POSTFACE
PAR
IVl. E. LEVASSEUR
mkmbbe de l'institut
Révolution du 15 novembre 1889 et proclamation de la République des Éials-Ums
du Brésil.
La seconde édition du Brésil était, impnmee des le mois doclolire i889. Les volumes étaient à la brochure lorsqu’un événement considérable s’est produit : 1* ™""
niirehie a été supprimée efc, avec la proclamation de^ la Itépublique, T histoire du Brésil est entrée dans une ère nouvelle. Notre publication ayant pour objet de présen- 1er le Brésil tel qu'il est, il est nécessaire de faire brièvement connaître revénement et de marquer poui’ auisi dire la fin d'une élape, entre un ordre de choses qui se termine et des destinées qui commencent.
Bans la matinée du 15 novembre, les troupes de terre et de nier, sous la conduite du inarécbal de camp Beoclovo da Fonseca, agissant d’aecord avec SI. Buÿ "lîarbûsa, rédacteur en chef du Diüvio de NoiicifiSt appaitcuant h la fraction dissidente du parti libéral, SL Qumtino Bocayuva, rédacteur et d’autres chefs du '
parti républicain, se soulevèrent contre le gouvernement. Le cabinet présidé par le vicomte de Ûuro-Prelo, entièrement abandonné par la force publique et assiégé au ministère delà guerre,dut envoyer par le lêlégraplic sa démission à rempereur, qui se trouvait a Pêtropolïs. Le contre-amiral baron de Ladarioj ministre de la marine, qui avait fait usage de son revolver au moment où il était sommé de se rendre, fut blessé.
Un gouvernement provisoire fut institué. Le général Bcodoro daFunseca en était le chef et avait pour collègues les ministres suivants i intérieur et finances, les journalistes et avocats Ârislides Lobo et Buy Barbosa, anciens députes; justice, Pavocat Campos SaUes, ancien député de S. Paulo; affaires étrangères, Uviinliiio Bocaviiva, auquel, quelques mois auparavant, un congres des républicains de plusieurs provinces avait confie la direction suprême du parti a Rio-de-Janeiro; guerre, le lieutenant-colonel Bolelho de Magalbaes (Benjamin- Constant), professeur à PÊcole militaire de Rio; marine, le contre-amiral Ediiardo Wandcnholk; agricullure, eoinmcrce et travaux publics, P ingénieur Bemetrio Ribeiro, un des rédacteur du journal .4 Federaçào de Porto-Alegre (Rio-Crande do Sut). *
Vers deux heures, un groupe uornhi'cux de républicains avant à sa tète MSI. .losé du Patmcinio, Silva Lirdiiïi,"Lopes Trovao et plusieurs autres écrivains et orateurs, se rendit il riiôlel de ville et y proclama la République.
Dans la soirée, le gouvernement provisoire publia une iiroclamation dont voici les principaux passages • ^ Concitoyens! Le peuple^ l’armée el la marine, en parfaite communion de sentimeu ts avec nos
eoncitoyens qui habitent les provinces, viennent de décréter la déposition de la dynastie impériale et la suppression du système monarchiquc-représeniatif.... Le^gou-
vernement provisoire, simple agent temporaire de la souveraineté nationale, est un gouvernement de paix, de liberté, de fraternité cl d^ordre. Bans l’exercice des attributions et des pouvoirs extraordinaires dont d est investi pour la défense de Fintégrité de la patrie et de l'ordre public, il promet de garantir par tous les moyens dont il dispose à tous les habitants du Brésil, nationaux et étrangers, le respect de leurs personnes et de leurs propriétés et leurs droits civils et [loUtiques, sauf, en ce qui concerne ces derniers, les limitations rcmbies nécessaires par le bien de la patrie et la légitime défense du gouvernement que le peuple, 1 armee el la flotte ont proclamé. Les forndions de justice ordinaire, ainsi que les fonctions d administration civile el militairc, continueront a elie exercées par les organe:^ qiiiexisfuicnl jusqvficî..., et les avantages et droits acquis jîar chaque fonctionnaire seront respectés.... ,Le gouvernement provisoire recou naît et promet d exécuter^ tous les engagements nationaux contractés pendant le régime antérieur, les traités subsistants sivec les puissances étrangères, la dette publique cxtéricurc et iiitérienre, les contrats cxislaiils et toutes les obligations légalement
"S et le Conseil d'État Rirent abolis, et la Chambre des députés dissoute.
