de 1861 à 1864 (t) et une dizaine depuis 1890. Un rapport officiel, cité par M. Calogeras, nous apprend que, en igo3, il y avait au Minas Geraes huit compagnies dont quatre avaient travaillé régulièrement toute Tannée et produit 3,894 kilogrammes d'or (2).
C'est principalement dans les quartz, quartzites et pyrites que se trouvent les veines aurifères, à Ouro Preto, à Mariana, à Santa Barbara, à Faria. La tenure d'or par tonne de minerai est, en général, très inférieure à celle des mines de Transvaal ; elle varie au Minas Geraes de 18 à 3.6 grammes, soit en moyenne environ 11 grammes et avec une valeur, y compris les accessoires, de 23 francs par tonne, tandis qu'on obtient 34 francs au Transvaal. Mais le bon marché de la main-d'œuvre au Brésil compense l'infériorité du minerai.
Des statisticiens ont évalué à plus de 900,000 kilogrammes la production totale de l'or au Brésil pendant la période coloniale et ont calculé qu'ensuite Minas Geraes avait fourni 114,000 kilogrammes de 1820 à iSgô. Depuis 1S96, il résulte d'un calcul fait sur des documents officiels par M. Antonio Olyntho et complétés par M. Calogeras que la production annuelle a varié entre 1,988 kilogrammes (1896) et 4,670 (1900), et que la production totale des huit années 1896-1903 a été en nombre rond de 28,000 kilogrammes. Ce résultat se trouve à peu près confirmé par les relevés de la
(1) En 1861, Eastd'El Rey Mining G» limited ; en 1862, Santa Barbara Mining G** limited ; en i863, Anglo -Brazilian Gold Mining G^ limited j en 1864, Roca Grande Brazilian Gold Mining G®. Les autres créations de compagnies de mines d'or, fondées sous la monarchie, sont au nombre de sept ou huit, dont les plus importantes sont la Brazilian Gonsols Gold Mining Go limited ( iSyS) et la Société des mines d'or de Faria, qui a fonctionné de 1887 à igoS.
(2) La plus importante (Morro Velho à Villa Nova de Lima) a produit à elle seule 2,654 kilogrammes.
douane qui accuse une exportation de 3,990 kilogrammes d'or en 1902, de 4,322 en igo3 et de 3,877 i904> 2,879 en 1905 et de 4,648 en 1906*
Au XVP siècle on avait fondé de grandes espérances sur l'exploitation des mines d'argent. Au commencement du XVIP siècle, Belchior Diaz avait propagé la légende; le gouverneur Pouza avait ordonné des explorations et les chercheurs avaient fouillé le pays. C'était une illusion; on avait pris du mica pour du minerai d'argent. M. Calogeras croit pouvoir affirmer que le sol brésilien ne recèle pas de mines d'argent proprement dites ; on retire seulement, comme sous-produit, un peu d'argent de galènes argentifères.
Le diamant a été exploité postérieurement à l'or. Le premier document officiel qui en fasse mention date de 1729 (i). Depuis 1740 le gouvernement a concédé, par contrat, l'exploitation du diamant à diverses compagnies et on a eu une sorte de statistique de la production qui, de 1740 à 1771, aurait été de 1,666,600 carats, lesquels ont été vendus i5,5i5,3y7milreis,et ont rapporté auTrésor4,644,i72milreis. Dans la période la plus productive (1763- 1769 ' l'extraction annuelle n'a pas été au dessous de 60,000 carats et s'est élevée jusqu'à 91,000.
Le régime d'exploitation directe par l'Etat a donné dans la suite des résultats moins satisfaisants ; de 62,000 à 26,000 carats obtenus par année, de 1772 à 1795, le rendement est tombé jusqu'à 372 carats en i832. La fraude était considérable et une partie notable de la production échappait à la statistique administrative et à la recette du Trésor. La pro-
(i) C'est la charte concédée à Laurenço de Almeidas. En 1784 une mission spéciale pour la recherche du diamant a été confiée à Martinho de iMendonça de Pina e Proenca. Des historiens attribuent les premières découvertes à Francisco Machado de Silva, en 1714.
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duction totale enregistrée pendant la période 1772-1828 a été de i,3ig, 660 carats; ce qui donnerait une moyenne annuelle de 23, 200 carats, si la production avait été régulièrement soutenue.
