‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 111 sur 139 · M. T.,CICERO. Tête adroite · texte numérisé non relu

M. T.,CICERO. Tête adroite

1^ (Module du denier).

ALBRECHT DURER

JOURNAL D*UN YOYAGE FAIT DANS LES PAYS-BAS PENDANT LES ANNÉES 4520 ET ^521.

Le jeudi aprè$ la saint Kilian, moi Albrecbt Durer je suis parti de Nuremberg avec ma femme (4), à mes frais et dépens pour les Pays- Bas, et en passant le même jour par Erlangen, nous allâmes coucher à BaiersdorfT, où nous avons défpesk^ 5 ^. moins 5 A^

Le lendemain vendredi nous sommes arrivés à Forchaeim, etj*aipayé le guide 32 ^.

De là j'allai vers Bamberg, où je donnai en présent à Tévéque (2) une image de la Vierge, la vie de I^otre-Dame, une Apocalypse et une pièce gravée sur cuivre delà valeur d'un florin. Il m'invita à sa table, me donna un laissez-passer pour la douane et trois autres lettres. Il a payé mon logement où j'ai à peu près dépensé un florin.

liêm. J'ai donné six florins en or au voiturier qui me conduit de Bamberg à Francfort.

Item. Mattre Laux (Niclas) et le peintre Hans (5) m'ont payé le vin.

4 pfenning pour du pain, 15 pfenning pour le service.

(1) Il y avait aussi une lerTaiite. Le but de ce voyage était de gagner de Targeot eomme artiste et comme eommerçaot d'objets d'art , mats le résultat n'en fàt pas très-avantageox.

(2) George III, échanson de Limbourg, élu en 1505, mort eo 1532. Proteetenr des arts, il a été peint par Durer.

(3) Il s'appelait Hans VoUlsaDg Katxbeimer, et vivait à Bamberg de 1482 à

4iG LK CABINET

Ainsi je marchai de Baniberg vers Eetman, où j'ai exhibé ma soUbrieff (lettre de douane) ; on me laissa passer sans me faire payer. De là nous allâmes à Zeil. Dans le même temps j'ai dépensé 24 pfenning. Après nous arrivâmes à Hazsfart, où je montrais également ma woUbriêff^ après quoi on me laissa pass^ (1).

J'ai donné un florin dans la chancellerie de l'évéque de Bamberg.

Ensuite je vins vers Theres dans le couvent.

Ensuite nous allâmes vers Rein, où nous avons passé la nuit et dépensé un florin. De là nous allâmes à Mayenbourg.

Ensuite nous arrivâmes à Schweinfurt, où le docteur Jorg Hebart m'invita à sa table et nous donna du vin dans le vaisseau. 40 pfenning pour un poulet, rôti, 48 pfenning pour des gâteaux et pour Tenfant.

Ensuite nous allâmes vers Yolkach, puis nous arrivons à Scbwarzach pour y passer la nuit. Dépense 22 pfenning.

Le lundi, nous nous levâmes de grand matin pour aller à TettelBach, nous arrivâmes.à Kitzing, j'ai dépensé 57 pfenning. De là nqus allâmes à Sulzfeldt, à Marktbreît, à Frickentiausen, à Ochsenfurt, à EuCTelsioHT, puisa Heidensfeldt et à Wûrzbourg. Après nous avançâmes vers Erlapninn, où nous passâmes la nuit, j'y ai dépensé ^ pfenning. De là nous allâmes à Retzbacb, à Zellingens, et nous arrivâmes à Karstadt et de là à Gemûnd, où j'ai déjeuné et dépensé 22 pfenning.

Après nous allâmes à Hochstatt, de là à Lohr et à Neonstadt, où j'ai dépensé 10 pfenning pour du vin et des écrevisses. Ensuite nous arrivons à Rothenfels, où J'ai passé la nnit et dépensé 20 planning. Mercredi matin nous partîmes pour Saini-Ecarig ? nous passons par Heudenfeld , Triiïelstein , Uomburg et nous arrivons à Wertliehn, où je dépense 57 pfenning. Ensuite nous allâmes à Brodselten, passons à Freudenberg et à M ittenberg, où je passe la nuit. Dépensé 64 pfenning. De là nous allons à Klingenberg, à Wortb, à Obemburg et à AschafTenburg, où j'ai dépensé 52 pfenning. Ensuite nous avançâmes vers Selgenstadt et Streinheim, où nous passâmes la nuit chez Johausen qui nous fit ouvrir la ville. et nous traita avec amitié. J'ai dépensé 6 weispfcnning.

Vendredi de grand matin, nous marchâmes vers Kesselstadt et nous arrivons après à Francfort où j'exhibe ma zoUbrieiïpour passer. Je dépense 6 weispfcnning et un bélier et demi. J'ai donné au garçon deux

(1) Cette phrase se répète dans le maDOserit d*Alhreeht Durer è chaque ville qu'il traverse. Cette répétition «At rendu la lecture fatifaDle, et nous avons proféré Is supprimer jusqu'à son arrivée à Franolort.

