LETTRES INEDITES DE PLUSIEURS PRINCES SE EA MAISON SE BOURBON
Après avoir étudié la vie publique des souverains qui ont régné sut' nos ancêtres, il n'est pas sans intérêt de pénétrer dans leur intérieur, et de découvrir les sentimens qui les animaient dans leurs relations de parenté. C'est pour atteindre ce but que nous avons transcrit les lettres qu'on va lire. Nous les avons relevées de notre propre main sur les originaux qui sont enfouis dans les cartons de la Bibliothèque royale, au département des manuscrits. Nos lecteurs, nous nous plaisons à le croire, nous saurons quelque gré de leur avoir montré des rois, des reines, et des princesses en déshabillé.
Les lettres autographes de Jeanne d'Albret sont extrêmement rares, nous n'avons trouvé que celle dont la teneur suit :
« Au roy de Navarre, Monsieur, iay veu madame que iay troué fort belle et euse Lien désire que vous leusie vue, ie luy ay parle pour vous quelle vous tint en sa bonne grâce, ce qu le ma promis et ma fait bien bonne chère et ma donne un bau petit chien que ieme bien. »
Jeanne d'Albret eut deux enfans, Henri et Catherine, Duchesse de Bar. Il existe plusieurs recueils des lettres du Béarnais. Les éditeurs n'ont jamais mis sous les yeux du public quelques lignes que ce prince encore tout enfant écrivait à* son père. Nous réparons cette omission :
Mon père, qnapd iaj sceu que Fallesche vous aloil trouver incontin-Mit ie me suis mis à écrire la présente et nous mander la bonne santé de ma mère, de ma sœur, et la mienne; ieprie Dieu que la ostre soit encore meilleure.
Vostre très humble et très obéissant fils,
HiNIlV.
Au roj mon père. »
Catherine était douée d'un esprit aussi vif, aussi Bn que celui de son frère. Elle avait en outre une excessive sensibilité. Sa correspondance,
que nous avons oubliée pour la première fois en 1838, est un monument de grâce, d'esprit et d'amabilité.
La lettre qu'elle écrivit à Henri au sujet de la mort de Gabriellc d'Fstrees peint toute la délicatesse de son amitié.
wi roy, monsieur mon frère.
Mon cher roy, ie say.qua lextreme que vous avez les paroles ne peu- \el y aporter de remède, voyla pour coy ie nen emploirayque pour vous asurer que ie le resens ausy vyvemant que l'afection extrême qne ie vous porte, et la perte que iay fayte dune sy parfaite ainye mv oblige; ieuse bien destre auprès de vous pour vous randre en cette allyction le très humble servyse que ie vous dois. : Iroyes, mon cher roy. que iaymeraytouiours et serviray de mère à mes neveux et nyese, et vous suplie très humblemaiit vous resouvenir que vous maves promis ma nyese (1). Syl vous plait de me la douer, iy aporteray la mesme amytié et soin que sy cettait ma propre fille. Monsieur mon mary vous tesmougne son regret par celuy quil vous envoyé. l'lut a Dieu, mon roy, pouvoir aleger doulleur par la perle de quelque ennee; ie le soubayterois de toute mon affection, et sur cette vérité, ie vous bayse mille fois mon cher et brave roy.
Henri répondit à sa sœur :
Ma cliere sieur, iay receu a beaucoup de consolation vostre visite, ien ay bien besoin, car mon affliction est aussy incomparable comme letoij le suiet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m'accompagneront iusques au tombeau, cependant puisque Dieu m'a fait naistre pour ce royaume et non pour moy, tous mes sens et nies soins ne seront plus employés ([lia l'advancement et conservation diceluy. I.a racine d amour est morte, elle ne rejettera plus, mais celle de mon amytié sera toujours verte pour vous, ma chère sœur, que ie bayse un millier de foys.
1") avril 1599, Fontainebleau.