Depuis i832, on est revenu au système des concessions privées. Jusqu'en i8gi, Texploitation a été assez active; il y avait 174 roues en activité dans les tailleries de diamant en 1889. La concurrence du Cap a été désastreuse; il ne reste que deux fabriques (i) possédant une soixantaine de roues.
En igoi, les ventes de diamant du Cap ont été soixantedix fois plus fortes que celles du Brésil (2).
On évalue la production totale de 1866 à 1903 à 392 kilogrammes. On estime qu'en tout, en cent soixante-quinze ans, le Brésil à fourni au marché 3,5oo kilogrammes de diamants (3). Minas Geraes et Bahia sont les marchés de cette précieuse marchandise. M. Calogeras ne croit pas qu'elle ait désormais une grande importance pour son pays.
Outre le diamant, le sol du Brésil renferme, à Texception du rubis, du saphir et de Téméraude, presque toutes les espèces de pierres précieuses : topaze, améthyste, tourmaline, aigue-marine, béryte, grenat, agathe, etc. On les connaît et on en fait commerce depuis le milieu du XVI^ siècle. Mais il n'existe pas de statistique de cette production.
Le manganèse est devenu récemment un des articles im-
(1) Béribéri et Eulales.
(2) En 1901, la compagnie De Béer contrôlée! Mines a vendu pour 4,628,345 livres sterling de diamants; le Brésil en a exporté pour 5o,6o9 livres sterling ; l'Australie pour 9,766 livres sterling.
(3) Wappaeus évaluait la production de diamants au Brésil jusqu'en 1896 à 12^995,000 carats. Il a été exporté des diamants pour une valeur de 53o,ooo milreis or en 1901, de 584,000 en 1902, de 467,000 en igoS, de 236, 000 en 1904,
portants de l'exportation minérale du Brésil. Dans le premier quart du XIX« siècle, le baron Eschwige avait signalé Texistence de minerai mangenésifère à Villa Rica de Barbacena, dans la vallée du Rio Grande et de Rio Boce, et il paraît qu'il y avait eu quelques essais d'extraction ; mais ils n'avaient pas laissé de traces. Ce sont des élèves de M. Gorceix qui ont fait de nouveau la découverte de ces gisements depuis 1876, lesquels s'étendent sur de très grandes surfaces. L'ouverture du chemin de fer de don Pedro 11(1884) a facilité l'exploitation qui a été signalée d'abord par Henrique Hargreaves (1888). En 1899, une société belge a obtenu la concession des mines d'Ouro Preto. L'exportation de minerai manganésifère, qui n était que de i,43o tonnes en 1894, s'est élevée à 216,463 tonnes en 1904 (i), ce qui classe le Brésil au second ou au troisième rang parmi les pays producteurs de manganèse (2).
La métallurgie et la législation des mines. — Les métaux communs ne manquent pas au Brésil. En premier lieu le fer. On en avait signalé la présence dès le milieu du XVP siècle. Vers la fin du XVIP (1680 à 1698) des entreprises d'exploitation furent faites à Ypanéma; en 1768, Domingos Ferreira obtint une concession et créa une usine qui n'a fonctionné qu'une dizaine d'années. La fabrication fut reprise dans les premières années du XIX* siècle.
(1) La valeur de cette exportation a été :
En igoi 1,186,000 milreis or.
(2) En 1904, la production des États-Unis a été de 989,519 tonnes, mais qui contiennent une grande partie de minerai de fer.
Exportation des Indes anglaises : 160, 3i 2 tonnes.
— de l'Espagne : 46,069 —
Le Caucase, troublé par la guerre russo-japonaise et par les événements politiques depuis 1904, avait exporté 416,547 tonnes en 1900.
En 1821, le baron Eschwige constatait l'existence d'une trentaine de petites usines. En 1864, Soarez, président de la province, citait 120 petites usines dans le Minas Geraes, (dont 27 à Santa Barbara). En i883, il ne s'en trouvait plus que 75.
