‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 9 sur 54 · LES FOURBISSEURS DE TOLÈDE · texte numérisé non relu

LES FOURBISSEURS DE TOLÈDE

EST un beau sujet à liuiter que l'histoire de l'épée, non pas , comme on pourrait le croire , au point de vue de sa puissance, mais seulement à celui de sa fabrication. Pendant tout le moyen âge on u excellé à forger, à corroyer le fer et à lui donner une trempe excellente. En cela ou poursuivait un des idéals de l'éjioque, et les chroniqueurs, les romanciers ne nous auraient pas conservé avec tant de soin le souvenir des prouesses de beaucoup de ces lames illustrées , que les preux se transmettaient eu héritage comme les armes d'Achille, s'ils n'avaient su flatter un des goi'its les plus vifs de leurs contemporains.

L'épée, ce ffaig/ie-pai/i, comme on l'appelait au quatorzième siècle, était àla fois un objet de première nécessité et un luxe suprême ; les bonnes étaient enviées, recherchées avec passion ; on ne les cjuittait c[u'avec la vie. Qui ne rêvait au bonheur de pourfendre, de l'occiput au coccyx, un ennemi couvert de fer et d'en voir tomber les deux parts de chaque côté de son cheval ? 11 y avait alors beaucoup de fabriques célèbres, d'artistes mystérieux, de pratiques secrètes qui enflammaient les imaginations. Nous écrirons peut-être un jour cette légende des épées du moyen Age, pleine de féerie et de merveilleux. Aujourd'hui c est un intérêt plus positif ((ui nous guide : il ne s'agit uniquement que de mettre entre les mains de tous les amateurs les marques et les noms des fourbisseurs de Tolède, qui nous ont été conscn'vés par un éci'ivain espagnol du siècle dernier, et d'y réunir les quelques notions qui se rattachent à celte fabrique.

La célébrité des épées de Tolède ne nous semljle pas remonter plus haut que la seconde moitié dti seizième siècle ; il n'en est question que très-tard chez les écrivains. Rabelais , curieux (^t recherché dans tout ce qui pouvait singulai'iscr et donner du relief à son style, ne cite que celles de Valence et dé Saragosse, chap. VIII du GargaïUiia : « Son espée ne feut \ alentianiie, ni son poignard Saragossoys. » On sait que l'épée que François 1" perdit à Pavie (elle devait être

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choisie parmi les meilleures) avait été faite à Valence, et un écrivain militaire italien, en i56(j, ne citait encore que cette dernière fabrique dans rénumération des officines les plus célèbres de son temps. Les épées de Tolède, en effet, ne sont que de simples estocades^ qui ne pouvaient présenter qu'un médiocre intérêt à une époque où les hommes d'armes, couverts de fer, avaient besoin, dans leurs chocs, de glaives solides et pesants. La fureur des duels, l'épée passée à l'état d'objet d'art, la mode des rapières, pouvaient seuls mettre en relief l'élasticité merveilleuse et la finesse de leur trempe.

Il est positif, cependant, que l'on fabriquait d'excellentes épées à Tolède, au quinzième siècle, et nous avons pu observer au Musée de Bruxelles une lame à la marque du pern'Uo et portant la date de i44i-

Sous le règne de Charles-Quint, qui aimait les belles armes avec passion, Tolède devint le rendez-vous d'une foule d'IuJjiles ouvriers, accourus des différentes parties de l'Espagne, et qu'y attirait la réputation des eaux du Tage pour la trempe des armes et aussi 1(^ voisinag(; du prince amateur qui en avait fait sa résidence habituelle.

Mais, avant de poursuivre le peu qui nous reste à dire, nous plaçons ici l'explication des marques de fabrique du tableau ci-contre : elle contient l'énumération des foiu'bisseurs qui ont travaillé à Tolède pendant le seizième et le dix-septième siècle. Ces renseignements nous ont été conservés par bon Francisco de Santiago PALOMAnis dans un écrit court, mais substantiel, intitulé : Notlcia de la fabrica de espadas de Toledo ^ que por tantos sî^Ios exislio, liasLa el Jine del xvn, etc., etc. ; il n'a pas encore été publié. Les poinçons originaux étaient encore au temps de Palomarès dans les archives de la municipalité de Tolède. C'est presque un document officiel.

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