‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 184 sur 199 · TABLEAUX ORIGINAUX · texte numérisé non relu

TABLEAUX ORIGINAUX

P.-P. Frod'hon.

Le titre que nous venons d'inscrire en tête de cette page est l>eaacoup trop général pour le petit nombre de tableaux de Prud*hon que nous avons à présenter à nos lecteurs. Sans compter la saison d*été qui éloigne de Paris la plupart des amateurs, bien des facilités nous ont manqué pour faire ce travail plus complet ; aussi bornerons-nous nos prétentions aujourd'hui à attirer leur attention sur Tulilité qu'il y aurait à avoir un catalogue raisonné des tableaux des maîtres les plus recherchés, et à les engager à nous seconder dans cette entreprise.

Quoi de plus désirable en effet que dé connaître la généalogie, les titres de noblesse des choses que Ton possède , c'est-à-dire le nom des diverses personnes à qui elles ont appartenu , et les prix qu'elles ont été payées dans les ventes publiques. La façon la plus sûre de faire sortir la recherche et la collection des œuvres d'art de cet état de manie et de fantaisie où quelques personnes affectent de placer cette charmante passion, de la légitimer même aux yeux des esprits les plus posltife , ce serait d'établir de la façon la plus rigoureuse, l'authenticité et la valeur vénale des objets les plus importants, et de moraliser le commerce qui s'en foit en l'éclairant. Combien de personnes du monde , riches , ahnant les ans , mais en jugeant les productions plutôt de sentiment que de science certaine, sont arrêtées dans l'essor qu'elles seraient tentées de donner à ce noble goût par les défiances les plus légitimes. Dans Tétat actuel des choses, qui pourrait se livrer sans frémir à la formation d'une galerie de tableaux de sept à huit cent mille francs 7 Je sais bien que Ton dit aux gens riches : prenez les conseils d'un artiste ; adressez-vous aux marchands d'une probité re-

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connue. Que de naufrages célèbres viennent témoigner de IMnsoflisance d'un semblable moyen ! S'il était question de livres rares ou d'estampes précieuses, je ne dis pas, l'avis serait peut-être bon; mais lorsqu'il s'agit de tableaux d'un grand prix , que de fois n'a>t-on pas vu les plus Gns connaisseurs se tromper eox-^êmes, et plus souvent encore, les marchands tromper le public ! Tel que ce commerce est organisé, la plus vieille expérience seule semble avoir le privilège de pouvoir se mettre en contact avec lui sans de trop grands inconvénients , et encore que de mécomptes souvent Le faussaire est là qui rit dans lombre , et il ne se contente pas toujomrs d'une victime vulgaire. Dans l'acquisition d'un tableau de dix, de vingt, de quarante mille francs, on doit exiger plus que la chose elle-même ; il laïut une notoriété, une possession d'état bien constatée : les tableaux flamands et hollandais ne sont pas faits d'hier, et depuis deux cents ans qu'ils changent de mains toujours recherchés et estimés de grands prix, il doit être facile d'en établir la filiadon, et l'amateur devrait l'exiger.

Des catalogues faits avec discernement , et surtout avec la plus entière Indépendance , remédieraient à bien des choses. Dans la plupart des cas , ils mettraient le vendeur dans la nécessité de certifier la provenance d'une façon certaine, et pour les tableaux qui auraient échappés à la nomenclature, l'amateur, mis en garde , aurait à s'entourer de toutes les garanties possibles. En Angleterre . où les collections d'art ne sont pour la plupart du temps que des affaires de convenance , de semblables catalogues existent depuis long-temps déjà. Un marchand de tableaux , M. Smith , en a publié im assez volumineux , et bien que ce livre fourmille des erreurs les plus palpables , et les plus volontaires souvent, c'est encore un guide auquel ont recours avec succès les grands seigneurs qui forment des galeries« Le petit nombre d'amateurs, que nous avons eu occasion de visiter & propos de cet essai de catalogue des tableaux de Prud'hon , nous a mis à même de juger avec quelle hardiesse et quel succès les œuvres des faussaires parviennent à se glisser même chez les plus défiants , et combien il serait souvent facile de les dévoiler. Ln amateur enthousiaste des ouvrages de Prud'hon , et qui en possède de fort beaux , a acquis depuis peu comme original une copie du n* 7 de notre catalogue. Nous ignorons qui possède maintenant ce tableau qui a appartenu successivement à M, J. Laffitte, et à un expert distingué, M. Henry, deux bonnes recommandations ; mais comme il est peint sur toile , et que celui qui vient d'être vendu est sur panneau, 11 est bien certain que ce ne saurait être le même. Celte remarque bien simple , si elle fût venue à la connaissance de l'amateur dont nous parlons, l'eût certainement empêché de tomber dans une semblable méprise. En attendant quelques catalogues des maîtres flamands