En 1888-1895, l'exploitation d'Ypanema était en déficit. « Ypanema, écrivait M. Gautier en 1895, est mal connu au Brésil; il ne vit que de la légende officielle et n'est susceptible d'aucun développement sérieux. »
L'état de la sidérurgie au Brésil est aujourd'hui chétit, malgré les encouragements donnés jadis par Jean VI et l'éveil de l'opinion publique relativement à l'armement national à l'époque de la guerre du Paraguay. Le Brésil possède seulement deux hauts-fourneaux d'une dizaine de mètres de hauteur, rendant par an 2,100 et 2,200 tonnes de fonte, une centaine de forges catalanes ou autres produisant directement le fer en barre. A Ypanema les procédés étaient anciens et l'usine ne fonctionne plus depuis 1895,
Ce n'est cependant pas le minerai qui manque; on trouve du minerai magnétique, de la limonite, du fer oligiste ; il y a, dit M. Candes, des oxydes de fer qui valent ceux des Etats- Unis ; c'est plutôtle combustible. C'estpeut-être plus encore le capital et l'esprit d'entreprise.
Gabriel Soarez signale en i587 présence du minerai de cuivre ; Francesco Vicent en découvrit des gisements en 1718; le baron Eschv^ige en signala aussi en 1821. On en exploite aujourd'hui dans le Rio Grande do Sul. Mais, pendant que le Brésil exportait (année igoS) 3i6 tonnes de minerai de cuivre, il importait (année 1904) 1,600 tonnes en cuivre et objets fabriqués avec du cuivre.
Il existe au Brésil du plomb, principalement dans les gisements d'Abaété et de Montes Claros, du mercure, de Tétain, d u zinC| du platinci du chrome^ du tungstène*
Mais on n'en a pas encore organisé l'exploitation.
Il ya aussi à mentionner dans une énumération des substances minérales utilisées ou utilisables, le sel, le salpêtre, Tamiante, le mica, le kaolin, le bitume de Marahu, enfin la houille, assez impure d'ailleurs, des gisements de Tubarâo et de Rio Grande do Sul et le lignite du Para et des côtes du Pernambuco et du Espirito Santo, Un seul gisement de houille est exploité ; on n'en retire guère que 2,000 tonnes par an qui, faute de bonnes voies de communication ne peuvent être employées qu'à proximité de la mine.
Le Brésil importe toute la houille qu'il consomme, environ 960,000 tonnes en 1902, qui ont été consommées presque entièrement par les machines à vapeur et pour la fabrication du gaz (i).
Le Brésil à beaucoup à faire et pourrait faire beaucoup plus pour mettre en valeur son domaine minéral. M. Calogeras donne à ses concitoyens, sur ce sujet, des conseils qui méritent d'être médités par eux. Si le combustible minéral fait défaut et s'il importe de ménager le bois pour éviter les inconvénients du déboisement, il croit très possible d'utiliser les chutes d'eau, qui sont extrêmement nombreuses, pour créer des établissements électro-sidérurgiques et des fabriques de manganèse. La fabrication du fer par l'électricité permettra, dit il, de soutenir la concurrence intérieure contre l'importation étrangère, et la fabrication du manga-
(1) l /importation au Brésil, en 1902, a été :
Coke
Houille
Briquettes
943,564 tonnes.
La consommation a été :
Pour les machines à vapeur, 720,000 tonnes.
— les briquettes . . . 12,000 —
— le gaz 220,000 —
— la métallurgie ou le coke 6,000 —
nèse permettra de mieux faire concurrence à la production étrangère sur les marchés du monde.
Pour encourager la création d'usines sidérurgiques, on a conseillé au Brésil de mettre des droits élevés à l'importation du fer et des objets en fer à l'exemple des États-Unis, qui ont un régime très protectionniste et une industrie métallur^^ique très florissante. Sans doute, la fabrication du fer est intéressante au point de vue politique comme au point de vue économique. Mais l'exemple d'un pays qui est dans une condition économique fort différente de celle du Brésil n est pas une preuve.
M. Calogeras conseille à cet égard plutôt une politique libérale. Il sait que, si le Brésil renchérissait considérablement le prix des objets en fer, au moyen du tarif des douanes, il est à craindre que, d'une part, il n'augmente que médiocrement la production indigène de ce métal et que, d'autre part, il prive son industrie et son agriculture d'un outillage qui est indispensable à son développement.
