RAPHAËL MORGHEN
Ilaphacl Morghcn étant sans contredit celai de tous les graveurs modernes dont l'œuvre est le plus considérable et le plus important , nous avons pensé qu*un catalogue raisonné de ses travaux pouvait être de quelque utilité ou de quelque intérêt. Le texte italien dont nous offrons la traduction est dû à M. Nicolo Palmérini , élève et ami de Morghen. 11 a été fait sous les yeux du mattre, d'après ses indications, et ne laisse rien à désirer. Avant de donner rénumération de ces nombreuses productions, nous en ferons une brève appréciation.
Raphaël Morghen est né en 1758, à Naples, où son père et son oncle exerçaient déjà depuis plusieurs années Tart de la gravure. Ses dispositions naturelles le portant h suivre cette profession, il se livra fort jeune à de sérieuses études, et c'est de son enfance que
datent ses premiers travaux. Jusqu'à TAge do vingt ans, il continua de travailler sous la direction de son père ; mais celui-ci comprit alors qu*un mattre plus habile lui était devenu nécessaire, et il renvoya à Home pour y recevoir des leçons de Jean Volpato , qui passait alors pour le premier graveur de Tllalie. A cette époque, dans ce pays comme dans le nôtre, commençait une vive réaction, qu on a môme appelée une renaissance. Dans tous les arts, Ton s'éloignait avec dédain du genre que Ton avait suivi depuis la fln du dernier siècle; on méprisait ce qu'on avait adoré : ce qu'on avait regardé comme délicat et gracieux, on rappelait contourné et maniéré ; c'était un retour au goût simple et sévère, c'était un retour au vrai culte ; et ce culte, c'était celui de l'antique. Nous savons ce qu'a produit cette réaction ; nous avons vu les résultats de cette renaissance. En sculpture , elle nous a valu l'école de Canova; en peinture, celle de David. Jean Volpato appliquait à la gravure ces mêmes principes et ces mêmes idées. La reproduction des grands ouvrages de Michel- Ange et de Raphaël qu'il entreprit eut un grand succès, et il acquit rapidement une fortune considérable en éditant ses propres ouvrages et ceux qu'il faisait graver sous sa direction , et c'est de lui que Raphaël Morghen vint recevoir des leçons.
Pour un homme doué d'une forte intelligence et d'un esprit indépendant, les plus mauvais conseils ne sauraient être dangereux ; il ne tardera pas à mépriser les règles qu'on peut lui avoir imposées, il aura bientôt franchi les limites qu'on lui a tracées; car le génie n'a pas besoin de suivre, il trouve. Mais pour celui qui ne possède pas ces éminentes qualités et dont rintelligence moins puissante doit nécessairement recevoir une impulsion , ces conseils peuvent être funestes et devenir pour lui une ornière dans laquelle il se traînera h perpétuité.
L'on soupçonne peu généralement quel ensemble de fortes et précieuses qualités doit réunir l'artiste qui veut exercer avec supériorité l'art de la gravure. Il ne lui suffit pas , comme on le pense, de posséder la science et l'habitude du dessin , et d'être habile à manier le burin et la pointe. Pour reproduire l'œuvre du peintre , il faut qu'aucun des secrets de son art ne lui soit inconnu; il faut qu'il en comprenne tous tes puissants ressorts,
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ainsi que toutes les finesses. Il doit pénétrer les secrets du modelé aussi bien que les combinaisons infinies de la couleur. Bien plus encore , il doit élever sa pensée Jusqu'à la hauteur de celle qui anime Tœuyre qu'il veut reproduire; Il faut par conséquent qu'il soit peintre lui-même.