Catherine, devenue duebessede Bar, ne discontinua pas sa correspondance avec le roi sou frère; l'extrait qui suit montre sou esprit sous un jour piquant :
« le layray ce discours pour vous dyre'que iaj m
tionée envie de vous voir : ie porte bien envie a tous ceux qu\ ont cet honeur. Monsieur mon mary est aie a la chasse, on luy a dit quil v avoit un fort granl serf; en partant, il ma dit que si! est tel que Ion luv a dit. quil vous envoyni la teste; mais sil nest plus lieureux que de cou;:.
:<f \niis naurez pas se presant; mais sil le prant et que ce soit chose dygne de vous es utée , ie voudrais bien
leur. Ce m -
ie suis fort fille de ma mère, cest-à-dire d. encorres ie nan
Mon Dieu, mon cher roy, cant vousvoyi i airs a
de plus violan vous laures
Les neveux et la nièce dont parle Catherine sonl Monsieur, duc
deVcui laole-dix ans I; Alexandre,
dit le chevalier de Vend .Nantes en avril 1508, mort prisonnier au
château de Vincenncsle S février i - de trente ans; Caluerinc-IIcn-
rictlc, depuis duchesse d'WLeuf, murte le 20 juin 1G03.
agréable et le commanderes a monsieur mon beau-pore. Bon soir, mon brave roy, ie \"tis bayse mille fois en esprit. «
La lettre que Henri IV écrivit a Marie de M edieis, lorsqu'il envov a Frontenac demander la main de cette princesse, mérite d'être conservée
\ Madame la princesse de Toscane.
Les vertus et les perfections qui reluysent eu vous et vous font admirer
le ride, avoyent il y a desia long-temps allumé en moy un
désir de vous honorer et servir corne vous le mérites; mais ce que men orté rjallincourt la t'ait croistre, et. ne vous pouvant moj mesmes represanter mon inviolable affection . iay voullu en atendant ce contentement (quiseraj bien tost si le ciel est favorable a mes veus), faire eslectiou, Madame, de ce m v en lidclc serviteur Frontenac pour faire cest office. en mon nom . asseure quil sen acquittera fidellement conie celluy que iay nourry, et qui, mieulx que nul autre, a connoissance de mes intentions; il vous descouvrira mon eutir que vous trouvren s non nioings acomj a gne dune passione volli Dte de vous chérir et ayraer toute ma vye come inestresse de nies affections, mais desployer doresnavant sous le joug de ras comandements, celluy de mon obéissance corne dame de mes vollontes. ce que iespere devons pouvoir témoigner un iouret vous confirmer en personne le gage quil vous porte de ma foy, si vous adjouste* pareille foy a luy que a mov mesmes, dequoy ie vous prye es de luy perniectre après vous avoir saluée ri baise les mains de ma part, qo 'I vous présente le service dtin prince que le ciel vous a desdye et faict naistre pour vous seulle, come pour moy il a Eaict vostre mérite.
Ce xxmr may 1600 à Paris. »
Tue année s'était a peine écoulée depuis que l'infortunée Gabrielle était descendue au tombeau , et bien loin d'être morte dans le cœur du <l II en ri, la racine de l'amour ne discontinuait p.is de rejeter. I.a réponse de .Marie de Uédicis a cette missive existe en origiind aux manuscrits de la Bibliothèque royale; mais elle est écrite en Italien et elle offre peu d'intérêt. Nous ne la publierons donc point ici. >ous préi reproduire les trois lettres suivantes qui sont toutes de la main de cette reine, et nous ont paru remplies de détails d'une familiarité charmante. Flics sont adressées au roi, sou époux ;
'-, Qseigneur, Je vous dire par ce mot que ce jourdhui ie me suis ailée promener iusques a la Muette dont ie suis revenu fort tard puisl apri s iay es
I Is qui se porte for) bien come sont aussi nos aultres enfans, de la suis misse il iouer au reversi avec M. de bonne cl madame et mail:, ne Guise ou nous avons este iusques à ceste heure quil est le minuict. Voyla comment iaj passe ceste tournée pour me desennuyer de votre absence, iesuis attendant de vos nouvelles; cependant ie me raccomande très humblemenl a vos bones grâces et vous baise les mains vous supliant daymer tous •
Monseigneur, Votre très humble et très obligée femme et servante. inedi au soir. «
Monseign
.le nav rien a • n ie me trouve tousiours 1res bien,
Dieu merci ; ie me suis promenée une bonne p rtle de lapres disnee dans la voli le temps a fore venir manger
sur la main madame di r tous les iardins dont
elle est fort lasse, le partiray demain de ce lieu peur aller coucher a la
e, el mercredi ie me rendrai, Dieu aydant, à Couppeuré ou i< ray vous veoir suivant la proi i rous ■< pieu me faire alla quelle
m voii^ supplie très lu itisfaire, el cependant conservez
tousiours en vos :
Moi Votre très humble et très obligée femme et servante, Ce, lundi au soir.
