‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 83 sur 199 · VENDOME, 1 PIÈCE · texte numérisé non relu

VENDOME, 1 PIÈCE

Même type. R. vERDEnis Castro, croix. Publié dans mon ouvrage. BOURGES, i PIÈCE.

Garlus ihp aug, croix. R. bituriges civiTmonog. Mon ouvrage, n« 339.

Et enûn lu deniers de Louis le Débonnaire au type christiara religio, mais tout-à-fait barbares et qui sembleraient confirmer Topinion de M. Cartier, qui veut que Ton ait continué à frapper monnaie à ce type et au nom de Louis, long-temps après la mort de ce prince. (PL n** 5. }

Notre série carlovingienne se trouve, on le voit, augmentée d*une pièce inédite et de trois curieuses variétés ; mais le fait le plus important, selon moi, c'est la présence dans ce dépôt, des pièces de Paris et de Saint-Denis en deux lignes. On sait que, d'après la classification actuelle, ces deux pièces appartiennent à Charles le Simple ; or, de deux choses Tune, ou le trésor a été enfoui sous Charles le Chauve, et alors nos deniers doivent lui appartenir, ou ces pièces appartiennent réellement à Charles le Simple, et alors notre dépôt aurait en lieu sous son règne ; examinons laquelle de ces deux hypothèses nous devons adopter.

Si le dépôt avait en lieu sous le règne de Charles le Simple, il devrait contenir un plus grand nombre de pièces de ce prince, et au mohis quelques unes de ses prédécesseur^ puisqu'il y en a de Charles le Chauve ; la trouvaille deCourbanton, et celle récemment faite en Angleterre, prouvent que les Eudes ne manquent pas dans les dépôts de cette époque ; ici, aa contraire, nous ne voyons que des Charles le Chauve» et pas un Eudes ; il fout donc en conclure que c^est bien sous le premier de ces princes que le dépôt a eu lieu. Ceci une fois admis, les pièces qui nous occupent dot-

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rtnX néceasairement être restituées à Charles le Chauve. Leur classiflcattOD à Charles le Simple n*a, je le sais, jamais été contestée; elle était jos- Hfiée par la ressemblance du type de ces pièces avec celles de Raoul; mais la loi du type, à laquelle on accorde, selon moi, beaucoup trop d*im> portance, ne doit pas faire récuser l'argument, bien plus positif, que nous offre la composition de notre dépôt.

En vérité, il faut en convenir, malgré les nombreux travaux qui ont été faits depuis dix ans sur nos monnaies carlovingiennes, leur classification est encore bien incertaine. Les opinions contraires se heurtent et se croi' sent, sans pour cela faire jaillir la lumière, faut-Il en conclure qu'il esl impossible d'arriver à une bonne classification, et qull faut y renoncer T Ce n'est pas mon avis ; je crois qu'on y parviendra, mais seulement par l'étude des enfouissements numismatiqaes.

Malheureusement, les trouvailles de deniers caslovingiens sont fort rares, et la plupart sont dispersées et détruites avant d'avoir pu convenablement être étudiées. On sait tout le parti qu'a tiré M. de Sauky du trésor de Bebezet (1); outre beaucoup de deniers inédits, qu'il nous a fait connaître, il a invariablement fixé la classification des deniers de iietullo «vec CARLUs REX FR. Ce denier , ainsi que ceux qui lui ressemblent , étaient depuis Leblanc donnés à Charles le Chauve ; il a' parfaitement démontré qu'on devait les restituer à Charlemagne. C'est un point désormais acquis à la science et sur lequel tout le monde est d'accord. Quand je dis tout le monde, je me trompe, car sans compter quelques amateurs qui suivent encore et suivront probablement toujours la dassiflcation de Leblanc, cette opinion hiattaquable, je le répète, a rencontré un antagoniste chez M. de Longperler qui persiste à attribuer cette pièce, tantôt à Charles le Chauve (cat. Hiver, n** 926), tantôt à Charles le Simple (cat. du colonel P., n** 50). il est vrai qu'il ne cherche pas à justifier son opinion ; mais ceux qui tiennent pour l'attribution de M. de Saulcy ont quelque droit de lui demander la justification de la sienne.

