‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 2 sur 151 · W ET XVI* SIÈCLES · texte numérisé non relu

W ET XVI* SIÈCLES

Dès rorigine, la céramique nous apparaît comme un des premiers efforts, un premiers l»uts vers

lequel se soil dirigée 1 activité humaine. On a fabriqué des vases avant de forger des épées. D'abord t 'était plus Facile; ensuite, bien qu'on ait dit le contraire, nous ne croyons pas l'homme assez méchant pour imaginer qu'il se lut décidé à faire la guerre ,i son semblable s il n'avait pas eu quelque meuble à lui dérolnT.

Aux époques primitives, par la docilité des matières (pi' il met en œuvre, l'art du potier de terre s'offrit

naturellement à l'homme pour recevoir ses premières

Kl»

Iuui drvil» îewnet.

-J LE CABINET DE LWMATKl II.

inspirations, lorsque, après avoir satisfait aux besoins les plus pressants «V la vie, s'éveilla en lui eette tendance vers l'idéal qui est au fond de son

essence.

L'art a deux bises principales, qui servent de point de départ à toutes ses créations : la nature et le nombre. On a remarqué, sans en bien définir la rai- " son, que les combinaisons qui naissent de la dernière sont de beaucoup les plus accessibles aux natures primitives : si les formes géométriques, qui en dépendent, perfectionnées d'après les lois de l'art, peuvent devenir des formes artistiques (et l'architecture le prouve surabondamment), il est naturel de penser que c'est sur le tour du potier, décrit par Homère {Iliade , livre XVIII ), que s'éleva dans un harmonieux équilibre, paré de toutes les finesses du galbe, de toutes les grâces de la proportion, le premier objet d'art — un vase, formé par les mains du premier artiste — un potier.

Les arts imitateurs , ceux qui reposent sur l'étude de la nature organique, ont une date moins ancienne ; peut-être même n'ont-ils pris naissance que du besoin d'orner ce premier-né de l'imagination humaine, et les écrivains de 1 antiquité ont pu placer av<?c raison le berceau de la peinture et de la sculpture dans l'atelier de Dibutade de Sicyone, potier à Corinthe.

Telle est la genèse de l'art.

En Europe , sous l'influence du génie grec, l'union intime du dessin, de la plastique et des formes propres à la céramique a produit ces belles airitos de monuments céramographiques, honneur de nos musées, d'un style vraiment héroïque comme les sujets qu'ils représentent , peints avec une finesse» u»e sûreté, une rapidité de main qui confondent. Les compositions mythologiques dont ils sont couverts offrent de précieux renseignements pour l'histoire de l'antiquité ; mais ils sont, avant tout, des modèles parfaits d'élégance et de goût.

Nous avons sacrifié à l'antique usage en remontant aux sources du sujet que nous allons traiter. Cette méthode, un peu surannée peut-être, nous était nécessaire pour déterminer le point de vue où nous avons voulu nous placer. En rappelant les vases grecs , nous aurons suffisamment indiqué qu'il ne doit être question, dans tout ce que nous dirons plus tard, que des poteries élevées par l'art au rang de représentation artistique, et nullement de cette classe nombreuse de vases usuels nés des besoins ordinaires de la vie, communs à toutes les époques et à tous les pays. La véritable importance de la céramique réside dans ses formes et non dans sa matière. Nous n'avons fait qu'effleurer en passant le côté esthétique, les sources communes d'iuspiratious qu'eUe peut avoir avec des arts d'un genre si différent en apparence, tels que l'architecture et la musique; ces idées n'ont été que très- vaguement formulées jusqu'à présent, nous y reviendrons plus tard ; mais nous en aurons dit assez, si nous avons éveillé dans l'esprit de nos lecteurs des idées justes sur la nature des sensations que fait naître en eux la forme heureuse de quelques vases.

