Le budget [microforme]
M. HENRI BOURASSA (Labelle): M. le Président, je n’ai pas l'intention de parcourir dans toute sa longueur et dans toute sa largeur—je n'ôse dire dans toute sa profondeur—le discours que nous avons entendu, avant la suspension de la séance, tomber des lèvres de l’honorabie député (M. MeNeill) qui a recu le titre de père de l'empire. Le genre d'éloquence patriarcale dont s’est servi, aujourd'hui, l'honorable député, lui mérite un titre plus vénérable encore: appelons-le le grand-père de l'empire.
de consommation provenant des Etats-Unis ou de n'importe quel autre pays.
Il y ax quelques semaines, j'ai cru devoir voter contre uue proposition soumise par mon honorable ami, le député d'Halifax (M.
Russell), J'ai causé, je crois, un certuin scandale dans les cercles politiques--si toutefois je puis encore être une pierre de scandale dans ces régions. Si j'ai voté ainsi, ce n'est pas que je sois opposé au tarif de faveur vis-à-vis de l'Angleterre. Non; et je viens de le prosver ; mais cette résolution
Je ne prétends pas être une autorité sur | me semblait manquer d'opportunité, n'avoir le terrain un peu indécis où la discussion | pas même sa raison d'être, Elle ne comdu budget s'est portée. Ce débat a d’ail-| portait qu'une déclaration académique qui, leurs occupé si longtemps l'attention de la | dans les circonstances, me semblait totale- Chambre, qu'il est vraiment difficile à un | ment inntile, Le tarif de faveur de 1897 est député aussi peu expérimenté que moi, de | hon ou mauvais. S'il est bon, la résolution traiter chacune des questions soulevées. Je | platonique que ie gouvernement n jugé à me contenterai de dire un mot de Ja !propos d'appuyer ne le rendait pas meilleur; question qu'on peut considérer comme pri- | s'il est mauvais, cette résolution ne l'amémordiale dans ce débat ; je veux parler du |linrai: pans. tarif de faveur que le gouvernement a ac- Mais la raison principale pour laquelle cordé à l'Angleterre en 1897, et qu'il accroît | j'ai voté contre la résolution de l'honorable aujourd'hui dans une certaine proportion. | député d'Halifax, c'est qu'elle était imbue
11 y a trois ans, J'ai voté avec satisfaction | dans son esprit et dans ses termes d'un princette faveur de 25 pour 100 offerte par l'ho-| elpe que je n'approuve pas, et aussi parce norable ministre des Finances (M. Fielding) | qu'elle ax reçu de la part de son auteur une au commerce anglais, J'étais mû par un )!signification impérialiste que je ne pouvais motif bien simple et conforme, je crois, ! accepter, Je n'ai pas besoin de dire, M, le aux principes politiques que J'ai pro-| résident, que je suis l'adversaire de l'hmfessés et que Je professe encore: c'est | périalisine, J'ai parlé et voté assez netteque cette diminution représentait un aflè- | ment, je crois, Et anses longtemps que mes gement des taxes douanières imposées au | commettants me garderont leur confiunce, consonumateur canadien, Dans l'étude de la | fe conserverai jiel l'attitude d’un citoyen proposition que le gouvernement nous sou- | ennadien, l’attitndo d'un représentans du uet aujourd'hui, je me place encore au point | peuple canadien, J'appuierai toute mesure de vue exclusivement canadien. Pour Ja | propre À promouvoir les intérêts du peuple
même raison, si la situation le permettait, | du Camnda, et je m'opposerni À toute mesure j'appuierals aussi volontiers toute proposition du gouvernement tendant à | les impñts qui peuvent frapper les articles
| tendant à modifier la constitution de notre pays on nos relntions vis-à-vis de l'Angle:
terre, à moins que l'on n'étahlisse clairement
| où l'on veut eu venir avec cette politique | lire la déclaration que vient de faire M.
impérialiste, Pour la inème raison, je me propose, ce soir, de donner mou vote contre
| Walter Griffiths, député de l'Australie du Sud, Ce monsieur est en ce moment à Lon-
l'amendement souniis par l'honorable leader | dres, occupé à surveiller l'adoption du “Com-
de l'opposition, lequel, à un moindre degré, | monwealth Bill” par la Chambre des Com-
est aussi entaché de cette teinte impérialiste. | munes. Je traduis du New-York Herald : J'admets que l'impérialisme est À la mode.! La patience de l'Australie est usée jusqu'à la
C'est la vague du moment ;—et les hommes!
politiques qui, sciemment ou inconsciem- | ment, aiment à suivre le courant, se laissent porter par la vague sans même savoir à quels rivages elle les jettera,.