M. de Longperier qui est encore bien jeune, plus que tout autre, a besoin de cette indulgence qui doit toujours accompagner la critique scientifique ; mais à voir la façon quelque peu hautaine avec laquelle il relève les erreurs qu'il croit rencontrer chez les autres, nul doute qu'il ne prétende à une infaillibilité dont il est, hélas, bien éloigné. Aussi, pour plus de liberté, avant de discuter un petit article de la Revue nutnitma' tique (2* liv. année 18/i/i) où il a bien voulu rectifier d'une façon assez cavalière l'attribution que nous avons faite à Autun d'un denier de PépUi, essaierons-nous de le désabuser à cet égard.

(i) Revue numismatique i837, page 354.

Ea fiait de travaux relatifs aux monnaies royales nous connaissons de M. de Longperier, 1'' une restitution & Saintes d'un denier attribué à Sainl- Nazaire ; T l'attribution à Hugues Gapet d'une monnaie de Reims ; les catalogues de quelques ventes rédigés et dirigés par lui; si la première de ces propositions a été généralement adoptée, la seconde a été jugée inadmissible. Quant aux caulogues, peut-éire y découvrirons-nous le secret de rinfaillibilité de leur auteur. Ce secret consiste dans un procédé fort Ingénueux, grâce auquel on est toujours sûr d'avoir raison quelque part* £b efiet, comment être jamais complètement en défaut, lorsque après avoir avancé une opinion dans un écrit on a soin de consigner dans une autre une opinion tout-à-fait contraire? A moins pourtant qu'on n'erre deux fois, ce qui peut encore arriver. Ainsi nous lui soumettrons les petites difficultés que voici.

On trouve dans ses catalogues les oboles avec Ludo-wic, en deux lignes attribuées tantôt à Louis IH (i) , tantôt à Louis 1" (2). La pièce de Metcllo, dont nous avons parlé plus haut et le denier d'Orléans». avec la porte de ville, vont de Charles le Chauve à Charles le Simple (3) ; les doubles derniers, de Charles le Bel à Charles VI (/i); l'obole de Charlemagne au monogramme solitaire, a une place toute particulière ; on sait que cette pièce a été attribuée d'abord à Charles le Simple, ensuite à Charles le Gros, et enfin à Charlemagne, à qui elle doit rester définitivement, comme Ta fbrt judicieusement prouvé M. de Saulcy (ô). Mais M. de Longperier, dont la science répugne à adopter les opinions déj& émises, a cru se devoir à luimême de s'en faire une à lui, et à cette occasion il a bravement classé noùre obole à Charles le Chauve (6). Ainsi on le voit, M. de Longperier n'a pas seulement le génie de l'attribution, 11 a encore celui de la conjecture hardie.

N'a-t-il que ce double mérite, c'est ce que la suite va nous montrer. Tout le monde connaît la pièce au K de Charles V, on sait positivement par l'ordonnance du il décembre 1367, que c'est un blanc émis pour cinq deniers; dans tous ses catalogues, M. de Longperier l'appelle un gros. Voir un gros dans un blanc? Conunent qualifier l'ampleur de vue qui grossit ainsi les objets ? C'est apparemment du génie créateur^ car comment sup^

(i) Catalogue Desalns, d« ag3# (a) Catalogae Colonel P. n* 43.

(S) Catalogue Desalns, n« So5; catalogue Colooel P., q<» 5o; catalogue Hiver, n« 20O; catalogue Colonel P., n» 48.

(a) Catalogue Ducas, n» i3; catalogue Hiver, a« qqo. <

(5) Voir la Revue numismatique, i837, p. 355.

(6) Catalogue Hiver, d" 927.

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POMT que ce soit ignorance. Aussi M. de Longperier ne s'arrête-t-jl pas en si beau chemin» il attribue des demi-gros à Saint-Louis et à Jean» dea tien k Charles V et à Charles VI (1); à Louis XIV des pièces de 6 et 12 sols» des 24* et 48* d'écu blanc, etc., etc. (2).

I^ mêmes catalogues ne sont pas laits pour nous donner une grande Idée de cette histoire monétaire des prélats et barons que M. de Longpe^ rier nous promet depuia long-temps. Voici qudqueaéchantillons propres à donner un avant goût du livre attendu.