1)E l'amatkur. 4^7

weispfenning cl pour le souper 6 weispfenning. Jacob Hellcr m'a fait cadeau du vin qu'il a fait porter dans l'auberge. Je me suis arrangé pour aller d'ici à Nayence avec mes effets pour un florin et deux weispfenning. J'ai donné au garçon 5 heller et J'ai dépensé 8 weispfenning pour le souper. Je partis de Francfort, par le coche du matin, le dimanche suivant, et nous arrivâmes à Hoechst, où je montre mazollbriefl' et où je dépense 8 pfenning de Francfort. De là nous partîmes pour Maycnce. J'ai payé un weispfenning pour décharger mes effets, de plus 18 pfenning pour les effets. J'ai fait marché avec un batelier de Cologne pour qu'il m'y menât moi et mes effets pour 5 florins. J'ai dépensé à Mayence xvii weispfenning. Item, Peter Goldschmidt le prévôt m'a fait cadeau de deux bouteilles de vin^ Veit Farnpuhler m'a invité, mais son hôte n'a pas voulu accepter de payement, il voulait me régaler luimême, ils me flrent beaucoup d'honneur. Je quittai donc Mayence, où le Mein conflue avec le Rhin, c'était le lundi après la sainte Madeleine. J'ai donné dix heller pour la viande du bateau, et neuf pour des œufs et des poires. Léonard Goldschmidt m'a donné le vin et la volaille pour le vaisseau jusqu'à Cologne. Le frère du maître Jobsten m'a fait cadeau d'une bouteille de vin ; les peintres aussi m'ont fait présent de deux bouteilles de vin pour le vaisseau.

De là nous partîmes pour Elfeld, où j'exhibe ma zollbrieff, et on me laissa passer gratis, puis nous arrivâmes à Rudesheim. J'ai payé aussi deux weispfenning pour charger mes effets. De là nous allâmes à Chrenfcls, où, nonobstant ma lettre de douane, il m'a fallu payer deux florins en or, mais si d'ici à deux mois j'apporte une lettre d'affranchissement, le douanier me rendra mes deux florins. De là nous arrivâmes à Bacharach; j'ai été obligé de signer une obligation de payer dans deux mois ou d'apporter une lettre d'affranchissement. Nous arrivâmes alors à Kaub, j'exhibe ma zollbrieff, mais elle ne me servit de rien, il fallut signer comme précédemment. J'ai dépensé onze heller ; après quoi nous allâmes à Saint-Goar, j'exhibe ma zollbrieff, le douanier me demanda comme les précédents, je lui répondis que je ne lui donnerais point d'argent, j'ai donné deux weispfenning au messager.

Ensuite nous arrivâmes à Boppart, j'exhibe ma zollbrieff pour la douane de Trêves, on me laissa passer, mais on me força de déclarer, et de signer, de ma propre main, que je n'avais pas de marchandises ordinaires. Après nous arrivâmes à Lahnstein où j'exhibe ma zollbrieff. Le douanier me laissa passer, mais il me pria de parler en sa faveur auprès de mon gracieux seigneur de Mayence. Il me fit cadeau d'un pot de vin, car il connaissait bien ma femme et était content de

inc voir. Nous arrivâmes alors à Engers, où j'exhibai ma zollbrieff. Gela appartient à Trêves et on me laissa passer. J'ai dit aussi que j'en parlerais à mon seigneur de Bamberg. Puis nous arrivâmes à Andemacb, où on me laisse passer. J7 ai dépensé sept heller, plus encore quatre bélier. Le jour de saint Jacobi, nous quittâmes Andernach de grand matin. De là nous allâmes â la douane de Bonn, où on me laissa passer.

Ensuite nous arrivâmes à Cologne. Dans le vaisseau j'ai dépensé 9 wei&pfenning plus un, et 4 prenning pour du fruit. A Cologne, j'ai dépensé 7 weispfenning pour décharger mes eflets, et donné 44 bélier aux valets du vaisseau. J'ai fait cadeau à Niclas, mon cousin, de mon habit doublé on noir, galonné en velours. J'ai donné à sa femme un florin. Ami â Cologne, HieronymusFugger m'a fait cadeau du vin. Van Chroserpeck m'a fait cadeau également du vin, et mon cousin Niclas de même. On nous a donné aussi une eolUUion (*) dans le couvent des Pieds-Nus, et un moine m'a fait cadeau d'un mouchoir. De plus, M. Johann Grosserpecker m'a fait cadeau de douze mesures du meilleur vin ; j'ai dépensé deux weispfenning, de plus huit heller pour le petit garçon ; de plus, j'ai dépensé â Cologne deux florins et quatorze weispfenning, dix weispfenning pour lier mes effets, trois pfenning pour du fruit, j'ai donné un weispfenning pour le service et un weispfenning au messager. Après nous quittâmes Cologne le jour de «ottil PanUUecn^ et nous arrivâmes dans un village, nommé Postorf; nous y passâmes la nuit et j'y ai dépensé trois weispfenning. Le dimanche matin, nous allâmes vers Roedingen, nous y déjeunâmes; dépenses deux weispfenning et trois pfenning, plus encore trois pfenning. Après nous arrivâmes à Treyenaltenbofen, nous y passâmes la nuit et j'y ai dépensé trois weispfenning. Après nous allâmes de grand matin à Freindorf et nous arrivâmes à Gangolff, la petite ville. Nous déjeunâmes dans un village qui se nomme Systerhyln, et nous y d pensâmes deux weispfenning et deux bélier. Plus encore un weispfenning, plus encore deux weispfenning. Après nous allâmes à Sit> tard, une jolie petite ville ; de là vers Starkem, enfin à Liège. Nous y eûmes une belle auberge et nous y passâmes la nuit ; dépensé quatre weispfenning.