Il est de ces intelligences à la fois dociles et puissantes , qui , dans la contemplation d'un chef-d'œuvre , en reçoivent spontanément comme un reflet qui les pénètre et les inspire ; aucune de ses délicatesses ne leur échappe; aucune de ses qualités sérieuses et profondes ne reste cachée pour elles ; c'est plus qu'une compréhension, c'est une révélation. L'on deVine que pour qui comprend d'une pareille manière un chef-d'œuvre et veut le reproduire, il n'y a pas d'hésitation possible. Quand la pensée subit une telle inspiration , le burin sait bientôt lui obéir : c'est alors qu'il devient souple et puissant, fort et délicat; c'est alors qu'il rivalise avec la puissance du pinceau et les merveilles de la couleur, qu'il produit vie et lumière; c'est alors aussi que le graveur devient presque l'égal du peintre. Malheureusement, ces riches organisations sont rares; mais il s'en rencontre quelquefois d'autres qui , par l'emploi de facultés différentes, peuvent arriver au même résultat; chez elles la facilité supplée à la force, et la souplesse à l'inspiration ; ce qu'elles ne devineront pas, on peut le leur faire comprendre, et lorsqu'on leur aura montré la route, elles y marcheront d'un pas ferme et assuré. Sans le guide qui l'a dirigé, le plus illustre et le premier de tous les graveurs , Marc-Antoine , n'eût pas atteint le but auquel il est arrivé. Qu'on examine ses premiers travaux , on y remarquera le doute et l'incertitude ; qu'on regarde ses grands ouvrages, on y reconnaîtra que c'est la main du divin maître qui Ta lancé dans la carrière , et que c'est son génie qui l'a inspiré. Nous croyons pouvoir dire sans faire injure à Raphaël Morghcn, qu'un pareil guide lui aurait été nécessaire, et que ce fut un malheur pour lui de ne trouver à Rome que Volpato. Quelque zèlo que cet artiste ait mis à reproduire les ouvrages de Raphaël , il n'en a jamais été qu'un médiocre interprète , et ce n'étaient ni ses exemples ni ses leçons qui pouvaient ouvrir à son élève une voje large et grande.
Arriré à Home, Tan 1T78 , c'est à UamiUoQ cl au Guide que Uaphacl Morghen consacra d'abord son burin, ce qui n'annonce ni un goût très-pur ni une tendance très-élevée.Trois ans après, il grave, pour le compte de Volpato, la Poésie et la Ttiéologie, flgures peintes par Raphaël au Vatican , puis la Jurisprudence et la Messe de Bolsène , les seules grandes fresques de Raphaël qui eussent échappé à l'exploitation de Volpato. 11 est touijours curieux et intéressant d'examiner les premiers travaux d'un artiste; Ton aime à voir en germe ces qualités qui doivent grandir et se développer plus tard; et déjà Ton peut deviner quelle route il va suivre et à quelle hauteur il peut s'élever. Il faut bien re* connaître que l'examen des premiers ouvrages de Raphaël Morghen ne cause ni surprise ni émotion , n'inspire ni intérêt ni espérance; on n'y trouve pas cette naïveté, cette incertitude que laisse voir une forte intelligence lorsque, jeune encore, elle rêve et cherche ; on n'y sent pas cette impatience et ces élans qui échappent alors aussi à son ardeur; on n'y rencontre pas ces défauts heureux qui plus tard doivent se changer en précieuses qualités.
C'est un ensemble régulier et monotone, c'est une exactitude froide et timide ; on voit bien que ce n'est pas un esprit qui sléiance poussé par son inspiration , mais une intelligence qui suit les leçons d'un maître. Bien qu'il lui soit supérieur, bien que son burin soit plus large et plus expressif, que son dessin soit plus pur; bien qu*il manifeste une plus grande compréhension de l'œuvre qu'il reproduit , il n'en suit pas moins une voie basse et étroite. Aussi , sa compréhension est loin d'être complète , et son habileté n'est pas suffisante; si son dessin est correct, il manque d'expression; si son burin est léger et gracieux, il est pâle et montre constamment son impuissance; ses draperies manquent de style; son modelé est mou et se fait peu com* prendre ; ses lumières sont éteintes et ses ombres n'ont pas de vigueur. Ses qualités , on les trouve, maison ne les sent pas; les émotions et les plaisirs qu il devrait vous procurer, on no les éprouve pas; vous estimez l'œuvre du graveur, mais vous ne voyez pas l'œuvre du peintre. Au lieu de son pinceau souple et fort, c'est une pointe sèche et froide; au lieu de sa vive et chaude
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couleur, c'esi une hachure monotone; ea pensée en est absente et son génie n*y rayonne pas ; la gravure peut être un chef-d'œuvre d'habileté, nnais il n'en est pas moins vrai que rflme lui manque.