Nous venons d'apprendre de la plume de Marie de Médicis qu'elle avait passé sa journée à donner à manger dans sa main aux oiseaux. .Nous allons voir apparaître la mère de famille dans toute sa sollicitude.
« Monseigneur, Iay receu ce iourdhuy deux lettres de vous, lune dattée dliier et huître que ma rendue M. de Monglas. Lespérance que iay de vous voir demain m'empeschera de vous faire plus longue lettre que pour vous dire que nostre fils (Louis XIII) a eu ceste après disnee des tranchée plus fortes quil n'avait encore eu. Ce soir il s'en porte mieulx, il a tari ces deux norices a force de tetter, si bien que Ion trove a propos de luy faire manger doresnavant délia bouillie. le le feray acheminer demain pour aller a Melun, suivant la resolution que vous en pristes devant vostre parlement. Ceste ce que ie vous diray pour le présent, vous baisant très humblement les mains et me recommandant à vos bonnes grâces. Bon soir.
Monseigneur, Votre très humble et très obligée femme et servante. Du mercredi au soir. »
On a publié, il y a peu de temps, dans un journal hebdomadaire, une lettre écrite par Louis XIII, encore enfant, et puisée dans un recueil plus ou moins exact d'autographes historiques. Cette copie est fautive, les mots et l'orthographe y sont altérés. Nous avons sous les yeux l'original, et nous croyons faire une chose utile et intéressante en transcrivant ici avec une exactitude scrupuleuse l'œuvre du jeune dauphin.
« Papa, Depui que vous êtes pati i'ay bien donné du paisi à maman, j'ay ete a la guère dan sa;chambe; je sui allé reconete lesenemi, il ete tous a un tas en la ruele du li a maman ou i domé. Je les ay bien éveille are mon tambour. J'ay été a vote acena (arsenal), papa, Mouchen de Rony ma monte tou plein de belles âmes e tan tan de go canon e pui i m'a donné de bonne confiture e ung beau peti canon d'agen, i ne me fauqu'un peti cheval pour le tire. Maman me renvoie demain a Sain demain ou je prieray bien Dieu pou vou papa, afin qu'il vou gade de tou dange, et qu'il me fasse bien sage e la gâche de vou pouvoi bien to faire tes humbe sevice. J'ay for envie de domi, papa. Vendôme vou dra le demeuran, e moy que je sui vote tes humbe e tes obeissan li, papa.
E sévit eu,
Dauphin. »
Outre les détails curieux que ces diverses lettres fournissent, elles inspirent un intérêt bien vif aux gens qui sont à même de les lire sur les originaux. On suit avec émotion les progrès que ces augustes personnages font dans récriture, l'orthographe et le style. On assiste à leur début aussi bien qu'à leur fin. Leur écriture informe acquiert avec les années de la rectitude, de la consistance ; mais bientôt la vieillesse arrive. Avec elle, la vue se trouble, la main devient tremblante et la plume rebelle, les idées perdent leur clarté et leur langage sa précision ; puis la correspondance s'arrête : la mort a frappé le royal écrivain.