Nous nous levâmes de grand matin le mardi, et ayant passé la Meuse, nous arrivâmes vers Merten et Lewbehrn. Nous y déjeunâmes pour 2 stuber. Je payai un weispfenning pour une jeune poule. Après nous continuons notre chemin â travers les bruyères et nous- arrivons à

(*} Ce mot est en fraoçais daos l'original.

Siasser. Nous y avons dépensé deux stuber et nous y passâmes la nuit. Mercredi matin nous allâmes vers Merpeck, où j'ai acheté pour trois stuber du pain et du vin. Nous allâmes jusqu'au moulin Branten. Là nous déjeunâmes pour un stuber. Après nous allâmes jusque vers Eulenberg, nous y passâmes la nuit pour 5 stuber 2 pfenning. Jeudi matin nous partîmes de là pour Creuse, où nous déjeunâmes pour 5 stuber 2 pfenning. Après nous allâmes vers Anvers. J'allai dans Tauberge de Jobst Plankfelt. Le même soir, Fuggér le facteur, de nom Bernhart Stecher, m'invita et nous donna un excellent repas. Mais ma femme dfna dans Tauberge. J'ai donné au voituricr, pour trois personnes, 3 florins en or et j'ai payé un stuber pour les effets. liem. Le samedi après la Saint- Pierre, mon hôte m'a conduit dans la maison du bourgmestre d'Anvers, grande outre mesure, et assez bien arrangée ; les chambres sont belles et très-grandes, il y a beaucoup de portes splendidement ornées et un fort grand jardin. En somme, c'est une maison si précieuse, que je n'ai vu la pareille dans aucun des pays de l'Allemagne ; elle donne sur une très-grande rue nouvellement construite, qui y conduit des deux c6tés ; elle a été faite pour lui, des produits d'un péage, item. J'ai donné 5 stuber 2 pfenning au messager, et 2 pfenning pour de l'encre.

Le dimanche de saint Oswald, les peintres m'ont invité à leur maison (4) avec ma femme cl ma servante; ils avaient préparé un dfner excellent avec de la vaisselle d'argent et d'autres onienients précieux. Leurs femmes aussi étaient toutes présentes, et lorsqu'on me mena à table, les spectateurs se dressèrent de chaque côté comme si l'on conduisait un grand seigneur. Il se trouvait parmi eux d^ hauts personnages, des hommes qui me saluèrent de la manière la plus humble, et se montrèrent très-bienveillants envers moi. Us me dirent qu'ils voulaient tous faire leur possible pour me plaire en tout çc que je voudrais. Et lorsque je fus assis, un messager de messieurs les conseillers d'Anvers arriva avec deux valets, et me fit cadeau, au nom des seigneurs d'Anvers, de quatre pots de vin en me disant qu'ils voulaient m'honerer par là et me témoigner leur bonne volonté. Je leur fis mes humbles remerciements et je leur offris mes services. Après vint maître Pierre, le charpentier de la ville, qui me fit cadeau de deux pots de vin, avec rt)ffrc de son service. Après avoir été joyeusement attablés ensemble jusque fort avant dans la nuit, ils nous reconduisirent avec des flambeaux d'une manière très-honnéte et polie, et me prièrent d'user de leur bonne* volonté pour tout ce qui me ferait plaisir, me promettant de m'aider

(1) La maison de la corporation sans doiilc.

en tout. Je les remerciai et j'allai me coucher. J'ai élé aussi dans la maison de maître Qaintin (4). J'ai été en outre sur les trois grandes places du tir. J'ai fait un excellent repas avec Slaber. Une autre foisj^ai mangé avec le facteur de Portugal, j'ai fait son portrait avec du charbon. J'ai aussi fait le portrait de mon aubergiste, item, Jobst Plenefell m'a fait cadeau d'une branche de corail blanc. J'ai donné deux stubers pour du beurre et deux aux menuisiers dans la maison des peintres.

Item. Mon hôte m'a mené voir les -ateliers des peintres dans leur maison d'Anvers, où ils arrangent le triomphe par où doit passer le roi Charles (3). Cet ouvrage est long de jjjj cent feuilles, dont chacune a quarante pieds de long ; il sera déployé des deux c6tés de la rue, bien arrangé avec deux gradins. Là-dessus on fera les pièces. Le tout ensemble coûte, tant pour les peintres que polir les menuisiers, 4,000 florins. Toute cette chose est faite très-précieusement. Item, J'ai encore diné avec le Portugais, j'ai diné aussi-une fois avec Alexandre (S) cUuu la c<mr, ilem, Sebald Fischer m'a acheté à Anvers seize petites passions pour quatre florins, de plus 52 grands livres pour 8 florins, plus 6 liassions gravées pour S florins, p\nh 90 demi-feuilles de toutes .sort^ péle-méle valant un florin, qu'il a prises pour trois florins, et d'au ires objets pour un orth et cinq florins. Des quarts de feuille au nombre de quarante-cinq pour un florin ; des grandes feuilles de diverses sortes, faisant en tout huit feuilles, ont été payées un florin, fiem. J'ai fait acheter à mon liète une image de sainte Marie, peinte sur un mouchoir, pour deux florins du Rhin. ftem. Une autre fois, j'ai peint le portraitde Félix (i), le joueurde luth. Un sluber pour des poires et du pain , 2 stiiber au baigneur, de plus 14 stuber pour trois tablettes, et 4 stuber pour les blanchir et préparer. J'ai encore dtné avec Alexandre Goldschmidt, et une autre fois avec Félix, le joueur de luth. Matire Joachim (5) a diné une fois avec moi ; de plus son élève a aussi dtné avec moi. J'ai fuit aux peintres un dessin avec des demi-couleurs ; plus j'ai pris un florin pour dépenser. J'ai fait cadeau de quatre nouvelles pièces à Peter Wolfgang. L'élève du maître Joachim a encore diné avec moi. J'ai fait cadeau à maître Joachim pour la valeur d'un florin d'objets d'art,