Il n'est pas étonnant qu'à celte époque ces premiers ouvrages de Raphaël Morghen aient obtenu un grand succès; il est moins étonnant encore que Volpato lui ait accordé les honneurs de son alliance en lui donnant sa fille Domenica. Il ne pouvait manquer de s'attacher celui qui faisait valoir tout à la fois ses intérêts et ses principes. Fidèle à ses premières inclinations , Raphaël Morghen revint au Guide et grava l'Aurore , fresque peinte à Rome, au palais Rospigliosi. Cette pièce obtint le plus grand succès, et elle est encore très-esUmée aujourd'hui , puisque les épreuves avant la lettre, lesquelles portent, tracés à la pointe, les noms du graveur et du peintre, se vendent de4 à 500 fr. Nous nous hfltons de dire que le succès de cette estampe e^ complètement mérité ; le burin en est brillant et facile, et rend parfaitement la couleur du Guide, et, contrairement aux précédents ouvrages de Raphaël Morghen, elle impressionne et séduit. Nous pouvons adresser les mêmes éloges à la pièce dite Angélique et Médore, qu'il a gravée d'après Matteini. On sent que, dans le travail de ces deux ouvrages, l'artiste s'est trouvé plus à l'aise; cette peinture légère lui a paru plus facile à rendre ; cedessin sans foreeet sans caractère convenait mieux à son burin élégant. Aussi jamais ne s'est-il montré plus souple « plus fin et plus moelleux. Nous ne pourrons en dire autant do l'estampe qu'il a gravée d'après Le Poussin : le Temps faisant danser lesSaisons. Le dessin en est d'abord remarquablement incorrect et mou. Le modèle présente les mêmes défauts, et les draperies sont maladroites et lourdes. Le graveur ne nous paratt pas s'être pénétré du style simple et sévère du mattre. La Vierge avec l'Enfant endormi, d'après le Titien» peut être regardée comme le meilleur des ouvrages qu'il a exécutés d'après les coloristes; le ton vif et brillant des chairs est particulièrement bien rendu; il s'en faut pourtant de.beaucoup qu'il ait reproduit la vigueur du coloris de l'école vénitienne. Quant à la Madeleine et à la Charité, nous ne pouvons pas leur accorder le même éloge, et nous avouons que, sans les noms placés au bas des
estampes, nous n'aurions pu deviner d*après quels nnattres il avait travaillé.
On doit pourtant lui rendre Justice, et reconnaître qu'il a, dans ces deux planches, varié son travail; pour Murillo, il n resserré ses tailles; pour le Corrége, il les a distancées , ce qui annonce clairement la pensée d'une distinction. Nous en accordons rhonneur à Raphaël Morghen , mais nous trouvons que ce qui les distingue ne suffit pas pour les faire reconnaître. Nous ne saurions retrouver dans ces tailles froides et lourdes la suave et chaude couleur du Corrége , et ce ne sont pas des hachures dures et raides qui reproduiront la peinture large et forte de Murillo.
