UNE ERREUR
i Surmelin est une de ces jolies petites rivières qui portent i la Marne le tribut de leurs eaux. Vu printemps, nul pays n'est plus suave que l'étroite vallée arrosée par son cours V près avoir baigné les murs Jn château Montmaur et ses tourelli - di bt ques, vieux débris di
. i! fertilise les terres d'Orbais, de Condé, de Beaune, el va dans la Marne au pied de la moDi cj \vant qu'il fût per-
toul le mie d'exterminer le gibier, quand la chasse, quand la
ni encore un droit seigneurial, ses rives fourmillaient de
- qui narguaient les vilains en mangeant leur blé, de perdreaux que le fusil et les collets du braconnier ne décimaient pas; ses eaux fraî-
I limpides abondaient en poissons ; la truite, qui de nus j s v est
presque inconnue, se jouait entre les ruches dont son fonds était semé, entre les racines qui tapissaient ses deux ri
Assis auprès d'un frêne, que les premiers beaux jours i imeni
.1 paivr de son feuillage, les pieds pendons à quelques pouces au •
de l'eau, un jeune homme d'une assez jolie Qgure semblait s'occuper beaucoup moins des deux lignes Déliées à cote de lui, que de ce qui se lassait sur la rive opposée Ses grands yeux noirs exprimaient à la fois l'impatience et la crainte. Cependant ce n'était certainement pas la peur d'être surpris dans sa paisible occupation qui animait ses regarda; habit vert chamarré de galons, à la bandoulière qui portait son couteau i la plaque de cuivre armoriée attachée à son bras gauche, mi reconnaissait le garde du seigneur des Koues. Il paraissait s'inquiéter fort peu des truites qu'il devait rapporter au château : toute sou attention semblait concentrée sur la porte d'une habitation qu'on apercevait au sommet d'une colline, de l'autre côté du vallon. C'était une maison charmante qu'un des heureux du jour avait tout récemment fait construire. M. Templier, quien était propriétaire, s'étail enrichi par letra- Dc des actions de la compagnie du Mississipi, et lesysti me de Law, qui
avai! cause la ruine île tant de familles, avait été l'origine île sa fortune.
Il avait acheté les meilleures terres el les meilleurs bois de la contrée Par des acquisitions successives, il avait arrondi sa propriété, el lorsque m di s Koues, à moitié ruiné par les opérations de la rue Quincampoix . s'étail vu obligé d'aliéner une partie de son domaine, c'était M. Templier qui s'en était rendu acquéreur. Le sentiment de la propriété
est si profondément enraciné dans le coeur de l'hon i, qu'il ae voit
inschagrin passer en des mains étrangères ce qui lui aune fois appartenu. Il lui semble que le nouveau propriétaire n'est qu'un usurpateur. Il ne peut se défendre d'un sentiment d'animadversion contre lui; et, quoique le comte des Noues eût bien el dûment ra u en
,-, us sonnaus le prix des terres qu'il avail aband ces. il les regrettait
c me s'il client été violemment dé] illé, el il haïssait leur nouveau
maître.
Celui ci, de son côté, insolent comme tous <r\i\ qu'un coup imprévu
de la fortune a su1. item, ni enrichis, oubliait qu'il était fils d'un artisan rgueillissait de sa richesse el prétendait marcher de pair avec tous les anciens gentilshommes du voisinage, il voulait éclipser les Pinterel du
Louverny, les Beigneurs de Blesmes, de Chiary, d'Orbais et de Pi -
Il était en instance auprès du chancelier poui faire ériger sa terre en
vicomte; tandis que ses voisins se moquaient de ses prétentions, i1 moquait de leur indigence, il les raillait du mauvais état de leurs châiraux qui tombaient en ruines, (le la yéjusté de leurs ameublemens, de leurs intérieurs pauvres et mesquins. 11 faisait parade de sa richesse et ne se refusait rien de ce que la mode inventait d'utile ou d'agréable. En un mot, il payait en liaine le dédain avec lequel les maisons titrées des environs avaient accueilli un homme enrichi par l'agioti
Codinet aussi, dont la famille avait de père en fils gardé le domaine «les Noues, n'avait pas vu sans douleur une partie des terres autrefois soumises à sa surveillance passer entre les mains de personnes étrangères. Il n'aurait pas voulu qu'on le vît entrer chez M. Templier. Cette maison lui semblait un lieu de malédiction, il aurait craint d'ailleurs que le comte des Noues ne le trouvât mauvais et qu'il ne lui retirât sa place. Cependant, parmi les personnes attachées au service de M. Templier, se trouvait une jeune fdle du pays dont l'enfance s'était écoulée avec celle de Godinet. C'était Suzanne Gérard, qu'il avait autrefois chérie comme une sœur et qu'il aimait maintenant d'une manière toute différente. Suzanne était si jolie, qu'elle eût certainement brillé dans un salon aussi bien que dans l'antichambre de sa maîtresse. Ses grands veux bleus, garnis de longs cils, avaient une douceur ineffable. Sa bouche n'était ni trop grande ni trop petite, et toujours un sourire gracieux brillait sur ses lèvres fraîches et vermeilles. Dans ce temps de débauche générale, où la dépravation de la cour avait déjà gagné la ville et commençait à se répandre dans la campagne. Suzanne avait obstinément repoussé l'amour des jeunes gens du voisinage. L'offre de parures brillantes , la promesse d'une petite maison que lui avaient faite quelques roués de Paris n'avait pas pu la séduire. C'est qu'élevée par des parens pauvres dans les principes d'une sévère honnêteté, elle avait encore été soutenue jusque-là par le sentiment qui la rapprochait de son compagnon d'enfance. Ils cherchaient tous deux avec empressement l'occasion de se trouver ensemble, et si Codinet tournait avec tant d'importance et d'anxiété les yeux vers la porte de M. Templier, c'est qu'il pensait (pie Suzanne allait sortir. Aussi, dès qu'il aperçut la jeune Bile qui, d'un pas léger, descendait la colline, il releva ses lignes, s'empressa de les ployer, et , s' élançant sur le tronc d'orme jeté comme un pont en travers du Surmelin, il courut au devant d'elle. «Qu'il y a long-temps, s' écria-t-il en l'abordant, qu'il y a long-temps, ma lionne Suzette, que je n'ai pu te parler! Donne-moi donc ta douce main. Il me semble que, depuis la dernière fois que je l'ai vue, tu es encore plus jolie.
— Finissez donc, dit en riant la jeune soubrette, dont les yeux brillaient de plaisir; vous voulez, vous moquer de moi. Si vous m'aimiez comme vous me le dites, si vous aviez tant d'envie de nie voir plus souvent, est-ce que vous n'auriez pas depuis long-temps changé de condition ? Est-ce qu'il n'y a pas de plus belle terre à garder dans les environs que le, domaine des .Noues:' Est-ce que nous n'avons pas cinq cents bichets de bonne terre et cent arpens de bois de plus que votre gentillàtre ruiné? Si vous aviez voulu, j'en aurais déjà parlé à Madame ; mais vous ne m'aimez pas.
— Que tu es injuste, ma bonne Suzette! Comment voudrais-tu que je quittasse une maison oii j'ai été nourri depuis que je suis au monde ; une maison dont mon père et mon grand-père ont mangé le pain? Cela serait de l'ingratitude. Et pourquoi quitterais-je mon père? Pour servir un parvenu! un homme enrichi par des manœuvres dans lesquelles le diable seul peut voir goutte! Rappelle-toi donc, Suzette, ce que notre curé prêchait il y a trois ou quatre dimanches; ce n'est pas par de bonnes voies qu'on arrive subitement a la fortune ; et, comme le dit le proverbe : « Oui ne dérobe ne l'ait robe. ••
— Oui, oui, répondait la jeune fille avec humeur, si M. des Noues eûï trouvé ces moyens de s'enrichir si coupables , est-ce qu'il aurait été a Paris exposer presque toute sa fortune? et s'il av; il autant qu'il a perdu, crois-tu qu'il auraitregardé son bénéfice comn [uis?
Les deux jeunes gens en causant ainsi s'avançaient sous les arbres qui bordaient le Surmelin. Chacun d'eux défendail son maître ave ■ chaleur.
Ils en étaient presque venus à se quereller; mais, entre eux, la brouille ne pouvait être de longue durée. Suzanne avait été jusqu'à Coude faire les commissions dont sa maîtresse l'avait chargée. Elle revint toujours accompagnée de Godinet, et déjà ils approchaient de l'habitation de M. Templier. « Ma bonne Suzette, disait le garde, quand te reverrai-je? je t'en prie, Suzette, donne-moi un rendez-vous, que je ne demeure plus des siècles sans te parler. Tu sais bien (pie sans l'inimitié qui sépare nos maîtres, tu n'aurais qu'on oui a dire pour être la femme de Pierre Godinet. » Le jeune homme fit tant d'instances , il mit tant de vivacité dans ses prières , que la jeune lille finit par lui promettre ce qu'il demandait, o Eh bien, lui dit-elle, venez demain soir, .le laisserai la petite porte du jardin ouverte et je vous attendrai sous l'allée de tilleuls. Mais au moins ayez bien soin qu'on ne s'en aperçoive pas. C'est, mal à moi, c'est bien mal de vous céder ainsi; mais, Godinet, ajouta-t-elle en rougissant, si je vous aiiîse, au moins il ne faut pas que d'autres le sachent. »
Le jeune homme , ivre de bonheur, fit toutes les promesses , tous les sermens qu'elle exigea. — Et moi aussi, je vous aime, répétait-il; ah ! ma jolie Suzette, quand serons-nous dans notre petit ménage!
— Adieu, lui dit la jeune Lille en se détachant de son bras, à demain. Elle se mit à gravir rapidement la colline pour regagner sa demeure : quand a Godinet, il resta immobile à la place où elle l'avait quille. Il ne détourna les yeux que lorsqu'il eut vu se fermer derrière elle la porte de M. Templier.
Le lendemain, à l'heure indiquée, Godinet fut exact au rendez-vous. L'instant lixé par Suzanne n'était pas encore arrivé qu'il poussait la porte du jardin de M. Templier, laissée entr'ouverte par la jeune fille. Puis il s'était enfoncé sous l'allée de tilleuls, où bientôt il vit s'avancer celle qu'il aimait. Le temps passe bien \ ite pour ceux qui sont heureux ; ils ne se séparèrent que peu d'heures avant le lever du jour.
Dès le matin , Suzanne entra, suivant son habitude, dans la chambre de sa, maîtresse.
— Mademoiselle, lui dit celle-ci d'un air sévère, qu'avez-vous l'ait cette nuit?
— Mais j'assure à Madame, répondit la jeune lille en rougissant, j'assure que je, n'ai rien fait de mal. Je me suis couchée d'assez bonne heure et je viens de me lever.
— Ce que vous avez fait est mal. 11 est plus mal encore de me tromper. Vous si fraîche ordinairement, regardez-vous dans cette glace; voyez vos joues pâles et vos traits fatigués, et jugez s'il est possible de croire à vos paroles.
