‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 132 sur 139 · RÉPONSE A M. DUBOIS · texte numérisé non relu

RÉPONSE A M. DUBOIS

Les doutes que nous avons élevés sur Tauthenticité des plombs antiques récemment découverts au Musée du Louvre ont atteint leur but ; Tattention du public antiquaire a été éveillée, il est désormais saisi de la question. Si nous en Jugeons par les crisqui ont été poussés, il paraîtrait que nous avons mis les doigts dans la plaie. Tout d'abord il a été question de nous intenter un procès en difTamation, orné d'une demande de dix Mille fîancs de dommages et intérêts^). Cette idée était folle assurément ; la prudence a voulu qu'on se contentât de nous répondre par une brochure (2) de douze pages qui ne répond à rien de ce que nous avons dit, mais où des phrases entières qui nous sont attribuées, et que nous n'avons pas écrites, des mots soulignés, des insinuations perfides, et force épithètes injurieuses, essayent de donner le change à l'opinion et de faire croire à une attaque personnelle qui n'existe pas.

(1) Qnelqnei jours après la pnblicalioo de DOtre premier article, M. L^troone donnait celte noufelle oomme certaine à l'un des employés du Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale.

(2) Lettre de M. J.-J. Dubois, sous-conierfateur du Musée des antiques au Loufre^sur une inscription grecque trouféedaus une statue antique de bronse, appartenant à ce Musée. Paris, Didot frères, 1843.

Nous en ferons juges nos lecteurs dans un instant.

Nous aurions certainement le droit de nous plaindre de eette publication si, par sa violence, Ta ttaque personnelle dont nous sommesrobjetneportaitaveceilenotre justification, et si, au milieu de ces emportements de mauvais goût qui ne sauraient nous atteindre, ne se trouvaient mêlés des commencements d'aveux que nous allons compléter, qui ne peuvent qu'éclairer le terrain de la discussion etédifier le public sur la valeur de Thomme qui veut bien se faire notre adversaire en cette occasion. Nous faisons donc bon marché de ce que cette réponse peut avoir de malveillant pour nous en faveur des faits curieux, maintenant acquis à la science, qu'elle vient révéler.

M. J.-J. Dubois, sous-conservateur du Musée des antiques au Louvre, auteur de la brochure dont nous nous occupons, s'est trompé s'il a pensé que nous l'accusions de la nouvelle supercherie que nous avons cru devoir signaler. Sa' préoccupation est naturelle peut-être ; mais telle n'était pas notre intention, et notre plume n'a certainement pas trahi cette pensée. Nous savons très-bien que pour accuser il faut des preuves ; et soit que nous ayons négligé d'en chercher, soit que nous trouvions cette tâche au-dessous de nous, nous devons déclarer que nous n'avons aucune preuve positive de la culpabilité de M. J.-J. Dubois ; nous ne l'accusons donc pas, qu'il se tienne tranquille, .aujourd'hui même, après avoir lui sa brochure, nous ne l'accusons pas encore, ce n'est nullement notre affaire.

Nous avons soumis à la critique un monument produit avec éclat, dont l'authenticité nous paraissait douteuse, autant par sa nature même que par les étranges circonstances qui environnaient son apparition ; ce n'est pas notre faute si toute découverte sortant des mains de M. Dubois tombe naturellement sous le coup d'une suspicion légitime. Ses antécédents rendent sa position difficile, nous le savons ; mais ils sont son ouvrage, et nous n'avons pas à entrer dans de pareilles considérations.

Par quel étrange aveuglement M. Dubois vient-il donc nous obliger è le suivre sur le terrain brûlant où se discute l'originalité des monuments antiques, terrain qui est le nêtre, et où il se présente escorté d'une réputation des faber qui ne peut que

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le rendre bien glissant pour lui. Vraiment la pitié nous prend à tant d'imprudence.