M. Calogeras nous paraît bien inspiré aussi quand il demande à l'Etat de Minas Geraes de réduire le tribut qu'il prélève sur l'extraction de l'or et du manganèse, et quand il conseille d'assurer aux mines un débouché par la construction de chemins de fer. Ce qui vaut mieux qu'une prohibition douanière, c'est une législation libérale.
D'après le droit portugais, les mines appartiennent au propriétaire du sol, sauf les limitations qui pourraient être apportées par des lois subséquentes en vue de l'exploitation ; d'autre part, la constitution adoptée par le Congrès, en février i8gi, garantit le droit de propriété, tout en réservant le droit d'expropriation avec indemnité préalable pour cause d'utilité publique. Cette législation n'est pas propre à stimuler les chercheurs des mines. On songe à la réformer; des projets ont été produits : en 1891 parle docteur Antonio
Olyntho dos Santos Ferez et M. Serze dello Correa,en 1897, par la commission d'agriculture et d'industrie de la Chambre des députés, en igo ^par le docteur Antonio Olyntho. Ce dernier projet, dont M.Calogeras recommande le principe porte: 1° Que les mines appartiennent au propriétaire du sol, sauf les limites établies par la présente loi; 2^ Qu'une mine est réputée un immeuble et constitue une propriété distincte de la propriété du sol ; 3° que la propriété des mines est perpétuelle; 4° que les mines sont des propriétés indivisibles; 5° que peut être constitué propriétaire d'une mine soit le propriétaire du sol, soit toute personne ayant découvert la mine.
M. Calogeras insiste sur la nécessité de distinguer nettement le domaine public de l'Etat fédéral et celui des Etats fédérés, d'organiser l'exécution de la carte topographique et de la carte géologique du Brésil, et pour cela de former un corps d'ingénieurs réellement pratiques.
Déjà, en 1875, avait été constituée une Commission pour l'étude géologique du territoire ; mais cette commission, qui avait rassemblé un grand nombre de documents, a été dissoute en 1878 La province, aujourd'hui Etat de Sâo Paulo, a créé en 1886 une Commission géographique et géologique par les soins de laquelle d'importants travaux ont été exécutés. En 1890, sous l'inspiration de M. Gorceix et du D' Derby, l'Etat de Minas a créé aussi une commission qui a publié, de 1896 à 1899, dix feuilles d'une carte topographique, très bien exécutée, à l'échelle du 100,000^ avec courbes de niveau espacées de 5o mètres. Il est regrettable qu'une question d'économie ait amené en 1898 la dissolution de cette commission.
L'Etat de Sâo Paulo a entrepris une œuvre du même genre et la poursuit encore. De 1902 à 1906, sa commission géographique et géologique a publié i3 feuilles de l'édition
provisoire de la carte topographique de TÉtat, à réchelle du loOjOOO*" avec courbes de niveau espacées de 25 mètres ' i). Cette commission publie, en outre, régulièrement un bulletin météorologique et, de temps à autre, des études sur la botanique, la minéralogie, etc., faites par ses ingénieurs. L'Etat du Sâo Paulo peut être proposé comme modèle aux autres. Placé à la limite de la zone torride et de la zone tempérée, il a une population qui n'est pas alanguie par le climat comme celle du nord. Cette population a eu l'esprit d'entreprise et elle a trouvé des capitaux pour étendre ses cultures et pour sillonner son territoire de voies ferrées, ou, du moins, la partie de son territoire occupée par la civilisation; car, malgré l'avancement de cet Etat, le bassin du Parana, c'est-à-dire environ i5o,ooo kilomètres carrés appartient encore à la vie sauvage et est même habité sur plusieurs points par des tribus hostiles (2).
M. Calogeras reproche à ses concitoyens une profonde indifférence relativement au problème de l'industrie extractiveet, par suite, une grande ignorance en cette matière. Il ne semble pas que le reproche s'adresse aux hommes d'Etat et aux hommes de Sâo Paulo.
La circulation et le commerce, — Ce n'est pas seulement l'industrie métallurgique, c'est l'industrie en général et surtout la grande industrie qui est insuffisamment développée
(1) Au nombre des explorations de territoires imparfaitement connus entreprises par l'État de Sâo Paulo, il y à a citer celle du rio Feio et du rio Aguapehy qui sont la suite l'un de l'autre. Voit Exploracâo dos rios Feioe Aguapehy {Extremo sertâo do hstado)y par l'ingénieur M Joao Cardoso et ses collègues, 1906, et celle du rio Tiété par l'ingénieur Jorge Black Sorrar et ses collègues, 1906.