— Je proteste, balbutia la jeune fille, je proteste...
— Vous mentez, Suzanne. Cette nuit, sur les deux heures, je me suis sentie indisposée; j'ai sonnée et vous n'êtes pas venue.
— Madame me pardonnera, mais j'étais dans mon premier sommeil, et le bruit de la sonnette ne m'a pas éveillée.
— Je vous le repète, Suzanne, vous meniez; e'esl an détestable défaut que je ne vous connaissais pas. J'ai sonné deux fois très fort, et, surprise de ne pas vous voir venir, je me suis levée
— Pardon, pardon, madame, je n'ai pas entendu.
— Je le crois bien, vous n'étiez pas dans voire chambre.
— Madame, je vous assure que...
— Suzanne, j'ai étédans votre chambre, et à deux heures vous ne vous étiez pas encore couchée.
— Ah ! madame, madame, dit la jeune lille en tombant à genoux auprès du lit de sa maîtresse, je vous en supplie, ne révélez pas mon secret; et la pauvre fille avait saisi la main de sa maîtresse, et elle la couvrait de larmes.
— C'est pour un amoureux que vous manquez ainsi à vus devoirs, et vous ne pensez pas qu'en gardant le silence je consente à me rendre complice de votre inconduite.
— Madame . je vous en conjure, ne me perdez pas. Il est vrai que je l'aime, niais si j'ai commis l'imprudence de lui accorder un premier
fendez-vous, je vous jure que je n'ai pas commis d'autre fan! mets que ce rendez-vous sera le dernier.
M i i. nplier se mil a sermonner Suzanne, et du sermon à l'indulgence il y a bien peu de chemin Voits n mon ei en,-, à quels : is vous exposez! et ejle lui c
rs auxquels une première légcn | er une jeun
,,„IS [es maux ,| celle qui manque aux lois de la pudeur
ci de la morale.
genoux devant le lit de sa maîtresse, l'éi avec résignation. Ses yeux supplians el pleiusde larmes, réclamaienl son silence et imploraient son pardon.
En ce moment on frappa a la porte de la chambre ; peut-on pai I madame, disait un domestique d'i Itérée?
— Entrez! cria M" Templier, pendant que Suzanne se relevail et essuyait ses yeux.
— Eh bien : Thomas, qu'avez-fous? en voyant l'air effare de son doiii itique.
— Alil ma. lame, quel malin ur!
— \ oyons, qu'j a - 1 -il ?
— Celle mut. ils'esl introduit des voleurs dans la maison, ils ont pris
literie qui était di Ile à manger. Il ionl enlevé tout le
Ûnge. Ils ont dérobé dans le salon toul ce qu'il était possible d'emporter: pendule, flambeaux, imitée qui avait quelque prix : c'est un véripillage.
— Mon Dieu! mon Dieu! s'écria Suzanne en pâlissant et ens'appuyanl contre une des colonnes qui su; portaient le ciel du lit.
— Ce qu'il y a de plus douloureux, ajouta Thomas, c'est que les malfaiteurs avaient sans doute un complice parmi nous, car nous n'avons aperçu null Les portes ont évidemmei ouvertes par quelqu'un de la maison.
— Thoma Templier, montez à cheval, courez prévenir a i udi le commandant de la m usséi is i) s ensuite à Château- Thierry avertir le li ' minci... Donnez-moi du papier, uneéi i
toire.il faut que M ! npl li de Ce qui se passe. On lui
enverra un exprès à Paris... Thomas , vous défend) . de m pari à qui (pièce soit de sortir de la maison. Ulez, faites diligen
— Ah mon Dieu! quel malheur, balbutiait la jeune fille , atterrée de toul ce
— Ta >, s'écria 31 pli • d'une voix tremblante de courroux! taisez-vous! Voi
Rien ne cl is la nature. Les élémenscomme les;
hommes sont soumis à d'immuables lois. Si nous parlons de uos] dans l'ordre politique o,u dans l'ordre moral, c'est vanité de i; ; nous ' pères ne
mieux que leurs aïi ux. Les inslituti i améliot v'antté! ce
n'es! que vanité : Il mais ne s' i
I i des progr s qi e no '
dant un juge d'instru re jeter dans un cul de bas i-fo
prei ! au temps passi
lieutenant-cri ninel
i poursuivi fi]
plus luin ■ n n'y a qu
une quautii d'air toujours la me. Comme au . ■ ■,>,- ,p,,:i
aussitôt une ; ur démontra qu il •
p'qbli Les circonstances liantes seront ilén
tour lui; onen UUi le ci
Vinsi en arriva-t-il à la anne. Dès que sa mi
vert h plicedui
le vol, tout le . ;-UII)
celte petite malheureuse n'avail ; la un grand n
, [e sa i mi M ri
qu'elle lui envoyait. — oui! disais. celanel'avi n
r une croix d'or et des 1 i ;:i auraient •
deux a..: du ilaire d'uiw honnête fille n vain que !
Par qui ' Par sait-on?... Et la pi fille se I de d i i t <
Quoiqi aeei on 1 accu-
serait comme moi. El si n ■: mén ux silence tourn ■ m le regardait comme la preuve d'une faute dom ell i n'avait jan 1 1 i
mdanl i liomas a\ faii d omme on le lui avait
i ec plusieurs cai ilii i de
la maréchaus rnenl pn senti
mages à Mmo Templier, il se mil r. Il constata d'abord qu'il
n'existait ni aux portes ni aux fenêtres de l'habitation aucune trace d'cffractiou ; il él lit, do i i quel chemin le
voleur avait passé. Ses pas étaient restes empreints sur lesable que, suivant soi habitude, le jardinier avait ratissé la veille, parce que ■ -lie s do jardin n'él lie it ; as i ouvertes de gravier, i lais de sablon d ivaienl conservé tri - c 'lie et très disl nte des pas On voyait à côté de ces vestiges la l I de 1 d'où l'on tirait la conséqu nce qu' 'lie avait été ouvri ' ur pour lui servir de guide.
Mme templier expliqua comment elle avait découvert que Suzanne
avait pave i partie de la nuit hors de sa chambre. Elle déclara que
c'était sur cette jeune fille que i poi ei i soupçons. Elle fit ensuite
renonciation des objets qui avaien -es. C'était d'abord l'ai n-
terie donl i a se servait ordinairement : dix-lmit couverts d'argent; douze ux a manch s d'argenl rieusi n 11 y en avait un
dont la lame était brisée, des salières: enfin beaucoup d'autres objets précieux.
. ■ soustraiti ■' remplier signala une
Iule que sa forme rendait 1res remarquable. Elle était en laiton doré et n il lil un édiDce ire chinoise. C'était nue . surmonl tite pyramide el flanquée aux quatre coins
de quatre petits clochers. Ce meuble pouvait avoir dix-huit p 'es d'élé
vation sur huit environ de côté Chacune des quatre ésentait
h:, cadran; l'on indiquait les jour, d et la tl ite du mois,
l'aUîre p. lever i ; le coucher du soleil, le troisième moi tri il le ; de la lune, le dernier donnait l'heure. C'était uo livre d'horlo-
.,,,.,. ..... re i e mi ursmois
té, avait ci. i avec le pli ni. en sorte
qu'il marchait toujours en quelque position qu'on le plaçât. Vchaqi
. , , un air exécute par des marteaux qui frap-
paient de d l'heure
arrivai. , la musique avait bien plus de durée, et le timbre éclatant qui vibrait sous le i
les pli j] d'autn jouta emplier, car
qui lui avai
Enfin, dit-elle, ce qu pi ;
c'est qu'il a lier dans u
gc qui pai i rmerles
divers oiredeSuza l le-ci i
ouvert la : rsonnequ'i I
.. ,,.,■,:,„ entr'ouvertc el
le dit qu'el
dençe pour commettre un vol dont elle était la cause, mais dont elle n'était pas complice.
Quel est, demanda le Bailli, l'amoureux avec qui vous prétendez avoir passé la nuit à vous promener.
— Je suis innocente, répondit Suzanne; cependant je suis accusée. Je ne voudrais pas attirer des soupçons semblables sur un autre innocent,
— Oui-dà! la belle, dit le Bailli d'un air dédaigneux, vous refusez de tout avouer: eu prison on saura bien vous forcer a parler. Allons! ajouta-t-il, faites votre paquet et disposez-vous a m'y suivre, car selon toutes 1 js probabilités vous y resterez long-temps.
Madame, Madame, dit Suzanne, en se jetant aux genoux de sa niaitresse, voici trois années que je vous sers, et vous ne pouvez pas dire que je. vous aie jamais rien pris. "\ ous ne souffrirez pas qu'on me mené en prison. Vous ne voudrez pas le désespoir de ma pauvre mère... Madame, vous le savez, ma famille est honnête; vous ne voudrez pas qu'un de ses membres soit enferme avec des malfaiteurs. Je vous ai dit t. mte la vérité, je vous le jure. J'ai pu faire une faute mais je n'ai pas commis un crime... Je vous en supplie, Madame, ne me faites pas mettre en prison.
— Ce n'est pas l'importance du vol, dit Mme Templier, qui me met en colère; cependant les objets enlevés valent plus de quatre mille livres; mais comprenez-vous l'ingratitude de cette maheureuse que j'ai traitée avec tant de bonté? Me voler ma pendule à carrillon, que j'aimais tant!... C'est une ingrate... une voleuse... une fille perdue! M. le Bailli, je l'abandonne a la justice.
En parlant ainsi, elle repoussait du pied Suzanne qui embrassait ses genoux.
— Madame, je suis pourtant innocente, dit Suzanne en se relevant.
— M. le Bailli, continua la maîtresse iritée, je la recommande à toute votre sévérité.
Madame dit le magistrat eu achevant de parcourir son procès-verbal, nous avonsjoublié une désignation importante. (Quelles sont les armes gra\ées sur votre argenterie?
— Madame n'a pas d'armoiries, dit Suzanne, poussée par un sentiment irréfléchi de vengeance. Madame est (ille de Madelon Choquard, qui de son vivant était fruitière à Paris, rue du Pot-au-Diable ; et monsieur a commencé par être homme de peine chez un fondeur de chandelles de la rue Saint- Médéric.
— Vous l'entendez, Monsieur le Bailli, s'écria Mmc Templier. Vous l'entendez, elle joint l'insulte au larcin ! Pas de pitié, pas de pitié pour des gens de cette espèce ! emmenez, emmenez-vite cette petite vipère.
— Deux cavaliers de la maréchaussée saisirent Suzanne par le liras pour l'entraîner à la porte, mais la pauvre Mlle n'était ni de taille ni de caractère à essayer une résistance qui ne lui eut ser\ i à rien ; elle se laissa conduire et se mit à marcher entre les cavaliers qui prirent avec elle la route de Château-Thierry. Elle cacha son visage entre ses mains, mais tout le monde se connaît au village, et Suzanne, plus jolie qu'une autre, était aussi plus connue et plus enviée. Elle avait beau baisser la tête et se couvrir les yeux.... 'liens, disaient tous les passans, c'est Suzanne
Gérard que la maréchaussée emmène Qu'a-t-elle donc fait.'1 Elle
a vole Quel dommage! répétaient quelques hommes, elle est si
jolie! Ce fut le seul sentiment de pitié qu'elle rencontra sur son passade. Chez tous les autres, elle ne trouva que cruauté. Voyez son exemple, disaient les mères à leurs enfans en la montrant du doigt : rappelez-vous qu'il faut toujours être sage et toujours respecter le bien du prochain, ou bien la maréchaussée vous emmènera comme elle emmène Suzon la voleuse.
