LETTRE A M. CHARLES BLANC
Paris, le 19 avril iStiU.
Mon cher ami,
Vous me demandez ce que je pense de Thorwaldsen et vous voulez bien attacher quelque prfx à Texpression de mon sentiment personnel.
Je vous adresse de grand coem* les notes que voici : Ce sont des souvenirs que j*ai mis par écrit dans Tordre, ou plutôt dans le désordre où ils me sont venus. Publiez-les dans VAlmanach du Mois, si vous le jugez utile ; mais n^y mettez pas plus d^mportancc quMl ne faut.
Vous savez que Thorwaldsen naquit en pleine mer, en 1779, entre Copenhague et Raisciavik, et qu*il était fils d'un ouvder de la marine idandaise, pauvre sculpteur de figures grossières. Admis à recevoir une éducation gratuite à PAcadémie des beaux-arts de Copenhague, il rempoila, en 1794, le grand prix qui lui donnait le droit d'aller à Rome aux frais de PEtat. Sa biographie, du reste, est partout ; elle n'ofifré rien de bien saillant.
Thorwaldsen n'appartient pas à Pécole du dernier siècle, à cette école qui, en Italie, avait commencé au cavalier Bernin, et qui, en France, remonte au Puget. Ce n'est pas l'homme de l'art mouvementé et hardi. Il est toujours calme, quelquefois jusqu'au sommeil ; il est toujours sévère, quelquefois jusqu'à la pesanteur.
Sa vie a été longue et son œuvre est immense. 11 me serait difiicilc d'énnniérer ses statues, ses groupes, ses bas-reliefs ; mais quelques uns me suffiront pour vous donner au moins une idée de son génie et du caractère qui le distingue de son illustre émule, Canova.
Un soir, j'étais alors bien jeune, et j'apprenais la sculpture avec amour,
Î)K l'amatei'k. 1î)9
je me irotnais à llomc, dans Talclier de Caiiova; le grand arlLste a\aii cessé de travailler ; il parlait de son art. Un dernier rayoB de soleil ^éclairait encore les corniches les plus élevées; un peu aiMtessous, dans nue chaude demi-temtc, on voyait le groupe des Trois-Grdces, et, à quelque distance, d'autres figures mythologiques de nymplie»» de déesses oo de courtisanes lascives, à peine vêtnès.
Je contemplais ces figures, que la lumière abandonnait peu à peu, et qui, bient6t, se trouvèrent noyées dans le crépuscule. Il y eut un monent où Je crus les voir s'agiter comme des apparitions fantastiques : il »e semblait que ces poétiques figures, prenant du doigt leurs draperies légères allaient se détacher de leur piédestal et se mêler dans une danse aérienne. Alors tout ce qull y avait de séduisant dans ces formes voluptueuses parlait à mon imagination ; la sculpture m'apparaissait comme la pure expression des beautés exquises, comme Tart de diviniser la forme, en la faisant adorer. Jamais je n'avais senti une attraction plus forte vers le sensualisme antique ; j'étais enchanté, fasciné par la grâce de ces divinités de marbre, auxquelles j'allais consacrer mon admiration et mon ciseau.
Mais quand je fus sortis de cet atelier, et que je m'en revins par les mes tranquilles de Rome, quand j'eus respiré l'air du soir, et que ma tète se fut un peu calmée, il se fit en moi une réaction puissante; Faustère souvenir du Poussin, de ce génie français qui avait erré parmi ces ruines, me commandait un retour sur moi-même ; je fus bientôt en proie à un autre genre d'exaltation ; je sentais mon âme s'élever dans les régions de la pensée, je me rappelais les préceptes de Platon ; et les statues que je rencontrais çà et là sur ma route et qui forment, pour ainsi dire, un autre peuple dans Rome, redoublaient en moi la vénération des héros, et me révélaient tonte la grandeur de la sculpture, destinée à perpétuer les mâles vertus, les nobles dévouements, et à faire vivre les traits de l'honme de génie quatre mille ans après qu'il n'est plus. Je dis faire vivre, car je rêvais, dans mon enthousiasme, d'animer le marbre et le bronze, je voulais poursuivre le mouvement et la vie ; ma plus grande ambition d'artiste était de faire disparaître ces mots : la froide sculpture.
Vous comprenez déjà, mon ami, pourquoi mes sympathies ne vont pas précisément du côté de Thorwaldsen, artiste prudent, compassé et d'une sagesse inaltérable ; mais je n'en suis que plus à mon aise pour vanter ses qualités éminentes.
