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CHAPITRE XXV

Par M. M.-J. ALVES BARBOZA

La force navale active du Brésil se compose présentement de : 10 cuirassés de différentes catégories, 5 croiseurs, 3 navires pour l'instruction pratique des matelots, 1 navire pour l'artillerie et les torpilles, 2 transports de guerre, 15 canonnières pour la navigation fluviale, 8 torpilleurs de première et de deuxième classe, et de différentes embarcations moins importantes.

L'organisation actuelle de l'escadre brésilienne comprend : une division de croiseurs et d'autres bâtiments à vapeur ; une division de cuirassés ; des flottilles pour le service spécial des fleuves et des frontières de l'Amazone, du haut Uruguay et de Matto-Grosso.

Outre cette force, dont l'armement effectif est complet, l'arsenal de marine de Rio-de-Janeiro est entrain de construire un croiseur de première classe, en acier, trois canonnières en acier pour la navigation fluviale, et plusieurs autres embarcations, telles que chaloupes, remorqueurs, etc.

Le gouvernement a l'intention d'augmenter les forces navales du pays et de les réorganiser selon les exigences de la tactique moderne. Le parlement a même voté dernièremnt des crédits supplémentaires dans ce but. Mais, dès aujourd'hui, le gouver-

1. Capitaine de corvette de la marine impériale du Brésil, en mission du gouvernement en Europe.

nemenl dispose de cinq arsenaux, situés dans les provinces de Para, Pernambuco, Bahia, Rio-de-Janeiro et Matto-Grosso. Le plus importanl de ces établissements, esl sans contredit, relui de Rio-de-Janeiro, qui s'est beaucoup développé depuis la guerre que le Brésil eul à soutenir contre le Paraguay.

A l'époque de cette guerre, l'arsenal de Rio construisit, avec une rapidité étonnante si l'on Lient, compte des ressources donl il disposait alors, plusieurs monitors et divers petits cuirassés pour neuves, qui furent autant d'auxiliaires précieux pour l'organisation de l'escadre d'opérations.

Le service technique de l'arsenal de Rio se trouve réparti entre quatre directions, professionnellement distinctes, mais subordonnées administrativement à l'inspection générale de l'établissement. Ces quatres directions sont les suivantes : construction navale, machines, artillerie et torpilles, On y a annexé une section supplémentaire pour les travaux civils, militaires et hydrauliques du ministère de la marine.

La direction des constructions navales embrasse la totalité des travaux nécessaires à la fabrication de la coque des navires et deleurs accessoires, et elle a sous ses ordres des ateliers de charpentiers, de menuisiers, de calfats, de chaudronniers, tourneurs, forgerons, serruriers, etc.

L'arsenal possède, pour la construction des navires de haut tonnage, 3 grands chantiers et d'autres moins importants pour la construction des embarcations plus petites. Pour les réparations, il possède divers chantiers de radoub et deux grands docks à sec, ou peuvent être reçus des navires du plus fort tonnage.

Pendant longtemps on n'y construisait que des navires en bois. Mais, tout récemment, on s'y est mis en état de construire des navires en fer et en acier, et cette transformation rapide fait le plus grand honneur à l'intelligence et aux aptitudes professionnelles du personnel de l'arsenal. En moins de deux ans, on y créa de nouveaux ateliers pour les constructions métalliques, ses ouvriers s'adaptèrent avec une facilité merveilleuse à cette évolution, et plusieurs navires en fer et en acier purent, dès lors, cire mis sur chantier avec succès. En ce moment, l'arsenal construit un croiseur de première classe, en acier, YAlmirante Tamandaré, qui aura 4.500 tonnes de déplacement.

La construction des navires en bois n'en a pas moins continué, soit à Rio, soit dan-- les arsenaux de province. Ces navires peuvent soutenir la comparaison avec les meilleurs fabriqués en

Europe, au point de vue de la solidité et de l'élégance. On sait, d'ailleurs, que nul pays au monde ne possède une variété plus grande de bois pour la construction navale.

Comme spécimens de navires en bois construits récemment par l'arsenal de Rio, on peut citer le croiseur de deuxième classe Almirante Barroso, de 2.000 tonnes de déplacement et d'une force collective de 2.400 chevaux. Ce croiseur effectue en ce moment un voyage de circumnavigation et il faut espérer qu'il fera escale dans quelque port français pendant l'Exposition universelle.

La direction des constructions navales a encore sous ses ordres les travaux des digues, chantiers de radoud, la livraison des bois, etc.

La direction des machines est chargée des réparations et des améliorations de toutes les machines et engins des établissements maritimes et de l'escadre, de même que de la construction des moteurs pour les navires moyens et petits. Ses ateliers ne sont pas encore assez bien outillés pour la préparation des grandes machines modernes. Néanmoins elle possède déjà des fonderies, des forges à vapeur et divers corps d'ouvriers spéciaux.