Il fallait qu'elle passât dans le pays où elle était née, au moment où l'on sortait de la messe. Elle entendit toutes ses compagues répéter à son oreille ; C'est la lille Gérard qu'on mené en prison. La malheureuse pressait le pas; elle n'osait lever les yeux, car elle était certaine de ne rencontrer sur aucun visage le moindre sentiment de commisération. Il
lui fallut traverser ainsi Crezancy, Blême, Chiary, et quand elle fut arrivée à Château-Thierry, plus morte que vive, après avoir pendant plus de quatre lieues subi ce supplice anticipé, elle regarda comme un bienfait d'entrer dans la geôle. La prison, tout horrible qu'elle est. lui sembla encore un lieu de refuge.
Les mauvaises nouvelles ne tardent guère à se répandre, et la journée n'était pas écoulée que Godinet avait appris les détails de l'arrestation. Il ne pouvait douter de l'innocence de Suzanne. Il courut à Château- Thierry. Quelques pièces d'argent données au geôlier lui facilitèrent l'entrée de la prison.
— Ma bonne Suzanne , dit-il à la pauvre lille, je sais bien moi que vous n'êtes pas coupable. J'irai trouver le juge, je lui dirai que nous étions ensemble; vous êtes innocente, je le sais bien , je le proclamerai.
— Non, lui dit-elle, gardez-vous-en bien. Ils cherchent un second coupable, et vousseriezinulilement compromis. Ils vous prendraient comme ils m'ont prise.
— Mais il faut vous justifier.
— Attendons; espérons en la Providence : elle fera découvrir le véritable voleur. Comptons sur les lumières des magistrats.
L'infortunée ne savait pas que la justice des hommes est fragile et sujette à erreur, et que les moyens qu'elle possède de s'éclairer sont souvent insuffisans. Cet horrible mode d'instruction, qui consistait à faiie. subir un supplice préparatoire à l'accusé dont on voulait arracher des aveux , n'existe plus , mais à cette époque il était en v igneùr, et on mit Suzanne à la torture. La douleur lui arracha l'aveu d'un crime qu'elle n'avait pas commis; mais eile eut assez de force pour taire le nom de celui à qui elle avait ouvert la porte du jardin. •< Elle veut cacher son . complice, se dirent les juges; elle mérite toute notre sévérité. » Ils la condamnèrent.
Les peines prononcées par nos codes ont beaucoup été modifiées. Je ne saurais dire si les crimes en sont devenus moins nombreux, mais lis cbàtimens sont moins rigoureux et sont gradués d'une manière différente. La peine de mort n'est plus prononcée contre celui qui n'est qu'un voleur ; autrefois il n'en était pas de même : un vol pouvait conduire au gibet; et Suzanne fut condamnée à être pendue.
Quand on songe à toutes les causes d'erreur qui peuvent altérer les jugemens humains, on se. demande comment il est possible de se résoudre à prononcer une décision dont peut dépendre la fortune ou l'honneur d'une famille. On se demande comment, après avoir rendu sa sentence, le juge peut conserver un instant de repos. Que le bourreau dorme, cela se comprend ; il n'est que l'instrument qui sert à frapper. Il n'a à s'inquiéter ni du crime, ni de l'innocence. S'il ne frappe pas, un autre frappera. Mais comprenez-vous le sommeil du juge qui condamne? Sa conscience, ne lui crie-t-elle pas à chaque moment qu'il a pu se tromper; qn'un autre eût jugé différemment. Et même dans les causes où la fortune des citoyens est seule en jeu, quelles réparations ne doit-il pas à celui qu'il a ruiné par une sentence injuste.
On a conservé le nom de ce premier président qui, avant par sa faute fait perdre une cause dont ensuite il avait reconnu la justice , vendit sa voiture, supprima la plupart de ses gens , mit sa maison sur le même pied que celle des plus humbles bourgeois; et qui, lorsqu'à force d'économie et de privations, il eut amassé la somme qu'il avait fait perdreau plaideur, la lui rendit, expiant autant qu'il était en son pouvoir Terreur qu'il avait commise.
On aime à croire que de nos jours il se trouverait encore beaucoup déjuges capables d'entendre 'de celte manière le cri de leur conscience; mais au temps de la pauvre Suzanne Gérard, ii n'en était pas ainsi. Dans trois jours la sentence qui la condamnait devait être exécutée, et les magistrats qui l'avaient rendue, semblaient déjà l'avoir oubliée. Vu d'entr'eux , le Lieutenant-Criminel , était venu pour se distraire de ses travaux, passer quelque temps chez le comte des Noues. Qu'on se figure quelles étaient les angoisses du pauvre Godinet! Sans qu'on
pût en deviner la cause, on voyail souvent des larmes roulerdans ses yeux. Quelquefois aussi . s'animant par degré, on l'entendait separlcr tout seul. <iui, se disait-il, je suis un lâche d'avoir gardi le silence: tout aurail peut-être tourné autrement... c'esl par amitié pour moi qu'elle s'est compromise!... <>l\ ! si je connaissais le coupable!... Arrive qur pourra, je parlerai... je la verrai, cette justice... elle n'est peut-être pas si diable qu'elle est noire... D'autres fois il s'arrêtait tout à coup d'un air furieux; il se disait : Écouteront-ils mes paroles plutôt que les siennes? clic a protesté de son innocence ci ils ne l'ont pas crue!... Et ce Lieutenant-criminel qui depuisce matin se pavaue dans notre château comme s'il eût fait une merveille!... Mors l'idée diabolique de venger sur ce magistrat la condamnation de l'innocente lui passait par l'esprit; il résonner la platine de son fusil, puis il se promenait a grands pas, portait la main a son front connue pour chasser une pensée qui il l'ait.
il était dans un de ces accès, quand son maître \int le surprendre et interrompre son monologue.
«— Qu'as-tu doue, mon brave Godinet? \ te voir ainsi te démener, on te prendrait pour un fou.
— Vh! mon bou maître, s'écria le jeune homme qus cette apostrophe tira de sa rêverie, on a bien raison de dire: Dieu vous garde de la fièvre et des parvenus.
— Est-ce que nos voi ' l'ait encore quelque torl ou quelque
Dis-le moi : je tic le rai pas.
— Oh ! oui, je sa ' • ius êtes un seigneur de la vieille roche. Vous serve/ de protecteur a vos uens. Nous les justifiez quand ils sont
lis, el s'il n'étail plus possible de les justifier, vous voudriez encore les. défendre. Mais les parvenus tyrannisent leurs domestiques, ils les poursuivent, ils les accusent. Vont-ils pas fait condamnera mort cette pauvre Suzanne Gérard?
— Qui donc1 Su/aune la voleuse?
— \u nom de Dieu! Monsieur le Comte, ne l'appelez pas ainsi; cela me fait trop de mal .inioi qui suis certain il'' s >n innocence. Nous avons « té élevés ensemble , et je puis répondre d'elle comme de moi; elle est innocente, je vous le répite. Et puis il faut que je vous dise la vérité: I unissez-moi, chassez-moi, car je vous ai désobéi; mais il faut que je dise la vérité... l'.t il raconta le rôle qu'il avait joue dans cette malhci-
e affaire
— Je sais bien que vous êtes un brave garçon, d'il le Comte; je sais bien que vous ne me dites que la vérité; mais voudra-t-on vous croire sur votre seule parole? Ke|précipitez rien. Nous avons ici le Lieutenanterimim ! d'ici i ce soir je trouverai le moyen de le convaincre. De votre coie, tilcliez qu'il vous prenne a gré Je vous cherchais pour vous ordonner de le conduire a la chasse; il veut tuer quelques bourdons a la chanterelle; laites en sorte qu'il abatte de belles pièces; quand un chasseur sent son carnier s'alourdir, il n'a rieu a refuser au garde qui lui sert de -unie.
— Qu'à cela ne tienne, s'écria < lodinet, je lui ferai plutôl tuer tous les maies de la contrée, .le connais h s bonnes places, et j'ai une perdrix qui
Uliante a volonté; elle ferait venir tous le, coqs de trois quarts de
l ■' la ronde.
Godinel courut eu toute hâte chercher sa chanterelle. Il revint a
I ic cage où la captive était renfermée. Venez, venez, M. le Lieutenant, disait h- garde au magistrat, qui s'essuyail le fronl en gravissant la colline, [ci nous ne tenons rien. Nous sommes exposés au
vcnl du -d, ci. par ces premiers beaux temps la perdrix n'aime point
l'ombre ; mais de l'auti i i ce petit bois i s trouverons, au midi,
le champ île Nicolas I'.uneau ou le blé de mars commence à | Je vous L'.irantis que vous n'j serez pas uu quart -d'heure sans avoir tu je veux dire suis avoir tue. car AI. le Comte m'a dit que vous ne manquiez jamais une pii
— Oh! jamais, c'esl trop dire, réparti! le magistral d'un air suffisant, mais quand cela pari a belle, c d tomber.
— Tenez, placez-vous là dans ce fossé, derrière ce petit buisson. C'esl cela; un peu plus a droite pour pouvoir bien découvrir le terrain, \ merveille; comme on reconnaît loti: de suite l'homme expérimenté à la manière dont il choisit sou poste! du premier coup d'œil vous avez jugé l'endroit où il fallait vous établir.
— El le Lieutenant-criminel se rengorgeail en entendant les éloges du garde.
Godinel alla poser la chanterelle a quelques pas de distance, dans \^\
endroit ou elle pouvait parfaitement recevoir les rayons du soleil M un
tenant ils viendront jusque sur vous... Ensuite le garde alla se i. ter à
plat ventre a une vingtaine de pas sur la droite dans le creux d'un sillon. Il était cache derrière quelques poignées de feuillage, derrière quelques chardons qu'il avait piques en ter ne Quatre minutes s'étaient i pcini écoulées i pie la perdrix, égayée par la beauté du soleil, se mit a faire résonner la campagne de ses appels amoureux. Vussitôt dans l'éloignemcnt mi entendit un mâle qui répondait, puis un second, puis un trois \ un nouvel appel de la perdrix, on en \ il assez loin voler un qui rasànl la terre vint se poser a une centaine de pas des chassseurs. On garda le silence. On attendit.
Tout ii coup Godinet bondit, comme si une secousse électrique l'edl
enlevé de terre. Je le tiens' je le tiens! s'crria-1-il.
— Est-ce le bourdon, cria le Lieutenant-criminel?
— Kl) non ' c'est mon videur.
— Comment? comment votre voleur Je ne i is pers une.