Je dois dire immédiatement que je n'ai pas de reproches à faire à mon honorable ami, le député d'Halifax. Je comprends parfaitement la position dans laquelle il se trouve, J'ai reçu il y a quelques jours.— comme probablement ja plupart des députés l'ont reçu.—le rapport de la chambre de commerce d'Halifax pour l'année 1899. Les conclusions de ce rapport sont variées, Le premier paragraphe est consacré au commerce des nouveautés ; le deuxième, aux épiceries en gros ; le troisième, aux ferronneries ; le quatrième traite de notre commerce avec les Indes Occidentales ; le cinquième et dernier paragraphe proclame l'unité de l'empire et se termine par la petite pièce de vers que voici :
Britain's myriad voices call :
Sons be welded each and all
Into one Imperial whole
One with Britain, heart and soul,
One life, one flag, one fleet, one throne.
On passe ensuite au commerce des poissons séchés,
Quand un corps composé d'hommes d'affaires, chargés de s'occuper de questions de commerce, en est rendu à intercaler dans son rapport des vers aussi lyriques, je comprends dans quelle position se trouve placé le malheureux député qui a l'honneur de représenter ici une ville aussi poétique.
J'avoue que je ne m'inquiète pas outre mesure de ces déclarations enthousiastes, en vers ou en prose, et souvent même en prose où les vers se sont mis, Car cette répétition de chaque jour et de chaque heure ne peut avoir pour effet que d'opérer une réaction,
En Suède et en Norvège, on soumet les personnes atteintes de dipsomanie à un régime homéopathique. On impose à ces malheureux l'obligation de ne manger et de ne boire que des aliments et des breuvages saturés d'alcool, Cela les amüse beaucoup au commencement ; mais il vient un moment où cette absorption constante d'alcool les dégoûte à tel point qu'ils ne peuvent même sentir l'odeur de l'alcool. Ils sont guéris pour le reste de leurs jours,
A l'heure actuelle, les corps publics, les parlements, les conseils municipaux, les associntions de commerce et de banque, enfin partout où deux ou trois ou cent impérialistes se rencontrent, Îls traduisent leur en:
thousiasme en vers ou en prose, Une réaction devra bientôt s'opérer, Elle n déjà commencé en Austrnlle, On me permettra de
corde au sujet de ce projet de fédération Nous avons dépensé trop de temps, de réflexion et d'argent au perfectionnement de ce projet, que notre peuple a ratifié, pour tolérer la moindre taquinerie de la part de Doning Street ou de Westminster, Nous n'avons pas l'intention de permettre que notre constitution serve À ratifier cette notion fausse qu'il est nécessaire à l'Australie de bâtir son nid sous les ailes de l’Angleterre ., ,..
Nous sommes fidèles à la mère patrie, mais notre loyauté doit être absolument volontaire ; le moindre soupçon de force compulsoire éloignerait notre veuple de l'empire sans rappel possible, et le résultat, c'est que les Etats- Unis d'Australie, une république conçue d'après le modèle américain, prendiraient rang parmi les puissances indépendantes du globe . . . . Nous ne pouvons accepter aucun arrangement qui nous force à assumer tous les fardeaux et les responsabilités de l'Angleterre, Nous aimons la mère patrie et nous ferons tout ce qu'il est raisonnable d'accomplir pour la défendre dans ses tribulations, mais notre position et nos ressources nationales sont telles que nous devons refuser d'entrer dans une voie qui nous priverait de notre liberté d'action en présence de toute circonstance éventuelle.
Ici, la réaction sera plus lente ; et la cause principale de ce retard, c'est cette question de race que l'on soulève À tout propos et, je pourrais dire, la plupart du temps hors de propos. Un certain nombre d'hommes politiques d'origine anglaise et un certain nombre des partisans de l'administration se croient obligés de faire de la loyauté pour coutrebalancer ce que l'on appelle l'infidélité des Canadiens-français. D'un autre côté, certains Canadiens-francais se croient obligés, pour détourner les attaques qu'on pourrait lancer contre eux, de prendre part à cette course au clocher et de devancer leurs concitoyens anglais dans la voie du loyalisme à outrance, De la sorte, les C'anadiensanglais arrivent à confondre la fidélité À la Couronne britannique avec le ‘ jingoïsme,” et les Canadiens-français, la platitude avec la conciliation.