Un décret en onze articles, portant la date du 1 d novembre et le 11 “ 1, parut le lendemain dans le journal officiel; il « proclamait el décrétoît provisoirement, comme forme du gouverneinenl de la naUon brési^ lienne, la République fédérative », et établissait que ^ les provinces du Brésil, unies par les Ihna® de la fédération >), formeraient la lléptddique des Etats-Ums du Brésil. '
Ce décret avait été télégraphié le lo aux cqmman dants militaires et aux chefs du parti républicain dans les provinces, et partout, devant i altitude des troupes et des républicains, les présidents nommés par 1 empe-
l'cur (lureiil se démettre. Des gouvernements provisoires furent organisés dans presque toutes les prevmces ej confirmés ou remplacés quelques jours apres par des «ouverneurs nommés par le pouvoir central,
” L’empereur D, Pedro II n'avail reçu à Petropolis, que dans la matinée du 15, les premières nouTclles du soulèvement. Il se rendit aussitôt h Hio-dc Janeiro et, Ters une heure de l’après-midi, il arrivait au vieuï
postface:
palais tîe la ville. Pendant la soirée, il consulta ses conseillers d'État, et il apprit la proclamation de la République et l'adhésion de plusieurs provinces h la Révolulion. Le gouvernement provisoire, informe de Tarrivee de Tempereur, lit cerner le palais par les troupes et, le lendemain, il en interdit a foute personne rentrée et la sorlie.
Dans Paprès-midi du 16 novembre, deux officiers pré^ senlèrentà D. Pedro II un message dn général Reodoro da Fûnseca, qui, expliquant la Révolution par tf les sentiments démocratiques de la nation... et la politique systématique du gouvernement impérial dans les derniers temps contre l^rmée et la marine », ajoutait : (( Nous avons le regret de vous dire, et nous ne le faisons que pour accomplir le plus pénible des devoirs, que la présence de la famille impériale dans le pays devant la nouvelle situation créée par la résolution irrévocable du 15... pourrait provoquer des incidents fâcheux que le salut public nous impose k nécessité d’éviter. Obéissant donc aux exigences pressantes du vote national, ot avec tout le respect du a la dignité des fonctions publiques que vous venez d’exercer, nous sommes forcés de vous notifter que le gouvernement provisoire attend de votre patriotisme le sacrifice de quitter le territoire brésilien... dans le délai de vingtquatre heures..., »
Dn quart d’heure après, D. Pedro ïl lit appeler les messagers et leur remit la réponse suivante :
« En présence du message qui m’a été remis aujourd’hui, à 3 heures de raprès-inidi, je me décide, cédant k fempire des circonstances, k partir demain avec toute ma famille pour PEurope, laissant celle patrie si tendrement chérie de nous, à laquelle je me suis efforcé de donner de constants témoignages de mon profond amour et de mon dévouement pendant près d’un demi-siècle que j’ai occupé le poste de chef de P Fiat. En m’éloîgnant ainsi, avec tous les membres de ma famille, je garderai du Brésil les plus doux souvenirs et je ferai des vœux ardents pour sa grandeur et sa prospérité.
(( ftio de Janeiro, ce 16 novembre 1889. — Signé :
D. Pedro de Alcantaka. »
Pendant la nuit du 16 au 17, à 3 heures du matin, la famille impériale fut Lriinsportéc du palais au quai et eondu i Le dans un c a no t a h ord d u croiseur le Parna Ity ba , , qui, il 9 heures et demie, quitta îe port et se rendit à Panse d’Abrahaq, dans Pile Grande, Un paquebot brésilien. EÀlagoas, qui y arriva le lendemain, reçut à minuit à son bord la famille impériale, et partit aussitôt pour PEurope, escorté le long de la côte du Brésil par le cuirassé h Riachuelo, Le 7 décembre, VAlagom arriva à Lisbonne,
flans son message du 16 novembre, le gouvernement provisoire dédarait que la liste civile établie par la loi serait payée jusqu’à ce que la Constituante réglât cette question. Un décret de la meme date remis par un offïoier à D. Pedro II lorsqu’il se trouvait à bord de la Parnahylm, et au moment du départ, lui accordait, , pour son établissement en Europe, la somme de cinq mille contos (12 millions et demi de francs). Toutefois, Pempereur exilé ayant annoncé de Pile de Saint-Yincent et de Lisbonne, qu’il ne pouvait pas accepter la donation et^qu’il ne receviuit que les sommes atlilbuées à la fa-mille impériale par le vote du Parlement (déjà, en 1871,
D. Pedro II avait refusé une somme im portante que les chambres voulaient voler |Xiur son premier voyage en Europe), cl, d’autre part, le vicomte d’Ouro-Prelo ayant, dans un manifeste publié à Lisbonne, déclaré aue 1). Pedro II n’avait pas abdiqué et que ses droits sunsislaient tant que îa nation, librement consuUée,n'ovait pas confirmé, par ses représentants, l’avènement de îa République, le gouvernement provisoire {décretduSO décembre)rapporla ses premières décisions, suspendit le payement delà liste
civile à partir du 15 décembre, et prononça le bannissement de la famille impériale, laquelle devra vendre dans le délai de deux ans tous les immeubles qu’elle possède au Brésil.