(1) Quintin Messis ou Matsys, peintre célèbre, né à Anvers en 14S0, mort en

(2| L'empereitr Charles-Quint.

(5) Patricien de Nuremberg, amateur dei arts, né en 1501, mort en 1546.

(4) Félli Uungersberg.

^5} Joachim Patenier, né à Dimant, paysagiste distingué.

DE L*AMATBUR. 42{

il m'avait prêté ses coaleors et son élève ; j*ai fait présenta Téiève pour trois pfenning d'objets d'art. Itetà. J'ai envoyé les quatre nouvelles pièces à Alexandre Goldschmidt. J'ai dessiné avec le charbon le Génois appelé Tomasin Florianus, Romanus, hé à Lacques, et les deux frères de Tomasin, de nom Vincent et Gerhartus. J'ai dfné avec Tomasin autant de fois que voici jjjjJUJJXU-

Le trésorier m'a fait cadean d'une tète d'enfant peinte sur toile, d'une arme de bois de Calcutta et d'un tuyau d'un bois très-léger. Tomasin m'a fait cadeau d'un chapeau tressé en moelle de sureau. J'ai diné une fois avec le Portugais J'ai fait cadeau à un frère ée Tomasin ponr 3 florins d'estampes gravées.

De plus, M. Erasme (1) m'a fait cadeau d'une mantille espagnole et de trois portraits d'hommes. De plus, le frère de Tomasin m'a fait cadeau d'une paire de gants J'ai dessiné une fois Vincent, ie frère de Tomasin ; j'ai fait cadeau aussi, au maître Augustin Lumborlh, des deux parties d'imaçines eœli J'ai aussi fait le portrait de l'ItaHen au nez courbé, de nom Opitius./rem. Ma fenmieet ma petite servante Suzanne ont mangé ensemble dans la maison de M. Tomasin un jour, c'est b quatrième fois. Ilem. L'église Notre-Dame à Anvers est grande et spacieuse, de manière qu'on y chante à la fois plusieurs messes, sans que l'une dérange l'autre , ils ont un autel magnilique ; le chapitre recherche les meilleurs musiciens qu'on puisse trouver L'église a beaucoup de donations pieuses, des sculptures en pierre et surtout une belle tour. J'ai été aussi dans la 'riche abbaye de Saint-Michel ; il y a de magniÏQques ouvragés en pierre et de précieux sièges dans le chœur. A Anvers, ils n'économisent point les frais pour de telles choses, car il y a beaucoup d'argent. J'ai pemt M. Nicolaum, un astronome (2), qui demeure chez le roi d'Angleterre ; il m'a été utile et m'a servi dans bien des choses ; c'est un Allemand né à Munich. J'ai fait de plus le portrait de la fille de Tomasin, nommée mademoiselle Suten Hem, Le Hâns Pfaffroth m'a donné un florin de Philippe pour l'avoir dessiné avec du charbon. J'ai encore diné avec Tomasin ; le beau-frère de mon hdte m'a invité aussi une fois avec ma femme J'ai changé deux mauvais florins pour 24 staber pour la dépense. De plus, j'ai donné un stuber de pourboire pour voir un tableau. Ilem. J'ai vu lejdimanche, après le jour de l'Assomption de la Vierge, la grande procession de Téglise Notre-Dame à Anvers;

(1) Erasme de Rotterdam, né en 4467, mort en t53<}.

(2) Nicolaus Kriiner, mathématicien distingué et astronome; il enseignait à Oiford en 15n.

toute la ville y était, tous les corps d'états et métiers s'y trouvaient, chacun suivant le rang de sa profession, habillé de la manière la plus précieuse.

