‹ Le bresilien comedie en un acte melee de chantChapitre 12 sur 33 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MICHELINE, RAFAELl.

RAFAELI, se levant et allant au-devant de Micheline.

Cette chère mignonne!...

MICHELINE

Cette belle adorée !... (Elles s’embrassent )

RAFAELI. Elles redescendent et s'asseyent sur le canapé *.

On ne vous voit plus!... Vous devenez d'un rare...

MICHELINE

Oui... dans la journée, je répète...

Et le soir?

MICHELINE

J’étudie le Misanthrope.

RAFAELI.

Vous avez un rôle dans la Revue?

MICHELINE

Oh ! peu de chose!...

* Rafaëli, Micheline .

Quoi encore?...

Une phrase...

RAFAELI.

MICHELINE

RAFAELI.

Vou3 y serez charmante !

MICHELINE

Vous êtes bonne pour moi.

RAFAELI.

Mais qu’elle est donc jolie !...

MICHELINE

Jolie... près de vous... vous allez vous taire... (Elle» s’embrassent.)

RAFAELI.

Mais que m’a-t-on dit : vous allez quitter le théâtre?

MICHELINE

Oui, on me fait des propositions à Pétersbourg?

RAFAELI. #

Quelles propositions ?

MICHELINE

Un engagement superbe : cent roubles argent par soirée...

RAFAELI.

Après le spectacle ?

MICHELINE, sonnant.

Ah! la méchante! la méchante!

RAFAELI, tendrement.

Bah ! cela ne nous empêche pas de nous aimer.

MICHELINE

Non! mon joli démon!

Cher ange! va ! En tous cas, vous ne quitterez pas Paris avant un mois ou deux, et l'on vous verra au bal que donne le théâtre ?

MICHELINE

Certainement.

RAFAELI.

Comment serez-vous?

MICHELINE

En hiver prématuré... un costume charmant et très-léger.

RAFAELI.

Quel costume ?

f CÈNE IX.

MICHELINE

Un peu de feuillage, très-peu, parce que l’automne est fini... et de la neige... pas beaucoup, parce que l’hiver commence à peine.

RAFAELI.

Oh! mais voilà un costume qui ressemble un peu au mien.

MICHELINE

En quoi serez-vous donc, vous?

RAFAELI.

En printemps qui s’avance.

MICHELINE

Et vous aurez ?

RAFAELI.

Delà neige pas beaucoup... parce que l’hiver est fini... un peu de feuillage... très-peu... parce que le printemps est à peine commencé.

MICHELINE

En effet... cela a quelque rapport...

RAFAELI.

C’est absolument la même chose.

MICHELINE

J’en suis ravie quant à moi. Ce sera très-original.

RAFAELI.

Nous serons deux sœurs.

MICHELINE

En vérité 1... je suis bien contente de vous trouver si gaie... je ne m'attendais pas... * (Elles se lèvent et descendent.)

RAFAELI.

A quoi ne vous attendiez- vous pas?

MICHELINE

Mais ce qu’on dit n’est donc pas vrai?

Que dit-on, petite belle?

MICHELINE

On raconte que M. de Blancparlout, qui autrefois ne sortait pas de chez vous, a tout d’un coup cessé d’y paraître.

RAFAELI, négligemment.

En effet, j’ai été forcée de lui fermer ma porte.

MICHELINE, surprise.

Vous avez été forcée de...

* Micheline, Rafaëli.

RAFAELl.

Absolument forcée!...

MICHELINE

Vous m’étonnez...

BAFAELI.

Que voulez-vous?... J’ai certainement beaucoup d’affection pour M. Blancpartoul... mais Acapulco est si jaloux, si violent...

MICHELINE

Aca...

RAFAELl.

Pulco !

MICHELINE, vivement.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

RAFAELl.

C’est le prince!...

MICHELINE

Quel prince ?

RAFAELl.

MICHELINE, avec éclat.

Il y en a un ?

RAFAELl, très-doucement.

Il y a celui dont vous avez parlé à M. de Blancpartoul, cher petit amour!

MICHELINE, avec embarras.

Moi? mais vous vous trompez... Jamais je n’ai parlé !...

RAFAELl.

Allons! allons! ne vous en défendez pas; vous m’avez rendu un grand service.

MICHELINE

Un grand service !...

RAFAELl.

Certainement! Je ne savais comment dire à M. de Blancpartout... Vous vous êtes chargée de lui dire à ma place... et très-nettement, il paraît! Je vous en remercie.

MICHELINE, troublée.

Je n’en reviens pas.

RAFAELl, avec tendresse.

Laissez-moi vous embrasser encore... vous ne voulez pas?

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