(2) L'expédition de M. Cardoso a eu à se défendre contre une attaque des Indiens Corôados. Les Indiens Guaranis de la même région paraissent au contraire inoffensifs.
au Brésil, malgré Tabondance de plusieurs matières premières qui pourraient être utilement transformées pour la consommation nationale ou pour l'exportation Le cacao est très peu transformé en chocolat; le manioc ne Test pas assez en tapioca; le sucre n'est raffiné que pour la consommation intérieure et non pour l'exportation ; le bois pourrait alimenter un nombre considérable d'usines de produits chimiques et de papeteries.
Le coton est beaucoup mieux utilisé : le Brésil possède, avons-nous dit, aujourd'hui plus de 700,000 broches de filature et de 26,000 métiers à tisser. On travaille la laine et la soie. Il s'est fondé des fabriques de lainages à Rio de Janeiro, à Nichteroy, à Maranhâo, à Porto Allegro, à Rio Grande do Sul; deux fabriques de soieries à Petropolis.
Le Brésil possède un très vaste réseau de voies d'eau, propices à la navigation, quoique la plupart soient interceptées par des rapides. L'Amazone est la plus importante. C'est comme une vaste mer intérieure qui traverse toute l'Amérique équatoriale jusqu'au massif de la Cordillère et sert de débouché, non seulement au Brésil, mais aussi par le Ucayali et le Madeira,au versant oriental du Pérou et de la Bolivie. Un service régulier de vapeurs remonte et descend le fleuve jusqu'à Yquitos (i), service anglais, avec lequel s'est fondue une entreprise allemande. Une compagnie française, qui avait essayé de lui faire concurrence, y a renoncé après un premier voyage.
Le San Francisco fournit aussi une longue voie navigable. Le Paraguay-Parana est, par ordre d'importance, la seconde voie navigable, longue de 4,5oo kilomètres de Cuyaba à Montevideo; mais elle a l'inconvénient de déboucher dans des Etats étrangers.
(1) M. Lecointe a publié dans les Annales de géographie y t. XWl, une bonne carte au 2,ooo,ooo« du cours de TAmazone, jusque par delà le confluent du Rio Negro.
Il n'y a que très peu de routes de terre entretenues. Les chemins de fer, qui exploitaient 9,200 kilomètres à la fin de Tannée 1888, avaient une longueur totale de 17,059 kilomètres au i®"" janvier igo5 : accroissement notable, très insuffisant cependant eu égard à Tétendue du territoire cultivé qu'ils ont à desservir et plus encore proportionnellement aux immenses territoires qu'ils pourraient ouvrir à la civilisation.
Lé Brésil ne possède qu'une très faible marine marchande : moins de 220,000 tonneaux en bâtiments à vapeur et à voile. Mais le mouvement maritime a plus que doublé depuis dix-huit ans : 5 millions de tonneaux à l'entrée en 1886-1887 pour la navigation au long cours et le cabotage : 12,927,000 tonneaux en 1905 (i). Le cabotage est exclusivement réservé à la marine brésilienne depuis l'année 1896.
Entre autres obstacles que rencontre en ce moment le développement économique du Brésil, il faut placer l'état de la circulation monétaire. C'est assurément un des plus gênants relativement aux relations avec l'étranger. Il y a longtemps que la monnaie d'or et la monnaie d'argent sont rares au Brésil et que la circulation se fait presque entièrement en papier -monnaie. La dépréciation de ce papier avait été grande à l'époque de la guerre du Paraguay; depuis i885, il y avait eu un relèvement jusqu'au pair et même au delà en 1889; l'argent avait reparu. Il disparut encore durant les premières années du gouvernement républicain devant une profusion d'émissions fiduciaires.