Voyons d'abord sa brochure. Elle commence ainsi :

« Une^attaque aussi malveillante que calomnieuse a été dirii gée contre moi dans un petit Journal mensuel qui paraît vou- « loir faire du scandale un élément de succès. Si elle fût restée « enfouie et enterrée dans le susdit journal. Je me serai conn tenté d*y faire insérer, en vertu de la loi, une réponse caté- » gorique ; mais le rédacteur, se défiant d'une publicité aussi il douteuse, a pris soin de répandre son fiel au dehors, au moyen « d'un nombreux tirage à part, distribué avec profusion dans N les Académies et paripi les personnes auprès de qui on espé- <f. rai t me nuire. Dès lors ma réponse n'aurait pas atteint son « but, puisqu'elle n'aurait peut-être passé sous les yeux d'au- « cun de ceux qui avaient connu l'attaque. C'est ce qui m'a dé- « terminé à imprimer ma réponse incontinent, sauf à obliger « plus tard le rédacteur, si cela me convient, à l'insérer dans « son Journal. •

M. J.-J. Dubois se trompe; nous ne l'avons nullement attaqué, et nous en appelons aux lecteurs de bonne foi de l'étrange préoccupation de M. le sous-conservateur.

Le nombreux tirage à pari dùlribué aux Acadénties dont nous sommes accusés se réduit à un tirage à trente exemplaires, comme cela se fait d'ordinaire lorsqu'on veut attirer sur un fait quelconque l'attention des personnes spéciales.

Quant à sa réponse, elle est trop peu parlementcàre pour qu'il puisse jamais nous obliger à l'insérer ; il se contentera des passages que nous allons en extraire.

1 L'auteur de l'article prétend que ces morceaux de plomb, n c'est moi qui les ai fabriqués de totUes pièces, de même que J y « ai gravé de ma main les lettres grecques qui s'y trouvent... »

Ces mots, fabriqués de toutes pièces, sont ainsi imprimés en italique pour faire croire qu'ils sont cités textuellement. C'est un mensonge; nous n'avons écrit ni les mots soulignés, ni le reste de la phrase, ni rien qui f ressemble.

« D'abord, l'auteur de l'article cherche à préparer Tesprit de « son lecteur en insinuant que cette découverte, dont on avait

« fait d'abord tant de bruit, semble avoir été, depuis, soigneu- « sèment étouffée ; que M. Letronne lui-même, qui aura fini ap- « paremment par se douter de la fourberie, a cessé de s'en oc- « cuper, et paratt vouloir qu'on le perde de vue ; qu'enfin un

• silence officiel semble à présent planer sur cette superbe trou- « vaille. ■

On dénature notre pensée; nous savions parfaitement que le travail de M. Letronne devait être imprimé parmi les Mémoires de TAcadémie. Nous nous étonnions seulement que les antiquaires, qui parlaient beaucoup de cette prétendue découverte, en écrivissent si peu.

M Mais le calomniateur, mis au pied du mur, va se retourner, « et dire : « Mon Dieu, vous n'avez peut-être pas été obligé de cor- « rompre ces hommes estimables, et vous exposer tôt ou tard à des « révélations que leurs chefs auraient facilement obtenues d'eux au « premier soupçon. Non, vous avex, en cachette et à leur insu,) fié N auparavant Us plombs dans la statue, »

ici le mensonge prend une forme nouvelle : M. J.-J. Dubois, guillemette la phrase que nous venons de mettre en italiques pour faire croire à une citation textuelle. Nous n'avons rien écrit de pareil.

« J'ai trop d'expérience à mon âge pour ne pas savoir que de « telles forgeries, quelque habileté qu'on y mette, ae découvrent a t6t ou tard... Et à quoi bon, je vous prie? pour faire pièce à « un antiquaire, dans la seule vue de le mettre dedans, comme

• on dit. »

Nous n'avons rien dit de semblable à cela ; nous laissons surtout à M. i.-J. Dubois tout le mérite de son style familier.

■ J'arrive maintenant aux caractères intrinsèques de l'inscrip- « tion. D'abord, les trois morceaux de plomb, aux yeux de tous

• les connaisseurs qui les ont vus, et les a vus qui a voulu les

• voir, ont tous les caractères des plombs antiques. Selon Tau- « teur de l'article, ils sont trop bien conservés pour cela. Qu'en « salMl? a-t-il Jamais vu seulement des plombs antiques dont la N conservation très difTérente dépend des lieux où ils ont été N placés ? »

Ces plombs ont été soigneusement celés jusqu'à présent, et

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c'est en vain qu'on a réclamé leur exhibition parmi les plombs antiques du Musée du Louvre, M. J.-J. Dubois sait parfaitement que ces plombs ont été entre nos mains, et que nous les avons même comparés, sous ses yeux, avec d'autres plombs antiques. Nous voulions les faire dessiner ; cette faculté nous a été refusée par M. J.-J. Dubois lui-même.