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et hollandais que noos nous proposons de publier plus tard , peut-'être serait-il bon de nous occuper de quelques maîtres fram^als qui ne leur ce* dent rien en mérite. Pnid*hon, Greuze, AnL Watteau, N. PoosbId, voilà des maîtres dont il serait utile et important de dresser des catalogues ni> sonnés autant pour Thistoire de Tart que pour la sûreté des transactions. Les prix que Ton attache aux tableaux des trois premiers, exdtent yîTement la cupidité des faussaires, et de ce côté le besohi est urgent. Pour ce qui concerne Prudlion la tâche semblerait facile au premier abord: la tradition du mattre est vivante encore au milieu de ses élèves et de quelques amateurs qui Pont connu; le nombre de ses tableaux, sans être trfei restreint, n'est pas très considérable non plus ; Tétrangernenous en a enlevé que bien peu , et pourtant nous nous trouvons arrêtés à chaque pas. Nous y reviendrons cependant dans notre procbahi volume avec Taide des amateqrs que nous ne saurions trop engager à nous communiquer les renseignements qulls possèdent ou à rectifier s'il y a lieu ce que nous donnons aujourd'hui.

i. Le Christ sdr la croix. La Madeleine et la Vierge sont à ses pieds. Admirable composition exposée en i82â, un an après la mort de Prud'hon, dont elle est le dernier ouvrage. •— Au musée du Louvre.

ILarg. 1 m. 67 cent., hauL s m. 7ftcent.

2. Le même $vjet^ esquisse terminée, gravée en manière noire, par Reynolds. •— Cabinet de M. Couun.

3. L'Assomption de la Vierge. Elle monte au del portée pardes anges, une ronde de petits anges est à ses pieds. Tableau exposé au salon de 1819, gravé à Taquatinta par Debucourt. — • Chapelle du château des Tuileries.

îu L'Assomption de la Vierge, groupe principal du tableau précédent; esquisse terminée. Gravée parBocq.

Toile. Larg. o m. ai cent., haut, o m. 32 cent.

VenteaprèsdécèsdeP.-P. Prud'hon,1823 1,500 fr.

Collection P. Perler, 18/i3 12,000 fir.

Maintenant dans la collection de M. le marquis d^Hertford.

5. La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime. Tableau exposé au salon de 1808. — Au musée du Louvre.

Larg. a ni. 9*2 cent. , haut, a m. A3 cent.

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6. La même composition , rédaction non terminée du lablean précédent, où Ton retrouve toute la mâle énergie qui distingue cette admirable production.

Toile. Larg. i m. 91 cent.» haut. 1 m. 60 cent.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823 900 ftr.

Collection Sommartva, 1839 1100 fr.

Maintenant dans la collection de M. Thévenin.

7. Minerve conduisant le Génie de la peinture au séjour de Timmortalité. Il s'élance guidé par la Sagesse, les yeux fixés au ciel; sa main droite est levée, la gauche tient une palette et des pinceaux. Dans une gloire, en haut, on aperçoit la couronne qu'il veut saisir, et les neuf muses qui vont le recevoir ; en bas, an groupe de génies raccompagnent; celui de Tenvie tombe renversé. Esquisse terminée.