Longtemps, bien longtemps après cet heureux épanouissement de l'art grec, lorsque l'humanité, qui semblait renaître à elle-même, se dégageait des étreintes féroces du moyen âge, renaissait aussi une céramique nouvelle mais brillante, revêtue d'une robe de fraîcheur qui manquait à l'ancienne, parée des reflets flamboyants et des mille couleurs que lui prodiguait une science également nouvelle, la chimie. Moins savante peut-être, la nouvelle venue a d'autres charmes, plus de jeunesse et de gaieté; elle a repris parmi nous toute l'importance, toute la popularité qu'elle avait autrefois; partout nous la retrouvons dans la vie, chez les femmes, entre les mains des petits enfants, dans nos demeures et jusque sur les autels. Si les souverains échangent des gages «l'amitié, c'est elle, le plus souvent, qui en fait les frais, et, comme à ses plus beaux jours, où les vases étaient décernés en prix aux vainqueurs dans les jeux publics, ils sont redevenus les récompenses des luîtes pacifiques ouvertes à l'industrie et aux arts. Enfin, comme les anciens qui les ont tant aimés, nous sommes quelque peu touchés, nous aussi, qu'on nous pardonne le mot, de la folie des vases. — L'acteur tragique yEsopus , un grec qui était venu exercer sa profession à Rome, possédait un plat qui lui avait routé 100,000 sesterces (11,000 fr.). Pline l'Ancien, qui rapporte ce fait comme un exemple mémorable, s'en indigne et s'écrie : « Payer un plat de terre plus cher qu'un vase Murrhin ! » Mais les Romains ne devaient pas en rester là, et nous, nous n'avons rien à leur envier en ce genre : ces aimables folies qu'enregistrait l'histoire, sont trop communes aujourd'hui pour qu'elle daigne s'en occuper.

La céramique de la renaissance ne présente pas, dans son développement, l'unité d'aspect que l'on remarque dans celle de l'antiquité. Née à une époque où l'art brisait le moule hiératique dans lequel on l'avait tenu longtemps renfermé, elle est indépendante et variée comme lui, elle adopte volontiers le style et la couleur des artistes du pays où elle fleurit ; souvent aussi elle est complètement individuelle : un seul artiste personnifie toute une classe.

C'est en Espagne, sur le littoral de la Méditerranée, à Malaga, à Valence, à Manissès, à Majorque, sous l'influence arabe, que reparut la poterie de luxe; cette dénomination convient à merveille à l'art hispano-arabe, car l'éclat de ses reflets métalliques rivalise avec l'orfèvrerie; ses productions ont une grande uniformité d'aspect : mais les grands vases — ils sont rares — ont l'élégance et l'originalité imprévue du génie de l'Orient. Répandues par le commerce dans tout le bassin méditerranéen, ces belles poteries ne tardèrent pas à éveiller l'émulation de l'industrieuse Italie.

On était alors à l'époque la plus originale et la plus féconde du mouvement artistique, l'imprimerie et la gravure publiaient leurs premiers chefs-d'œuvre, un sensualisme longtemps comprimé prenait son essor, la littérature était toute païenne, et partout l'esprit s'ouvrait à «les aspirations nouvelles. La propagation'de l'art céramique fut rapide; dans toutes les villes on vit s'ouvrir des

i LE CABINET DE L' AMATEUR.

ateliers nombreux où sou type définitif lui fut imprimé par une foule d'artistes excellents. On connaît les fabriques de Pise, de Sienne, de Pérouse; il y en eut également à Venise, à Padoue, à Pavic, à Trévise; mais celles de Faêuza, de Castel-Durante et de Deruta occupent le premier rang par ordre de date et aussi pour l'abondance et le choix de leurs produits.

Faënza était digne de donner son nom à la poterie nouvelle. Rien n'égale la beauté de ses ouvrages pour la fraîcheur du coloris et l'ingénuité des compositions dont ils sont décorés.

Deruta, fabrique ombrienne, moins connue de nom, a des reflets nacrés, une pureté de lignes dans son dessin , une originalité dans le galbe de ses vases, qui la distinguent profondément : ses ouvrages ont fait la réputation de plusieurs fabriques auxquelles ils ont été attribués par ignorance.

Castel-Durante, la plus ancienne des officines du duché d'I'rbin , arriva une des premières à un développement industriel considérable; l rbino n'est qu'une de ses colonies. On sait que le célèbre maestro Giorgio sliulrcoli de Cubbio avait apporté l'art de Pavie où il était né. Ces trois centres de fabrication, Gubbio, Urbino et Castel-Durante, situés tous les trois dans le duché d'Urbin, furent l'objet d'une protection toute spéciale de la part des princes de la maison de Feltre et de La Rovere.