La République lut jiroclamée sans résïsfîmce dans lûiifes les provinces du Brésil, et, après le départ de la famille impériale, les principaux chefs des partis monarchiques, libéi'aux ci conservateurs, conseillèrent publiquement à leurs partisans de respecter les faits acconqilis, en acrepEaul le.noiiveau régime, et de collabore i avec ïe gouvernement provisoire au main lien de l’ordre et à la réorganisation politique du pays.
Les assemblées législatives provinciales (20 nov,), de même que plusieurs chambres municipales, furent dissoutes. Un décret a réglé, en les étendant, les attributions des gouverneurs des Etats (20 nov.); un autre a conféré le droit de vote à fous les citoyens brésiliens jouissant de leurs droits civils et politiques et sachant lire et écrire (19 nov.). Par un décret du Î3 décembre, tous les étrangers résidant au Brésil le 15 novembre 1889 sont considérés comme Brésiliens, s’ils ne déclarent pas vouloir rester étrangers, et il en sera de même, après deux ans de résidence, pour tous les étrangers qui arriveront désormais au Brésil ; les étrangers naturalisés auront accès à toutc.s les places, excepté celle de président de la République. Le 2 décembre, une commission de cinq membres a été nommée pour préparer un projet de Conslitution, et, par décret du 20 décembre, l’élection des députés à l’assemblée constiUiantc, qui doit donner à la République fédérale des États-Unis du Brésil sa Constitution, a été fixée au i5 septembre 1890; le gouvernement provisoire a motivé ce délai, qui paraît long, parla diffreuïté des communications avccrintérieui et par la nécessité d'organiser le régime électoral en dressant les listes d’électeurs dont le nombre devient considérable par suite des décrets tlu 19 novembre et du 15 décemore; le meme délai avait été jugé nécessaire pendant l’Empiie après les dernières réformes électorales. Les élections seront faites pai' scrutin de liste dans chaque État et la Constituante devra commencer ses travaux le 15 novembre 1890. M. Ruy Barbosa et, à son défaut, M. Botelho de HkgalliSes ont . été désignés par décret pour remplacer, au besoin, le chef du gouvernement provisoire.
L’effectif de l’armée a été augmenté (décret du 14 déc.). 11 était de 1 558 officiers et 16 616 sous-officiers et soldats (voir page 43 du Brésil) : il sera dorénavant de 24 877 sous-officiers et soldats, ce t[ui élève à environ 27 000 hommes reffectif en temps de paix. En même temps le gouvernement a décidé que la garde nationale ne se réunirait que pour une revue annuelle.
D’apres les derniers télégrammes, la liberté des cultes et le mariage civil ont été décrétés (janvier 1890).
Outre la famille impériale, trois hommes politiques apparlenant au parti libéral ont été, les deux première bannis, le troisième exilé (décret du 20 déc.) i le vicomte de OurO'Pi'eto, qui se trouvait déjà en Europe, et qui a été le dernier président du conseil de D. Pedro II; le conseiller Carlos-Alfbnso de Assisî Figuciredo, aiicicu ministre et membre de la Chambre des députés dissoute ; et le conseiller Silveira Martiiis, ancien sénateur et ancien ministre.
Le 18 décembre, des soldais dhin régiment d’artillerie SC sont aineulés à Bîo de Janeim séduits, dit-on, |>ar quelques hommes politiques. L’écliauRoiirée ne paraît pas avoir eu d’importance. Elle a provoqué les mesures de rigueur déjà indiquées, prises par le gouverDénient en date du 20 décembre, et un décret du 23 décembre déclarant que les individus qui conspireraient contre la République et son gouvernement, et que tous ceux qui, par des paroles, des écrits ou des actes, conseilleraient ou chercheraient à provoquer la révolte des citoyens ou rindisclplînc militaire, seraient jugés par