Tuile. Larg. o m. 3i cent. , haut. om. 49 cent.

Collection. Jacques Laffitte, 1834

— — Henry, 1836.

8. La Sagesse et la Vérité descendent sur la terre , et ies ténèbres qui la couvrent se dissipent à leur approche. Tableau allégorique exposé au salon de 1798.

Dimcns. S m. 66 cent, carrés.

9. L*Amoi]R riant des pleurs de lMnnogencf. L'Amour accroupi tient entre ses bras un petit chat dont les griffes ont rougi la peau de Tinnocence effrayée. Groupe de deux enfants blonds, tapis sons des arbres. Esquisse légère, le fond de paysage et les terrains sont rendus par un frottis qui couvre à peine la toile.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823. . . 1,105 fr.

Collection. . . de Cyplerre, 18/^5. . . 2,027 fr.

Maintenant dans la collection de M. André Giroux.

10. L'Innocence séduite par l'Amour, et entraînée par le Plaisir» est suivie du Repentir. Ces quatre figures, qui forment un sujet des plus gracieux, se déta^chent sur une partie de bois éclairée des rayons du soleil et se dirigent vers la droite.

Toile. Larg. o m. 70 cent., haut, o m. g5 cent

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823. . . 2,650 fr.

Maiatenant dans la collection de M. Odiot.

H, Le même sujet, figures à mîH^rps.

Toile. Larg. om. 9i6 mill., haut, o m. a5o mili.

Collection Didot, 1825.

Maintenant dans la collection de M. de Lassalle.

12. Le même iujet^ figures en pied. Cette charmante composition a été reproduite souvent par Prud'tion. Outre les trois que nous venons de citer, il doit en exister encore une de la même dimension que celle qui nous occupe dans ce moment.

ToiLB. Larg. o m. 35 cent, liant, o m. 46 cent. CoUection Didot, 1825.

13. L'Innocence préférant l'Amour a la Richesse. La Richesse sous les traits d'une femme richement vêtue voit ses présents dédaignés par ime jeune fille qui se réfugie sous Taile de l'Amour.

Larg. o m. 265 mill., haut, o m. 390 mllI.

Maintenant dans la collection de M. Marcille.

14- VÉNUS, assise sur un banc de gazon et entourée d'amours, se dispose à descendre au bain. La figure principale est à l'état d'ébauche très avancée ; le ton et le modelé des chairs sont d'une suavité dont cet admi> rable artiste semble seul avoir possédé le secret. lies amours, au nombre de cinq, et le fond de paysage ne sont que légèrement indiqués.

Toile. Larg. o m. 98 cent, haut. 1 m. So cent.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823 1,300 fr.

Maintenant dans la collection de M. le comte de Morny, après avoir appartenu à M. de Cypierre.

15. Répétition avec variantes de la composition précédente. Vénus est couronnée de fleurs ; une longue guirlande l'entoure ; au lieu de cinq enfants il n'y en a que deux à gauche, Zéphyre et l'Amour. Ce tableau, également dn pins grand mérite, n'est pas terminé.

Larg. o m. 97 cent., haut. 1 m. 97 cpn(. Maintenant dans la collection de M. Duclos.

16. « VÉNUS ET Adonis. Au milieu d'une forêt ombreuse, Vénus, assise « sur un tertre, retient Adonis près d'elle par le charme de ses caresses ; le t< jeune chasseur enivré paraît oublier qu'il veut partir. An bord de Peau ,

« sur le. devant, un amour tient les chiens en laisse; plus loin, à Técart, « TAmour livre au plaisir un papillon, symbole de Tâme ; dans le lointain « plusieurs autres amours courent à la chasse. Tableau de 7 pieds 6 «( pouces de hauteur sur 5 pieds ti pouces de largeur, peint par P. -P.

« Prud'hon. Prix du tableau. 12,000 fr..

Telle est la note autographe de Prud*hon lui-même sur ce tableau qui a figuré à sa vente après décès. En 1823, adjugé pour 5,100 fr. à M. de Boisfiremoat, il a passé depuis dans la famille du maréchal Gouvion-Saint- Gyr où il est probablement encore.