Chaque état et corporation avait son drapeau, auquel on pouvait le reconnaître, et dans les intervalles on portait de grands cierges trèsbeaux avec d'antiques et longues trompettes d'argent massif. Il se trouvait aussi, comme en Allemagne, beaucoup de fifres et de tambours, qui sifflaient et battaient dur. J'ai vu dans les rues, séparés en deux files, avec de grands intervalles au milieu, mais se suivant de près, les orfèvres, les peintres, les tailleurs de pierre, les brodeurs de soie, les sculpteurs, les menuisiers, les charpentiers, les bateliers, les pécheurs, les bouchers, les corroyeurs, les drapiers, les boulangers, les tailleurs, les cordonniers, et toutes sortes de corps d'états, de manœuvriers et de marchands de choses qui servent à la nourriture. Il y avait aussi des merciers, des négociants et leurs commis. Ensuite vinrent les archers, les arquebusiers, les arbalétriers, et aussi les cavaliers et les fantassins. Après vinrent les archers de messieurs les baillis, et une cohorte entière de gens très-braves, précieusement habillés; mais devant eux marchaient, avec une grande dévotion, tous les ordres et les diflérenis chapitres. 11 y avait aussi, dans cette procession, une grande file de femmes veuves, qui se nourrissent du travail de leurs mains et observent une règle particulière. Toutes sont couvertes, depuis la tète jusqu'à terre, d'une toile blanche faite à cet effet. C'est très-curieux à voir. J'ai vu parmi elles des personnes honorables, et les chanoines de l'église Notre-Dame, avec tout le clergé et les écoliers. Les reliques vinrent en dernier : là, vingt personnes portaient la Vierge Marie avec le Seigneur Jésus, ornés d'une manière somptueuse, en Phonneur de Dieu notre Seigneur. Dans cette procession, il y avait bien des choses joyeuses et arrangées avec beaucoup d'art ; on y conduisait beaucoup de voitures, des jeux, sur des vaisseaux et sur des échafauds. Entre autres, on remarquait la suite des prophètes, puis le Nouveau Testament, la SaluUition angélique, l'Adoration des trois Rois saints, montés sur de grands chameaux, et d'autres choses rares arrangées d'une manière merveilleuse ; aussi la Fuite de Notre Dame en Egypte, trèsrdévotement faite, et d'autres choses encore que je suis obligé d'omettre. A la fin vint un grand dragon que sainte Marguerite et ses vierges, qui étaient extrêmement jolies, conduisaient avec une ceinture ; elles étaient suivies par saint Georges, un fort beau garçon, et par ses écuyers. On voyait aussi, dans ces groupes, des jeunes gardons et des filles à cheval, habillés d'une manière charmante, et d'après des coutumes et dos mœurs différentes, pour rèprésen-

Ufi L'AMATBtJR. ^ 425

ter les saillis de différents pays. Celle procession, depuis le commencemeul jusqu'à la fln,mit plus de deux heures à passer devant notre maison. Il y avait tant de choses, que je ne pourrai jamais les écrire dans un livre ; aussi je les laisse.

( La suite au prochain numéro. )

BULLETIN-CHRONIQUE

Wenie Acraniaii.

La collection de tableaux et d'objets d'art {articles of vertu) formée par un amateur distingué, M. Daniel Wade Âcraman, esq. de Bristol, a été vendue à Glifton, sous la direction de MM. Ghristie et Manson. Cette vente, rendue intéressante par la position du propriétaire, négociant honorablement connu, a duré trois jours. Le produit s'est élevé à 8,891 liv. st. (225,000 fr.) Voici la liste des tableaux les plus remarquables :

Écoles italiennes.

guinéck.

Brouzino. - Portrait de la reine de Navarre 57

DoMiNiQUiif. — La Vierge et FEnfant 19

Guroo Reni.'— La Madeleine en adoration 151/!2

Carlo Dolci. — Un Ecce homo 140

Ce tableau a fait partie du cabinet Casimir Périer.

Du même, — Une tête de Vierge. 75

Carl Maratte. — L'enfant Jésus 59

Can ALBTTO — Vue de la place Saintr-M arc et de la loggia de

Sansovino 62

Vient de la collection Beckford.

Du même. — Vue du palais Ducal et de la Piazetta. ... 44

Écoles flamande et kollandaiu.

Backhuisbn {Ludolf). — Un vaisseau de guerre saluant. . 129 Du même. — Vaisseau dé guerre et barquesde pécheurs. Coup

de vent en mer 100

Berghëm (NicoUu). '— L'Arrivée des Muletiers, composition regardée comme un des chefs-d*œuvre de ce maître. . . 1 ,570

Adjugé à M. Niev^enhuys, pour le compte du roi de Bavière ou de Belgique, on rapporte que , quelques heures après l'adjudication, un exprès est arrivé à la vente qui

gainéci .

avait commission de pousser jusqu'à 2,500 livres sterliugs (05,000 francs) pour le compte de Tambassade de Pruaae.

BBGA.(Com«t7M- — Un intérieur 36

Bbrck-Hetdbn {Gerrets), — Une vue de la Haye 3i

Brbkelemkahp iQuirin). — La boutique d*un tailleur. Int. . 38

DiBTRiCK. — Descente de croix ^00

LiNGRLBACK {Jean). — Un port de mer, avec chasse au fau*

con 6i

BoTH {Jean et André). — Le passage du bac AiO

CcYP {le Vieux). — Portrait de Henri IV enfant 25

LniGELBACK {Jean). — Paysans en voyage 41

Mbtzu (Gabriel). — La belle dormeuse. . . ' 200

MiERis {Guillaume)* Le jvgement de Salomon 102

Collection Fontis.