0 Je n'ai pu fabriquer les plombs ; voilà qui est clair pour tout « le monde, même pour mon calomniateur. Mais attendez; peut- « être je mie serai procuré des plombs antiques venus on ne sait « d'où, et Dieu sait comment, et que j*y aurai seulement ajouté •< rinscripiion. Ici par malheur, et il ne m'en coûte pas davana tage d'en convenir, mon incapacité est plus notoire encore....

« Je sais dessiner ; j'ai quelque pratique des monuments de

N l'art des anciens ; mais, franchement, je ne sais pas un mot de « grec. »

M. J.-J. Dubois, qui courte plaisir au-devant des objections est trop modeste ; nous voulons bien croire qu'il n'est pas fort en grec» mais il en sait assez pour fabriquer un nom d'artiste. Il oublie sans doute que sur le dessin faux publié par Millin dans ses Peintures de vases, etc., tome 1", pi. XLiv, et dont il va s'avouer Fauteur dans un instant, on lit dans le champ kaaaioon edoiesiN, curiosité piquante, nom d'artiste inconnu, que M. Silligse hâta d'insérer dans son Catalogue des artistes anciens (4), et qui en a été rayé depuis par M. Raoul Rochette qui, le premier, signala la supercherie dans ses Monuments inédits d'antiquité figurée et dans sa Lettre à M. Sehorn, Il y a même ici une circonstance fâcheuse pour M. Dubois et pour le monument que nous avons attaqué. C'est encore en «on que doit se terminer ce nom d'artiste Rhodien aussi inconnu que Catliphon lui-même, et qu'on a voulu laisser k M. Letronne le mérite de compléter!

Une pierre gravée fausse, également de l'invention de M. Dubois, publiée après la mort de Millin, porte aussi un nom d'artiste, 0NH2IM02, qui n'est pas plus vrai que les précédents Au besoin M. J.-J. Dubois sait donc faire quelques mots grecs.

(1) L'ouvrage de M. Siliig est iiitiiulé: Catalogué arlificunij sive arcMlecti, stat ttarii, sculptores, pictores, cœlatores et sculptores, Grœcorum et Roma' norum, litterarum ordine depositi. Dre^itao, 1887.

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M. J.-J. Dubois, qui feint de croire que nouis avons discuté les caractères de Tinscription, ce qui n*est pas, dit encore :

fl Voyons donc les objections. Les caractères de Tinscription « nouvelle, dit-on, diiïèrent de ceux de Tinscription gravée sur • le pied de la statue; ils devraient être les mêmes, puisque « toutes deux sont du même temps... Cette différence prouve en « faveur de Tauthenticité. Il était tout simple qu'un faussaire M pensât à imiter la première inscription ; c'était un moyen bien N plus facile de ne pas se tromper. On dit encore : Quelques-unes M des lettres ont des apicea; les autres n*en ont pas. Voilà encore M une finesse diabolique de ma part! M. Letronne a montré qu'il N en est ainsi d'autres inscriptions. Mais comment veut-on que je « sache cela, moi; tandis qu'il aurait été si naturel de donner à •I toutes les lettres le même ornement. Mais on insiste.

On a rarement vu l'exemple d'une pareille audace, dans les courtes objections que nous avons élevées sur l'authenticité de cette malheureuse inscription ; nous n'avons pas dit un seul mot des cinq. ou six passages que nous venons de rapporter. Ëtourdi sans doute par les objections que tout le monde lui jette à la tôte, M. J.-J. Dubois les met toutes sur notre compte ; nous avons peine à croire cependant que la préoccupation puisse aller jusque là, car c'est à nous qu'il' répond, et notre article n'a que six pages. C'est tout simplement la plus insigne mauvaise foi.