17. ViNDS ET Adonis. — Esquisse terminée du tableau précédenL Entre autres dilTérences qui distinguent ce petit chef-d*œuvre du maître, on remarque sur le premier plan deux amours au lieu d'uo, qui caressent les chiens groupés d'une façon beaucoup plus pittoresque, el au fond, à gauche, un autre petit amour qui s'envole, est à la place des deux colombes.

Larg. o m. fi6 cent., haut, o m. 36 cent.

Collection Sommariva, 1839 7,800 fr.

Maintenant dans la collection de M. Marcille.

18. PsYCHi EXPOSÉE sur le rocher est enlevée par les Zéphirs qui la transportent dans la demeure de TAmour. Tableau exposé en 1808 et en 181û.

Collection Sommariva, 1830 15,/i50 fr.

19. Le sommeil de Psyché. Elle repose dans un bois sous une espèce de tente formée par une draperie rouge. L'Amour est endormi à côté d'elle; un essaim de Zéphirs qui voltige à gauche vient les contempler en passanL Ce tableau qui avait été commandé à mademoiselle Mayer par Timpératrice Joséphine, est entièrement de la main de Prud'hon.

Toile. Larg. i m. 46 cent., haut, o m. 96 cent

CoUectîon de la Mahnaison, 181/i 800 fr.

Maintenant dans la collection de M. Dubois.

20. La même composition^ esquisse du tableau précédenL Maintenant dans la collection de M. le marquis Maison.

21. L'Amour et Psyché. Composition de deux figures principales, proportion de demi-nature.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823 666 fr.

Maintenant dans la collection de madame Didot

22. JRV^T, ZÉPHYR se balançant au dessus de Teau. Cette composition aussi

simple que charmante est trop populaire pour qu'il soit nëcesisalre de la décrire. Exposée au salon de 181/ii, elle a été gravée au burin par Laugier.

Collection Sommariva, 1839 21,060 fr.

Maintenant dans la collection de M. (îuenin.

23. Jeune Zéphire se balançant au dessus de Teau, esqnis e du tableau précédent, lithographiée par M. Gre?edon.

Larg. o ni. i6 cent., haut, o m. 21 ceni.

Maintenant dans la collection de M. d'Espagnac, après avoir appartenu successivement à MM. de Forbin, baron de Jassaud, comte Maison.

2/i. ZÉPHYR SE BALANÇANT, figure peinte en grisaille. Vente après décès de P. -P. Prud'hon, 1823 700 fr.

25. Minerve, Euterpe, Vénus et Pandore. Figures allégoriques placées sur des piédestaux : des petits génies sont à leurs pieds; d'autres, en haut, portent divers attributs. Esquisses touchées avec un goût exquis des belles peintures exécutées dans Thôtel Ceruti (aujourd'hui Rothschild.) Elles ont été lithographiées dans l'ouvrage intitulé Monuments des arts du dessin.

Bon. Larg. 0 m. 061 mfll., bauL oui. 388 mlll.

Ces quatre esquisses réunies dans un même cadre, qui se trouvaient dans la collection du baron V. Denon, sont maintenant au musée de Montpellier.

26. Minerve éclairant le génie des sciences et des arts. Ébauche en grisaille non terminée.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823 200 fr.

27. L'ENTREVUE des deux Empereurs près d'un bivouac (Napoléon et Tempereur d'Autriche). Esquisse avec paysage.

Vente après décès de P.-P. Prud'hon, 1823 ÛOO fr.

28. Diane invoquant Jupiter. Esquisse pour un tableau projeté.

Vente après décès de P.-P, Prud'hon, 1823 215 fr.

Maintenant dans la collection de M. de Lassalle.

29. L'Ame brisant les liens qui l'attachent à la terre , s'élance vers le séjour du repos. Cette allégorie est personnifiée par une figure de femme diée, s'élevant vers les cieux; en bas, la mer se brise contre un rocher, un serpent rampe sur une draperie rouge.

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