MiERis (FVati(ms). —Une partie de chasse 31 1/2

Moucheron (FV^d.) et Vanben Yblbe. - Un paysage. . . 37

IV« m^me«. — Paysage boisé 541/2

Ostadb (Adrien). — Une dispute de paysans 30

Du même. — Paysan sur un cheval blanc. 33

OsTADE {fêaac). — Un cavalier . . ^ 86

RuTSDAEL (Jae.) et Wouwermans {PhiL). — Une partie de

Van Os. — Un vase sculpté avec des fleurs 60

ScHALKEN {Godefiray). — La boutique du confiseur. ... 81

Téniers {David). — Le dentiste. Intérieur 320

^ Ce tableau, qui a fait partie de la collection du Régent et

de celle de sir F. Baring, a été adjugé' à un particulier de

Bristol.

Du même. — Groupe de figures 155

Tbrburcb (ér^orci). — Le trompette 185

Van DiCK {Am.). La Vierge et FEnfant 56

Weenix {Jean). — Le chaudronnier bohémien 50

Du même. — Un port de mer 59

SwANEVELDT {Hermoim). -- Figures pastorales sur les bords

d'un lac 50

Werboom. — Un paysage boisé 26 1/2

Vandernebr. — Ville sur une rivière. Clair de lune. ... 50

Vynants (Jean) et Van dbn Velde {Ad.). — Un paysage. . 32

Van den Velde {Guillaume). — - Un calme en mer. ... 52

WouwBRMANs(PAt7t>p6). -- Le départ pour la chasse. . . 510

guinér*.

ZoRG (Henri Rokei). — Un intérieur 81

Van dbr Hbtdbn et Van dbn Vbldb. — Scène dans les bois. 97

EcoUê fnmçaUe et anglaise.

Poussin (Nicolas). — Le repos de la sainte famille. ... 45

Vbbnet [Joseph). — Un naufrage sur des rochers 82

Dm même. — Un calme (pendant) ,"55

Du mime. — Site rocailleux 21

Du même. — Figures sur le bord de la nier 22

Wbst (Ben/amin). — Vénus el Cupidon 59

Wbstall. ^ Psyché découvrant r Amour endormi. ... 45 Les adjudications ont été faites en guinées.

Venta «e 9lia«lioreu9li Bail.

Le mobilier et les collections de peinture, sculpture et objets d'art de Sbugborough Hall, résidence du comte de Lichfield , dans le StafTordshrre, ont été vendues pendant le mois d'août dernier, sous la direction de M. Robins. La vente a duré onze jours.

Parmi les marbres principaux, on remarquait deux statues antiques : un faune de 5 pieds 2 pouces de hauteur, et Thalie de 4 pieds 9 pouces; elles ont été vendues 157 liv. sterl. chacune à MM. Buchanan et Norton. Un sarcophage romain, où étaient figurés en relief des hommes armés, des chevaux attelés à des chars, a été vendu 40 liv. st. ; un Neptune de 5 pieds 5 pouces de hauteur, vendu 48 liv. sterl.; une Vénus, 50 liv. sterl.; un jeune Bacchus avec Satyre, 52 liv. sterl. Parmi les ouvrages des sculpteurs modernes anglais, Castor et Pollux, copie, d'après Tantique, de Nollekens, s'est vendue 320 liv. sterl. ; un Bacchus, du même, 157 liv. sterl. Le buste de Fox, aussi par Nollekens, a été adjugé, au comte de Derby, au prix de 210 liv. sterl.; il avait 28 pouces de hauteur. Un buste de Loke, par Roubillac, a été vendu 05 liv. sterl. Démosthène cl Shakspenre, du même, ont été vendus, le premier 28 liv. sterl., l'autre 27 liv. sterl. Nous donnerons avec plus de détail la liste des principales peintures.

Écoles italiennes et espagnoles.

llV. fttCll.

Albank. -Diane ol les nymphes surprises par Actéon, peint

sur cuivre 52 H

Bassan. — L'apparition aux bergers 24

DowiNiQiiiN. — Un paysage. Tobie et l'Ange 40 4

Du même. — Pondanl au préccdcnl : Moïse et le buisson ardent 55 12

DE L*AMATBDR. 427

liv. slerl .

Du même. — Un paysage avec fabriques classiques. ... 57 45 Carl Marattb. — La Vierge ei rEnfant, sur cuivre. . . 8 48 Pannini— Deux vues de la place du Peuple et du Ck)1isée à

Rome 65 2

Du même, — Vue intérieure du Panthéon de Rome. ... 54 42

GuiDO RsNi. — Suzanne et les vieillards 262 40

Du même. -'- L'Ange apparaissant ^ saint Pierre. . . . 262 40 Ces deux tableaux ont été acquis par le ce de Lei-

cester.

EsTBBAN MuRiLLo. — Portrait de Lope de Vega 48 6

Acquis par le c<« de Derby, ce tableau a fait partie de la collection de sir Luck Schaub, où il fut vendu 44 liv., en avril

ÈcoUs flamande et hollandaise.

Bbrgbem (iVfco^ax). —Paysage avec figures et animaux. . 496 10 Backhuisen (Ludolf), Brise fraîche, vaisseaux^et barques hollandaises 204

BoTH {Jean) et Bbegash. — Site montagneux, avec chute

d'eaudanslelointain; voyageurs sur le premier plan. . . 336 Karbl Du jardin. — Trois brebis et une vache dans un pâturage 262 40

Ce tableau , daté 4654 , provenait de la collection Fouquier.