Parmi ses travaux les plus remarquables on peut citer : le moteur de la force de 2.400 chevaux, construit pour le croiseur Almirante Barroso ; la machine de 600 chevaux faite pour la canonnière en acier Marajô ; et d'autres machines construites pour des remorqueurs, des chaloupes, etc.

Il faut regretter que le Brésil, possédant des richesses minéralogiques exceptionnelles et, en particulier, des mines de fer connues et faciles à exploiter, soit encore tributaire de l'étranger sous ce rapport. En effet, son industrie navale et mécanique achète presque toute sa matière première au dehors, et c'est là certainement une des raisons qui contribue le plus pour retarder chez nous les progrès de la construction navale métallique. Un autre inconvénient, le défaut de bons ouvriers travaillant à des prix raisonnables, est en train de disparaître : le grand courant d'émigration européenne qui se dirige vers le Brésil depuis deux ans, permettra sans doute d'avoir une main-d'œuvre plus habile et moins chère.

Le gouvernement paraît décidé à donner un grand essor à la production du fer. Il possède à Ypanema, dans la province de San-Paulo,une fabrique de fer qu'il suffira de doter d'un outillage perfectionné et de ressources matérielles indispensables, pour qu'elle soit en état d'approvisionner tous nos arsenaux, en deve-

iianl (Mi même temps une source de recettes fructueuses pour le Trésor public. Dès aujourd'hui, Le fer sorti de L'usine d'Ypanema peut être comparé, comme qualité, au meilleur fer de provenance étrangère. Cependant l'usine n'en produit qu'en petite quantité, pas même assez pour les besoins de l'arsenal de Rio, et le prix du transport est tel que ee fer revient à un prix supérieur an fer similaire de provenance étrangère. D'ailleurs, le travail de M. Henri Gorceix., publié an commencement de ce livre, donne des détails précieux sur les mines de fer an Brésil, et nous renvoyons le lecteur à celte belle étude technique.

La direction d'artillerie de l'arsenal de Rio a à sa charge différents ateliers pour la construction et la réparation des armes portatives et pour la préparation des produits pyrotechniques el antres destines à l'escadre. Nous n'avons pas encore de fonderie pour les canons de gros calibre ni pour la fabrication des mécanismes modernes destinés à leur manœuvre. Cependant, le gouvernement se préoccupe de cet état de choses, el il semble disposé à introduire chez nous ces améliorations, réclamées par L'augmentation progressive de la force navale de l'empire.

Désireux: de suivre les progrès de l'armement des escadres modernes, le gouvernement a créé récemment une direction spéciale de torpilles, dont les ateliers sont convenablement montés, et qui a à sa charge la fabrication, l'entretien, la réparation et les expériences de torpilles et de mines sous-marines.

Outre ces travaux se rapportant à la construction et à l'armement des navires, l'arsenal de Rio se livre à d'autres travaux accessoires, pour lesquels il dispose du personnel et du matériel indispensables. Il entretient également des cours pour l'enseignement professionnel des ouvriers qu'il emploie, et pour l'instruction technique des mécaniciens destinés a la marine nationale.

Les arsenaux de marine des autres provinces sont moins bien montés que celui de Rio, dont ils ne sont guère que les auxiliaires. Cependant, ils tendent à s*1 développer, et les arsenaux de Paré et de Matto-Grosso, surtout, paraissent appelés à prendre une grande importance, à cause de leur situation géographique, qui les oblige à pourvoir aux besoins des llotilles spéciales employées à faire Le service de leurs frontières. Le développement de ces arsenaux de province aura pour résultat, en décentralisant le service, de permettre à l'arsenal de Rio-de-Janeiro de consacrer toute son activité aux grandes constructions navales.

Ces arsenaux de province, et, en particulier, celui de Bahia, ont déjà exécuté quelques travaux remarquables, au nombre desquels on peut citer quelques petits navires pour la navigation fluviale et pour l'instruction des matelots. Cependant, aucun d'eux n'est encore outillé pour les constructions métalliques de quelque importance.

Pendant l'année 1887-88, l'arsenal de marine de Rio-de-Janeiro a eu un personnel de 3.500 à 4.000 employés de toute catégorie, et ses quatre directions ont exécuté des travaux d'une valeur de 1.800. 400.000 réis, ou environ 4.500.000 francs, répartis comme il suit :

Direction des constructions navales. 1.272. 700. 000 Réis.

des machines 372.500.000

— de l'artillerie 120.300.000

— des torpillles, 83 . 000 . 000

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