C'est à celte époque qu'il fut appelé à Florence par le grand-duc Ferdinand UT, qui lui assigna une pension de quatre cents écus par an , un logement, et la liberté entière de travailler pour son compte, à la condition d'ouvrir une école de gravure. C'est de Florence que datent les ouvrages les plus importants qu'il ait exécutés, ceux qui ont le plus contribué à établir sa renommée : la Madone del Sacco, d'après André del Sarte ; la Cène, d'après Léonard de Vinci, et la Transfiguration, d'après Raphaël. Avant de porter un jugement sur ces trois ouvrages, il importe de dire quelles difficultés présentait leur exécution. On comprendra d'abord facilement que plus une peinture a de grandes qualités, plus sa reproduction en est difficile , et que plus la pensée du peintre a d'élévation, plus on a de peine à l'atteindre. A ces difficultés, que présentaient également ces trois peintures, s'en joignait une autre pour les deux premières : c'était leur état de dégradation. Bien qu'elle soit beaucoup moins prononcée dans la Madone du Clottre de TAnnonciade que dans la Cène du Réfectoire deSainte-Marie-des-Gràces, elle l'est encore assez pour jeter le graveurdansl'embarraseti'incertitude.Sisondessinn'est pas toujours exact, si le modelé de la tète de la Vierge est maladroit et peu correct, c'est à ce doute, je crois, qu'il faut l'attribuer. Le burin clair et doux de Morghen reproduit du reste avec vérité les tons pâles et éteint^ de la fresque d'André del Sarte. Si pour l'exécution de cette gravure la difficulté était grande, celle que présentait la reproduction de l'œuvre de Léonard de Vinci était immense. Nulle peinture n'offre, plus que les siennes, de prandes
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et fortes qualités ; nul peintre ne surprend et ne froppc comme lui par la puissance de sa pensée ; sa science sait s'entourer de charmes et d attraits , son génie étonne et séduit à la fois. Pour accomplir cette entreprise, Thabileté la plus consommée ne pou*yait suffire; Tadresse la plus parfaite devait être vainc, et Texpérience la plus profonde était inutile. Le génie du peintre, il fallait le comprendre; son œuvre , il fallait la. retrouver dans ses sublimes débris, et nous avons vu que Raphaël Morghcn ne savait pas trouver, mais suivre. Si Ton n*a pas le droit de l'en accuser, il est un autre reproche que nous pouvons lui adresser, et nous ne serons pas les premiers à le faire. La difficuUé de Tentreprise et Timportance de ToBUvre n'exigcaient^clles pas d*abord que le graveur en fit une étude sérieuse cl approrondie? n'était-ce pas à Milan , plutôt qu'à Florence ; n'était-ce pas devant ces restes imposants plutôt que devant un dessin de Matteini, qu'il pouvait s'inspirer et parvenir à la comprendre?
Malgré les critiques que cette traduction un peu libre d'une œuvre consacrée souleva en Italie à celte époque, la Cùne qui parut au commencement do l'année 1800 eut un immense succès; elle ouvrait bien le siècle et fit proclamer son auteur le plus grand des graveurs. Le prix de souscription , qui était de trente sequins pour les épreuves avant la lettre et dix sequins pour les épreuves ordinaires, fut bientôt dépassé. La valeur n'en a pas diminué, puisqu'à la vente de iady Prcscott, en 184>0, une épreuve avec ses armes et la dédicace légèrement tracées a été payée 126o fr. Nous reconnaissons toutes les qualités de l'ouvrage du graveur; mais il est pourtant certain qu'il est resté bien loin de l'œuvre du grand mattre, qui s'éteindra sur la muraille sans avoir trouvé qui la reproduise.