Ernest Albv.
LE SIÈGE SE LYON EN fiïïi'».
Parmi les grandes villes de France, il n'en est pas dont l'histoire soit plus dramatique, plus féconde en tristes évéueuiens , que les annales de Lyon. Cette seconde capitale du royaume avait vu , sous le règne de Louis XIV, sa prospérité commerciale portée au dernier degré : lorsque survint la révolution de 1789 , Lyon était de toutes les villes de France '■elle qui éprouvait le moins le besoin d'un changement dans l'administration; son régime municipal l'avait préservée en partie des maux et des abus qui pesaient sur le reste du pays. Cependant, le premier cri de
liberté poussé à Paris fut répété par les habitans de Lyon, et lorsque Paris démolit la Bastille, Lyon abattit le château de Pierre-Scize. Les négocians et la majeure partie de la bourgeoisie accueillirent d'abord avec joie le nouvel ordre de choses, qui les mettait à même d'humilier à leur tour la morgue de la noblesse; mais en peu de temps les événemens marchèrent avec tant de rapidité à Paris, que Lyon fut dépassé dans son mouvement, et la majeure partie de sa population s'arrêta devant l'abîme qu'elle croyait entrevoir. La garde nationale , déjà organisée comme dans tous les autres départemens, sortit de la ville pour réprimer certains excès , et marcha contre des bandes d'hommes armés qui mettaient tout à feu et à sang dans le Dauphiné ; elle les dissipa , et nous devons dire, à la louange des milices lyonnaises, qu'elles ne commirent aucun acte de cruauté.
Le célèbre Roland fut envoyé à Lyon pour y faire des prosélytes' et sonder l'esprit des habitans ; ses manœuvres secrètes, ni celles de sa femme qui jouait alors un rôle important dans le monde politique, ne purent faire prospérer la propagande révolutionnaire. La tiédeur des Lyonnais irrita le parti dominant dans la capitale ; un nommé Chàlier, qu'on avait vu , quelques années auparavant , revêtu de l'habit ecclésiastique, fut chargé d'organiser les clubs et de soulever les ouvriers que les troubles récens avaient réduits à l'inaction et à la misère, Chàlier n'eut pas de peine à les pousser à la révolte, et fier d'avoir rempli les desseins de la Montagne, il prit le titre de Maral du midi.
Dès le commencement de la révolution , les patriotes exaltés avaient enfermé plusieurs prêtres dans le château de Pierre-Scize : le 9 septembre 1793, Chàlier et ses partisans s'y portèrent en foule, le démolirent, et massacrèrent impitoyablement les prisonniers. Ils répandirent dans la ville de Lyon une sorte de terreur panique ; ils pillèrent avec impunité , pénétrèrent dans les maisons , se livrèrent aux plus coupables excès.
Vers le même temps, Ba/.ire et Legendre furent envoyés à Lyon en qualités-dé représentans du peuple ; Chàlier avait trop bien mérité de la Montagne, pour ne pas obtenir de grandes faveurs des missionnaires chargés de donner à la Convention nationale des renseignemens sur les départemens qu'ils parcouraient : Chàlier fut nommé par eux procureur de la commune. Cette nomination excita de violens murmures; le plus grand nombre des habitans qui penchaient pour le parti de la modération se hâta de donner l'alarme.
Chàlier n'était pas homme à reculer devant le danger, ni à pâlir devant la mort ; il forma en peu de jours une armée révolutionnaire de six mille hommes, et préluda aux persécutions. 11 accusa les Lyonnais de tramer des complots contre le salut de la patrie , excita par ses violens discours le zèle ou plutôt la fureur de ses soldats ; il ne tarda pas à se convaincre que le parti de la Montagne courait de grands dangers dans la ville de Lyon, et appela à son aide un régiment de six mille hommes. Dans une nuit, il fit arrêter cent des principaux citoyens qui furent enfermés dans les prisons de l'Hôtel-de- Ville; il désigna le 29 mai pour le massacre des prisonniers.