Au 3o avril 1898, il y avait en circulation 788 millions de contos (2.233 millions de francs) valeur nominale : c'est le
(1) En 1905, le mouvement maritime du port de Rio de Janeiro a été de 3,278,963 tonneaux ; en igo6, il a été de 3,347,9*)8 tonneaux, dont 2,468,323 pour la navigation au long cours, 514,466 pour le cabotage par navires étrangers, 365, 179 pour le cabotage par navires brésiliens.
maximum. Ce papier perdait beaucoup. Le milreis métallique, dont le change au pair était de 2 shellings eta 1/2 pence en monnaie anglaise, ou 2.83 fr. en monnaie française, descendit à I shelling 1/2 pence en i8g6, à i6 1/4 pence en 1895 et jusqu'à 5 3/4 pence en i8g8. Mais déjà il commença à remonter quelque peu à la fin de cette année (i), à la suite de réductions successives de la quantité de papiermonnaie, votée par le Congrès, et d'une réorganisation de la Banque nationale en 1897 Une crise, survenue en 1900, obligea le Gouvernement à venir au secours de la Banque nationale, qui a été alors autorisée à émettre des obligations à 3 p. c. d'intérêt garanties par TEtat et remboursables en cinq années; la Banque, mise provisoirement sous le contrôle de l'État, a commencé alors à stabiliser le change à environ 12 pence. Le change du milreis a varié en igoi de 10 à 12 3/4 pence; il a été d'environ 12 pence en 1902 et igo3. A travers de fréquentes fluctuations il est remonté en ïgo6 à 16.17, moyenne de l'année. Au 3i décembre igo6, il ne restait dans la circulation que 664 millions de milreis en papier.
On conçoit aisément quelles difficultés une pareille dépréciation a causées au commerce avec l'étranger. Le Gouvernement s'applique à rétablir l'équilibre ; il a ordonné, en décembre igoS, une frappe de milreis et de 5oo reis en argent au poids de 10 grammes par milreis et au titre de goo/iooo.
Cependant, la reprise de la circulation en monnaie métallique ne réunit pas l'assentiment unanime des BrévSiliens. Si les négociants la désirent, les planteurs trouvent bon de payer les salaires de leurs ouvriers en monnaie dépréciée, pendant qu'ils touchent en or le prix de leur café exporté (2).
(1) Cependant, en avril 1899 le chan^^e n'était encore qu'à 6 3/4 deniers.
(2) Dans son message du 2 mai 1906, le président parlait des avantages d'un
C'est une vue étroite. Le Mexique, quoique grand producteur d'argent, a été plus sage et plus heureux en adoptant la réforme monétaire proposée par le ministre des finances, M. Limantour, réforme qui Ta mis de niveau avec les autres nations sur le marché du monde (i),
Une convention de Taubaté a été conclue entre les trois principaux Etats caféiers, relativement à la « valorisation » du café et à la stabilité du milreis. Des projets de loi ont été soumis sur cette matière aux chambres brésiliennes en igo5; au mois de novembre 1906 a été votée au Sénat, malgré une vive opposition, la loi créant la caisse de conversion et fixant le change du milreis à i5 pence. Un décret a autorisé la Banque du Brésil à émettre, contre dépôt d'or en monnaie légale, des billets convertibles à vue de la caisse d'amortissement, lesquels billets devront être brûlés après leur rentrée dans la caisse. Des billets convertibles ont été en effet émis, mais ils paraissent avoir peu circulé jusqu'ici. Les banques qui les ont reçues les gardent afin de pouvoir se procurer, en cas de besoin, l'argent qu'elles ont déposé à la caisse; ils font même prime au change contre les billets non convertibles.
Le commerce extérieur du Brésil a augmenté depuis une vingtaine d'années. Dans l'article que j'ai rédigé pour la Grande Encyclopédie^ j'ai reproduit les chiffres officiels de ce commerce, chiffres, ajoutais-je d'après l'opinion de Brésiliens compétents en cette matière, vraisemblablement inférieurs à la réalité : à savoir, en moyenne pour la période
change élevé : t C'est une erreur de penser que l'agriculture ne peut prospérer sans un change bas. C'est le régime du papier monnaie qui encourage ces égarements contraires à la saine doctrine. Le change haut est un signe de crédit, de bien-être et de prospérité, et tous les efforts du gouvernement ont tendu à l'élever. . »
(1) Le 6 avril 1907, le 4 p. c. mexicain (emprunt de 40 millions) était coté à la Bourse de Paris fr. 96. 3o, pendant que le 4 p. c. brésilien (emprunt de 20 millions) était à 84 francs.