Mais nous arrivons à l'endroit le plus précieux de cette épttre. Après s'être demandé quels pouvaient être nos griefs contre lui pour soulever cette question, et Tavoir attribuée à une rectification officieuse (^) sur quelques méprises contenues dans un des articles de ce recueil M. J.-J. Dubois ajoute (Nous reproduisons minutieusement ce passage, mettant en iialique ce qui est en italique, sansfchanger une lettre).

« Elnfin quel que soit le motif, le feit est patent, et la calomnie

(I) M. Dubois D«ius ë rifait que la tète casquée de marbre, dont il estquesttoa page 472, avait été acquise par M. de Poortalès et uoo per le Musée du Louvre ; qu'il fallaii écrire Sardoiue enfumée et non en fumée, ce (|ae nous saviooj par Dieu bien. Enfin, il nous faisait observer que le mot Berini s'éct irait a\ec un st ni r, au lieu de deux.

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(I évidente. Son mauvais vouloir se manifeste encore par le soin u qu'il prend de rappeler le tour dont Millin a été dupe à Toc^ « casion des Vnses grecs du chanoine Zuppi. Je veux dire ici la « vérité sur ce fait, si méchamment rappelé en cette circonstance. « Millin a publié, dans ses monuments inédits, la peinture de « deux vases comme provenant de la collection du chanoine « Zuppi. Le premier dessin ( p. 506, pi. XXXIX) est authentique, « puisqu'il fait partie de la collection du comte Lamberg, à « Vienne, a été publié par Laborde ( Vases, T. Il, pi, 55) ; c'est « donc par erreur que Millin a nommé le chanoine Zuppi. Le fl deuxième (pi. XL1X, p. 555) est faux, et J'en suis sûr, car « c'est moi qui en ai composé le dessin, ainsi que ceux d'un « autre vase, publié par Millin (PeinL de vases, 1, 44), et d'une « pierre gravée publiée après la mort de ce savant (Pierres Q (jravées inéd., p. 58). 11 y à de cela quarante et un ans, (I J'avais alors vingt et un ans. Je sortais frais émoulu de l'atelier u de David, où l'on faisait tant de bonnes et de mauvaises charges. <i Millin, qui était pourtant le meilleur homme du monde, avait « très-injustement blessé mon amour-propre, en présence du « célèbre chevalier Azzara, l'ami de Mengs et Winckelmann. Je « crus faire une bonne charge, en mettant son habileté à l'é- « preuve; et Je lui présentai comme authentiques, trois dessins « de ma composition. La charge était mauvaise , détestable « même ; et je ne tardai pas à le reconnaître et à m'en repentir, " lorsque l'excellent Millin, informé par moi-même de mon tort. » me le pardonna, avec cette bonté et cette indulgence qu'on a lui a connues. »

L'histoire est naïve, en vérité, et la grâce du récit ne saurait être comparée qu'à l'amabilité de l'aventure. Après une pareille confession, M. J.-J. Dubois n'a-t-il pas bonne grâce de venir crier à la calomnie et de s'attaquer à nous, qui ne prenons pas même la peine de redire ce que tout le monde sait. Mais non, il faut que nous devenions des calomniateurs, des faussaires peutêtre, que M. Dubois fasse gaiement une confession qui ne cotte lien à son cœur, dit-il, et que le public applaudisse. Évidemment il n'en saurait être ainsi, il y a déplacement de la question : au point de vue de ses erreurs, M. J.~J. Dubois est notre justiciable.

et rien ne saurait faire que les rAles puissent être ainsi intervertis. Qu*il ne s*en prenne donc qu*à lui des détails auxquels il nous force de descendre.

M. J.-J. Dubois se trompe s'il croit que le public voit ces bons tours d*un œil favorable ; il les juge avec d'autant plus de sévérité que la position de celui qui les commet les rend plus impardonnables. Rien ne saurait soustraire M. Dubois aux justes soupçons qu*dn est en droit d'élever sur son compte, à chaque fait nouveau de ce genre qui vient à être signalé ; il n'a rien à invoquer en sa faveur, pas même rflge,qui ne saurait être une garantie contre certains retours de jeunesse. En entrant dans une administration aussi honorable que celle des Musées du Louvre^ une occasion favorable se présentait pour M. J.-J. Dubois d'avouer franchement ces fautes qu'il veut regarder aujourd'hui comme des espiègleries d'écolier, et de répudier hautement un passé qu'il condamnait. - Il ne l'a pas fait ; loin de là, il a continué de s'en vanter avec complaisance. Il' en est donc toiJ^ours demeuré responsable.

