NAISSANCES, MARIAGES), DÉCÈS
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Sous ce titre : État civil de quelques artistes français, nous publierons une série de documents, considérable par le nombre, et dont il est facile de préciser l'intérêt. En effet, si on pouvait fixer d'une façon certaine la date de la naissance de chaque artiste et celle de sa mort ; établir ses alliances par des actes authentiques, et, en peu de mots, grouper autour de lui les parents, les amis et les confrères qui sont venus l'assister dans les circonstances les plus importantes de sa vie, on arriverait du premier coup, tout en rectifiant mille erreurs commises, même par les contemporains, à le placer à son véritable plan dans l'histoire, entouré des détails essentiels à connaître, et dont il sera toujours prudent de tenir compte dans une saine appréciation de son œuvre.
Nous pouvons ajouter, et nous en aurons la preuve dans un instant, qu'il se dégagerait en outre, de la réunion d'un très-grand nombre d'indications de ce genre, une physionomie générale plus vraie de la vie des artistes d'autrefois, qui ne manquerait ni de couleur ni de caractère. En les voyant professer le même art de père en fils, s'allier entre eux et vivre dans une intimité dont chacun de nos documents porte les traces , concentrés sur un petit nombre de paroisses comme cela avait lieu à Paris, où les graveurs étaient agglomérés sur celles de Saint-Benoit et de Saint-Séverin , les peintres et les sculpteurs sur Saint-André-des-Arts ou dans les environs du Louvre et de la manufacture des Gobelins, on s'explique à merveille la solidarité, la tenue et la force de nos arts français du dix-septième siècle, et la raison du plus grand nombre des qualités estimables qu'il est encore très-facile de reconnaître dans ceux du dixhuitième.
Tel peut être en raccourci le rôle des actes de l'état civil des artistes français, choisis avec discrétion, publiés sur une vaste échelle : mais nous sommes loin d'un pareil idéal. Les registres des paroisses où ces actes sont ensevelis, nous parlons des f/uftr(tn(e-/iuit paroisses de Paris seulement, se dressent encore comme un bloc formidable que nul n'a touché et qu'il faudrait se hâter d'attaquer par tous les côtés.
Plus la besogne peut être longue, moins on doit différer de l'entreprendre : les douze ou quinze cents documents que nous publions aujourd'hui suffiront peut-être pour faire bien comprendre l'intérêt de ce travail et hâter son exécution. Leur réunion est due aux patientes recherches d'un de nos amis, M. Henri Harduin, qui les avait relevés pour asseoir sur des bases plus solides qu'on ne le fait ordinairement pour de semblables travaux les excellentes notices dont il a enrichi la A'ouvclle biographie générale , publiée par la maison Didot sous la direction de M. Hœfer. Si le livre que nous indiquons peut être mené à bonne fin un jour, c'est à lui que reviendra l'honneur d'avoir, le premier, dans la mesure de ses forces, donné le signal d'une œuvre vraiment nationale, et nous nous estimerons heureux de lui avoir prêté notre concours en publiant le résultat de ses recherches.
Un coup d'œil jeté sur la nature des registres où ces actes ont été puisés, sur la manière dont ils étaient tenus, et sur les lois qui ont présidé à leur formation, achèvera de nous instruire de ce qu'il faut en espérer.
Sous l'ancienne monarchie, avant la loi du aa septembre 1791, il n'existait aucune séparation entre la société civile et la société religieuse. Le livre des baptêmes et celui des inhumations servaient seuls à constater la naissance et la mort des individus ; ceux qui étaient en dehors du catholicisme se trouvaient par cela même en dehors de la société. Au moyen âge, les couvents avaient leurs obituaires, et les seigneurs inscrivaient la date de la naissance de leurs enfants sur un feuillet blanc de leurs Missels ou sur la page d'un livre d'Kphémérides. Ils en indiquaient l'heure exacte, et remontaient quelquefois par une note à l'époque de la conception, curieux de connaître la disposition du ciel et des astres qui avait présidé à ce grave événement. Le reste était tenu pour peu de chose.
La première intervention du pouvoir civil en cette matière est une ordonnance de François Ier de l'année i53e), qui enjoint aux curés et aux vicaires de dresser des registres de baptême qui devaient être déposés au greffe du bailliage ; aucune prescription ne concerne les mariages, et, pour les décès, il n'est encore question que des personnes qui possédaient des fiefs ou des bénéfices. La lacune pour les mariages n'aura pas tardé à être comblée par une disposition nouvelle, car leur constatation sur les registres est mentionnée dans une ordonnance de Blois(mai 1 579).
L'usage dans quelques endroits parait avoir précédé les ordres royaux , et
LE CABINET DE L'AMATEUR. 151 le synode de Séez avait déjà prescrit aux curés une mesure de ce genre. A Paris, par exemple, sur lesjregistres de Saint-André-des-Arts, les baptêmes commencent en i5a5, les mariages en 1 545, les décès en 1 545.
Sur ceux de Saint-Eustache, les baptêmes commencent en i5a<), les mariages en i58o, les décès en i568.