1844-1849, io5 millions de milreis, soit 282 millions de francs ; vingt ans après, pour la période 1864-1869, 314 millions de milreis, soit 780 millions de francs; vingt ans après, pour la période 1886-1887, 472 millions de milreis, soit 1,180 millions de francs.
Pour la période igoi-igoS, seize ans environ après, la moyenne est 553 millions de milreis (i), soit i,565 millions de francs.
Plus des neuf dixièmes de l'exportation proviennent des plantations et des forêts; en première ligne, le café (177 millions de milreis or en 1904) et le caoutchouc (100 millions); en seconde ligne, le cacao (97 millions), le maté (8.6 millions), le coton (8.1 millions), le tabac (7 millions) ; en troisième ligne, la cire de carnahuba (1.8 millions). Les cuirs, peaux et poils, articles dont Timportance augmente, figurent, en 1904, pour 21.4 millions et les extraits de viande pour 2i3,ooo milreis; la laine pour 463,000 milreis. La production minérale représente une valeur beaucoup moindre: 3,718,000 milreis pour Tor, 2,727,000 milreis pour la manganèse, 236, 000 milreis pour le diamant.
L'Angleterre tient depuis très longtemps la tête dans le commerce extérieur du Brésil ; les États-Unis sont au second rang pour l'importation et au premier aujourd'hui
(1) Commerce général (en millions de milreis or) :
Années. Importation. Exportation. Total.
1905 222 (a) 3oo{a) 5D2(a)
(a) Calcul approximatif d'après la valeur commerciale du milreis papier. Les autres chiffres sont ceux que donnent les Annales du Commerce extérieur^
3o REVUE ÉCONOMIQUE INTERNATIONALE
pour l'exportation. La France (i) qui, avant 1870, occupait le troisième rang, s'est laissée distancer par T Allemagne et est serrée de près aujourd'hui à l'importation par la République Argentine et même par le Portugal (2).
Au compte de l'importation figurent tout d'abord les vivres : 24,300,000 milreis or en froment, surtout de l'Ar-
(1) Le commerce spécial, d'après la statistique de la douane française, de la France avec le Brésil a varié de la manière suivante :
(En millions de francs.)
Années. Importations. Exportations Total.
La période la plus favorisée du commerce de la France avec le Brésil est la période 1864-1880 (moins l'année 1870); depuis une vingtaine d'années l'importation du Brésil en France augmente, mais l'exportation de la France au Brésil est en diminution.
(2) Commerce extéyneur du Brésil en millions de milreis or :
1866-1867 (y compris les métaux
précieux). 1903
Import.
Export.
Import.
Export.
Angleterre . . . •
États-Unis ....
Villes hanséatiques .
Allemagne. . • .
Rép. Argentine .
Portugal . . • .
LE BRÉSIL CONTEMPORAIN 3i
gentine et deTUrugay, et en farine, quoiqu'on ait installé de grands moulins à Rio de Janeiro, 5 1/2 millions de milreis en riz, 14 millions en vins, 11 millions en bœuf salé ou séché, etc.; en tout 72 millions de milreis, soit 223 millions de francs. Si l'agriculture brésilienne était plus développée et mieux organisée, elle pourrait épargner une grande partie de cette importation, au profit même des fazendas qui sont affectées depuis plusieurs années par la pléthore du café.
Les autres importations importantes sont le fer et l'acier bruts ou ouvrés (17 millions de milreis or) et la houille (11. 3 millions), les machines et outils (12. 3 millions) qui sont nécessaire à son industrie et à son agriculture, articles à côté desquels peuvent être placées les armes (2 millions), les produits chimiques (5 1/2 millions). Les produits des industries textiles comptent dans le total de l'importation pour 34 millions environ de milreis or (g5 millions de francs). Quoique le Brésil commence à mettre en œuvre son coton et sa laine, il est obligé d'acheter à l'étranger une grande partie des tissus qu'il consomme.
Le Brésil a un tarif de douanes dont les droits d'importation sont élevés, excessivement élevés même sur certaines marchandises. Il a été établi ainsi dans un but à la fois fiscal et protectionniste. Fiscal, il est certain que le produit des douanes constitue la recette principale du trésor fédéral (i); protectionniste, il n'est pas certain que le dévelop-
(1) Voici quel était le budget des recettes de l'année 1906 :
En 1 ,000 milreis.