CuYP {Albert) , — Vue prise de Dort, avec une'femme trayant

une vache sur le bord d'une rivière 44 1

Leduc (Jean). — Intérieur d^un corps de garde 4T 5

PoLBMBOURG. — Paysage avec nymphes se baignant. ... 2*1 4

Rbmbrandt. — Une télo de jeune homme 152

Du même. — Portrait de Tamiral Ruyter 54 42

Ce tableau fut vendn 46 !iv. storl. chez sir Luck Schaub, en 17,^8 ; il était attribué à Rembrandt. Van den Vbldb (Guillaume). — Un coup de vent en mer; vaisseau de guerre sur le premier plan ; barques hotlnh-

daisesaufond 441

Du même. — Le pendant 304

Dm même. — Vue de Schevning. Des barques sont mises à sec sur le rivage; un bateau pêcheur entre dans te port ; diverses figures sur le premier plan 100 10

Ce pelit bijou a fait partie de la collection du célèbre doo-

lÏT. sierl.

teur Mead, où il fut vendu 34 liv. slerl., )c 24 mars 4754.

Du même. — Vue d'un port de mer. Un vaisseau de guerre salue; sur le devant un b4trineiit à Pancre, et une barque chargée de personnages; figures sur le rivage. 4^

Du m/ême. — Un calme, avec des vaisseaus^ de guerre à Tan-

cre, et une infinité de barques. 4,486

Ce tableau capital de Guillaume Vanden Veldeaété adjugé à M. Farrar.

Van Toll. — Un colporteur 27

ÈcùUê françaUe ei 4mglmUe,

Claude Lorrain. — Un paysage gravé sons le n^ 8, dans le

Liber veritatù 525

Ce tableau a fait partie de la collection du docteur Mead, et fut vendu 445 liv. steri., en 4754.

Lebrun (CAarfo«). —Renaud quittant Ârmide 21

Poussin ( Guaspre). — Site montagneux avec fabriques antiques 54

Du m^mtf. — Paysage boisé avec figures 45

Reynolds (Jo5tMi). Portrait de sir Charles Sanders 22 4

Gainsboroug. — Un paysage avec Rohémiens «8 5

A propos de notre dernier article sur les ventes publiques, quelques personnes nous demandent notre avis sur une société créée sous le titre bizarre d'alliance des arts, et qui a pour but de faire des ventes publiques de livres, d'objets d'art et d'antiquité ; nous ne pouvons qu'être très-circonspects aujourd'hui sur les opérations commerciales d'une entreprise qui en est encore à ses premiers essais. Quand elle aura fait quelques ventes, nous examinerons avec soin les ressources et les désavantages qu'elle peut présenter au public. Mais ce qui tombe dès ce moment dans le domaine de la critique, c'est un petit Bulletin qu'elle publie pour annoncer et préconiser sa marchandise, et aussi pour attaquer la direction des opérations rivales. C'est sans doute une chose nouvelle qu'une société industrielle publiant un écrit périodique uniquement consacré à appuyer ses opérations : jusqu'à présent on y avait mis plus de précaution ; mais si cette mesure doit soulever de légitimes défiances, elle a au moins le mérite de l'audace : audaces forluna juvai, nous verrons bien. En attendant, le bulletin de l'Alliance ^€8 Arts a r.ommoncé la guerre contre les bouquinistes, les libraires

qui lonides cataiogaes et quelques pauvres diables d'appréciateurs peu experts, dont Fignorauce est certaiDemeoi très-grande.

Nous aurions vu avec plaisir la critique s*émparer de toutes les transactions secondaires, qu'il n'entre ni dans notre but, ni dans notre esprit de surveiller ; mais nous aurions voulu une critique plus désintéressée, convenable et surtout Instruite. Sons ce dernier rapport, VAUiùneê des Arls a égalé, sinon surpassé ses compétiteurs en méprises bouffonnes; ajoutons qu'il règne, dans la forme de sa critique, une absence complète de convenances, et que des personnalités de mauvais goât y abondent.

Dans une vente du 7 septembre dernier, un tableau se trouvait désigné ainsi : le ChrUi portanU sa Croix^ par bl Mundo. Soit ignorance du rédacteur, soit faute du typographe, el Mudo (Juan Fernandex de Navarrcte), célèbre peintre espagnol, éuit devenu el 9Êundo. La chose importait peu, le tableau ne valait que 2T5 francs.

Cependant grande colère de VÂUianee de$ Ariê qui, pour rétablir le nom estropié et faire briller sa science, commence par faire quatre fautes en deux mots, en nous donnant le mot Fenumdet comme un prénom, en omettant la particule de entre les deux noms, et en écrivant Nanarrele avec deux I et une seule r. Pour des Aristarques aussi farouches, c'était jouer de malheur. Fernemdex est un nom de famille assez commun en Espagne, qu'il ne faut pas confondre avec celui de Femanido (Ferdinand). El Mudo se nommait iîion Ferrumde% de I^avarrele^ comme Velazquez Diego VHaxquex de SUhMj ce qu'il était au moins nécessaire de savoir si l'on voulait descendre à la critique des mots. L'Espagne, du reste, devait porter malheur au BMeiin qui, à la page suivante, écrit bravement en tète d'un article de deux pages sur Goya, Fràngbsco Goya en capitales! ce qui peut donner tout d'abord une grande idée de l'intelligence de l'écrivain, qui ne sait pas même le premier mot de son sujet. En bibliographie, VAUianee des Arts a mventé la dénomination de eakUographe ; le mot n'est pas fort heureux : c'est d'abord un barbarisme, il faudrait calalogogra^^ que nous n'admettrions pas davantage.