C'est en 1795 que Raphaël Morghcn entreprit de graver la Transfiguration de Raphaël. Après avoir travaillé pendant une année sur un dessin d' Antonio deli'Ëra, il vintàUome,etreconnut que ce dessin n'était point exact. Forcé de renoncer à ce premier travail, il reprit, en 1800, l'exécution d'une nouvelle planche, et il en commença la préparation à Teau-forte , d'après un dessin de Tofanelli; la gravure n'en fut entièrement achevée qu'en l'année 1811 . La haute renommée de rartiste , et le succès qu'a-
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vaicnt obtenu ses précédents ouvrages, fuisaient espérer un chef-d'œuvre; oussi, depuis longtemps, Tattente était-elle ardente. Des banquiers d*Aliemagne achetèrent le premier lirage, de compte à demi avec une maison de Paris, la somme énorme de l(^0,(X)Ofr., et doublèrent par la vente le prix de leur marché. Cependanton Tut loind*étre satisfait ; à Paris, où se trouvait alors la Transfiguration r l'on jugea que la gravure ne reproduisait pas le caractère de la peinture , et ce jugement eierça une (ïcheuse influence sur la valeur de Testampe ; le prii des épreuves baissa rapidement; il s'est relevé depuis, et les épreuves dites au livre blanc se vendent aujourd'hui de 6 à 800 francs. Bien que le prix de cette gravure soit inférieur à celui dont on paie la Cène , bien que son succès ait été moins grand, nous la regardons comme une œuvre bien supérieure. Le reproche qu*on lui a adressé do ne pas reproduire le caractère de In peinture est exact ; cependant c'est celui de tous les ouvrages de Morghen dans lequel co défaut se fait le moins sentir, et Van reconnatt facilement tous les efforts qu'il a faits pour rendre avec vérité toutes les sublimes beautés de cette peinture. La partie la mieux traitée de cette estampe est sans contredit la partie supérieure; le burin en est transparent et animé , la lumière qui s*échappe du corps du Christ est bien rendue , et les tons du ciel ont de la chaleur et de l'éclat. Le dessin des personnages est exact , le modelé en est fm et gracieux ; la tétc du Christ est surtout remarquable par la délicatesse et la pureté de Texpression. Les draperies sont également bien rendues; elles sont élégantes , légères et .lumineuses. La partie inférieure nous paraît moins bien traitée; le burin s'y montre dur et lourd ; le dessin des figures est moins exact , le mouvement des personnages n'est pas rendu avec facilité; cependant les terrains, vigoureusement préparés \x l'eau-forte, sont d'un assez bon erfet, et reproduisent exactement la peinture.
On trouve donc dans celte gravure de nombreuses et fortes qualités ; mais était-ce tout ce qu'on devait désirer? Était-ce tout ce qu'on pouvait faire? Est-ce ainsi que Bolswert a gravé Van- Dyck , et Vorsterman Rubens? Est-ce ainsi que Marc-Antoine a gravé Uaphaël?Qu'on ouvre l'œuvre do ce dernier graveur: c'est là qu'on retrouvera le maître tout entier : c'est son dessin Facile
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et pur, c'est son modelé savant et gracieux , ce sont ses têtes si puissamment animées, ses poses pleines de mouvement et de style, ses draperies simples et magnifiques. Combien son burin esta la fois gracieux et foril Ses teintes ne lassent pas par leur monotonie, ne fatiguent pas par leurs reflets; elles ont tout à la fois la vigueur et la souplesse du dessin. Avec quelle ravissante simplicité il a gravé TAdam et Èvel Avec quelle finesse et quelle vérité il a rendu Texpression des figures dans la Construction de TArche ! Quel style et quelle noblesse il a déployés dans la Vierge à la longue cuisse , et quel sentiment profond il a montré dans rOrphée et TEurydice ! Alors Ton comprendra quelles qualités doivent se montrer chez celui qui a l'ambition de reproduire Tœuvre d'un grand maître.
Raphaël Horghen a aussi gravé un grand nombre de vignettes et de portraits. Des vignettes, nous n'en parlerons pas; la composition en est faible, et l'exécution généralement médiocre. Quant aux portraits , les deux f^lus reroarquaMes sont celui d'un inconnu d'après Miereveld , et celui de Moncade d'après Van-Dyck, qui furent gravés à Rome. Le premier est habilement exécuté dans la manière des maîtres flamands; c'est un trèsadroit pastiche ; le second ne reproduit nullement la couleur de Van-Dyck , mais il est également d'un burin très-habile. Ceux de Raphaël et de Léonard de Vinci nous paraissent médiocres, et mieux vaut n'en pas parler. Raphaël Morghen a gravé luimême son portrait à la pointe sèche d'une manière très-fine et très-6pirituelle.
11 déposa le burin longtenps avant sa mort Entouré d'élèves nombreux dont il dirigeait les travaux , il mourut à Florence en 1833.
Les observations que nous avons faites nous imposent pour devoir de ne pas en ajouter d'autres. Pour cojiclusion, nous dirons que, tout en rendant Justioe au tatont éè Morghea , tout en reconnaissant son intelligence et son liabileté, nous ne pouvons pas pourtant voir en lui le Raphaël de la gravure.