Les Grecs regardaient rimmobililé comme devant caractériser los symboles de leur croyance ; de là cette tendance vers une apparente froideur si opposée apx idées de mouvement et de vie qui ont prévalu chez les peuples de l'Occidont.
Thoi'waldsen élant un classique pur, était extrêmement réservé, calme, et ne se permettait le mouvement que dans une très petite mesure. Il subordonnait le geste à lliarmonie des lignes, et leur agencement le préoccupait beaucoup plus que l'expression elle-même ; aussi cette disposition le rendait propre surtout à traiter le bas-relief, et, en effet. Ton peut dire que Tliorwaldsen a excellé dans cet art si difficile, qui« depuis Phidias, a fait le désespoir de tant de sculpteurs.
Vous connaissez les figures du Jour et de la îfuil qui décorent une des frises du palais Quirinal, à Rome, et qui ont été reproduites par la gravure. Celle du Jour me semble un peu triviale, mais j'aime et j'admire beaucoup celle de la Nuxt^ portant des enfants endormis dans ses bras, et le front ceint des pavots symboliques dont se compose sa triste couronne. C'est un heureux mélange de puissance et de grâce. La plénitude des formes n'empêche pas qu'elles n'aient de l'élégance et une sorte de légèreté majestueuse. Les draperies abondantes sont soulevées et comme soutenues par le vent; les lignes sont heureusement balancées et le grand vide qui se trouve entre les ailes et les pieds de la déesse, est parfaitement rempli par la figure mélancolique du hibou, aux ailes étendues.
On trouve des ouvrages de Thorwaldsen dans toutes les grandes villes de l'Europe, particulièrement à Munich, à Stuttgard, à Mayence, à Varsovie ; il y a de ses statues à Rome, il y en a quelques unes à Naples ; la plus grande partie est maintenant à Copenhague, sa patrie.
Je* vous dirai un mot de sa statue de Schiller, qui est sur une place publique à Stuttgard. Cette statue, de douze à quinze pieds de haut, s'élève sur un piédestal de granit où est dessinée une simple palme. Le poète est représenté debout, couvert d'un ample manteau rejeté sur l'épaule, tenant d'une main sa draperie, de l'autre son manuscrit; ses yeux sont attachés à la terre.
Schiller était mélancolique sans doute, mais il était fier ; il fut le poète de la liberté. Si je ne me trompe, c'étaient les deux que devait regarder le front de Schiller. Thorwaldsen a toujours été l'artiste des puissants de ce monde ; il n'eût pas osé donner à sa statue une allure plus généreuse ; c'était bien assez pour les souverains d'Allemagne que l'image d'un tel poète s'élevât au milieu d'une de ces places que l'adulation a si long-temps réservées aux rois.
Je ne vous parle pas du Tombeau de Pie Vil que je n'ai point vu. On vante la beauté de la tête du pontife.
La statue équestre de l'électeur de Bavière, Maximilien I*', qui se voit sur une des places de Munich, est un des plus remarquables ouvrages de Thorwaldsen, c'est celui où il s'est montré, je crois, le plus hardi, bien
/ DE ^.'àMàTSUR. %0}
que le cheval toit cooçu dans le.sentiinent des anciens, c'est-ànlirç sévèrement , sans cet attirail ()e harnais , de houppes , de glands et de' détails de toute espèce qui sont indignes de raustérité €t de la grandeur ^e notre art
Il est inutile de vous dire que la question du oostum'c n'a gu^re 4M:cupé Thorwaklsen. Il pensait que rarllÀe doit * s'emparer de rhonime, qui est Vœuvre de la nature, etmégliger le costume, qui est Tœuvre d'une civilisation impl^rfaite, changeante et souvent ridicule. C*ëBt ainsi que, suric Tombeau du prince Eugène^ il a représenté son héros nu, tenant son épée sQf son cœur. Il est entouré de trcyphées et de figures allégoriques parmi lesquels on distingue la Mort éteignant un flambeau, et» en regard, Vltnmortalité montrant une couronne. ^ t
Ne cfoyez pourtant pas, mon ami, que fentendc hannir aBsoluraent le costume î il est clair que des personnages qui ne se «ont pas élevés jiigqu'au sublime, ne méritent pas rhonnenr d'être idéalisas comme des dieux ; qu'ils portent donc le costume de leur époque ajusté avec une certaine grandeur, et dissinfuté dans ce qu'il peut avoir d'ingrat : mais si le scui^eur est en présence d'une de ces griindes figuresqui n'apparaissent que de loin en loin, de Napoléon, par exemple, nul doute qu'il pourra s'élever jiiqu'À l'apo* théose^ et alors dépouillant son héros de ce qui le rattache plus particâliè^ rement à teUe époque ou à telle nation, la statuaire le représentera non. pins comme français, mais comme homme. Kl le en fera la plus 'haute ex- " pression de l'humanité.
