‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 52 sur 54 · N" 10 ET II. DEC. 1861 -JANV · texte numérisé non relu

N" 10 ET II. DEC. 1861 -JANV

TEHE

Docunicnls inctlils extrait ilcs urcliivcs ûq lu faniillu Ijiioiianoli. . iît5

Souveiiir de quiltjucs colieclioiis modcnies 15ti

La confession tUi l)rocantcui', pamplileL du xvili^ siècle 1C8

ILLUSTRATIOKS

Cibo rc en forme de colomlje {rollcct. Sollykoff).

Sept montres frdinjaises et allemandes du xvi'^ sit'ele[ iV/.). 159-161 Grand reliquaire en cuivre doré et eniaillij du xn« siècle (iVt.)- . Iti2 Un soufflet \énilien en bois sculpté IG'i

VEN'l'ES PUBLIQUES.

La cufiosité est femme, c'est assez dire qtt'ellc est capricieuse. On la voit sotiveut protliguer ses faveurs , ce qu'elle sait faire impunément, sans qti'elles cessent pour cela d'i;tre piquantes, chères et précieuses; elle a aussi ses moments de sévérité. L'an dernier, elle nous avait liabilués it des merveilles, aujourd'hui elle trahit l'intérêt qu'elle avait éveillé. Ce n'est pas que la matière manque; pendant ce (ju'il est convenu d'appeler la saison des ventes, une saison de six mois, il s'adjuge en moyenne chaque jour it Paris, 300 tableaux et 600 objets divers de curiosité, ce qui fait, en coinptant viugt-cinq jours de vente par mois, 4-5,000 tableaux et 90,000 objets pour chaque saison. Ajoutez à cela 20,000 dessins^ 30,000 autographes, 100,000 estampes, autant de médailles, et tut million de livres anciens, et vous arrivez par les chiffres à un mouvement d'une certaine grandeur. Il existe même it Paris plusieurs journaux fondés par des gens d'esprit, uniquement pour enregistrer le.s prix d'adjudication de toutes ces belles choses; ce doit être une rude besogne : car tout est loin, comnre on le pense bien, de présenter le même intérêt. Autant par gotît que par teinpt^ratnent, nous ne faisons qu'un choix trèslimité dans cet océan. Le prix d'un objet ne signifie rien par lui-même; si l'on veut que le renseignement ne soit pas illtisoire, trompeur même, il faut pour suppléer it sa présence une description qui ne permette poiut d'équivoque, et c'est uu travail considérable. Ce n'est bien souvent ni la forme, ni la qualité, ni la finesse, qui font le grand prix d'un objet d'art, il y a aussi quelque chose d'heureux, de trouvé, de rare dans sa conception, qui ajoute beaucoup à sa valeur ; uu aspect harmonieux , sévère et doux ii la foiSj ou bien une fraîcheur enchanteresse pour laquelle on fait mille folies.

Les monuments qui échappent le moins au signalement senties médailles. Un iYéra?( grand bronze, par exemple, sera bon de conservation, ou, à la lettre, fleur de coin; sa patine sera verte, noire ou bleue, la pièce

bien formée ; il n'y a point d'écart possible , il est toujours sous-entendu qu'elle n'est point fausse. C'est en deux mots comme si vous l'aviez sous les yeux.

Quekjues estampes aneieunes sont également faciles ii signaler s'il s'agit des eaux-fortes des maîtres hollandais, par exemple, et qu'elles proviennent d'une collection formée avec soin, la plupart ont des états connus qu'il suffit d'indiquer; mais il n'en est pas de même des taillesdouces allemandes et italiennes, il faut indiquer le degré de beauté de l'épreuve , sa fraîcheur, sa conservation. Plus anciennes que les autres, elles sont rarement parvenues jusqu'à nous en bon état, et ces conditions varient il l'infini; aussi le plus souvent doit-on se borner it signaler les citampes importantes, en petit nombre, qui passent comme des tableaux d'un cabinet daus un autre, et qui portent d'ordinaire des marques qui servent à les faire recomiaître. La variété des prix que subissent ces pièces à des époques différentes est en même temps l'étalon le plus si'ir pour iuditjuer le degré de recherche ou les variations de la mode et du goût.