On vit se renouveler au dix-huitième siècle l'enthousiasme qui régnait au quinzième et au seizième, parmi les petits souverains d'Italie, pour la céramique, lorsque Louis XV, le grand Frédéric et l'électeur de Saxe entretenaient jalousement, et à grands frais, ces fameuses fabriques de porcelaines qui rivalisaient entre elles de finesse et de beauté.

Sigismond Malatesla,en envoyant à Laurent le .Magnifique des vases de Rimini, fit naître chez les Médicis le désir d'avoir une fabrique à eux. I n seul artiste semble avoir travaillé pendant de longues années dans leur villa de Caffaggiolu ; ses productions sont-très diverses, quelques-unes sont excellentes.

Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, célèbre par sa fonderie de canons, et qui faisait lui-même des meubles en marqueterie d'une exécution très-soignée, après avoir fondu son argenterie dans un jour de détresse, fit venir des potiers d'Lrbin à sa cour, pour la remplacer par des vases de terre. Il était réservé à son fils, sur le déclin du seizième siècle, de tenter les premiers essais de fabrication de porcelaine qui aient été faits en Europe.

Enfin Florence, que le génie de ses artistes plaçait au premier rang, maintenait sa supériorité par les magnifiques travaux de plastique émaillée de Luca délia Robbia et de ses neveux. Nous ferons rentrer dans le cadre de nos études les nombreuses productions de ces artistes : elles touchent à la céramique par leur côté essentiel; outre des bas-reliefs, ils ont exécuté des vases et des peintures émaillées d'un grand intérêt.

Au commencement du seizième siècle, la France n'avait guère que les grès

LE CAUINKT DE L'AMATEIH. 5 lk»auvais à opposer à lant de splendeurs ; sans avoir une grande élévation sous le rapport des formes et de la décoration; les productions de La Chapelle aux Pots ont un bel aspect : elles furent très-recherchées. Cet art des grès a été perfectionné plus tard par les Flamands. L emaillerie de Limoges, industrie nationale, nuisit chez nous aux développements de la céramique, qu'elle remplaçait comme décoration intérieure; ses vases et ses coupes sont d'un fini plus précieux sans avoir le même éclat. Mais, sous le règne de Henri II, parut cette suite de monuments merveilleux, qui a retenu le nom de ce prince. Le nombre des pièces en est très-limité puisqu'on les compte. Lîi faïence dite de Henri II dépasse par sa jH'rfection tout ce qui a été fait en ce genre, et on j>eut dire que les rares spécimens qui nous sont parvenus, irréprochables sous le rapport du goût, sont à la poterie ce que l'orfèvrerie est à la sculpture. L'artiste solitaire qui les a produits est resté impénétrable : on n'a conservé aucune trace ni de sa personne, ni même des lieux où il a travaillé. C'est vers la même époque que commencent les travaux du grand céramiste français, Bernard Palissy ; ses brillantes productions, si connues et si recherchées, nous dispensent de faire son éloge. Par ses écrits et par son caractère, il s'est placé, chez nous, au rang des figures historiques.

L'Allemagne fournit son contingent à la céramique par quelques vases assez rares que l'on attribue à Nuremberg. Mais elle se distingue surtout par ses vastes poêles, ses revêtements et ses sièges en terre émaillée, où circulait la chaleur que réclamait un ciel plus rigoureux.