Néanmoins la réaction se fera ; et je ne crains pas d'affirmer qu'elle sera plus prompte et peut-être plus violente dans les provinces anglaises que dans celle de Québec, parce que nos concitoyens anglais devront revenir de plus loin. Nous en avons déjà certains indices, Il y a quelques semaines, l'Association des manufacturiers donnait un banquet à Toronto, Certains de ces mes:
sieurs, après s'être, À l'exemple de leurs concitoyens de la chambre de commerce de Halifax, prononcés en faveur de l'unité de l'empire, après l'avoir chantée en vers et en prose se sont dit: ‘Tout cela c'est bon mais revenons sur le terrain des affaires, Nous sommes, très loyaux, nous voulons b'en l'uuité de l'empire mais À coudition que cela
be nous coûte pus grand'chose.” Et déjà ces messieurs se sont prononcés contre la politique du gouvernement parce qu'elle est à leurs yeux trop impérialiste et pas assez favorable aux intérêts canadiens.
Je crois pouvoir aire, Monsieur le Président, que la proposition soumise par l'houo-
rable chef de l'opposition (sir Charles Tup- |
per) découle de ce courant d'opinions et qu'elle est conçue dans lé même esprit que les discours prononcés à Toronto devant l'Association des manufacturiers,.
L'honorable leader de la gauche, malgré son Âge avancé et ses fortes convictions, est l'homine politique le plus souple et le plus apte à tourner de tous côtés et sur Juiiumêne qu'il soit possible de trouver parmi nous, Il est allé tout récemment dans la pro-
vince de Québec prononcer deux discours |
presque anti-impérialistes, L'honorable député (sir Charles Tupper) ie disait l'autre jour qu'il ne voulait pas
Evidemment, !} nous est impossible d'entrer de plein pied et sans préparation dans la vole du libre-échange, même s'il devait se limiter aux produits manufacturés sur le sol britannique. D'abord, en adoptant le libreéchange entre l'Angleterre et ses colonies, uous mettrions un certain nombre de nos industries à la merci des manufacturiers anglais qui peuvent pr'duire dans des conditions beauconp plus avantageuses que les nôtres, De plus, nous placerions virtuellement sous le contrôle de l'Angleterre nos relations commerciales avec les pays étrangers. Nous devons tendre au contraire de plus en plus vers le contrôle exclusif et Indépendant de notre politique douanière et de nos relations avec tous les pays du monde, C'est là, si je ne me trompe, l'un des principes que le parti libéral a proclamés avec le plus de persistance pendant longtemps, J'espère que nous n'avons pas encore renié celui-ci comme tant d'autres,
de moi dans son parti Entre lui et moi |
la comparaison n'est pas égale vu sa longue carrière et la position qu'il occupe ; mais on me permettra de dire que je ne veux pas de lui dans les rangs des adversaires dr l'impérialisme, Son expérience est plus longue que 1 mienne : mais dans la voie de l'anti-imipérialisme, il est plus jeune que moi et j'ai droit de lui dire que 3on zèle nouveau ne me dit rien qui vaille.
J'admets que cette résolution de f’honorable chef de l'opposition est moins sentimentale que celle de l'honorable député d'Halifax (M. Russell). Elle £ une apparence plus pratique ét plus conforme aux intérêts canadiens, Elle est moins impérialiste que celle de l'honorable député d'Halifax, mais elle est peut-être encore plus inopportune, Elle a moins sa raison d'être que l'autre, En tout cns, elle a recu sa réponse, nette et sèche, du prophète de l'impérialisme Vingt-quatre ou quarante-huit houres aprè que l'honorable chef de l'opposition eût souis sa proposition, M. Chamberlain à déclaré publiquement que nile gouvernement anglais ni le peuple de la Grande-Bretagne ne voulaient une mesure de réciprocité commerciale avec les colonies, à moins qu'elle ne fat basée sur le principe du Hbre-Cchange entre toutes les possessions britanniques, C'est IA de l'admets, la solution la plus avantageuse de ce problème au point de vue de l'Angleterre:
mais je n'ai pas besoin d'ajouter que la suggestion du secrétaire des colonies est absolument inacceptable au Canada, Je ne nie pas que sa théorie ne renferme une grande idée ;: mais cette théorie, toute grandiose qu'elle soit, est irréalisable Îci, au moins dans les circonstances actuelles, Le Canada, sous le régime conservateur, a adopté une politique de protection à outrance, Sous le régime actuel, un parti politique ayant fait profession de libre-échangisme ou tout au moins de tendances vers le libre-échange, s'est vu forcé de conserver dans une large mesure le tarif protectear adopté ‘par ses prédécesseurs.
