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DIFFERENTS ARTISTES

Le titre d' Essai qxie nous donnons à ce catalogue indique ^ssez clairement que nous sonunes bien loin de le Juger complet; mieux que personne nous en connaissons les imperfections et les lacunes. Cependant, tel qu'il est , nous avons cru devoir le publier parce que nous avons tenu à honneur de rendre les premiers cet hommage public à la mémoire d'un des plus grands maîtres de l'école française. Nous sommes convaincus d'ailleurs , que, dans de semblables travaux qui laissent toujours à désirer , malgré tous les soins qu'on y apporte , on ne peut approcher d'une certaine perfection que par des recherches continuelles , des additions successives , et des découvertes inespérées dues le plus souvent au hasard.

Mais avant de penser à améliorer une pareille œuvre , à en soigner tous les détails , il faut d'abord en concevoir le plan , en 18/15 31

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réunir les principaux matériaux, et les classer de manière que les observations postérieures puissent trouver facilement leur place dans l'économie générale. Cette tâche, peu glorieuse du reste, est cependant plus difficile qu'on ne pense ; et tel qui se serait senti les forces et les lumières nécessaires pour donner une deuxième édition considérablement revue et corrigée du travail d'un autre . aurait peut-être reculé devant la première. Nous avouerons nous-mêmes que, plusieurs fois découragés par des difficultés sans nombre et imprévues, nous avons été sur le point de renopcer à des investigations aussi pénibles. Il n'a pas moins fallu que l'admiration que nous avons vouée à Prud'hon, et aussi l'indignation dont nous ne pouvons nous défendre à la pensée de l'indifférence avec laquelle sont traitées nos gloires nationales, pour doubler notre courage et nous aider à surmonter les ennuis inséparables d'ime pareille entreprise. Scaliger dit quelque part qu'il préférerait le métier de mineur à celui de lexicographe; à quel autre plus rude encore eût-il donné le choix s'il avait connu celui de chercheur d'états différents et d'indicateur d'adresse» substituées!

Cependant le catalogue de l'œuvre d'mi maître est le plus bel éloge rendu à sa mémoire ; là sont passés en revue successivement tous ses titres à la célébrité. Aucun panégyrique , aucune biographie ne peut remplacer le monument qoe le grand homme s'est élevé à lui-même et qui résume sa vie tout (entière. Assez de gens obscurs ont trouvé des historiens empressés à mettre en lumière leurs pâles actions , "et à prôner des ouvrages qui n'ont souvent d'autre mérite que la rareté. Assez de vivants, fort bien portants du reste, mais qui se regardent sans doute comme bien et dûment enterrés , se sont donné, à l'exemple de Charles V, la triste satisfaction d'assister à leurs propres funérailles en publiant l'édition de leurs œuvres complètes. Que les vivants ne nous fassent pas oublier les morts; que les médiocrités présomptueuses n'étouffent pas les génies modestes. Payons à ceux qui ont succombé le juste tribut de louanges qu'ils ont mérité par une vie glorieuse , et que la postérité équitable enfin venge leurs mânes de l'injustice de leurs contemporains.

Avant detenniner cette préface, qu'on nous permette une der-

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nière observation. Par roriginalité saisissante de ses conceptions ; par ce besoin impérieux de l'idéal qui Va toujours guidé dans le choix de ses sujets (4 ) et de ses figures ; par c^tte heureuse alliance, que nul n*a possédée à un degré plus haut que lui, d'une grâce voluptueusement enchanteresse au sentiment si rare de répaisseur des formes; par cette science de l'ombre et de la lumière qui fait briller ses moindres dessins d'un éclat magique et mystérieux ; enfin, par ses défauts même, Prud'hon s'est élevé au rang des plus beaux génies dont la Flandre et l'Italie s'enorgueillissent justement. De plus, pour que la comparaison soit complète jusqu'au bout , ainsi que Raphaël, Rubens et Poussin , lui aussi a trouvé des graveurs qui l'ont interprété admirablement. Copia et surtout Roger sont dans leur genre des dessinateurs de la force de Marc-Antoine, de Rolswert et dePesne. Eh bien ! malgré tant de titres à l'admiration publique, le cabinet des estampes si riches en chefs-d'œuvre étrangers, et qui recueille avec tant d'empressement , sans doute à titre de pièces historiques , des raretés tout-à-fait insignifiantes sous le point de vue de l'art , ce cabinet ne possède de Prud'hon que quelques estampes choisies encore parmi les plus communes et les plus ordinaires d'épreuve.

Quant au musée du Louvre qui se contente d'un Watteau; qui a fait disparaître depuis long-temps les deux seuls tableaux de genre de Chardin que nous ayons (2) ; qui n'a consenti qu'à regret à

(i) On remarquera en parcourant ce catalogue que Prud'hon n'a pas traité un seul siget purement historique; il n*a même emprunté à la bible que quelques pages passionnées et mystiques. Les riches fictions de la Mythologie et surtout de Tallégorie, convenaient particulièrement à sa nature rêveuse et tendre. Cette remarque, que nous n'avons vu consignée nulle part, est tout-à-fait caractéristique.

(a) Pendant qu'on imprimait celte préface, les portes des galeries où sont exposés les tableaux des anciennes écoles françaises, flamandes et italiennes, se sont rouvertes. Les deux Chardlns nous ont été enfin rendus, mais dans quel état , grand Dieu ! Du reste, la main sacrilège qui les a si honteusement mutilés a souillé sans scrupule les plus admirables peintures. Sans vouloir signaler tous les crimes dont les prétendus restaurateurs se sont rendus coupables, nous renvoyons au grand Canaletti et au soleil couchant de Cl. Lorrain. Bientôt nous reviendrons sur ce déplorable sujet; et quoique nous sachions parfaitement à Tavance que toutes nos réclamations resteront sans effet, il nous est impossible d'assister de sang-froid à Tagonie de tant de chefs-d'œuvre. Si nous ne pouvons arrêter la main des bourreaux, du moins nom proclamerons le nom des victimes de ces lâches assassinats, et nous honorerons leur mémoire en leur disant pieusement le dernier adieu.

donner 6,000 fr. pour le radeau de la Méduse^ rnais qui, en compensation , n'a pas regardé à quelques centaises de mille francs de plus ou de moins pour fonder un Musée espagnol où brillent quatre-vingt-un Zurbaran ; ce musée q^i donna 30,000 fr. pour mouler la cheminée de Bruge que personne ne voit ; ce musée qui ne réclame pas T Andromède du Puget nmtilée par la tempête sous les arbres du parc de Versailles , et qui ne pense pas qu'il existe à Gênes deux chefs-d'œavre du grand sculpteur français dignes à tous égards de l'honneur accordé à deux tombeaux espagnols; ce musée renfenne deux tableaux de Prud'hon, deux têtes ébauchées au pastel, et pas un dessin.

Heureusement que cette coupable indifférence des administralions royales pour les artistes célèbres de notre pays , n'est point partagée par la plupart de nos amateurs. Sans parler de M. Marcille , dont le nom est devenu presque inséparable de celui de Prud'hon par le zèle religieux qu'il met à recueillir les œuvres de ce maître, et par la collection inestimable qu'il en a formée , les richesses de plusieurs cabinets particuliers hisultent à la misère honteuse et volontaire des salles de la rue Richelieu et des galeries du Louvre

F. ViLLOT.

Un mot sur la manière dont ce catalogue a été rédigé. Nous avons cru devoir adopter la classification suivante comme étant la plus propre à faciliter les recherches.

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