— Quand je vous dis que je tiens maintenant mon volent n "'aille garde. Cela est clair. Je tiens mon voleur. El ses yeux p ■' dejoie; sa bouche riait, el cependant des larmes coulaient de ses joui -
— Évidemment, se dit le Lieutenant-criminel, cel homme csl atteint d'un accès de folie Je savais bien que les rayons du soleil de m trs passent pour être dangereux; mais je ne croyais pas qu'ils produisissent un effet si prompt. Ils ont frappé sur le crâne de cel homme qui . i ar n >-
pecl pour moi, est reste la tête découverte , je le ferai entrer a l'hospice
de la charité de Château-Thierry.
— Je tiens mon voleur, répétait le garde Venez, venez, Monsieur, avant que cela finisse
— Mais vous êtes fou.
— Venez, vousdis-je, el arrachant d'une main le fusil que tenait le chasseur, il le prenait lui-même par le bras et l'entraînait rapidement
jusqu'il la place OÙ tOUt à l'heure lui-même il était pOSté. EcOUtCZ ' écoutez! disait-il en étendant à terre le Lieutenant-criminel
— Cet homme est fou, se disait celui-ci pâle et tremblant, est-ce qu'il va devenir furieux.' Il serait peut-être Capable de m C tuer. — El il Ol)( sait a tontes les impulsions que lui donnait le garde.
— Entendez-vous? disait Godinet.
— Je n'entends rien.
— C'esl que cela est fini. VU reste . dans lin quart d'heure cela \ • recommencer En attendant écoutez-moi : Suzanne Gérard est innocente.
— Mon garçon, vous ne savez ce que vous dites, ' le magistrat
en se relevanl VOUS n'avez pas vu comme moi les pièces du pro
Elle est coupable el dûment condamnée,
— JC vous dis qu'elle est innocente, reprit GodilICl ICC impatience
le ne saurais entendre cela sans,
— Vous l'entendrez, morbleu , s'écri en repoussant a terre son compagnon de chasse \ mis l'entend n /. mi le i
Dubo t que les n < d'i coûter la justification d un
ii cent Mon maître a des amis puissaus.il n'j a qu'un jour de 11 n
che d'ici i Paris
— Mais, mon ai, ii, le ' i tipahle...
— Elle est innocente, vous dis-je. En voici la preuve. Jet lis avi e eile
dans le jardin de M Teni| lii l la lUlil i il il le vu! a eu
heu Quand je l'ai quittée, il v avait encore environ une heure et de ■
il ■ nuit, .te me suis mis a parcourir les bois pour surp je le
pouvai irau us volent du plant. Je me suis dirigé de
<• ■ c >té pa ne cette contrée I ■ . '■] ar Nicolas
Buneau, el que je le crois coutumier du l'ail. Lorsque j'arrivai ici, je trouvai Nicolas Buneau occupé déjà à labourer. Vous voil bonne heure à l'ouvrage, lui dis-je. — Oui , me il; il faut se
lever matin quand on veut payer les impôts et la dîme. — Biais, lui dis-je, si on que vous travaillez le dimanche, vous seriez mis à
l'amende. — On ne le saura pas, répliqua-t-il. — Mais si je le disais. — Vous ue le direz pas. — Et pourquoi? — Parce que vous n'oseriez pas tirer sur un lièvre , s'il pouvait ensuite aller rapporter au ch des Noues eu quelle maison vous avez passe celte nuit.
Je ne lis pas alorsgrande attention à ce propos; mais une découverte que le hasard vie rocurer m'a prouvé que si Buneau savait si
bien où j'avais passé : pari de la nuit, c'est qu'il était le voleur.
J'étais coi us moi j'ai entendu sonner le ca-
rillon de la] Templier. Le voleur, craignant d'être trahi
par la possession des objets qu'il avait dérobés; les a enterrés en cet endroit jusqu'à ce qu'il puisse venir les rechercher, il a semé du blé pour dissimuler la place où il avait enfoui le fruit de son larcin ; mais il u'avai) pas cou . , lèverait pour le dénoncer. En
ce moment la pendule se mit a sonner, et le Lieutenant-criminel put constater que le garde n'avait pas été trompé par une illusion de ses sens. Comme lui il entendit assez distinctement les sons argentins du carillon.
— Mais qui me prouve que ce n'est pas vous- même qui avez ici di posé ces objets.
— Vous avez raison ,. . . md vous le voudrez, votre prisonnier. Qu'on me jug . i ais qu'on juge aussi Buneau. La Providence vient de nous signaler le coupable. A noire tour, a, dons un peu la Providence, travaillons pour découvrir les preuves qui doivent le convaincre; cherchons, car, ainsi qu'on l'a dit, Dieu est bon ouvrier, mais il veut qu'on l'aide.
— Vous avez raison, dit le magistrat; malgré la manière un peu brusque dont vous vous y êtes pris, je vous devrai des remercîmens si vous m'épargnez le remords d'avoir concouru à la perle d'un innocent.
Le jour même, < , ar ri utréBuneau, lui donna avis que
des fontainiers soupçonnant dans son champ les traces d'une source. avaient été autorisés par le Bailli à y faire des fouilles, afin de construire ù mi-côte un abreuvoir pour les troupeaux. Il ajouta que c'était le lendemain qu'ils devaient commencer leurs recherches. .Sur cet avertissement, et la nuit même, Buneau courut déterrer ie produit de son vol ; mais des hommes embusqués tout exprès l'arrêtèrent au moment où il l'enlevait. Il û ■ c la etSuzanne, mise en liberté, devint la femme de son sauveur.
De tous ces événemens on tira des moralités différentes. Le vulgaire, dont les vues soni . disait qu'au dessus des tribunaux humains ,
ilyau ie leurs arrêts. Quant aux i
trats du bailli,-. ■ pré: idial el aux esprits forts du pays, ils ; udai que tuai cela prouvait seulement, comme la fable de Midas, qu'il ne faut pas confier sou secret a la ti
J. Lu u.i.!;e.
(Le Temps.)
UNE PAGE J>E IrHISTOXILE 3>E CATHERINE II.
Dans les premiers jours du mois d'avril 17/2, une jeune femme, un Cosaque et un moine, étaient assis au pied d'un de ces rochers gigantesques, jetés en si grand nombre dans les steppes qui côtoient les deux rives d'irghis. La femme n'était pas régulièrement belle ; mais il y avait
un charme inexprimable dans la douce expression de sa physionomie. Le Cosaque était grand et robuste; ses cheveux blonds ondoyaient sur ses épaules et venaient se réunir sur ses joues à une barbe longue el touffue. Ils'appelait Twogoroff. L'homme qui portait l'habit d'un moine était petit et frêle. Ses yeux faînes étincelaient sous des prunelles ardentes, et quoiqu'il fût complètement imberbe, son visage n'était guère moins farouche que celui de son compagnon. Il se nommait Jemelha Pugatschew.
Né parmi les Cosaques du Don, dans le village de Simoweisk, cet homme, après avoir combattu sous les drapeaux russes, dans les guerres de 17ô(i et 1 759, avait déserté lors du siège de Bender, et s'était réfugié en Pologne parmi quelques ermites du rite grec. Là, un nouveau monde se découvrit à ses yeux, et quand il rentra dans les déserts de l'Ural, il sentit fermenter en lui d'impérieux désirs d'élévation. L'occasion s'offrit de les satisfaire, Pierre III mourut étranglé. Enhardi par sa ressemblance avec ce prince, Pugatschev résolut de se faire, passer pour lui. V Moscou, il ne l'eût point osé, car la mort de Pierre était notoire, sou corps avant été publiquement exposé sur un lit de parade; mais dans les déserts d'irghis, parmi des paysans à demi sauvages, qui auraienl ensanglanté le monde pour un morceau de plâtre à l'effigie de saint Nicolas, Pugatschew savait bien que ce mensonge trouverait des oreilles crédules et sa rébellion des complices.
Cependant, il était un Cosaque auquel Pugatschew n'avait pu dissimuler sa naissance. Le même village les avait vu naîtra l'un et l'autre; ils avaient été élevés sous la même tente, et associés depuis l'enfance à e fortune ; il eût donc été dangereux pour Pugatschew d'encourir la haine de l'homme qui seul pouvait prouver son imposture. Ce Cosaque, c'était Twogoroff. Pugatschew avait épousé sa tille , et quoiqu'il méditât de la répudier un jour, il simulait à leur égard l'attachement le plus profond.
— Twogoroff, dit-il à son beau-père, jusqu'à présent la fortune n'a pas cesse de nous sourire, il y a six mois, nous n'avions pas un coneck . et nous comptons un million de roubles; nous n'avions pas un soldai , et nous disposons d'une armée.
— Oui, répondit le Cosaque, tu peux réussir et devenir empereur ; mais te rappelleras-tu toujours à quelles conditions je suis devenu ton complice? Voici ma fille, ma Sophie, que je t'ai donnée pour épouse, le r< gardant comme un fils, après l'avoir aimé comme un frère: n'oublie pas que tu dois associer a ta grandeur la femme qui a partage ton obscurité.
— Je m'en souviendrai, réparti! Pugatschew.
— Jemelha! dit Sophie avec tristesse, nous étions heureux ici; pourquoi quitter nos déserts? Que méfait à moi la puissance? Je ne tiens qu'à ton amour.
Ces mots étaient à peine achevés qu'on entendit dan? l'éloignement les houras des insurgés, et, peu d'instans après, ils avaient rejoint Twogoroff et Pugatschew. lies Cosaques aux robes asiatiques, des Kalmoukcs, presque entièrement nus, des Bachkirs, des Burattes, des Kir-bus, vêtus de l'ancienne tunique, nationale, formaient, avec quelques paysans armés de faux et quelques ouvriers des mines, le principal noyau de la rébellion.
Pugatschew parcourut d'un regard rapide ces longues files de soldats improvisés; il s'agenouilla dévotement devant les boghs, que les moines portaient en tête de l'armée; puis, se relevant et jetant un coup d'ccil significatif à Twogoroff:
— A nous deux l'empire! dit-il.
Catherine II est l'une des figures les plus insaisissables de l'histoire; moderne. Il y avait dans cette impératrice deux volontés, deux femmes qui se démentaient sans cesse : l'une, profonde en politique, hardie dans ses projets, énergique et quelquefois sublime dans leur exécution; l'autre, pusillanime, esclave de ses passions, protégeant dans les boudoirs
de l'Ermitagela i lùlos ; rite dans Li
imitation i aie el incomplète du cardin i
écrivait des vers me qui venait de signer un
une déclarai
sieurs provroc
avec Voltaire sur ait <lue \>°'
quérir un trône il suffisait de m
mains de qu ivres.
\., se dans sa combré de livres sur le dos desquels I : lettres d'or les noms
de La Harpe, de Diderot et de d \ Catherine avail
la Princesse d' Issckoff et sur du
Grand-Duc.
— Eh bieu! dit L'Impératrice avec un sourire dédaigneux, est-il vrai queeei une puisse l'atteindre!