'••. Une belle et noble draperie jetée sur les épaulés d'un, grand îiotnine plaira dans tous les siècles, tandis que ies^^estes de convention 'sociale et les vêtements d'actualité ne pourront plaire qu'aux esprits étroits. L'histoire des modes peut être bonne à conserver , mais ce %'est vrainent pas la peine de l'écrire en marbre ou de la couler ea bronze , surtout quand le personnage peut être dégagé de son costume par une fiction sublime.
En ce sens, et pour ce qui est des hommes de génie, Thorwaldsen avait pacMement ràlsAn de repousser le cnstmne moderne; oc croyes-vous pas du reste que l'on pourrait concilier les deux systèmes , en rappelant le costume de l'époqiie dans les bas-reliefs du piédestal ? Celui qtti écrit la vie d*nn homme dSId[>re, relègue dans les notes de l'ouvrage les circonstances de sa vie intime. Ainsi ferait le sculpteur. Les bas-relief^ sont aux pieds de la statue comme les notes aux pieds du livre.
Le nom de Thorwaldsen amène naturellement celui de Canovà, son contemporain, auquel on l'a si souvent comparé. Bien que je me défie deç comparaisons, s'il fallait me prononcer entre ces deux artistes, je n'hésitei^^is pas dans ma préférence pour Canova. Celui-ci a évidennnent plus d'idéal, plus de composition, dans le sens élevé du mot. Thorwaldsen,
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ce me semble , a manqué d'inspiration et d'élan : son œuvre produit rarement rémotion, et ce n'est qu'après une longue étude qu'on y découvre des beautés éminentes. .
, J'ai AU Thorwaldsen à Rome ; sa tète Scandinave paraissait plus singulière encore au milieu de tous ces visages italiens : il avait le masque large, osseux, les p>ommettes saillantes, lès yeux petits let d'un bleu dur ; de longs cheveux blancs accompagnaient cette physionomie massive, où* ta puissance remplaçait la délicatesse, et dont le sourire honnête annonçait un homme bon et ferme. — Canova, au contraire, était une nature sensititc et fine, dont tous les pores étaient ouverts à l'hnpression ; sa sculpture est plu§ coquette sans doute, mais elle est aussi plus -séduisante, plus finie, plus suave. Son exécution est supérieure à celle de Thorwaldsen qui, en général, a de la dureté.
Là statue de Byron ne mérite pas la réputation qu'on lui fit dans le temps. L'expression qui eût été si facilement idéale, n'a pas toute la poésie qu'où voudrait. — Et cependant, lorsque Byron dut poser pour Th<)rwaldsen, il parut tout à coup dans son atelier, sans l'avoir prévenu. Il s'était drapé dans soa manteau et avtdt pris uu air héroïque de natUre à frapper l'artiste et à lui laisser une impression profonde.
Une seule fois, peut-^re^ Thorwaldsen s'est permis la fantaisie , c'est quand il a 'modelé la statue équestre de Paniaknpski^ statue qui devait surmonter une fontaine à Varsovie. Le cheval est représenté reculant effrayé devant les eaux de la fontaine qui ' sont prises là pour les flots de Tflster, tsfndis que Poniatowski, voulant mourir, enfonce l'éperon dans les flancs du cheval.
Cette fantaisie, qui touche à la grandeur, est une exception chez Torwaldsen, car, .en général, il y a chez lui peu d'invention ; mais, en revau- 'che, il y a beaucoup de métier, en ce sens que Torwaldsen avait acquis une science d^arrangcment qui le servait toujours à propos et l'empêchait de jamais tomber dans des fautes considérables. Malheureusement, je le dis avec franchise, il laisse voir trop de choses apprises par cœur, et, à propos de cette combinaison des lignes dont je vous parlais plus haut, je ne puis m'empècher de remarquer que le besoin de compensatioa qui l'occupait sans cesse et que je retrouve dans tous ses ouvrages, l'a conduit im peu trop loin. 11 faut sacrifier, sans doute, à l'équilibre de la composition,* et pour me servir d'une- expression vulgaire que vous me pardonnerez, il faut savoir boucher les trous, mais il importe aussi de ne pas glacer son audace, de ne pas refroidir son œuvre à force de pondération.