Bans le catalogue Ducas» le n* 42 est mal à propos attribué à Simon de Dammarthi» le n* 82 appartient à Philippe le Bon (3},le n« 99 n*est pas de Louis de Maie, mais de Louis de Créd; le n» 101 appartient à PhOippe le bon, le n" 126 est un gros de Louis de CrécL Dans le catalogue Dessains le no 483 appartient à Edouard II et non à Edouard l*', le n" 600 n'est pas de Philippe le Hardi, mais de Philippe le Bon, le n** 613 n'est pas une mon* naie (4), le n* 267 du catalogue de ML X. de Grenoble appartient à Thierri d'Alsace et non à Guillaume GUtcm, etc., etc. (5)»

Dans la connaissance des médailles antiques, M. de Longperier met la même lantaisie que dans ses attributions plus modernes, et ses erreurs ne sont pas moUiB grossières. Tous les amateurs se rappellent le catalogue dea médailles dn cabinet de M. de Magnoncour qui Inaugura d'une foçon si pLai-

(i) Catalogue Hiver, n«« oSa, 087, 907, 1057, io5i.

(2) Catalogue Colonel P., no» 75, 80, 81. Les 24«et 48* d'éca existent, Ils furent faits par Varin, mais pour essai seulement; les pièces décrites dites de 3o et de 15 deniers furent fabriquées par Briot. Les prétendus quart, huitième et seizième d*écu décrits au n* 1057 du catalogue Hiver, ne sont que des pièces de 20, 10 et & sols, qui u*ont aucun rapport avec la série de Técu.

(a) M. de Longperier attribue cette pièce à Philippe le Hardi qui régna de iSOS à lAod, et il a soin d'ajouter imitation du gros de Henri VI d^Angleterre; or, Henri VI ne commença à régner qu'en lass, c^est-à-dire 18 ans après la mort de celui qui, selon M. de Longperier, aurait imité sa monnoie. Il faut avouer que les savants ont quelquefois de singulières distractions.

(a) Cette prétendue bractéate n'est autre chose qu'une empreinte prise par M. Dessains lui-même sur de vieux plats d'étain retrouvés dans l'hôtel de viUe de SBint-<}uentin; il en avait même envoyé des exemplaires à MM. Hermand, Dancoisne et Duhamel.

(9) Do reste, cette manie d'attributions purement Idéales poursuit M. de Langperier partout, même dans les circonstances les plus positives de la vie. Ce qu'il imagine se eiiange bientôt en réalité dans son esprit. C'est ainsi qu'après s'être fait proclamer par ses amis, successeur , Kimitifiquêmênt parlant^ de M. Mlonnet, nous l'avoas vu signer son nom dans une revue archéologique avec le titre de consEavATBUHHinjoiRT du cabinet des médailles de la Bibliothèque royale, oit il n'est que simple employé.

santé ses travaux de ce genre. Il avait fait graver sor le titre même da livre une prétendoe médaille inédite d'J7/û, mauvaise pièce fabriquée à Smyme qui fat reconnue fausse par tous les amateurs, seulement sur ie dessin quMl en avait donné. Mise sur table à mille francs, cène médaille ne fut vendue que cinq francs. Mais en revanche il avait jeté dans un lot de pièces fausses une médaille excessivement rare de Jotapien , tyran que Phistoire ne nomme même pas et qui n^est connn que par cette monnaie dont trois on qnatre exemplaires seuls ont été signalés jusqu'à ce jour. Cette pièce, achetée au poids par M. Rollin, qu*il faut toujours citer lorsqu'il s'agit de pièces rares et de bons coups, fut revendue 1,000 francs plus tard. Dans le catalogue Linck un statère d'or de Phocée, pompeusement décrit, s'est aussi vendu 12 francs, bien que cette médaille vaille 300 à AOO francs d'ordinaire^ M, de JjOngperier avait encore pris une mauvaise pièce coulée pour une monnaie originale.^ Dans les pièces communes les bévues plus graves, scientifiquement parlant, sont plus fréquentes encore. — Du reste, si nous nous sommes arrêtés sur quelques unes des erreurs de M. Longperier, erreurs qu'il nous aurait été iadle de multiplier à l'infini , ce n'est pas pour décourager ce jeune savant qui débute dans une carrière où, à défaut d'études sérieuses qui ne sont souvent que le fruit des années, il parait apporter, dit-on, les plus heureuses dispositions, mais pour le rendre plus circonspect à l'avenir ; et peut-être nous devra-t-il quelque reconnaissance de faire parvenir à son oreille un écho affiaiibli du rire moqueur que soulève parfois chez les amateurs et les savants l'expression naïve de ses prétentions si peu justifiées.