M. BERGERON : Ecoutez ! écoutez !
M. BOURASSA : Ii me semble que le Canada—qu'on lui donne le nom de colonie ou de pays libre rattaché à l'Angleterre par uu lien léger—x les ressources voulues pour contrôler sa politique fiscale et ses relations commerciales avec les pays étrangers, Notre politique fiscale doit être faite par le Canada et pour le Canada, dans l'intérôt du consommateur et du producteur canadiens,
Nécessairement, lorsque nous faisons des arrangements commerciaux avec l'Angleterre on avec d'autres pays, je comprends que nous devons faire certains sacrifices si uous voulons obtenir des concessions réclproques, Nous avons déclaré aux Etats- Unis que nous ne ferions aucuns sacrifices, à moins qu'ils n'en fissent autant ; je serais disposé à tenir le même langage envers l'Angleterre, Cependant, la différence est énorme, Les Etats-Unis sont nos voisins immédiats : les prodnits américains oùit une grande facilité d'accès à notre marché. Les produits anglais sont beaucoup plus éloignés et le coût de transport, seul, doit suflire À nous permettre de Giminuer les droits qui les frappent senns attenter aux intérûts vitaux des producteurs canadiens
J'ai dit que le Canada doit avoir une palltique fisonle exclusivement : canadienne, Qu'elle s'appelle aujourd'hui protection modérée ou tarif de revenu: qu'elle soit, dans dix ou vingt ans, le libre-échange partiel ou absolu, peu importe, pourvu qu'elle soit tou-
jours inspirée par le souci exclusif de sauvegarder les intérêts onnadiens, C'est pourquoi je n'ai pu accepter la proposition de l'honorable député d'Hallfax et que je refuse aujourd'hui d'appuver celle du leader de l'ophosition, Je repousse nbsolument l'idée qu'une politique fiscale doit être adoptée par cêtte Chambre afin de favoriser ln Grande.
Bretagne ou de resserrer Jes liens qui nous unissent à l'Angleterre, Nous ne sommes {pas let pour voter des Jols dans l'intérêt de
ie
la Grande-Bretagne. Le peuple anglais a ses institutions libres ; il est capable—et il le prouve depuis longtemps-—de se gouverner seul. Je dis donc que tout homme public canadien qui se placerait au point de vue des intérêts anglais plutôt qu'à celui des intérêts canadiens n’accomplirait pas sa mission. I1 serait indigne du mandat que le peuple canadien lui confie.