Pour ce qui concerne les bronzes, les armes, l'orfèvrerie, les émaux, ou les productions de la céramique, ils présentent une si grande variété de formes , d'aspect, de mérite, do finesse d'exécution, de grâce, de fraîcheur ou de conservation, que leurs prix de vente sont de pures satisfactions données à la curiosité de l'esprit; cela amttse les profanes et n'a que bien peu de valeur pour les initiés, puisqu'il suffit, dans la plupart des cas, de la concurrence ou de la fantaisie pour en voir doubler le chiffre. Aussi, le plus souvent, nos prix de vente ne sont-ils qu'un souvenir accordé it l'amateur qui n'est plus ou it la collection qui s'en va.

— La collection d'estampes et de dessins anciens de M. Van Os a ouvert cette année la série des ventes d'amateurs. Peintre de fleurs de talent et Hollandais, M. G. Jean- Jacqttcs Van Os vivait en France depuis très-longtemps. Il avait possédé autrefois une collection

'i'oiis ilroits ri'siTvtîs,

GAZETTE ET BULLETIN DU CAIilNET DE L'AMATEUR.

mêmcFraïu-iscusde Alopa, en 1400, exemplaire sut peau de véiiu.

Il est diflieile de voirvieude plus beau que ees quatre livres, Dante, Homère, l'Anthologie et l'Argouautique, imprimés sur vélin d'une éclatante fraîclieur, ornés de lettres initiales, de lleurons et de frontispices, compositions exquises d'Attavante degli Attavauti, le plus parfait des miniaturistes de la Uenaissaiice.

Après de semblables merveilles, l'exposition n'avait rien à gagner à être nombreuse. Elle contenait cependant quelques manuscrits autographes infiniment précieux : un volume d'extraits d'auteurs anciens de la main de Boccaee ; une première ébauelie du livre de ^faehiavel sur l'art de la guerre, un manuscrit de ses comédies en vers, deux dialogues de la main de Galiléo Galiléi.

Un grand manuscrit portugais du quatorzième siècle, /.es Miracles de la Vierge, était la seule fleur étrangère de cette exposition. Rempli de nombreuses figures trèsintéressantes sous le rapport de l'arcliitecture et des costumes, beaucoup d'entre elles, qui n'étaient pas terminées, indiquaient clairement les artistes plus ou moins habiles qui avaient concouru à son exécution, l'un pour l'architecture, l'autre pour les vêtements, le maître pour les esquisses tracées à la plume d'une main légère, et pour les têtes des personnages, qui étaient terminées les dernières.

NAGASAls.1 (suite).

» A INagasalvi, on ne trouve guère que des poj'celaines et des bronzes, et quelques-uns de ces beaux sabres à la trempe si dure et au fil si tranchant, à l'aide desquels les Japonais d'autrefois s'ouvraient, dit-on, le ventre pour un oui ou pour un non; mais sur ce dernier objet on risque beaucoup d'être dupe. Cependant je ne voudrais pas passer sous sileuce les magasins de soieries; les Japonais ont une telUï supériorité dans la fabrique de ces tissus, ils mettent dans l'agencement des nuances, dans le choix des dessins, un goût si pur, si délicat, que vos lionnes même, cher Parisien, ne sauraient où fixer leurs préférences. Quant aux porcelaines, vous l'avouerai-je? pendant mon séjour au Japon, je m'étais si bien épris des délicatesses de l'art antique, que les objets de fabrique actuelle me paraissaient indignes de retenir mi instant mes regards; mais depuis que je suis de retour parmi ees grossiers fils de l'Iiurope (je parle des plus huppés), la richesse des coideurs et le caprice du pinceau sur les vases et les services de table japonais m'inspirent quelquefois nue sorte de regret de n'en avoir pas fait provision pour mes amis de France, malgré les chances de bris et de naufrage qu'entraînent de si longs voyages.

n Ces courses au bibelot ont un bien autre charme encore ; vous y trouvez l'occasion de pénétrer dans l'in-

Llî CABINET DE L',\MATE(JR ET DE L'Al\TI(}lHmE

(1" skiue)

Public .sous la direction de IM. EUG. PIOT 1842-46. Paris, Didot, 4 volumes grand in-S», figures.