Vous comprenez, mon ami, pourquoi Thorwaldsen a dû exceller dans l'art du bas-relief, dans cet art éminemment classique, oii la sagesse et la
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convcnlioti tienneat tani de place. i^:ievé dans la vénération des Grecs, Thorwaldsen ne s'est pas écarté des principes devinés par le génie de Phidias. H se fût bien gardé de multiplier les plans et de tomber , comme tant d^autres, dans ces imitations de tableaux qui semblent percer les murailles et rompre • toute la gravité des lignes générales de Tédifice. n y a une fort belle figure de vieille femme dans son bas- relief de V Hiver et d^admirables morceaux dans celui de Némésis , Qù je ne trouve à blâmer que le stylé un peu mesquin des chevaux. Quant à la frise où Thorwaldsen a représenté le triomphe d^ Alexandre^ elle est regardée comme un chefd'œuvre.
. Thorwaldsen a modelé sur le mur, ou taillé dans le marbre, des figures tranquilles aux contours irréprochables et remplies de convenances. Dans le triomphe d^Alecçandre^ les figures sont belles et fières, mais elles ne se meuvent point, ou si vous aimez mieux , elles n« sauraient se mouvoir. Imaginec-vous des héros qu'une autre espèce de daguéréotype auraient fixés sur les murailles du monument» et qui demeureraient à jamais immobiles^ dans Tétat même où la pensée de Tartiste les aurait saisis. — Je conviens, du reste, que ce cahne étrusque a bien aussi sa solennité et sa grandeur.
Mais, dans les frises du Parthénon, je sens vivre les cavaliers athéniens ; je comprends à leur souplesse qu*Hs devront se mouvoir et Je les vois , pour ainsi dire, s^avancer et continuer leur marche, de sorte que mon imagination me les représente encore dans leurs mouvements futurs, après que mon œil les a embrassés dans leur allure présente.
Voilà Texpression bien franche de mon opinion sur le grand sculpteur qui vient de mourir. N'y voyez d'autre mérite que celui d'une parfaite sincérité.
J'ai lu, mon ami, avec plaisir et avec orgueil, le récit des pompeuses funérailles qui ont été faites à notre illustre associé de l'Institut. Jamais , je crois, depuis Périclès, de pareils honneurs n'avaient été rendus à un ar> tiste. Aussi, je vous le répète, j'ai senti revivre en mon âme la noble idée que j'avais toujours conçue de l'art statuaire, et je me réjouis d'apprendre qu'il s'est relevé à ce point dans l'esprit des hoQimes, que des rois et des princes ont suivi jusqu'au bout le convoi du fils d'un ouvrier islandais.
David (d'Angers), Membre de V Institut.
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VENTES PUBLIQUES
An'9leterre.
En Angleterre les ventes publiques d'objets d'art et d'antiquité ne com< mencent guère qu'en avril , et se prolongent quelquefois jusqu'à la fin de juillet. Cette année elles ont été importantes et nombreuses, et la vente des célèbres collections numismatiques de M. Thomas, esq., n'ont été terminées que le 15 août 18/ii/ii. Nous passerons eu revue les plus interres-
La première qui se présente par ordre de date , c'est la vente d'une collection d'estampes choisies, d*nn eminent colUctor, qui a eu lieu le 11 mars 18ù4 ; la plupart des estampes étaient des productions modernes. Nous donnerons quelques uns des prix les plus élevés.
ROBERT STRiWOE. — Gharlcs l" en pied et en manteau royal» d'après Van Dyck , épreuve avant la lettre. ...... 682 fr.