Quant à notre attitude vis-à-vis des Etats- Unis, M. le Président, un esprit d'hostilité se manifeste aujourd'hui à l'égard de nos voisins—ou plutôt, ce sentiment d’hostilité, qui a toujours existé, s'étend de plus en plus, Je reconnais que les Etats-Unis en sont eux-mêmes la cause principale, Je sais qu'il existe chez eux une école d'exclusivisme qui cherche, aux périodes électorales, à raviver les préjugés américains contre le Canada. Le parti tory a joui ici pendant longtemps du monopole de ce genre d'exclusivisme, s'éflorçant d'entretenir les préjugés du peuple canadien contre les Etats- Unis. Et, chose étrange, une certaine fraction du parti libéral semble aujourd'hui vouloir accentuer cette tendance après avoir, pendant longtemps, prûché une politique de conciliation excessive à l'égard de la République,
Mais lorsque nous discutons les faits, lorsque nous étudions sérieusement la politique de nos voisins, !l serait absurde de prétendre que les hommes d'Etat américains sont mus par, un sentiment d'hostilité contre le Canada, se crois que c'est une proposition qu'on ne peut soutenir parce qu'elle est absolument enfantine. Il est un fait d'ailleurs que nous ne devons pas oublier: quelle que soit notre politique fiscale, quelles que soient nos relations actuelles avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, la république voisine continue et continuera d'être notre maruh6 naturel. C'est d'ailleurs ce qu'a déclaré à plusieurs reprises l'honorable ministre du Commerce (air Richard Cartwright) qui jouit à juste titre d'une antorité incontestable sur ces matières, D'autre part, nous sommes et nous resterons nécessairement au nombre des clients les plus importants des producteurs américains, Nous pouvons, par notre politique douanière, modifier plus ou moins cette situation naturelle; mais croire
que nous supprimerons complètement les |
barrières que la nature à établies et que nous en construlrons de nouvelles qui changeront le cours du commerce est une chimère,
Nous pouvons nous croire puissants, nous ne |
le sommes pas encore À ce point. L'œuvre du Créateur: est plus forte que relle des impérialistes, telle même que la conçoit l'honorable député de Bruce (M. MeNeill), Nous
Et aux Américains: ‘ Le jour où vous voudrez nous rencontrer sur un ter:1in commun.
nous serons préts À vous tendre la main.” N'allons pas développer un sentiment britannique exagéré qui nous créerait des 0bstacles le jour où nous pourrons avartageusemerct développer nos relations comierciales À l'étranger.
En résumé, tous les peuples du monde, grands et petits, riches et pauvres, puissants et faibles, se laissent guider’ par leur intérét, Ies Etats-Unis ont orienté leur politique au point de vue de leurs intérêts natioaux; l'Angleterre en fait autant: pourquoi la politique canadienne ne serait-elle pas inspiré. par l'intérêt du Canada ?
Un préjugé aussi ridicule que celui que l’on soulève contre les Etats-Unis, c'est de faire croire au peuple canadien que le consommateur anglais achète nos produits parce qu’il nous aime beaucoup, parce que nous agitons le drapeau anglais à tous les vents, parce que nous chantons “ God save the Queen,” parce que nous avons envoyé les nôtres en Afrique verser leur sang au service d'une cause qui ne nous intéresse nullement. Je sais que le sentiment est un facteur puissant dans la vie des peuples, mais ignorer le mobile de l'intéret serait une erreur profonde. Il surgit des circonstances où le sentiment domine, mais la réaction ne tarde pas à se produire.
Le peuple anglais achète de plus en plus les produits canadiens, parce qu’ils sont meilleurs, qu'ils lui parviennent plus rapidement qu'autrefois et qu’ils lui conviennent davantage, Jnvoyez, tant que vous voudrez, des hommes combattre en Afrique ; dépensez
autant d'argent qu'il vous plaira pour l’An-
gleterre,—si nos œufs sont gâtés, si notre leurre est ranci, le consouunateur ile la Grande-Bretagne n'achètera ni nos œufs ni notre beurre sons prétexte que nous versons notre sang pour lui: Non, le peuple auglah:
se laisse guider par l'intérêt. Je voudrais tout simplement que nous imitions l'exemple qu'il nous donne. fe suis un fidèle citoyen britannique; j'admire profondément le peuple anglais. son régime politique, son génie conumercial. Il me semble que "nous ne saurions faire mieux que d'imiter sa conduite.
Je m'étonne souvent d'entendre les hommes politiques cles deux partis se renvoyer la balle, s'accuser réciproquement de n'avoir pas fait assez pour l'Angleterre, Pendant longtemps, le parti conservateur accusalt l'opposition libérale d'entretenir des idées déloyales, d'avoir des principes en contradiction avec son allégeance britannique, Nous répondions victorleusement—au moins an
ne devons pas adopter une politique basée | noînt de vue de la logique et de la raison— sur un sentiment aussi ridicule que celui | 4üe nous avions une politique canadienne et d'une hostilité préconçue contre le peuple | Que les intérêts du Canada passaient avant
uméricain, Nous devons tout simplement
ceux de l'Angleterre, Je ne veux pas dire
nous placer au point de vue des Intérôts | que depuis que nous possédons le pouvoir, canadiens et dire à l'Angleterre : ‘ Nous | nous avons oublié notre attitude passée ; sousnes prêts À conmercer avec vols, pontvu que vos conditions soient acceptables, ”
mais nous semblons trop souvent demander pardon aux députés de la gauche en disant
6 ed. die dt. di OR 2 2 2 ie, An A |
que nous sommes plus loyaux et plus an. | glais qu'eux, en pr nt que nous avons | fait plus qu'eux pour l'Angleterre et pour | l'Empire. |
Ce que le peuple canadien attend de ses | hommes publics, c'est qu'ils fassent passer ses intérêts avant ceux des Anglais ou des Australiens.