Pour nous, nous ne voudrions pas d'autres preuves, qu'en toutes occasions il nous eût été impossible de calomnier M. Dubois, que ses propres paroles ; mais, pour le public, nous sommes obligés de vider à fond celte polémique ; il y est intéressé. Nous la poursuivrons donc jusqu'au bout.

Si Millin vous a pardonné vos premières fautes, ainsi que vous le dites, monsieur, votre conduite n'en est que plus coupable ; car pendant toute sa vie vous avez poursuivi de vos faussetés ce savant trop crédule peut-être, et vous en avez sali tous ses ouvrages importants. — Dans le tome II de ses Monuments inédits j publiés en ^806, vous apparaissez d'abord ; —dans l'ouvrage in* titulé Peintures de vases^ publié en 1808-19, on vous retrouve ensuite : -^ vous aviez plus de vingt et un ans alors. Enfin vous vous êtes achainé sur votre proie jusque dans la tombe, et dans le recueil : Pierres gravées inédites, publiées après la mort de Millin en 4825, reparaissent de nouveau les produits de votre coupable industrie. — Vous avez vendu à Millin les dessins de cet ouvrage pendant la dernière année de sa vie, en 1818. — Il n*y a pas quarante et un ans de cela.

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Et remarquez qae M. Dubois, dans ces odieuses forgenesy n'a pas même le mérite douteux du faussaire qui fond une médaille et la ciçèle, ou grave avec art la pierre qui doit mettre en défaut Tbabileté d'un antiquaire ; ~ que ce n*est pas roépe une bonne charge^ comme il le dit, car ici rien ne peut mettre en garde Tarcbéoiogue contre la fausseté d'un dessin qu'il paye, et que lui fournit un homme à qui il accorde quelque confiance ; ^ qu'un dessin ne porte pas en lui, comme un monument original, l'aspect et le caractère de l'antiquité, et qu'il n'en est toujours qu'une bien faible copie. — Non, rien n'excuse ces coupables manœuvres, que nous ne saurions trop flétrir dans l'intérêt de la science. De pareils lourt sont plus que des délits ; ils Jettent dans l'étude de l'antiquité des perturbations funestes qui font errer les meilleurs esprits. C'est ainsi que des savants étrangers, MM. Zannoni, Schorn, Welker, ont cru ces vases authentiques, sur la foi de Millin, et en ont fait, eux aussi, des sujets de dissertation. C'est ainsi que M. SiUig s'est hAté d'insérer le nom de CaUiphon et celui d'Onêstmos dans son Catalogue des anciens artistes^ dont il a fallu les effacer ensuite; et que M. Champollion-Figeac est tombé dans la même erreur. Le moindre résultat de tout cela est de faire tourner eu ridicule la science et les savants.

Et, vraiment, ce n'est pas sans un certain effroi que nous pensons à la déconsidération que peut jeter sur les monuments d'une collection un conservateur capable de pareilles actions, et aux suites ftinestes des bonnes charges qu'il pourra imaginer. Hier c'était un vase, une pierre gravée, un nom d'artiste, aujourd'hui ce sera un plomb antique, capable, si op le prend à la lettre, de changer les bases de la critique, et demain peutrêtre les papyrus blancs que nous possédons seront couverts d'inscriptions démotiques ou hiéroglyphiques destinées à meure dedans nos Saumaises futurs. — Qui sait ce qu'un plaisant de cette force, en haine de quelques savants qui l'ont courageusement démasqué, peut nous laisser en guise de testament, aidé de son talent graphique et de quelque pratique des monumenu de Vari des anciens.

S'il est des hommes qui , comme la femme de César, ne devraient pas même pouvoir éfre soupçonnés, c'est surtout ceux

que leur position rend les dépositaires des monuments de nos collections.

Mais puisque nous en sommes à ces aveux honteux , qui coûtent si peu au cœur de M. Dubois. qu1i nous permette de les compléter autant qu*il est k notre connaissance : c'est une note que nous adressons aux archéologues.

Voici l'indication précise des abus de confiance avoués par M. Dubois, dont Millin fut victime, et des ouvrages où ils se trouvent.