— On le pourra tôt ou tard, répliqua la Pi \ si Votre Majesté consent .1 le c rabattre avec d plus efficaces q mépris I le qu'on ne le croit.
heure il a pour lui tous
— C'est vrai, reprit Catherine en se mordant les I • impatience: mais que sont à ramper, et quin'os leurs chaînes de peur q rrive jusqu'à
upidiie UO
sauce. Quelques milliers de roubles les rendront plus serviles et plus
Bdèles quejamais. Sans nos guerres avec !a Turquie, et :
iiiiiins inhabile, il y a d , ridicule
insurrecti
L'impératrice se tut ; plume, et se
tournant vers la Princi un :
— Pardonnez-moi, mais il fau aire.
En ce moment , un ofDcier de hussards, pâle et couvert de poussière, s'avança vers Catherine II. I iduregard.
— Qu'avez-vous à m
— De tristes nouvelles. Les arn ment battue
Le colonel Buloff a été ma
tronom'e Lowicz, sur; . rebelle, a 1
porté au bout d'une pi ;
5 villes et des villages ont été réduits en c insurgés, enfin, ne sont plus qu'à trois journées de m
— C'est bien, Monsieur, dit Catherine avec une apparente impassibilité.
Elle se rassit, plia sa lettr • s'adressaut
(le service
— Un courrier pour I elle.
Le récit t'ait à Catln planter ses tentes aiu 1 1 rtes de Mosc
- En perdant il avait | erdu I pagnoi rtune,
ce n'était plus par affection, au n ayanl
Pugatsehev» lui momi ni de 3 de son
livrer une !
'""'• il : 1
place sur la terrasse de l'Ermil meurtre était accomj
l e soir du jour fixé pour l'exécution de a menait devant les tentes que l'armée rebelle oyait (liesses sur l'une des
froide qui animait laphysio- 1 cœur s,i fdle, assise à ans é Plus elle le régardait, | roi; enfin, dominée par une
ntôt en certitude, elle se rapprocha de lui [
— Le m c un singulier sourire Mais quoi! ne suis-;. | m confident, son complice ? Rassure-toi; je as : car je ne veu rir !
ortit d'une des tentes, suivi de sa 1
— Jemelha, l'I les yeux 1 es pour
de nos par-
de à la Ri ., reviendras empe-
— . ■ vv.
ird incertain sur les 1 cou qui apparais-
sques fantômes; se revêtit des vêti m, et serra contre
son co sou impudique compas:
— Damnation ! s'écria le Cosaque.
d is secrets de I Ermitage;
' l rine a tant defoisoublié -es
devoirs pérairice; franc! senfin cettesalle
■ ■ où un chevalier-gard est eut Ile. Pàl comme un mort,
■ •' ■ rame une • adrequetous les bruits
itiou, il
ouvre vivement la ] trouve
en prés ie II.
L'Ini] ,.,', ise el un \; -
ntemplant . , tenait vrai-
" lilleurs que cet tail arrivé là
par une rocher de la
chemin js pu-
— C ura-t-il , m >-tu?
— Arracli | ut un in , isteur!
— <"'■'■ oh! tu ue te souviens pas de ta victime, épouse adultère.' femme
I ul peur. Elle «tait loin
aimait la vie; elle et nie, et
irait le plaisir. Vussi chan-
gea-t-ell ■ . elle devint humble; l'injure lit.
as à me tromper, lui dit-e : , ne peut-il se pas-
ser d'ir i'es pas Pierre III; mais tu es nulle (bis
plusqu' dans ton 1 dans ton courage, ci
II enl rapproi liée de la
. nre ' .le sui e du pénible rôle que 1 r mon Irône. Sais-tu ni douiii : celui .1 qui elle
nr, Jemellia Pugatsche« ' inpératrice qui n gnait sur rinquaute millions jeter sur lui, pauvre Cosaque, des re-
gards 1 1 entendant ces paroles douces et enivrantes,
hcw se sentit subjuguer par un invincible ascendant; car b«n ojm
dans
àvail perdu dans la débauche l'énergie quelle avait puisée naguère l'austérité.
-Oh! que tu sais bien fasciner et séduire, ( latherine ! Non, tu l'as dit, je ne suis pas Pierre 1 1 1 ; mais un obscur Tartare, né dans les déserts de Simoweisk ! Tu m'offres ton amour ; — tu crois que mon génie peut m élever jusqu'à ta puissance: eh bien! eet amour, je l'aeeepte; mes rêves d'ambition, j'y renonce; la couronne impériale, je n'en veux plus que pour la partager avec toi; je te servirai comme un esclave; je t'adorerai comme Dieu lui-même!
Pendant que Pugatschew prononçait ces mots, les traits de Catherine subissaient une singulière transformation; reculant toujours, elle atteignit la cheminée; puis saisissant le pistolet par un mouvement rapide, elle se redressa fière et menaçante :
— A genoux, serf révolté! paysan parvenu! à genoux devant ta souveraine et ton juge!
Un éclair de rage jaillit des yeux du Cosaque :
— Infâme ! s'écria-t-il en brandissant son sabre ; mais force lui lut de se contenir : le canon du pistolet menaçait sa poitrine.
— Tu es une admirable comédienne, Catherine, reprit -il avec une sanglante amertume; mais ne tire pas, crois-moi, car tu pourrais me manquer ou me blesser seulement... et alors, adieu pour jamais aux débauches mystérieuses, aux longues nuits d'amour, à ta vie de crimes et d'orgies? Je ne te manquerai pas, moi, sois en sure!
En parlant ainsi, il recula jusqu'à la porte et l'ouvrit sans que l'Impératrice osât sortir de son immobilité.
— Jemelha te salue, Catherine; mais prends garde à toi ! Je \ais redevenir Pierre III.
— Au revoir, Marquis de Pugatschew!
Soit que tant de hardiesse eût triomphé de son énergie, soit qu'elle craignît, en faisant poursuivre Pugatschew, de soulever contre elle les
ennemis invisibles qu'elle comptait parmi ses chevaliers-gardes, Catherine garda le silence sur cet événement; mais, dès le lendemain malin, elle se rendit sur la place d'armes, y rassembla ses généraux , et leur commanda de jouer les destinées de l'empire dans une dernière bataille. Cette lutte eut lieu : Jemelha fut battu et rejeté dans les steppes de Jaïk, où la révolte avait commence. Blessé, poursuivi, il parvint cependant a se réfugier avec un gros <Le Cosaques, Sophie et Twogoroff, dans un endroit des montagnes à peu près inaccessible. Là, étendu sur une large pierre, sanglant, déchiré, l?ugatschew dut tristement réfléchir à ses fautes et à l'inconstance de la fortune. Cependant l'espérance ne l'avait [oint abandonné.
— Twogoroff, dit-il à son compagnon , le sort nous a trahis; mais je suis encore Pierre III pour les montagnards de l'Ura'; ce nom suffira pour nous refaire une année.
Le Cosaque secoua la tête et sourit.
— Vain espoir! tout est fini. La résistance est impossible. 11 faut se rendre.
— Se rendre ! s'écria Pugatschew en se soulevant convulsivement sur ses mains ; mais si tu te rends, on disloquera les membres dans un étau; on t'arrachera les narines avec des pinces de fer ; on déchirera ton corps lambeau à lambeau !
— Je le. sais, Pugatschew ; mais je n'ai rien a redoutter pour moi ; ta vie est la rançon de la mienne... Dans une heure, je te livrerai pieds et poings liés au général Samaroff.
En disant ces mots, il brisa le poignard de l'aventurier, et lui appuyant son genou sur la poitrine :
— Rappelle-toi le passé, Pugatschew? As-tu trouvé un compagnon plus fidèle, plus intrépide que l.'wogoroff? Qui l'a pr iclatfié empereur dans les déserts de l'Ura] ? C'est, moi, moi qui me suis assoi ié à tes impostures, tout en préférant ma lance a un sceptre ci i na tente à un palais! C'est qu'alors je voyais vu toi l'ami de ma jeûnasse, l'allié de ma
famille ! Ces tilres, tu n'as pas voulu les conserver; tu t'es joué de mou dévoûment; tu m'as blessé dans mon amour de père, oh ! des longtemps ma vengeance se prépare ! vaincu ou vainqueur, tu ne pouvais échapper au châtiment : si tu avais conquis une couronne, j'aurais été le premier à la briser et à ensanglanter ton manteau d'hermine S Pugatschew était devenu livide; une sueur glacée couvrait son front.
— Barbare ! ne suis-je point assez malheureux !..,
— Moins malheureux que coupable !
— Laisse-moi le temps du repentir...
— Tu le demanderas à Catherine II.
— Oh! grâce, Twogoroff! ne punis point une faute par un crime!
— Tu as répudié ma fille !
Chacune de ces paroles augmentait la terreur de Pugatscliew. Il comprit qu'il était eu présence d'une haine irréconciliable, et se traînant jusqu'à Sophie, qui avait assisté à cette scène dans une morne épouvante :
— Ange que j'ai méconnu, n'inlercéderas-tu point pour moi ?
— Elle le maudit, bête immonde ! s'écria le Cosaque en le repoussant du pied.
— Je te pardonne, Jemelha, dit la jeune femme.
Quinze jours après, une foule immense, réunie sur la place du Casan, entourait une cage de fer dans laquelle un homme était renferme. Catherine se trouvait parmi les spectateurs. Elle considéra avec un cruel plaisir ce spectre vivant qui se dressait derrière les barreaux de sa prison.
— Bonjour, Marquis de Pugatschew, dit-elle au malheureux aventurier.
Puis se tournant vers la princesse d'Assckoff et le comte Panin qui l'accompagnaient:
— Allons, ajouta-t-elle, le drame est Uni; je vais l'écrire à M. de Voilai l'e.
Le lendemain, Pugatscliew fol écartelc.
Twogoroff et Sophie regagnèrent les steppes des KJrguis.
l'.I.M.DICT GaI.1.1.1.
(Courrier Français).
UBT SOtfYS-TUIR DE ïi'ESCADHON SACRS.
Tous ceux qui on; fait la campagne de Russie, particulièrement les officiers de cavalerie, se rappellent fort bien ce que fut l'Escadron sacré, les circonstances qui nécessitèrent sa formation, les éléiiiens qui le composèrent, et les services qu'il rendit ; mais tout cela est ignoré, ou du moins imparfaitement connu de la jeune génération militaire. Il faut donc, avant de raconter l'épisode qui va suivre, donner au lecteur quelques explications préliminaires.
Après avoir dépassé Smclenslî et combattu à Orscha, les débris de la Grande-Armée se dirigeaient sur Wilna, serres de près par les Russes, (pie les baïonnettes de l'arrière-garde n'arrêtaient que pat des efforts inouis. La désorganisation faisait des progrès effrayans, dans la cavalerie surtout, car les chevaux mouraient de faim et de froid, ou se brisaient les jambes par des chutes continuelles, qui mettaient ainsi hors de combat les meilleurs cavaliers. La garde impériale, qui râchail de marcher avec plus d'ordre cl d'ensemble que le reste de l'armée, puisqu'elle avait plus particulièrement mission d'entourer sans cesse el découvrir l'Empereur, souffrait plus que les autres corps, et se décimai! plus rapidement. On approchait de la Réresina, et l'armée de 1' \miral Tschitschagow menaçai! de nous prévenir sur cette rivière; l'effort d'une masse de cavalerie pouvait donc devenir indispensable pour ouvrir un passage au souverain, et celte massse n'existait plus.