Oz dira que le ton ne fait pas la chanson :
“Pourvu que nous obtenions de l’Angleterre, au point de vue commercial, les avantages que nous en attendons, pourquoi ne pas faire sonner un peu la note sentimentale?” Je reconnais que le ton y fait peu. Il ne faudrait pas cependant pousser le lyrisme jusqu'au ridicule, Je voudrais que le peuple anglais comprit que nous sorimes aussi intelligents, aussi sensés, aussi pratiques que lui. Que voyons-nous aujourd'hui—à ce moment où la presse anglaise a reçu le mot d'ordre de combler les colonies de louanges et de flatteries ? Le Secrétaire des Colonies nous
les uns disent : Lorsque vous avez fait votre tarif, il y a trois ans, vous avez déclaré que vous adoptiez une politique stable et qu’'avant de la modifier, vous lui laisseriez le temps de manifester des résultats probants.
Les industries comptaient donc sur la stabilité du tarif; le commerce a fait ses achats, préparé ses ventes et fixé ses prix croyant que les impôts ne seraient pas modifiés ; et vous venez aujourd’hui, sans prévenir personne, réduire ces impôts. On dit encore :
Aujourd'hui le commerce est prospère, nous pouvons facilement soutenir la concurrence de l’Angleterre ; mais un jour viendra où le commerce sera languissant, où le capital sera plus inquiet et la concurrence plus difficile ; alors les effets de ce tarif se feront sentir et le commerce canadien en souffrira.
A cela on répond: Les deux tiers des droits sont maintenus ; si on ajoute les frais de transport de l’Angleterre au Canada, les frais de chargement et de déchargement, le
tient la dragée haute et nous dit : ‘ Conti- coût du transport par chemin de fer; si
nuez, vous serez récompensés !’” M, Chamberlain ne précise pas quelle sera la valeur où la portée de cette récompense, Lorsque nous abordons le domaine des faits et des chiffres précis, il nous répond : ‘“‘Je suis ministre anglais avant d'être le Secrétaire des Colonies ; si vous voulez une réciprocité, établissez-la d'abord sur une base qui convienne à l’Angleterre.’’
Eh ibien ! tenons le même langage : établissons nos relations avec l'Angleterre et les colonies sur une base favorable d’abord au peuple canadien. Je n'ai pas l'intention de me prononcer sur le degré de ce tarif de faveur et de dire si la faveur supplémentaire que nous accordons cette année à l’Angleterre et qui porte la réduction à un tiers des droits payés, est absolument avantageuse.
Je n'ai pas l'autorité ni la compétence nécessaire pour le faire, Et quand je vois les conclusions des plus vautes autorités aboutir à des résultats si contradictoires, je préfère ne pas donner la mienne. On offre des arguments pour et contre cette diminution ;
avec tous ces désavantages certaines industries canadiennes ne peuvent lutter contre les produits anglais, alors ces industries ne méritent pas d'exister aux dépens du consommateur. Ces raisons me paraissent absolument judicieuses ; et d’ailleurs les motifs qui m'ont fait appuyer la réduction de 25 pour 100 existent encore aujourd’hui. J’appuierai donc la nouvelle diminution proposée par le gouvernemnt, croyant que cette nouvelle réduction bénéficiera au consommateur. Cette raison me suffit pour le moment.
Je ne dirai pas que cette mesure est parfaite, je n’aflirme pas que les résultats prouveront qu’elle est bien inspirée, mais il me semble que les objections qu’elle a soulevées ne sont pas suflisantes. Si d'ailleurs la concurrence se manifestait un jour ou l’autre, il sera toujours temps d’y porter remède.
C'est donc en restant fidèle aux principes défendus par le parti libéral que je voterai contre la proposition de l'honorable chef de l'opposition et que j'’appuierai la politique du gouvernement.