Ceci dit, venons à la critique qui nous concerne. M. de Longperier nous accuse d'avoir lu AUGUSTODUNO (1), sur une pièce où, selon lui, ilest tmpo$sible de ne pas voir MOKETA TR AJECTI. Qu'il soit difficile d'y lire AU- GUSTODUNO, je le veux bien ; mais qu'il soit impossibie d'y lire autre chose que MONETA TR AJECTI, c'est ce que je conteste, et si M. de Longperier au

(i) C'est à M. de Saulcy que j'avais emprunté la leçon si maltraitée par M. de Longperier. Voir Revue 1837, page 386. J'accepte la question telle que la pose M. do Longperier, je dois cependant faire remarquer que ce n'est pas sur la pièce dont 11 parle que M. de Saulcy a lu AUGUSTODUNO, mais bien sur notre n* 6, copié sur le dessin qu'en donne Ecbart etqui est lout-à-falt différent, et plus tard, lorsque Je publiai mon n* 379 (n° 6 de la planche) Je lui donnai cette attribution en désespoir de cause, attendu que Je n*y lisais absolument rien ; Je ne proposais MO- NETA TREVERIS que pour le n* S^g (n* 8 de la planclie) qui présente une Importante variété, n y a donc malice ou distraction de la part de M. de Longperier quand II dit que nous avons expliqué un seul et même denier de cinq manières différentes.

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lieu de me reprocher de ne pas avoir comparé nos pièces avait iait lui-même cette comparaison, il aurait vu qu'elles présentent des variétés assez importantes pour autoriser des explications différentes : comment en effet lire MON sur notre n" 379 fpl. n* 8), dont Tinscrlption commence par AVT et TRAI sur notre n" 279 (pi. n*» 6), où il n'y a pas d'R. Mais en admetunt même que tous ces deniers fussent semblables à celui donné par M. de Longperier (n* 7) , je contesterais encore sa lecture, car pour faire MON il faut, aprèsavoir lu M à la première ligne, sauter à la troisième où Ton trouve NO et Ure à rebours. Est-il possible, je le demande, de torturer ainsi une inscription? Je sais bien que quelques monnaies anglo-saxonnes présentent le mot MONETA ainsi écrit, mais si M. de Longperier avait remarqué que la première pièce à ce type appartient à Beornulf, roi de Merci, en 850, il aurait ceriainement pensé que Pépin, qui est mort en 768, n'a pu imiter les monnaies de ce prince. Le roi de France serait-il, selon lui, l'inventeur de ce type? Mais alors on se demande comment il se fait qu'il ne l'ait employé qu'une fois*, et qu'on n'en connaisse aucun autre exemple dans les nombreuses pièces de Charlemagne qui nous restent, car c'est seulement sous Louis l"qu'ontrouveMONETAPALATlNA,etce motMONETAsurles monnaies carlovingiennes doit être regardé comme une exception. Ce type 8erait41 particulier à Utrecht? Non certainement, car nous possédons un denier de Chariemagne frappé dans cette ville, qui ne ressemble en rien à celui de Pépin, le nom de la ville est écrit en deux lignes TRI-IEG (voir mon n** 20); d'un autre côté il est certain qu'aux septième et huitième siècles le nom d'Utrecht ne s'écrivait pas TRAJECTUM, mais bien TRIJEC- TUM, toutes les pièces incontestables de cette ville en font foi (1).

Ainsi donc, M. de Longperier a remplacé une mauvaise explication, par une qui ne vaut guère mieux, si elle n'est pire, et comme je sais que beaucoup de personnes adoptent de confiance toutes ses opinions , je n'ai pas voulu laisser passer sans la discuter, une attribution que je regarde comme une hérésie numismatique. Que M. de Longperier se hâte donc de chercher quelque chose de mieux, car s'il n'y réussit il sera forcé, ce qui pour lui serait bien dur, de laisser quelque chose à faire aux numismatistes à venir.

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