L'importation en Europe des porcelaines de l'extrême Orient prit une certaine importance dans la seconde moitié du seizième siècle. Les vases de la Chine étant devenus plus communs, on se préoccupait déjà d«* chercher le secret de leur imitation. Les premiers essais furent tentés à Ferrare, et peut-être à Pesaro, vers 1 56;, par des artistes de Castel-Durante. Quelques années plus tard, le grand-duc Côme de Médicis, renseigné par des agents que le commerce florentin entretenait en Chine, fit exécuter des poteries qui pouvaient être comparées à la porcelaine orientale : c'était l'aurore d'une révolution nouvelle dans l'art céramique. Plus tard, en traçant l'histoire de ces premiers essais, qui servira de conclusion à nos études, nous examinerons ce que nous avons gagné ou perdu à la conquête de cette belle matière. Quoi qu'il en soit, à dater de ce moment, on sent que les efforts cessent d'être dirigés vers la faïence, le niveau de l'art s'abaisse graduellement, les formes s'alourdissent, le coloris s'éteint, le dessin n'existe plus. En vain quelques fabriques nouvelles, Castelli, Cènes, Nevers, tentent une résistance inutile : il fallait au développement du luxe intérieur du dix-septième siècle une céramique plus raffinée.

Tel est, en résumé, le cadre que nous aurons à remplir. Pour recueillir les particularités historiques qui intéressent chaque fabrique, déterminer les signes qui caractérisent leurs productions, indiquer les noms d'artistes, les signatures et les marques qui servent à les reconnaître, nous avons dù examiner, comparer

un nombre considérable de monuments, visiter beaucoup de musées et de collections où ils sont réunis en grand nombre ; nous avons parcouru, à plusieurs reprises, les localités qui furent le siège des fabriques célèbres, demandé à leurs archives les dates et les privilèges qu'elles pouvaient renfermer. Rien de bien satisfaisant n'a été écrit sur l'ensemble de l'histoire des poteries du quinzième et du seizième siècle ; mais quelques dissertations locales publiées pendant ces dernières années nous viendront en aide par les documents authentiques qu'elles fournissent, et qu'il nous eût été difficile de réunir en aussi grand nombre.

Mais avant de poursuivre notre route, nous avons besoin de nous débarrasser de quelques détails techniques qu'il est nécessaire de connaître, et de nous délivrer aussi de ces questions d'invention, de découverte, de priorité, dont on s'est plu à compliquer l'histoire des poteries de la renaissance : pour faire justice de toutes ces prétentions, il nous suffira de jeter un coup d'œil attentif sur quelques monuments des âges antérieurs.

Nous avons dit que ce qui distinguait la céramique de la renaissance, c'était l'enduit vitreux , l'émail brillant et coloré dont toutes ses productions sont revêtues : il ne faudrait pas se hâter d'en conclure d'une façon absolue, comme l'ont fait quelques personnes, que l'émail est une invention moderne, ni même que nous ayons le privilège de son application à la poterie. La connaissance de l'émail est contemporaine de celle du verre, ses applications à la céramique et à l'architecture remontent à la plus haute antiquité. Les Égyptiens en couvraient les vases, les figurines funéraires, les divinités si nombreuses et si souvent répétées de leur panthéon, les scarabées et cent autres objets si communs aujourd'hui en Europe, que l'Egypte en devait être couverte il y a trois mille ans. Nous avons remarqué, au musée de Berlin, la porte d'un édicule en calcaire dont les chambranles sont ornés de petites plaques émaillées en vert, symétriquement disposées et incrustées dans la pierre, qui ne laisse pas de doute sur son emploi dans l'architecture.

Les Assyriens en firent un usage plus considérable : les murs de leurs palais étaient revêtus de briques émaillées dont l'assemblage formait de vastes compositions semblables à des peintures murales ou à des tapisseries. On a trouvé à Ninive des vases et des cercueils émaillés qui sont au musée de Londres.

Les Grecs eux-mêmes paraissent avoir employé l'émail à ce double usage: un passage de Vitruve, qui n'a pas encore été remarqué, nous semble indiquer d'une manière très-claire les briques émaillées. C'est celui où, décrivant le palais du roi Mausole, à Halicarnasse, splendidement orné des marbres précieux de Pro-

LE CABINET DE L'AMATEUR. 7 conèsc, l'écrivain en signale les murs de brique, d'une solidité remarquable, t recouverts d'un enduit si poli qu'ils semblent avoir la transparence du verre (i). » Notre opinion a de grandes pobabilités d'être vraie, si l'on tient compte de la position géographique d'Halicarnasse, qui, comme toutes les autres villes de l'Asie Mineure, n'avait pas échappé à l'influence des Perses.