Faisons observer d*abord que M. Dubois a peu de mérite à confesser ces infidélités, qui toutes ont été signalées déjà à Tattention publique par H. Raoul-Rochette. L'avenir nous apprendra s'il en existe d'autres.

TOM B 11 des Monumentê antiques inédits ou nouvvUenient explîqués par A.-L. Millin. Paris, 1806.

M mélos poursuivant Uélèney désarmé par sa beauté. « Le vase « dont Je donne la description (pi. XXXIX], dit Millin, appar- « tient è M. le chanoine Zuppi à Naples, ou du .moins il lui » appartenait encore lorsqu'il a été dessiné pour moi par 0 M. Dubois, qui était alors en Italie. »

M. Dubois prétend que ce vase est authentique, puisqu'il fait partie de la collection du comte de Lamberg, à Vienne, et a été publié par Laborde. Les vases du comte de Lamberg n'ont été publiés qu'en 1 826, et M. Dubois n'a pas été le dessiner à Vienne. Pourquoi ne dit-il pas que, novice encore dans l'art d'inventer, il a vendu à Millin un dessin pillé dans l'Homère, dessiné par Tischbein, d'après des antiques expliqués par Hayne. Gœttingue. 180^-4.

Oreste suppliant. ■ J'ai déjà publié dans ce volume un très- (I beau vase de la collection de M. le chanoine Zuppi. Celui-ci u (pi. XLIX), qui lui appartient également, n'est pas moins re- « marquable ; on y voit un guerrier dans une attitude pensive et « et affligée devant la statue de Minerve, etc. Millin, page 355. «

(]e vase est fauc, dit M. Dubois, j'en suis sûr: car c'est moi qui en ai composé le dessin !... Nous n'avons rien à ajouter à cet aveu.

ToMK I des Peintures de vases. Paris, i808.

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Ore»te prêt à tuer Clytenmestre (pi. XLIV, pag. 86.) On lit dans le champ KÀAAimiv snoiEziN :

M. Dubois avoue qu'il a composé ce dessin ; ajoutons que le nom de Tartiste , tout à fait inconnu, est aussi de son invention.

PiERnes GRAVÉES INÉDITES, etc, expliquées par A.-L. Millin. Paris, madame Wassermann,'l835.

Minerve casquée (pi. LVIll), dessinée, dit Millin, d'après une cornaline trouvée dans les environs de Forli; elle est signée 0NH2ÏM02 dans le champ à gauche.

Cette pierre est fausse, et le nom d^artiste est de l'invention de M. Dubois.

M. Raoul-Rochette signale aussi comme faux le dessin de la planche 11 du même recueil, où se trouve encore le nom d'Onêsimosy écrit de cette manière : OINHCIMOG.

Voici ce qu'on lit dans sa Lettre à M. Schom, page 46 :

« Je dois déclarer ici que le prétendu Onêsimos, aussi bien que la seconde pierre qui porte ce nom (celle que nous venons de citer ci-dessus), et qu'on assure avoir été trouvée dans les environs de Foi'ii, vient de la même fabrique que le vase et le nom de Caliiphotij dont il a été parlé plus haut. Millin, trop tard averti des infidélités de ce genre, dont il avait été dupe comme tout autre eût pu l'être à sa place, n'aurait sans doute pas publié la pierre du faux Onêsimos, s'il eût vécu. Ce n'est qu'assez longtemps après sa mort qu'a eu lieu cette publication, non moins fâcheuse dans l'intérêt de sa mémoire que dans celui de la science. »

Cela dit, pour voir jusqu'à quel point la réclamation de M. Dubois est fondée, mettons-le hors de ce débat. 11 est un trop mauvais avocat dans une cause où il s'agit de l'authenticité d'un monument quelconque, pour que nous ayons pris la peine de revenir, à propos de sa brochure, sur la question principale que nous n'avons qu'effleurée. Un mémoire de M. Letronne, publié quelques Jours après notre article, nous en fournira l'occasion. Nous maintenons donc, jusqu'à plus ample informé, les doutes que nous avons exprimés, et qui viennent se fortifier de tout ce que l'on vient de lire ; et nous regrettons de ne les avoir pas

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