JE PRENAIS LE FRAIS DANS LA CAYE
N voit toujours quand un homme est ivre, on ne voit jamais quand il asoif ; cette réflexion serait la meilleure réponse des ivrognes aux juges qui leui" reprochent de boire avec excès, mais ce moyen de défense ne leur est jamais venu à l'esprit.
On pourrait, il est vrai, leur objecter que l'eau désaltère et ne grise pas, et ce serait l'occasion de leur dire, avec le proverbe : « Croyez cela et buvez de l'eau .» Ce proverbe, ils en avaleront la première moitié tant qu'on voudra; la difficulté, c'est de leur faire avaler la seconde.
— Ce n'est pas parce que c'est de l'eau, disait un
pochard au commissaire de police, devant lequel il était amené par un locataire de sa maison au préjudice duquel il a vole un certain nombre de bouteilles devin; l'eau! mon Dieu, je n'en dis pas de mal; c'est très bon pour beaucoup de choses; ce qui me déplaît pour en boire, c'est simplement le goût.
Le Commissaire : Oui, si elle avait le goût du vin, vous en boiriez.
L'Inculpé : Oh \ tout comme un autre; mais c'est fadasse... ça vous donne envie de faire couâ, couâ, couâ... comme les grenouilles.
Le locataire volé estime à une soixantaine le nombre de bouteilles dont il a constaté la disparition, et donne, sur le compte du voleur, des renseignements qui attirent à l'inculpé les réflexions suivantes :
Le Commissaire : Ainsi, vous êtes non seulement un ivrogne, mais aussi un paresseux de la pire espèce; vous avez, perdu votre clientèle, comme' tailleur, et abandonné dans la misère votre femme et vos enfants?
L Inculpé : C'est pas ça : le métier de tailleur, impossible de le faire; je ne peux pas me croiser les jambes.
Le Commissaire : En revanche, vous pouvez vous croiser les bras; vous ne faisiez rien du tout, voilà pourquoi vos clients vous ont quitté.
L'Inculpé : Ça, c'est pas une raison. Napoléon qui a fait beaucoup de choses, est toujours représenté les bras croisés.
Le Commissaire : Vous êtes inculpé d'avoir volé un