Or.
Papier.
Taxes de consommation.
Totaux
pement des industries protégées profite plus du prix surélevé des marchandises que n'en souffre réconomie générale du pays. Tout récemment, en 1907, le Brésil a dénoncé le traité de commerce et de navigation avec la France qui avait été conclu, sans limite de durée, il y a plus de quatrevingts ans. Est-ce en vue de faciliter les relations ou d'aggraver certaines conditions du commerce?
L'immense territoire du Brésil est loin d'être mis en valeur autant qu'il pourrait l'être et qu'il le sera certainement quand il aura en quantité suffisante les hommes et les capitaux.
Le climat tropical est, sans doute, un obstacle pour l'Amazone. Si Ton pouvait appliquer à l'exploitation des forces de la nature dans cette région la force d'énergie humaine des Américains du nord, on en tirerait des richesses incalculables; mais il y a peut-être une incompatibilité entre cette nature et cette énergie.
A 1 exception de quelques oasis, le centre et l'ouest du territoire brésilien sont, pour ainsi dire, des déserts, savanes et forêts, ou du moins ne sont guère accessibles qu'à la vie indienne, comme aux siècle passés.
Le Paraguay débouche trop loin dans l'Argentine pour relier le Matto Grosso à la civilisation. Il faudrait des chemins de fer jusque dans le centre. On en a projeté. Quand les construira-t-on dans ces régions où ils ne paraissent pas devoir être immédiatement rémunérateurs ? Cependant, la diversité des climats du Brésil comporte des exploitations agricoles très variées depuis les bois et les fruits de la zone équatoriale jusqu'aux pâturages de la région tempérée du sud. Les bœufs de Santa-Catharina et du Rio Grande do Sul pourraient nourrir le personnel des plantations de caféiers et de cannes à sucre sans qu'il soit nécessaire aux fazendarios de recourir autant aux Etats Unis. Les
planteurs eux-mêmes devraient se préoccuper davantage de produire leurs vivres, manioc et céréales, sur leurs terres, voire même d'exporter davantage certains produits du manioc recherchés en Europe.
Au croît de sa population indigène le Brésil, a la bonne fortune de joindre un important appoint de l'immigration . Il cherche depuis longtemps à l'attirer. Ses agents ont même été, pendant un temps, suspectés d'excès de zèle. LcvS Allemands sont venus en nombre dans le sud oià le climat leur permettait de vivre en pratiquant l'élevage à la manière des gens de la Plata. Ils forment aujourd'hui le dixièm.e de la population des trois Etats du Sud (Rio Grande do Sul, Parana, Santa-Catarina) (i). Jouissant d'une grande liberté et prospérant, ils sont attachés au Brésil dont ils deviennent, dèslasecondegénération, de vrais citoyens de leur nouvelle patrie, sans oublier leur pays et leur langue d'origine.
L'Allemand ne se prête pas dans le centre aux cultures tropicales, mais il s'établit par le commerce sur les principaux marchés, particulièrement à Rio de Janeiro, où le Français est trop rare pour maintenir les positions que la sympathie brésilienne semblait lui avoir jadis assurées. Les Italiens affluent; leur main-d'œuvre avoir à bon marché (2); ils se plaisent dans les villes et le travail des plantations ne leur répugne pas.
Le flot qu'apporte l'immigration n'est pas d'une pureté sans mélange ; les nationaux, et même parfois le Gouvernement s'en inquiètent. Mais, somme toute, il laisse un limon fécondant et le pays, et surtout un pays qui a besoin de beaucoup de travailleurs, en profite.
(1) Ces Etats ont une population d'environ 3 millions d'habitants; les Allemands sont au nombre d'environ 3oo,ooo.
(2) La main-d'œuvre est dans les plantations d'environ 2 tr. à fr. 2.20 (monnaie française
A ces travailleurs il faut des chefs qui les emploient et des capitaux qui les paient. Le Brésil doit souhaiter une immigration de capitaux, non moins que de bras, et même une certaine immigration de capitalistes et d'entrepreneurs. S'il leur assure un accueil bienveillant, une sécurité de tout point complète, et si sa réputation s'établit solidement à cet égard dans le monde, il en trouvera ; car il possède des richesses naturelles assez abondantes et un champ de créations industrielles assez vaste pour les séduire.