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LA CASSETTE DE SAINT LOUIS. — LE CIBOIRE DE WARWICK

Le premier des monuments que nous avons à décrire est connu sous le nom de cassette de saint Louis. Il a fait partie pendant longtemps des reliquaires conservés dans l'îibbaye du Lis, près >Ielun , où il passait, d'après un inventaire de l'année 1678, pour contenir le cilice de saint Louis, roi de France, relique donnée au monastère par Philippe le Bel.

Reliques et reliquaires dispersés à la lin du siècle dernier, après bien tics vicissitudes, notre cassette a été retrouvée, vide, dans l'église de Dammarielez-Lys, et achetée par l'empereur pour le musée des Souverains , avec une générosité qu'il est toujours facile d'éveiller en lui.

C'est un coffret en planches de hêtre, assemblées par de simples clous, sans tenons ni mortaises, haut de i5 centimètres sur 35 centimètres de long et lu de large , fermé par un couvercle qui recouvre en saillie trois de ses faces. Cette grossière carcasse a été revêtue d'une peau de vélin peinte en vert , fixée au moyen d'une forte couche de colle. Les angles du couvercle sont maintenus par quatre coins en cuivre doré , surmontés de cabochons en cristal de roche sertis sur un clinquant pourpre; il est fixé par deux charnières, qui roulent sur les dents de quatre monstres de métal également doré ; et le dragon émaillé , qui traverse le couvercle dans toute sa profondeur, tient dans sa gueule le moraillon qui s'abaisse dans la serrure, dont l'entrée en relief est figurée dans notre dessin à côté du coffret. Sur le couvercle et sur son rebord , sur la face antérieure de la caisse? et sur ses deux parois latérales , sont disposés des écussons d'armoiries en cuivre doré, incrusté d'émaux colorés et fixés par des clous. I>es plus grands portent de France aux fleurs de lis d'or sans nombre sur rhamp d'azur. Sur les plus petits sont écartelées les armes des principaux personnages qui accompagnèrent saint Louis dans ses cx|>éditions d'outre-mer, et celles de Blanche de Castille, au château d'or à trois tours sur champ de gueules.

Parmi les premières , on remarque celles de Bourgogne, de Courtenny, de Montfort, de Dreu.r , de 'Jérusalem , de Champagne, de Coucy, d' Angleterre , de Harcourt , de Bouillon, etc., etc. La caisse même du coffret est consolidée par quatre équerres en cuivre doré, sur lesquelles sont gravées les armes de la mère du roi. L'ornementation du reste, notamment toute la partie postérieure, est ornée de petites plaques rondes émaillées et gravées , qui contiennent des représentations empruntées aux bestiaires religieux du temps. Les clous dorés, dont toutes les parties sont constellées, nous paraissent appartenir à une époque plus moderne , le coffret ayant du être primitivement revêtu de velours ou de soie.

Lm fraudes pieuses ont été si nombreuses au moyen âge, qu'il ne nous est

Cassette dite de saint f .oui.» [Mtuée det Souveraint . an Louvre).

pas permis d'ajouter une bien grande foi à la destination de la cassette dite de saint Louis. M. Léon de Laborde, dans l'excellent glossaire qui forme la deuxième partie de son catalogue des émaux du Louvre , donne une liste 'des reliques bistoriques, où ne figure pas le cilice de saint Louis. Il cite cependant : « Une petite boiste longuette d'ivoire ou sont les escourgées (fouets disciplines), de fer de Monseigneur saint Ij>ys, dont il se batoit. » Que saint Louis se soit ceint d'un cilice, c'est , bêlas ! fort probable et dans les mœurs du temps, mais les témoignages relatifs à cette relique absente manquent; il nous est donc

LE CABINET DE L'AMATEUR. 108 permis d'en douter. Il n'est pas toujours nécessaire d'avoir été martyr pour être saint.

Ce qui est certain , c'est que; ce coffret remonte au régne de saint Louis. Les armoiries des princes et des rois qui l'accompagnaient aux croisades rappellent évidemment ces célèbres expéditions entreprises par la foi ardente du moyen Age pour conquérir le tombeau du Christ ; mais les armes de Blanche de Castille, qui figurent dans les parties essentiellement constitutives du reliquaire, ne nous permettent pas de chercher son origine ailleurs; elles nous indiquent suffisamment que nous n'avons là qu'un des nombreux présents ou ex-voto que l'habile et pieuse souveraine distribuait aux monastères en l'absence de son fils, et qui étaient destinés, avec les reliques qu'ils pouvaient contenir, à

Ciboire un cuivre dore et Entaillé du \m* siècle.

obtenir du ciel l'heureux succès de ses saintes entreprises et son prompt retour, sans oublier d'associer à l'offrande ses nombreux compagnons de périls et de gloire.

Le grand ciboire en cuivre incrusté d'émail , doré et gravé , qui est figuré ici , a fait partie de cette belle exposition de Manchester, qui fera époque dans les annales de la curiosité en Angleterre; il appartient au duc de Warwick. C'est un des beaux ouvrages de l'industrie limousine au xiu* siècle. Son diamètre est de 19 centimètres sur 12 de hauteur. Dans des rinceaux d'un jet élégant,

lOf. LE CABINET DE L'AMATEUR.

ornés de feuillages et de fleurs, sont disposées six compositions empruntées à l'Ancien Testament , dont le sujet est indiqué par autant de vers léonins , gravés sur la frise du bord et qui sont les suivants :

Le sacrifice offert au Seigneur par Abel et CaXn. t AGNVS ABEL MVNVS AGiNVM PRIVS 0BTVL1T VNVS.

La Circoncision d'fsaac.

t PRECKSSIT LAVACRVM SACRA CIRCVMCISIO SACRVM.

Isaac portant le bois du sacrifice, f LIGNA PVER G ESTAT CRVCTS VNDE TIPVM MANIFESTAT.

Le sacrifice d'isaac.

f TEMPTANS TEMPTATVS ISAAC ARIES QVE PARATVS.

Jonas sortant du rentre de la baleine.

f REDITVR VT SALWS QVEM CETI CLAVSERAT ALVVS.

Ijf buisson ardent.

t QVI VELVI) ARDEBAT RVBVS ET NON IGNE CALEBAT.

Le couvercle du ciboire manque. Il devait contenir, dans une ornementation du même genre , ainsi que l'a justement observé M. Augustus Franck , qui l'a décrit avant nous , six autres sujets correspondants empruntés au Nouveau Testament , et qui pouvaient être : la Présentation au temple, le Baptême du Christ , le Christ portant sa croix, la Crucifixion, la Résurrection et l\'/scension.

Cette disposition parallèle de sujets empruntés à l'ancienne et à la nouvelle loi est fréquente dans les monuments du moyen âge, et on la retrouve encore dans quelques-uns de ceux de la renaissance.

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