Dans ce moment crïujuc, une heureuse inspiration vint au Prince de
l.E CAlîlNET DE LECTUKK.
Neufchâtel. Par ses soins, (les placards ééritsà la main e! fixés sur les débris d'habitations, sur les [>oteau\ des routes, el sur le tronc des arbres, adjurèrent tout « ayant encore uu sa! et un cheval, de se rendre au quartier-général pour prendre rang dans uu escadron sacrç ;■ l'Empereur.
Le succès prouva que le prince avail bien jugé. En moins de deux jours, quatre à cinq cents hommes furent réunis et organisés en compagnies commandées par des généraux de division ayant pour nans, sous-lieutenans, sous-officiers el brigadiers, des généraux de brigade, des colonels, des chefs d'escadron.
C'était un spectacle à la fois bizarre, noble et touchant, que ces rangs d'officiers de toutes armes el de toutes les nations, s;' comptant par quatre, se formant par pelotons et par e idi us, où brillaient, confondus, le casque grei lu binier, le zhapska ] mai lêbonn l'oursin du grenadii i à he\al, le schako >Ui hussard el du chasseur, le chapeau de l'officier d'état-major, el le casque du chevau-léger. Toute l'Europe
inniene \ était représentée. Vu milieu des sabres se dre même les épées i quelques officiers d'infanterie, car le dévoû-
ment au grand homme avait eugagé ceux qui se sent i ni , able de re un cheval à sacrifier leurs dernières pièces d'or pour se le pr< curer. Plus d'une tète était entourée de bandages sanglons, plus d'un bras se reposait dans une écharpe pour conserver ou recouvrer la force nécessaire au moment du combat.
troupe, donl aucune force humaine n'aurait pu soutenir le choc, se pressa autour de l'Empereur jusqu'au moment oit, arrivé à Molodelschno, il se décida à tenter la course aventureuse qui le ramena en France, ou sa présence était si néees a re, m me dans l'intérêt de l'armée qu'il laissait derrière lui. L'occasion de la lutte dis géans ne se réalisa [i
I escadron sacré n'eut donc pas à l'aire une trouée pour frayer passage à son héros.
I 'i mpereur une fois parti, l'escadron fut censé demeure) réut i u près du roi de Naplcs; niais la faim qu'on avail t'ait taire devant la nécessité de couvrir le souverain, lit entendre son te âge. Si ceux qui marchaient|individuellement trouvaient à peine un morceau de cheval pour le l'aire griller au bout de leur sabre, ceux qui marchaient en ordre el prenaient une position militaire autour du bivouac impérial littéralement demie de toute ressource. Sans se rompre entièrement, Iron sacré se divisa donc en plusieurs groupes, avec l'intention de revenir au quartier-général du roi .loachim, des qu'on aurait pu se procurer seulement quelques poignées de farine grossière ou de grain. ou de ces détachemens que nous allons suivre
Où allait-il? il l'ignorait. Il s'était jeté ii droite de la route à la vue d'un clocher loi nt. in C'était un village dévasté déjà, mais encore d
et occupé par une horde dcÇosaques qu' ut bientôt chassée [Quoiqu'il
n -i II peu de chose, on pui i epi nd ml . dm ml la nuit , l'aire un peu d i
pain noir, humide, rempli de paille... mais du pain! les malheureux c'en avaient pas vu depuil huit jours.
< tu partit le lendemain matin , el , après quelques heures de marche, un regagna la route. Il était alors pies de trois heure louble-
inent de froid qui accompagne le coucher du soleil se taisait rudement sentir. L'espèce de moiteur q des colonnes avait fait naît
I I large chaussée bordée de bouleaux était saisie par la légère luise du crépuscule; le sol s'eiait diamanlé, el le fer des chevaux n'v pouvait mord,, i p ne. n s animaux . glissant des quatre pieds à la fois, tombaient, renversant leurs voisins; ,t h-s cavaliers, à qui le froid interdisait l'usage des étriers sous peine de la perte du pied imprudent qui s'j serait pose, roulaient au milieu des chevaux sans pouvoir dégager leurs
mains cachées avec soin dans un ceau de peau ou d'étoffe, car un
doigl allongé sur le cuir des rênes eûl été un doi
La nuit \ inl I ientôl ajouter aux emban i cbe ; uni
nuits solennelli d trion, où l'azur >\n ciel prend une teinte fon-
cée, comme au sommel des pics des Pyrénées; où les étoiles, que l'ab- ■ découvrir par rriyriades, paraissent énormes
e! dore, out autre bruit i
ment des n se lass mt, i plu d mirage
ri. Il \ avait m di .'1er au pre-
On avait ua, issu d'une déni | m ne d'infan-
terie qui s'éta ti bivouac, lorqu'on a] i in, à quelque dis-
tance de la route, une plantation de jeunes arl d'un ruisseau
au i ord duquel d< s glaçons amo eut à supj r qu
quelques efforts on était parvenu à dégager l'eau de soin
cristal, et qu'on pouvait v r II! r Cm
On s'établit donc comme on put, sans s'occuper d'un ni a régulier. Cette infanterie que l'on avait dépn sée ne servait-elle pas de arand'garde? i i bi tombèrent sous la cognée, el di grands feux brillcrci tôt; quelqui i de ] lille hachée furent données avec épargne
aux chevaux i ['faim et gn loltant. Chacun se i ucli; i Icul
manière la plus minutieuse jusqu'à quel point il pouvait s'approcher du feu, sans le toucher L'insouciance, qui souvent ■ le soldai frain fit bien essayer quelques refrains j yeux ; l'air An La niai mode alors; mais il fallait sortir au moins les lèvres i on n intcau pour chauler, et le s"' flli de l'i ■ f r glacé du 1 i i lait là qui les j rivail bientôt du mouvement. <>n s'endormit d
Vu milieu de ces vieux officiers à qui l'incb menée du ciel faisait négliger les précautions les plus urgentes à la guerre, et que leur commandement impérieux prescrivait touj tuïi i soldats placés naguèri leurs ordres, un seul, que di tri : t éveillé, comprit qu'il
était plus qu'imprudent d'être ans garde , et il proposa , si que consentait à l'accompagner, i premier à veiller pour tous. Cenc
fut ua.s s n pi ine qu'il se lit écouter. < In obji cta qi i lerie couv rail ition : mais la voix du chef dt ment , qui 1 1
sa vedette . lit honte à ton el |l'on convint que iris h niiun i monteraient successivement à cheval, pour ( anjp.
Ce service assez irrégulier, à cause du temps qu'il fallait peur faire
partir I partit de I i imil , cl
les plus i înfians murmuraient sous leurs manteaux que cela était bien inutile, lorsque le bruit d'un cheval lancé a fond de train : e lil entendre, et un spectre en manteau blanc - 1 , résenta, criant d'une voi\ étouffée : •• Aux aigles! aux aigles... Voilà l'ennemi! • il tomba.
Tout le monde fui sur pied eu un clin-d'œil . 1 1 bien on lit , car iUw\ minutes après, des houras furieux se (irenl entendre; des ombres équestres parurent à l'es; ; c'étaient d pies
1 n effroyable désordre se mit dans la petite troupe fn i i chacun sautait sur ses armes et courait à s m cheval Toul le monde criait. — Ne perdons pas de temps à brider, disait l'un ; qu ils m us voient sculcmenl cheval, ci ils n'oseront nous attaquer ! En arrièn di feux! cria le chef; qu'ils ne puissent pas voir combicu nous somm ! Feu de vos i i Jets! criait un el qu'ils sachi uoi mines pn Is
à cpmbattre. Vi lieudecettei fusion , quelques 1 nu
lieurei i i heval au n I i i mieux mont ''es r lo-
saques arrivèrent devant les feux, ci. cou une heureusement encore, l'i r dre du chef .avail été suivi, et qu'ils ne purent voir s'il une si. d'garde ou à toul une troupe, ils tirèrent dis coups de l'en vos oser al 1er
L'ennemi étail quatre ou cinq fois plus nombreux, el s'il avail pu
apprécier son avantage, il aurait toul tue ou toul enlevé Mais des e -
maudemens mena e si d'autre pelotons eussent cli en
reserve, et une charge désespérée de h liliéà peu près de la troupe,
que le reste suivit au trot, pour la protéger au moment où elle serait ramenée, prendre à son tour le galop et charger l'ennemi , changèrent la surprise en une bal Cependant la partie était trop inégale;
huit ou dix 1 nt déjà blessés assez grièvement el renversés; -on tenir, ou fallait-il essayer d'une reti [ui pouvait facilement devenir une déroute ' M malheureusement le jour lui arrive.
' ai perdu "n en ,t lit . es réflexions, lorsqu'une cir-
constance facile à prévoir, mais à laquelle pourtant personne ne songeait, vint changer du tout au tout la face des choses. L'infanterie, qu'on avait dépassée la veille, entendit les coups de feu; et comme ils étaient eu assez grand nombre pour annoncer que c'était une affaire qui se \idait derrière elle, ses tambours battirent la grenadière.
L'effet de cette marche fut magique. Une charge uVs Cosaques s'arrêta court au milieu de la carrière.... « Ah! l'infanterie! l'infanterie! s'écria le peloton de l'escadron sacré. En avant sur la cosaquaille, et que pas un n'en échappe... Au galop! Au galop!... Vive l'empereur. « Et ils s'élancèrent comme des furieux sur les Cosaques qu'on perdit de vue après en avoir cependant sabré une vingtaine et ramené quatre ou cinq.
Un détachement de quelques hommes fut envoyé pour informer l'infanterie de ce qui s'était passé, et l'on revint au bivouac où chacun avait quelque chose à ramasser.
Le premier soin fut de relever les blessés. Le jour commençait à poindre, et tous les regards se portèrent sur un cheval arrête devant un cadavre. Ce cheval était couvert de blessures, et ce cadavre était celui de l'homme qui avait donné l'alarme,. Son manteau blanc était couvert de sang, et il avait plusieurs coups de lance au cou et à la figure. Un coup de pointe avait percé son manteau et marque sur sa cuirasse. C'était le chef de la dernière patrouille. Comment avait-il été entouré? Comment s'était-il échappé? Qu'étaient devenus ses deux compagnons? Dieu le sait! Ses camarades savent seulement qu'un effort surhumain put seul le faire arriver vivant jusqu'à eux pour les sauver. Qui était-il? un vieux soldat nouvellement promu, car son épaulettc décorait un habit de troupe. Il était arrivé la veille du départ de l'Empereur, et personne ue le connaissait.