Un passage d'Athénée, sur lequel nous reviendrons, donnerait à penser que les cylix recherchées de Naucratis, colonie grecque établie dans le Delta égyptien, étaient couvertes d'un émail à reflets métalliques, semblable à l'argent; un lexicographe du même siècle, Pollux, parle d'un vernis d'or. Mais une suite de fragments recueillis àTharse enCilicie, par M. Langlois, maintenant au musée du Louvre, est ce que nous connaissons de plus intéressant relativement aux poteries grecques ornai liées. L'un d'eux, qui provient d'un vase à boire modelé en tète de faune, d'une exécution très-soignée, est couvert d'un vernis jaune rougeâtre, qui rend à merveille la carnation de la divinité sylvestre, rehaussé de rouge et de vert et de traits brun foncé indiquant les sourcils et le bord des paupières. D'autres fragments de vases de la forme du dtfpas, ornés de feuillages, sont émaillés d'un vert vif et gai; un autre fragment de coupe jaune clair à bords verts, couvert de feuilles et d'ornements relevés de points d'émail rouge et brun, a tout à fait l'aspect d'un ouvrage de Bernard Palissy, abstraction faite du style, bien entendu.

Les poteries de Samos, recherchées pour les usages de la table, étaient peutêtre émaillées et d'un émail très-dur, s'il devait servir, dans l'occasion, à l'usage singulier dont Pline nous a conservé le souvenir : « Les prêtres de la mère des dieux, dit-il, que l'on nomme Galles, se rendent eunuques avec un tesson de terre de Samos : autrement ils mourraient des suites de l'opération. »

Je sais bien que M. Brongniart, grand partisan de l'invention de l'émail par les modernes, et qui fait autorité pour quelques personnes de la façon la plus lâcheuse, nous dira : mais « si les anciens l'avaient connu, cet émail, pourquoi ne l 'ont-ils pas employé ? » Pour l'emploi, on voit qu'il n'est pas douteux ; jusqu'à quel point ils l'avaient généralisé , c'est ce que nous ne saurions préciser, les traces de cet usage sont rares ; mais il faut observer que les fouilles pratiquées en Grèce, en Asie Mineure, en Sicile et dans la Grande-Grèce proprement dite sont rares aussi : chaque fois que le sol a été interrogé, il nous a fourni des monuments nouveaux, et il nous reste beaucoup à apprendre encore. Les vases antiques à peinture noire, que nous connaissons en si grand nombre, par leur usage funéraire ou par toute autre raison, nous ont été conservés dans la terre molle des tombeaux où ils avaient été ensevelis avec leurs possesseurs; les autres, fragiles, destinés à un usage différent, comment auraient-ils pu

(I) . Parlotes lwbft Utere atrwcto», qui ad hoc trm- Lui expoliti , ut titri prriuriditatem «U«nlur habere. » p<» rgrrfiam pnnUnt finnilatmi ; ita lertoriis operi- Livre 11, chap. VIII.

échapper à une destruction complète après deux mille ans et tant de révolutions qui ont labouré pour ainsi dire le sol du monde ancien ?

Les vases antiques émaillés faits à Naplcs et dans les environs, un peu avant la domination des Romains et depuis, ne sont pas assez rares néanmoins pour échapper aux recherches d'un observateur diligent. ta collection Durand en renfermait un certain nombre qui forment une section à part dans le catalogue : ce qu'il y a de singulier, c'est que M. Brongniart, lui-même, en a acheté une partie pour les collections céramiques de Sèvres. Le musée de Naples en possède une suite très-belle, dans laquelle on remarque, outre des figurines émaillées, de grandes et superbes lampes de style grec à plusieurs liées, véritables monuments recouverts d une patine argentée qu'un enfouissement séculaire donne à presque tous les objets de ce genre. Il y avait, dans la collection Campana, à Rome, un beau vase vert, couvert de figures en relief qui provenait, je crois, des fouilles de Cervetri : le musée de Londres en possède également plusieurs. Nous-méme nous avons réuni des fragments nombreux, des lampes et des vases de ce genre, revêtus, à l'intérieur, d'un vernis jaune dont l'éclat est resté inaltérable , tandis que l'émail vert de l'extérieur s'est couvert d'une patine argentée, et, particularité rare, la moitié d'un grand plat certainement destiné aux usages de la table.