Ces trois négligences que nous citons par hasard pour donner une idée de l'érudition de l'Alliance des Arls, ne sont pas cherchées, elles sont extraites du sixième numéro, oiVil nous' serait facile d'en signaler vingt autres de la même force. L'on pourrait dire à bon droit au spirituel conteur qui rédige celte feuille ce que don César de Bazan disait à don Sallnste.

Pour un homme d'etprii, vraimeut vom ni'éUmnez

Il n'esl, hélas ! que trop vrai, dans toutes ces petites choses que Ton nomme tableaux, dessins, estampes, antiquités, curiosités bibliographiques et autres, Tesprit est loin de suffire, elles demandent souvent des connaissances d'une grande étendue et une science certaine qui ne veut pas d'à peu près.

Critiquer le style des experts est une puérilité. 11 est bon sans doute d'écrire correctement, mais iei, ce qui importe surtout, ce sont les connaissances et la loyauté. Ajoutez à cela qu'il est fort facile de critiquer lesiyle de tout le monde. La langue française est riche, souple, précise ; elle se prête admirablement aux développements les plus subtils de la pensée comme aux moindres aspérités de la description ; mais elle veut être maniée par des maîtres. Bien écrire a toujours été une chose rare ; l'on a même prétendu que si Dieu parlait français, il aurait fort à faire pour écrire purement sa langue. Sans aller chercher nos exemples si haut, nous nous contenterons de signaler, à l'ÀUiance des ÂrlSj pour son édification particulière, ses propres œuvres» et entre autres un avant-propos d'une page et demie placé dans un petit catalogue d'aquarelles publié par elle, qui, bien que signé par ses deux directeurs, se rapproche le plus près possible des préfaces do M. Paillet, dont elle se moque si agréablement.

Mais une prétention de ceue entreprise, qui serait funeste si elle pouvait prendre créance dans quelques esprits, c'est celle de vouloir vendre les daubUi de nos bibliothèques, et porter les mams jusque sur nos musées. Les doubles d'abord, sous le charmant prétexte qu'ils sont inutiles et qu'ils faciliteraient des acquisitions nouvelles. Nous croyons, nous, que cette opération serait funeste sous tous les rapports, elle mettrait à vil prix des ouvrages précieux et ruinerait notre avenir bibliographique. Les doubles des bibliothèques se composent généralement d'ouvrages infolio où sont recueillis les trésors lentement amassés par la science française au dix septième et au dix-huitième siècle, des éditions des Pères de réglise données par les bénédictins, des recueils des histùriens des Qauies^ des ordonnances des rois de France ^ des numumêtUs de la monarchie française et de Vanliquilé expliqués, de Bernard de Montfiiuoon; de l'immense collection des BoUandisies^ de celle des eonctÏM, de la GaUia Christiana, des Bibles polygloUes, et enfin de l'Encyclopédie de Diderot. Supposez un irtstant tous ces livres vendus, l'Encyclopédie irait d'abord tout droit chez l'épicier, et cependant que d'excellentes choses contient cet admirable monument ! Les autres, vendus à vil prix, seraient tous exportés en Russie ou en Amérique, pays récemment sortis de la barbarie, qui recherchent avidement ces recueils, base de

loute bibliothèque nouvelle, cl dans irente ou quarante ans nous ne pourrions, à aucun prix, remplacer nos exemplaires décomplélés par malheur, ou usés, car les livres s'usent en France, et ceux-<îi ne se réimpriment pas.

Cette idée, qui n'est pas nouvelle, émise déjà par le libraire Techener, est ressassée à plaisir par l'ÀUiance de$ Arls. «'Nous espérons que' cet hiver les livres doubles des bibliothèques, dit-elle, nous auront été envoyés en assez grand nombre pour que les catalogues se préparent, pour que les ventes commencent. Quant au succès, il est certain d'avance, et Tavenir confirmera nos prévisions. »

L'AUianee des Arts nous parait allier simplement ici beaucoup de charlatanisme à un grand désir de faire des ventes : nous espérons, nous, que les conseils municipaux, les comités de conservation, le ministre dont ces établissements dépendent, veilleront à ce qu'il n'en soit pas ainsi. Cette partie du domaine public ne saurait être aliénée sans de graves inconvénients ; ce que nous possédons, nous devons le garder sinon pour l'usage présent, du moins par une sage prévision pour l'avenir.

La théorie par rapport aux musées de tableaux et d'antiquités n'est pas moins curieuse, ils ne contiennenl point de doubles, t7 esl vrai, s'écrie avec douleur V Alliance des ArtSy mais beaucoup sont monotones; telle école domine dans celui*ci, tel maître dans celui-là.. .. Mais arrêtons-nous, ceci est vraiment trop candide, ot nous aurions honte de réfuter de semblables balivernes.

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