La circonstance des blessures accumulées au cou et a la face, facile a expliquer puisque la poitrine était couverte de fer, frappa un des officiers qui s'écria avec fureur: " Ils l'ont assassiné! •> Un prisonnier cosaque qui se trouvait là faillit devenir victime de ce mouvement d'indignation, car celui qui avait fait la remarque tenait à la main un pistolet qu'il tira presque à bout portant sur ce pauvre diable; mais la balle ne lit qu'effleurer sa tète en enlevant son bonnet, et il ne reçut que la bourre dans la figure. In cri unanime s'éleva contre cet acte d'injuste colère, qui, en définitive, tourna à l'avantage du Cosaque, à qui on permit de se sauver.
.Nous avons connu plusieurs acteurs de cette scène, mais nous n'avons jamais pu parvenir à savoir le nom de celui qui y a joué le plus beau rôle. X.
(Moniteur de l'Année.)
LETTRE INKBITE 3ÎS S.AFOÎJTAÏWS.
A Mme DE LAFONTAI.XE,
Limoges, ce 10 septembre l(i(>5.
Ce seroit une belle chose que de voyager, s'il ne falloit point se lever si matin... Il ne nous resta de l'heure que pour gagner Chavigny, misérable yiste, et où commencent les mauvais chemins, et l'odeur des aulx, deux propriétés qui distinguent le Limousin des autres provinces du monde. Nostre seconde couchée fut lielac. L'abord de ce lieu m'a semble une chose singulière, et qui vaul la peine d'estre descrite. Quand de huit ou dix personnes qui y ont passé sans descendre de cheval ou de carrosse, il n'v en a que trois ou quatre qui se soient' rompu le cou, on remercie Dieu,
Ce sont morceaux de rochers, Antez les uns sur les autres , l'.l qui fout dire aux cochers De terribles palenostres.
Des plus sages, a la lin,
Ce chemin Epuise la patience ; Qui n'y l'ail (pic murmurer,
Sans jurer , Gagne cent ans d'indulgence.
M. de Chaslcauncuf l'aurait cent l'ois maudit, Si d'abord je n'eusse dit :
Ne plaignons point nostre peine :
Ce senlier rude et peu battu Doit eslre relui qui meine Au séjour de la vertu.
Yostre oncle reprit qu'il falloit que donc nous fussions destournez : « Ce n'est pas, ajouta-t-il, qu'il y a d'honnestes gens à lielac, aussi « bien qu'ailleurs, mais quelques rencontres ont mis ses habitans en ci mauvaise odeur. » Là dessus d nous coûta qu'estant de la commission des grands jours, il lit le procès a un lieutenant de Robe courte de ce lien-là, pour avoir obligé un gueux à prendre la place d'un criminel condamne, à estre pendu, moyennant vingt pistoles données a ce gueux, et quelque assurance de grûce dont ou le leurra ; il se laissa conduire et guinder à la potence fort payement, connue un homme qui ne songeoit qu'à ses vingt pistoles, le prévost lui disant toujours qu'il ne se mist point eD peiue, et que la uràee alloit arriver. A la un, le pauvre diable s'apperceut de sa sottise, mais il ne s'en apperceut qu'en faisant le saut, temps malpropre à se repentir et à déclarer qui on est. Le tour est bon, comme vous voyez, et lielac se peut vanter d'avoir eu un prévost aussi hardi et ausi pendable qu'il y en ayt. Autant que l'abord de cette ville est fascheux, autant elle est désagréable, ses rues vilaines, ses maisons mal accomodées et mal prises. Dispensez-moi, vous qui estes propre, de vous en rien dire. On place, en ce pays-là, la cuisine au second estage; qui a une. l'ois veu ces cuisines, n'a pas grande curiosité pour les sausses qu'on y appresle. Ce sont uens capables de faire un très-mcebant mets d'un très bon-morceau. Quoique nous eussions choisi la meilleure hostellerie, nous y bûmes du vin a teindre les nappes, et qu'on appelle communément la tromperie de lielac. Ce proverbe a cela de bon, que LoiYs XIII en est l'auteur. Rien ne m'aurait plu, sans la lille du louis, jeuiile personne et assez jolie. Je la cajeolay sur sa coiffure: c'estoit une espèce de cale à oreilles, des plus mignonnes, et bordée d'un galon d'or, large de trois doitrts. La pauvre lille, croyant bien faire, alla aussitôt quérir sa cale de cérémonie pour me la monstrer.
Passé Chavigny, on ne parle quazi plus français; cependant celle persoune m'entendit sars beaucoup de peine; les fleurettes s'entendent par tout pays , et ont cela de commode qu'elles portent avec elles leur trucheman. Tout meschant qu'estoit nostre giste , je ne laissay pas d'y avoir une nuit for! douce ; mon sommeil ne fut nullement bigaré de songes, comme il a coutume de l'être... M. Jannart se leva devant qu'il fust jour; mais sa diligence ne servit de rien, car tous nos chevaux étant déferrez, il fallut attendre , et pour mes péchez je revis les rues de Relac encore une fois. Tandis que je faisois presser le maréchal, M. de Cbasteauueuf, qui avait entrepris deuuider ce jour-là, s'informa tant des chemins que cela ne servit pas peu à les faire prendre les plus longs et les plus mauvais. De bonne fortune, nostre traite n'estoit pas grande; comme Limoges n'est éloigné de Belac que d'une petite journée, nous eusmes tout loisir de nous égarer, de quoi nous nous acquitasmes très bien, et en gens qui ne connaissoient ny la langue uy le pays.
Dès que nous l'usines arrivez, mon fidelle Achate disposa les choses pour soii retour... 11 ne reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de nuire retraite: cela mérite une lettre entière. En attendant, si vous désire/, m avoir comme je m'y trouve, je vous dirai assez bien; et \oslre oucle s'y doit trouver encore mieux, veu les témoignages d'estime et de bienveillance que cliaseun lui rend, l'Kvesque principalement : c'est un prélat qui a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer, splendkle surtout, et qui tient la meilleure table du Limousin, Il vit eu
grand, seigneur et l'est eu effet. !S pas vot Bgurerque
: i .' du Ciel, c imine on reclans
aussi pi imesonl de l'esprit en ce
pays-là, les I de la blancheui urscostunn
vivre, occu lurtout neme plaisenl point; c'i : d un-
mage (,u'... n\ ait] mariée; quant à mon égard,
est plus un : ur :
j \ trouve aux mystères d'amour Peu de savans, I reepi
le Philis, bcauc mp de Jcannes ; Feu de Mu iit-Mcsmin,
1 iree b lisson p iu salu
min :
Jugez si c'est la m
[Conslilulionii
VOYAGE DANS X.A TTJE.ÇUIE X>'EUÏtOrE, PAU lill BOI É.
Suite et Gn. — Voii
la rône forestière de la Turquie occupe la partie inférieure de la région îles plantes si s el la pari ' médiatemenl au d« sous de cette dernii : le ; rend une place c rable dans la Servie, la B< snie, et d haines turqi
ion cependant de ci rêtes di ; oui léi s sur e I ord de la
mer Egée, sur la mer tdi et dans B; egovine. Si en'
i ie 1rs grandi s fon Is du sommi I des Bail ans descendent sur les
is et les plateaux inférieurs qui sont au nord, toute v<
forestière cesse pourta i ou se réduit à des bocages
couronnant quelques collii
La végétation forestière de la Tu rois zones bien dis-
tinctes, mais dont les limites varient de hauteut dans le nord on dans le sud de ce pays, el suivant 3 des nuiras
genres d'arbn l ônessont: 1° celle des cbênes et des châtaigniers ; 2° celli , qu'on rencontre jusqu'à six mille
pieds de hauteur.
me dans la chaîne du mon; Rhodope, élevée de près i mille pieds, que M Bi ué a mi d pins; mais
M, Pou - lement dans la partie sept de l'O-
le. Dans la - i les sapins couvrent des
crêtes de montagnes sur une li tes.
Les forêts de h i i indent plus bas sur le côté septentrioi
■ s les montagnes d' Vgraph; , at dans toutes
les hauteurs de la Turquie. Le hêtre ■ de bouleaux, el l'on >
remarque ea el la des érables.
La végétation fi s parties bassi s consiste surtout en 1 1
qui forment de belles forêts dans la Servie et la Bosnie. Le chêne vert est commun da.is le midi. En l., lie, on le trouve entre-
mêlé de myrtes, de lauriers- riers communs; dans le IV-
lion el l'Ossa, il s'associe a l'olivier el a l'amandier Les pommiers, les poiriet ■ iveclei
les forêts 'I de la Servie; m
lis et les i i d genté s'associe aux chênes cl produit un effet pittoresque par ses bouquets verts mêlés di bli ' upl Efrent souvent dans la même zone un ombrage ma , ' ital se trouvi i :
dans la Tlirace et sur les rives du Bosphore, mais il i
alkan. Les grands platanes isolés formenl avec les peupliers les lieux ordinain i el rempli Ubanie et en l'hessalie les
chambres à coucher. Les plus beaux se voient aux environs de Pella, dans 'i •! sur le B comme dans la vallée du
Sidtan, \is-a-\is deTherapia, aux Eaux-Douces,
Si les côtes de la Cal ' l'A] uglia présentent en quelques en-
droits d lus empruntés à la flot ire et de la Grèce, cer-
taines pi I ■ et dit royaume de Naples ont d'autre part tra-
versé 1' Vdriatique el la mer Ionienne.
Les sangsues abondent dansles marécages de '■; Servie, de la Bulg irie et de la Moldavie, sur les bords du Danube en \ alachie, auprès des lacs de la Bosnie et de l'Kpire enfin dans quelques parties des plaines de la l'hrace et de la Macédoine, au point de devenir une branche de commerce. Des i i irs européens sont venus également dans ces parties montueuses de la Servie, de la Macédoine et de l'Albanie, pour } ra embler des carapaces de tortues de terre qui s'j trouvent en abondance Li habits s ne les mm nt pas, et cet animal leur inspire même une repus lie que M Boue cite un village où l'on se rappelait re en 1830, comme un tuouïe, qu'a son passage un ambassadeur de la république française j avait m i i di la tortue.
i | rc, très commun dans les provinces occidentales de la Turquie, a des Tonnes qui le rapprochent plus du sanglier que de nus pourceaux domestiques, cai il a les soies hérissées tout le long de l'épine du dos, et très souvent de gn es en dehors et un peu en haut.
Beaucoup d'animaux de cette es] féroceset redoutables aux pe-
tits enfans el aux chiens. Lorsqu'un pore en veul à un chien trop agai il réunit ses camarades el le poursuit jusqu'à ce qu'il fuie; s'il réil est ir d'être pi rdu i esl pi ur cela qu'on arrache quelquefois les d. fi iscs aux porcs. Pi i er d'entrer dans les enclos, on
leur h; l du cou un triangle de : ; ; de bois, Il est 1 1
qu'il j ait des métis de sanglier et de pourceau domestique. En Servie, comm d li mes, ces animaux vivent par milliers, été et hiver,
dan-, i ire que les propriétaires ne savent pas
eux-mêmes combien ils i loins chaque troupeau sa-
chant s de diverses fermes ne se mêlent guère.