Les textes d'ouvrages anciens nous fournissent la preuve que cette fabrication n'a pas été interrompue dans les bas temps. ta moine Théophile consacre un chapitre de son livre, Diversarum artium schedula, à l'art des vases d'argile peints de diverses couleurs de verre , tels que les exécutaient les Grecs du Bas- Empire. Albert le Grand les mentionne dans son traité de Alchimid, qui est du treizième siècle: « Que tous les vaisseaux dont l'alchimiste se sert, dit-il, soient de verre ou de poteries vitrifiées, car les liqueurs acides attaquent les vases de cuivre et de plomb. »

Pierre le Bon de Lomlwrdie, qu'il ne faut pas confondre avec le Maître des Sentences, est plus explicite encore, et peut, j'imagine, contenter tout le monde sur la connaissance que l'on avait, au quatorzième siècle, de l'émail à lxise d étain : voici la recette qu'il en donne dans sa Murgarita Predosa, traité écrit en i33o, que l'on trouve dans la Bihliotheca chimica de Manget, et dans le Theatnun chimicum , vastes recueils où dorment les élucubrations des alchimistes du moyen âge : « Videmus, ciun plurnbiun et stanmun fuerunt culciiiata et combusta, quint post ad ignan congruum convertit ntur in vitrum, sicut fttciunt qui vitrificant vasa figuli. » Et il est à remarquer qu'il ne donne la chose ni comme un secret, ni comme une nouveauté, puisqu'il l'emprunte à l'art vulgaire du potier de son temps. C'est également ainsi que l'on doit entendre la mention si souvent citée du potier de Schelestadt, qui, le premier, introduisit en Alsace, vers ia5o, l'usage d'émailler les vases de terre; il ne s'agit là que d'une industrie nouvellement apportée dans un pays barbare en-

LE CABINET DE L'AMATEUlt. <>

core, et non d'une invention. Dans d'autres traités plus anciens, il est question des vases vitrifiés, et nous pourrions citer Yépttrc fflsis à son fils Orus, écrit antérieur au quatrième siècle ; celui d'un alchimiste connu sous le nom de Marie la Juive, qui est du septième. On lit, dans le cartulaire de Folquin, que saint Berlin fit construire, vers 660, une église en briques de différentes couleurs et entremêlées de lamelles d'or. Cette église, dit Folquin, existait encore on o,63. Il est facile de voir, à travers l'exagération du légendaire, qu'il s'agit ici de briques vitrifiées ; mais nous allons donner la parole aux édifices qui existent encore de nos jours.

Les architectes de la première période du moyen âge ont eu longtemps l'usage, en Italie et aussi en Orient, de méleraux détails architectoniques, dans les frises et sur les façades, des plats creux émaillés de couleurs variées , mais le plus souvent verts. L'exemple le plus ancien de ce genre de décoration qui nous soit tomlié sous les yeux est celui de la façade de la petite église de Saint-Théodore à Athènes , qui date des premiers siècles du christianisme. I„a l>asilique de Saint-Michel Majeur de Pavie, monument du onzième siècle, couvert des sculptures les plus grossières, a aussi des plats incrustés dans la pierre de sa façade; l'église de Saint-Théodore, de la même époque, dans la même ville, en présente un plus grand nombre dont l'éclat ne laisse rien à désirer: ceux de couleur unie sont bleus , verts ou rouge brun ; d'autres, à fond blanc, sont ornés de dessins; l'émail est très-blanc, les dessins, qui sont de simples entrelacs, très-nettement appliqués. A Bologne, h l'angle d'une rue près de l'église Saint-Dominique , existe encore un tombeau du onzième siècle , construit en briques émaillées. Nous citerons, sans nous y arrêter, l'église de Saint-Eustorge à Milan, qui date des Ixmgobards; celle de Ravello, dans le royaume de Naples; les campaniles de Sainte-Marie Majeure et de Sainte-Françoise à Rome, et quelques autres édifices du douzième et du treizième siècle à Fermo, à Aucune, à Bologne, à Assise, où nous avons constaté l'emploi de la faïence; mais nous nous arrêterons à la cathédrale de Saint- Martin à Lucques , où des plaques quadrangulaires incrustées dans le inarbre blanc remplacent, dans l'ornementation extérieure de l'apside, les disques de porphyre rouge ou vert, si souvent employés par les architectes du douzième siècle. L'émail également trèsblanc est couvert de dessins coloriés, d'un style rudimentaire. Le porche du monument fut terminé en ia33: on peut donc assigner à la construction de l'apside près d'un siècle d'antériorité. L'église de Pise, aussi sous l'invocation de saint Martin, est plus connue; elle se trouve sur un chemin trop fréquenté «les voyageurs pour ne pas avoir fixé leur attention. Sa construction remonte au treizième siècle; la façade, d'un style différent, a été reconstruite au quinzième ; sa frise, dans tout son pourtour, et le campanile, sont ornés d'un cordon de plats de faïence de la plus grande fraîcheur, coloriés des émaux les plus variés : c'est, à elle seule, une véritable collection. Pour clore cette liste des édifices