Prix ; 40 francs.

Cette collection, complète en 4 vol., n'a jamaisété mise dans le commerce, et il n'en reste qu'un petit nombre d'exemplaires.

timité de la vie japonaise. Tontes les maisons sont en bois, avec des cloisons en papier posé sur des cadres qui glissent sur coulisses, de sorte qu'à chaque instant il s'opère autour de vous des changements à vue commeà l'Opéra ; vous étiez entré dans un parloir ; à peine étes-vous assis, que vous vous trouvez dans une belle galerie ouvrant sur un charmant jardin avec jets d'eau, cascatelles, rocs brisés et perspectives chinoises; la galerie s'efface, c'est ini magasin ou une cuisine au milieu de laquelle chante la bouilloire à thé dont on vous offre gracieusement une tasse; ou bien encore vous êtes dans le cabinet de toilette; là des jeunes filles déroulent sur leurs épaules découvertes jusqu'à la ceinture les ondes de leurs longs cheveux noirs; il y a une naïveté de mœurs que nous croyions n'exister qu'à Tahiti; et, Dieu veuille me partlonner une mauvaise pensée ! mais il nous a semblé que |]lus d'une fois le marchand taxait sa marchandise suivant l'humeur galante de son chaland. Toutes réserves faites, vos marchands du boulevard et de la rue de la Paix connaissent-ils ce moyen de rendre l'acheteur coulant sur le prix des gants et des cravates ?

.1 Un autre intérêt encore vous saisit dans les visites chez les fabricants ; le maître, les ouvriers, les approitis travaillent en famille; on sent là inie récipiocilé d'affection qui n'exclut point le respect et dont noire génération en Europe n'a pas même l'idée. La vapeur, d'un souffle, flétrira cette fleur des âmes. Et par la ville, jamais ni bruit, ni querelles, ni sergent de ville, ni agent de police, comme chez les Chinois, avec leurs claquements de fouels et leur cliquetis de chaînes; sans doute, la forte éducation disciplinaire de ce peuple, où tout le monde sait lire, écrire et méditer les maximes des sages, doit contribuer au maintien du bon ordre; mais la sobriété, qui est une vertu commune à toutes les classes, explique suffisamment la doueem' de mœurs de la race japonaise.

« Dans le Japon des livres, où j'avais vécu jusqu'ici, je ne m'étais jamais représenté un Japonais sans son éventail, me promettant d'en rapporter au moins un beau, bien marqué an cachet du pays. Dans le Japon que j'ai parcouru, je n'ai pas rencontré un seul habitant, quel (|ue fût son rang ou sa classe, qui eût en main ou portât à sa ceinture cet objet que croyais si indispensable à leur ajustement, et toutes mes perquisitions n'ont abouti qu'à me faire découvrir dans le coin d'une vieille boutique quelques éventails en papier, tels que ceux qu'on v end l'été, pour cinq sous, sur le boulevard Saint-Denis. La mode en ce point aurait-elle donc bien changé ? ou bien l'usage eu est-il borné à la saison des chaleurs? Or, pendant notre séjour, la neige couvrait les montagnes, et la brise du nord transformait l'eau des bassins en blocs de glace. »

I.E CABlMiT I)E L'AMATEUR (2' sdrk) ]iarait tous les mois, à partir de mars 18G1 , par livi aisons de 2 feuilles 1/2 in- i".

On s'abonne, à Paris, chez FlRium DiuOT fkères, fils i: r C'K, 6(i, rue .lacob; chez lous les directeurs de poste et clicz tous les libraires de la France et de l'éti-auger.

Aljonncnienl pour Paris. Un au 12 fr.

— pour les départeaienls. . . Ift

Fn petit nombre d'exemplaires d'amateurs a été lire sur grand papier vergé fort. Le prix est de 24 fi'. par an.

Tout ce qui concerne la rédaci'wn doit elle adressé franc du port h M. FuG. PlOT, rue Saint-Fiacre, n^ 20, à Paris.

Taris. —

Jiliprinierie de A('. C, I.aiiiù et J. tlavaid, rue Jatob, ttO.

NOUVELLE SERIE

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