A Saint-Séverin : baptêmes j 53^, mariages i5g(), décès i5q4-
Des inégalités beaucoup plus grandes se remarquent dans la tenue des registres dos autres paroisses pendant le seizième siècle. V ne ordonnance de 1667 établit des règles pour la rédaction des actes, et prescrivit de faire deux registres, dont l'un devait rester à la paroisse, et l'autre être conservé au greffe du juge roy al. En 1709, Louis XIV créa des greffiers, gardes et conservateurs des registres de l'état civil, et des contrôleurs de ces officiers. Louis XV renouvela, en 1 73G, toutes ces dispositions qui étaient excellentes, mais qui furent trèsmal suivies, grâce à la négligence des curés, à l'ignorance des sacristains, et au peu de respect du clergé en général pour les prescriptions regardant les choses de l'Eglise qui émanent du pouvoir temporel. Dans certaines paroisses, aux époques les plus intéressantes, les qualités et professions ne sont indiquées que lorsqu'il s'agit de personnes nobles ou tout au moins honorables. Dans quelques registres les recherches sont complètement impossibles. Ceux de Saint-Sulpice, dans les premières années du dix-septième siècle, mentionnent ainsi les décès : Un homme... un enfant... un peintre... un menuisier, pris en tel endroit. D'autres ressemblent à un livre journal où le curé écrit indistinctement le mariage qu'il célèbre, l'événement du jour, et aussi ses réflexions ou le compte de sa cuisinière. Dans quelques paroisses, il y a trois registres : un pour les baptêmes, l'autre pour les mariages, le troisième pour les inhumations. Dans d'autres, tous ces actes se trouvent confondus sur la même feuille, ou bien encore il y a deux livres, l'un pour les grandes cérémonies et l'autre pour les petites. A Saint-Germain-l'Auxerrois et à Saint-Eustache, le registre des inhumations est double : l'un servait à la comptabilité de la fabrique et l'autre au curé. La variété la plus grande règne dans la forme même des volumes; il y a de grands in-folios très-épais et de minces in-4°. Nous ne parlons pas de l'incorrection du libellé, des feuillets tachés, salis ou déchirés ; ce qui est plus regrettable, ce sont les lacunes nombreuses, et quelquefois considérables, que présentent la plupart des séries. I,es précieux registres de la Sainte -Chapelle, par exemple, d'où ont été tirés les actes concernant Germain Pilon et Aubin Olivier, que l'on trouvera plus loin, sont réduits à quelques feuillets par suite de l'incendie de iG3o.
Toutes ces défectuosités n'empêchent pas que les registres des paroisses ne contiennent une immense quantité de matériaux utiles.
En 179a, lors de la formation de la Commune de Paris, le plus grand nombre des registres des paroisses fut rassemblé à l'Hôtel de ville ;ce dépôt se compléta
peu à peu par la découverte, faite à diverses époques, des volumes oubliés dans les greniers et dans les dépendances des églises, et parla restitution de ceux que quelques prêtres avaient cachés ou gardés par devers eux : c'est ainsi que tout récemment encore la suite des registres de Saint-Germain-l'Auxerrois s'est augmentée de quelques volumes importants.
Les registres des paroisses, placés aujourd'hui dans l'un des bâtiments annexes de l'Hôtel de ville de Paris, avenue Victoria, forment la tète de nos archives de l'État civil moderne, tenu avec une régularité qui ne laissera rien à désirer à nos arrière-petits-neveux, s'ils éprouvent le besoin d'y puiser. Des tables avaient été commencées autrefois, croyons-nous; ce travail, qui eût facilité les recherches, n'a pas été continué. Les registres du bailliage sont réunis au greffe du tribunal de première instance du département de la Seine, où se trouvent aussi les registres particuliers du temple protestant de Charenton.
Dans le choix et le classement des documents que nous publions, nous avons évité tout ce qui pouvait être superflu ou faire double emploi. Nous nous sommes attaché surtout aux actes essentiels de baptême, de mariage et de sépulture. Pour quelques artistes célèbres, nous avons reproduit ou analysé les actes qui concernent la naissance de leurs enfants. A défaut d'actes directs relatifs aux artistes du seizième siècle ou des premières années du dix-septième, uous avons recueilli ceux que nous appellerons indirects, où ils ne figurent que comme parrains ou comme témoins, et ces actes, nous n'avons pas craint de les multiplier lorsqu'une variante de rédaction ajoutait à un nom uouveau une particularité qui pouvait jeter quelque lumière sur l'importance du personnage.
Aux actes anciens, l'époque révolutionnaire est venue ajouter un acte nouveau, celui du divorce, que nous ne devions pas négliger; nous avons, par exemple, recherché ceux de Greuze et de Clodion qui ajoutent à la physionomie déjà bien connue de ces deux artistes.
Quant aux rectifications que nos documents apportent à des travaux déjà anciens ou aux écrits de quelques modernes , nous nous sommes abstenus de les signaler ; elles eussent doublé notre travail, et nous n'avons d'autre but que de mettre à la disposition des futurs historiens de l'art français, dans un moindre espace, le plus grand nombre de matériaux possible.