d'Italie où se continue, jusqu'au milieu du quinzième siècle, l'association traditionnelle des poteries émaillées aux détails architectouiques, en dehors dos travaux de Luca délia Robbia, qui sont connus et d'un ordre différent, nous mentionnerons le palais de Venise à Rome, construit par le pape Paul 11, Barbo, lorsqu'il n'était encore que cardinal, — l'architecte a placé dans la frise de la tour qui couronne l'édifice, les armes cardinalesques de Barbo, peintes en bleu sur de larges disques de faïences blanches, — et la porte du Cambio do Pérouse, si célèbre par les fresques du Pérugin qui sont à l'intérieur. Ces deux constructions datent de i45o.

Si nous poursuivons cet examen sur les monuments do la partie occidentale de l'Europe , les témoignages en faveur de la terre cuite émailléo ne sont ni moins nombreux ni moins variés ; on a publié des volumes sur les carreaux et sur les revêtements émaillés de l'Irlande, de l'Angleterre et de la France; on a cité les tombes des abbés de Jumiége du douzième siècle. On sait que la grande tour du Louvre à toit conique, dite de Philippe Auguste, était couverte de tuiles vitrifiées de diverses couleurs, genre de décoration employé partout, en Allemagne, si on en croit Léon-Baptiste Alberti, qui dit, dans son traité d'architecture : « La Germania rispïende />er i tegoli invetriati. » En consultant les miniatures des manuscrits et les peintures anciennes, on augmenterait facilement la liste déjà surabondante des témoignages que nous venons de réunir.

11 était très-nécessaire de démontrer jusqu'à l'évidence la connaissance de l'émail et l'emploi des poteries émaillées par les anciens et au moyen âge. Sous l'égide de M. Bronguiart, l'esprit étroit de localité trouvait partout des inventeurs qui obstruaient le seuil du moindre traité sur la matière ; espérons qu'il n'en sera plus question à l'avenir.

Le même savant a émis en principe deux autres opinions tout à fait inacceptables : l'une, qui n'attribue le caractère d'émail véritable qu'à l'enduit vitreux à base d'étain ; l'autre, qui n'admet dans la classe des faïences que les poteries revêtues de ce même émail. La première est fausse en théorie, — toute matière vitreuse, transparente ou non transparente , coloriée par des oxydes maintenus à l'état de dissolution, est un émail véritable ; la deuxième, qui n'a aucune importance scientifique comme classification , a l'inconvénient d'être contraire à l'habitude, sans offrir aucune compensation. M. Brongniart en fut embarrassé lui-même. Cassant un jour le pied d'une coupe du service de Henri II, pour en mettre un fragment dans son creuset, il découvrit par l'analyse que la pâte était composée de 5g parties de silice et de 4°j*4 d'alumine, plus une trace de fer, et que l'émail de la couverte ne contenait pas d'étain , c'est-à-dire que cette faïence de Henri II ne remplissait aucune des conditions qu'il voulait assigner à la classe des faïences; il fallait nécessairement la placer ailleurs, et il la mit avec intrépidité en tête de la classe des jaïences fines, — Telle est la logique des systèmes.

Page 1