Loi [ueli propriétaires ont n de ces animaux . ils font des bat-
tues eu . le, ou bien ilsjettenl un peu de mais ou d'orge a l'un d'eux, et l'attirent ainsi dans des endroits clôturés;cet individu esl suivi immanquablement de i- us li • autt ss Les pi '< avec les glands, les poires el les pommes sau-
r i core plus d i oint, on les met
ie, et on les nourrit avec du niais, de l'orge ou des châtaignes. Pour le Si I et par suite les glands sont devenus d'un tel
I le y loseh faisait frayer des
routes à travers Ii I car, di dt-on, couper des chênes, c'est tuer
des hommes. On chanti i et Q Dieu veuill donni i 'i ondance i chêne esl un Serbe.
Les Ottom •.mus pour d'( ;celll US cavaliers
lurs étroites , habitue les chevaux à tourner plus a] i itanta'némenl au milieu du
on i tours de force, ce qui esl d'au-
tant plus étonnanl que li urs fers ronds avec un trou au milieu,
et que ces animaux n'ont pour se retenir que les clous île leurs fers.
iers de rochers, ci :e leur charge, gravir et descendre sans broncher les , les plus raid.' Les i hemins, en Turquie, sont fréquen n uvais
i huent inse ut à des
■(vs on ne leur donne a manger et à
jue deux fois pa ur,i En éli dans les
ire souvi m lesdébridi r Le Kekapi-
Korjn • ' m\ '■ l "'
I par lesquel on li i mj éche
d'aller à droite ou che.O s plus la queue des chevaux
LE CABINET DR LEOI'UKE.
que la queue du les oreilles des autres bêtes. Pour éj rourer leur force on les tire par la queue; cet usage ancien se trouve mentionné clans les
chansoj s, el " irci -Kralicvitch est dil n'ai h ' iheval favori>
m Seharal bigarré), que parce qu'il n'avait pas pu le faire bouger
eu le tirant par la queue.
Le dogue, molosse ou chien de bouclier, le chien de berger, le chienloup el le chien courant s. m pre: que les seules esj èces de chiens conuues dans l'intérieur de la Turquie. Excepté eu Servie el en Valaquic.les grandes villes possèdent toutes un certain nombre de chiens qui n'apparticunentà personne, èl qui mènent ton! à-fait le genre dévie di s chiens marrons de l' Vmérique, c'est-à-dire qu'ils vivent en familles, qu'ils sont divisés en quartiers , qu'ils ne tolèrent point le mélange des individus (l'une famille étrangère, et s'entr'aident pour se défendre contre leurs ennemis communs. D'une autre part , ces troupes de chiens font , avec les oiseaux de proie, l'office de balayeurs de rue, en dévorant au moins tout ce qui est mangeable, el en nettoyant ainsi en gros les boucheries e! lis rues. 11 n'est point vrai que les Turcs se trouvent offensés quand on bal les chiens.
Les aboiemens de ces bêtes pendant la nuit sont très désagréables pour les voyageurs, qui, au lieu d'être couchs s dans les maisons, bivouaquent dans les jardins; car, des qu'un chien a aperçu les étrangers, il en résulte un rassemblement des chiens du quartier, et un aboiemenl continuel qui dure jusqu'au jour. Toutefois . mal ré li urs hurlemens furieux , ils s'enfuient à la vue du moindre f ; el : » de [u 1 [ue instrument tîontFaspeei leur es! inconnu, comme un marti iu
On a i rétendu souvent que lei cl ■ ■■ ne de\ , rages à
Constantinople et en Egypte, mais des exei , trediseut cette er-
reur.
Le loup est commun dans tontes les montagnes, mais l'cau'S n'habite gui re que les plus hautes. On paie, en S- rvie, vingt piastres a celui qui tue un tel animal, et on lui en laisse la dépouille. Dans le Rhodope, on racontait à M. Boue qu'où avait tué soixante à cent ours dans un seul hiver. On les prend quelquefois avec un tonneau d'eau^de-vie mêlé de miel; ils s'enivrent avec cette liqueur et s'épuisent à force de danser.
Le gibierdevrait être commun, vu le petit d m I e des chasseurs; mais les oiseaux de proie le diminuent beaucoup, [lsson! en grand nombre a cause de la rareté de la population et des grands espaces de terre inculte. L'habitude de ne pas enterrer les carcasses des animaux permet encore la multiplication des oiseaux de proie; aussi les montagnards Albanais sont-ils encore contre eux dans un état de guerre continuelle pour protéger leurs champs de maïs.
Les hirondelles sont fort respectées partons les habitans de la Turquie, tant chrétiens que mahométans et juifs; ils regardent, comme nos paysans, les nids de ces oiseaux comme des gages de bonheur. M. Boue en a vu jusque dans la salle de réception du pacha de Pristina. 11 va également des* villages dans la Thrace où chaque maison est garnie d'un nid de cigogne. Les rossignols se trouvent en quantité dans la Turquie méridionale; mais l'usage de tenir des oiseaux en cage n'est pas aussi général qu'en Europe.
Dans plusieurs districts on souffre des moustiques OU cousins, vu l'abondance des eaux stagnantes, des marécages et des rivages à lagunes. Les bords enchantés du Bosphore sonl aussi sujets à as bûtes désagréables.
Les rivières de la Turquie paraissent poissonneuses, mais leshahilans ne semblent poinl partager notre goût pour le pois on , ou Au nuées ils ne se donnenl guère la peine de le pêcher, parce qu'ils reçoivent pour leurs carêmes assez de poissons salés ou scellés de la mer, des lacs d'Ochrida et de Scutari, ainsi que du Danube. Dans les montagnes mêmes on ne sert guère sur les tables les petites truites dont fourmillent les torrens. La pèche a la ligne est rare, et il y a bien peu de personnes qui exercent la profession de pécheur sur les rivières. M. Loue et M. Pouqueville ont vu souvent les torrens de 1' Vlbanie, gonflés par les pluies, se retirer ensuite si brusquement qu'ils laissaient à sec sur
leurs rives ou dans les rochers une foule de poissons et surtout d'anguilles.
Les pèches les plus intéressantes sont celles que font les Monténégrins autour des débouchés de sources dans le fond du lac de Scutari et celles Au lac d'Ochrida, à la sortie du Drin-Noir. Bans ce dernier lieu, on emploie des (ilets et des nasses pour arrêter au passage la foule des poissons qui suivent le courant. Les tribus voisines du lac de Scutari gagnent beaucoup d'argenl par la pêche. Un poisson, nommé scor an za en italien, et d'une grandeur intermédiaire entre la sardine et le hareng, remonte en automne, par la liojana, dans !e lac en quantité énorme. On remarque, le long du boni, des endroits dont la surface lisse ou le fond semble indiquer l'issue de quelque source. Ces points, nommés yeux , sont le rendez -vous des scoranzes, dès qu'il commence à faire froid, parce que la température des sources est plus élevée que celle de L'eau du lac. Leur nombre est alors si prodigieux, qu'une rame poussée au milieu d'eux y reste quelquefois plantée (1). Autour de ces yeux , qui forment pour les riverains de véritables propriétés individuelles, on tend des filets et on prend Au poisson autant qu'on en veut. Cette pêche est précédée d'une consécration faite par un prêtre. L'éve'que de Monténégro possède de ces yeux, mais tout Monténégrin, arrivant sur les lieux pendant la pêche, reçoit des présens. Il y a aussi dans ce lac des carpes el des truites Au poids de trente livres, que l'on prend dans les mêmes lieux, car ces dernières se nourrissent de scoranzes. On y pêche des truites saumonées qui pèsent quelquefois jusqu'à cinquante livres.
La cuisine, sur laquelle M. Boue a cru devoir entrer dans de longs détails, varie naturellement f\v.;: les différens peuples de l'empire. L I recs y montrent plus d'aptitude que les autres. Les Vainques sonl L'objet du mépris des Musulmans, à cause de la grande quantité de graisse pure qui compose leurs alimens; l'huile est pour eux une boisson, la graisse constitue un plat en elle-même, et le Valaque ne croit manquer de rien lorsqu'à son pain il peut ajouter, en voyage, du lard et de l'eau-de-vie. La viande de pore est un régal pour les Slaves chrétiens. Les uns et les autres font, à l'instar des Turcs d'Asie, une consommation énorme et nauséabonde d'oignons, d'aulx, de lait caillé, de miel et de poivre rouge qu'ils joignent à tous leurs ragoûts comme assaisonnement.
On ne sait ce qui est le plus difficile d'avaler ou de nommer une parlie de ces mets. Comment, en effet, se tirer d'un plat d'ouschtipak, de stakokoulara, d'usum-pekmesi-halvasi et de kaimnki saviatsch. Il es! vrai que, pour faciliter la chose, Ai. Loué nous en donne les synonymes allemands de Zwickkrapfen et de Milchrahmstrudel. Le schischkiebab ou rôti à la brochette ne .s'annonce guère d'une manière plus appétissante, puisque les Orientaux en laissent perdre le jus dans les cendres. Ils font un grand usage du four pour la cuisson de leurs viandes.
Les Turcs montrent la plus grande répugnance à manger du veau, leur sensibilité étant vivement émue de l'idée des beauje jours qui étaient réservés à l'animal si on l'eût laissé vivre. Toutefois, ils ne paraissent pas avoir le même scrupule à l'égard des chevreaux et des agneaux.
Les concombres et les haricots sont du petit nombre des plautes potagères d'un usage général. On n'a pas trouve le moyen de blanchir la laitue en la liant. L'huile est remplacée par des noix pilées, dans l'assaisonnement d'une salade.
Que dirons-nous des Crées, qui renferment leur crème dans des vessies.' Les patres de l'Herzégovine cl de la Bosnie en l'ont d'excellente et d'une grande épaisseur. Cependant le beurre salé et fondu est d'un usage général, el M. Boue signale connue une exception notable un habitant de .Teni-Sagra, qui fabrique d'excellent beurre frais.
Le vin et l'eau-de-vie se trouvent presque partout. Les Mahométans préfèrent en général l'eau-de-vie et les liqueurs au vin. Le sultan Abd-
(1) Le chevalier Bolizza, ancien envoyé du Sénat de Venise auprès des Monténégrins, rend compte de celle pèche singulière en termes absolument conformes
au récit de M. lîoiié.
oul-Medselûd a publié, en : i: D, une d .ère de boin
tueus «'i du vin, el lit, dit-i n
mu des celliers de son père. M. us le temps n'est plus où le cal
llakem, de Cordoue, put, d'aj t \ les conseils de son <•:,, i, faire arra-
eber la moitié des vigues de Y udalousie, afin de ramenerd;
la pureté «le la foi et . i ■ • ' -
fjgs habitai - de i Turqi a aim al guère manger le matin. Leur appétit n'est pas ouvert à leur lever. Quant à la soif, on dir sont toujours tourmentés, car les Clin i bien qui
mans ne laissent guèn
lérer, ni une auberge, sans y < nauderlai chi d'eau; c't tude que rien ne peut leur ôtcr. <m dirait que les aubergistes ne s que pour étanchi
Le café se boit très cbargé, dans de très petites i ne ré-
pugne pas à avaler une partie du sédii réduit en]