JOSEPH LORGHi. — Le mariage de la Vierge, d'après Raphaél, épreuve avant toute lettre 899
PAUL TOscHi. ~ Lo spctsimo di SictVta, épreuve avant la lettre 1,025
M. DESNOYERS. — La btlU jardinière, épreuve avant la lettre 630
LE MÊME. — La Vierge au linge , d'après Raphaël , épreuve avant toute lettre klZ
Une opération qui nous intéresse spécialement, c'est la vente de dessins d'un amateur français, M. Rossi, qui a. eu lieu à Londres , le 25 avril dernier. Il y avait long-temps que nous l'avions prévu. Cette petite expédition avait été préparée avec le plus grand secret, rien n'en avait transpiré ici, et l'on comptait si bien sur les enchères anglaises, que l'on n'avait pas fait l'honneur de demander aux amateurs parisiens s'ils n'auraient pas quelques modestes commissions à donner. M. Rossi, qui espérait sans doute se faire absoudre par le succès et les poches pleines de banquenoUs, narguer les reproches de ses amis, a été cruellement puni de son peu de confiance dans le goût et la générosité de ses concitoyens. On a vu peu d'exemples d'une pareille déconvenue, et l'on ne peut bien s'en faire une
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idée qu'en comparant, comme nous allons lé faire pièce par pièce, ce que ces dessins avaient coûté dans les ventes françaises et ce qu'ils ont été vendus à Lonfires.
Le non succès d'une pareille opération nous est bien indifférent, cependant nous sommes loin d'être fâchés du résultat. Si ces sortes de spéculations avaient pu présenter des chances de réussite, par le palriolisme qui court, les conséquences en eussent été désastreuses pour nous. On a voulu attribuer les mauvais résultats de cette vente è la fête de la reine d'Angleterre, qui était célébrée précisément le jour où elle devait avoir lieu. Il n'en est rien : si une grande partie de ces dessins n'ont gfiis été convenablement vendus, c'est qu'on ne les connaissait pas. Ceux de aaude ont été poussés à 500, 800, et jusqu'à 1,300 fr. ; ce qui témoigne suffisamment des bonnes dispositions de l'assistance.
Il n'en est pas d'un dessin comme d'une estampe, dont il est assez facile d'apprécier la beauté, et dont l'originalilé ne saurait être douteuse ; la connaissance en est fort difficile. D'ordinaire c'est de confiance qufi la plupart des amateurs les achètent, et ils perdent à sortir du cercle où ils soni connus. Il en serait de même d'une collection de troisième ordre qui viendrait d'Angleterre pour être vendue à Paris : quel amateur voudrait leur accorder une entière confiance ? Gela est si vrai, que M. Mayor , un habile marchand anglais qui, lui, achète en Angleterre pour revendre en France, a recueilli^a plus grande paitie de ces dessins, et avec plus d'à-propos que leur propriétaire, est venu immédiatement les mettre à notre disposition.
Ces dessins n'étalent pas connus en Angleterre , rien de plus naturel qu'ils ne s'y soient pas vendus avantageusement.
Disons deux mots de la suite d'études et de dessins de Claude Lorrain, que l'on vient si sottement d'éparpiller chez nos voisins. Ces dessins étaient au nombre de quarante-huit : cinq avaient été achetés , il y a deux ans, à la vente du baron Roger, et trente-huit venaient d'un recueil découvert, il y a quelques années, dans une vente de livres faite à la salle Silveslre. Ils venaient d'nne bibliothèque fort considérable, du midi de la France» d'A* vignon,je crois, qui fut vendue en plusieurs parties. A l'une des vacations, M. Defer acheta pour 90 fr. un cahier contenant cent croquis de la main de Claude, études de maisons, d'arbres, de ruines, rien de irès important ; maisnéanmoins cette trouvaille éveilla l'attention, et à l'une des parties suivantes, un recueil de trente-huit études et dessins attira l'attention des amateurs ; il fut adjugé pour 1,750 fc. à M. Guichardot, qui le revendit, quelque temps après, 2,500 fr. à M. Rossi. C'est cette collection qui vient d'être vendue en détail à Londres. Tout fait présumer que ces deux recueils venaient de la Bibliothèque de Saint-Louis des Français, à Rome, et avaient
été rapportés en France pendant les gaerres de la révolution. IMssons main* tenant à la liste des dessins vendus, que nous donnerons dans son entier. .
Numéros du calai.' Prix d'adjud.
47. L. Backhutsbn. ti'lotte à la voile; dessin lavé au bistre.
— Coll. Retil, vendu 251 fr., adjugé à Londres pour . . . , 15 fr.
48. p. GuERGHiii. Profile de jeune homme ; à la plume. ... 17
49. Le mêmb. Paysages avec voyageurs; à la plume. — Coll. Es-
iailc .* . . 1!