Les tendances tyranniques, la cruauté du proconsul excitèrent une indignation générale ; toutes les sections de la ville de Lyon se réunirent et se déclarèrent en permanence.
« Courons délivrer nos concitoyens, s'écrièrent les chefs , courons à l'Hôtel-de-Ville; il nous reste assez de temps pour soustraire les victimes à la mort que leur prépare Chàlier. »
Rassemblés sur la place Bellecour, les sections, d'une voix unanime, donnèrent le commandement à Madinier, maître apprêteur de draps : chose étrange, les nobles, qui se trouvaient en grand nombre dans les rangs des Modérés, obéirent avec empressement au commandant Madinier ; cet homme intrépide n'avait sous ses ordres que deux cents hommes environ, sur la fidélité et le courage desquels il pouvait compter. Les Jacobins étaient dix-huit cents, ils avaient vingt-deux canons, et occupaient l'Hôtel-de- Ville.
Ce poste était d'autant plus difficile à emporter, qu'outre sa position
élevée, on l'avait fortifié de quelques redoutes. Le brave Madinier ne recula ni devant les difficultés ni devant le danger; il conduisit à l'attaque la première colonne (]ui fut décimée par le feu de l'artillerie, et culbutée si promptement , que les débris curent beaucoup de peine à se rallier sur la place des Cannes. Vers six heures du soir. Madinier, persuade que le succès de la lutte dépendait de la rapidité de l'éxecution, ramena les Lyonnais a la charge; celte fois rien ne put résister à leur intrépidité; leur choc terrible effraya les Jacobins; on combattit pendant toute la nuit, on se. disputa le terrain pied a pied ; enfin, vers cinq heures du matin, la victoire des sections lyonnaises fut complète.
Le soleil du 30 mai se leva brillant et radieux sur l'ancienne capitale de Bourgogne; Madinier n'eut rien de plus presse que d'ouvrir les portes des prisons ou Châlier avait entasse L'élite des citoyens La délivrance de ces martyrs, rendus aux embrassemens de leurs parens et de leurs amis, fut célébrée par des transports de joie générale : on allait de maison en maison, les habitans se félicitaient mutuellement ; on eût dit que la ville entière venait d'échapper aux plus grands désastres, et que Madinier l'avait sauvée d'une ruine totale. L'allégresse des Lyonnais ne dura pas long-temps; le 2 juin 1793 , on apprit queMarat et Robespierre triomphaient dans l'aris. et que la Montagne avait immole les Girondins, dette nouvelle produisit une impression funeste; les habitans de Lyon virent alors que leur victoire n'était que momentée, et qu'ils auraient bientôt à lutter contre une nombreuse armée ; les chefs ne se dissimulèrent pas la grandeur du péril qui les menaçait : ils rendirent la liberté a Gauthier et a Moche, puis ils arborèrent l'étendard du fédéralisme, et suivirent les inspirations de Chasset et de Biroteau, députés delà Gironde, qui avaient quitté Paris pour se soustraire à la terrible proscription de la Convention nationale. Ces deux Girondins organisèrent une sorte de club qui prit le nom de Commission populaire repu-, blicame.
Les hommes iulluens qui entraînaient la ville de Lyon dans une lutte qui devait lui être si funeste, comptaient sur le secours des rois étrangers. Les cours du Nord avaient manifesté la ferme volonté de seconder les moindres efforts qui seraient tentés contre l'esprit révolutionnaire, mais elles n'osèrent pas commencer les hostilités; en vain les Lyonnais implorèrent leur appui; soit égoïsme, soit crainte bien fondée, elles restèrent inactives, et pourtant elles avaient une belle occasion de sauver les débris de la monarchie française; la seconde ville du royaume était un puissant auxiliaire, et les étrangers pouvaient facilement occuper l'est de la France
Réduits à leurs propres forces, à leurs seules ressources, les Lyon nais ne se laissèrent pas effrayer par les menaces de la Convention; la victoire qu'ils venaient de rempi rter si r les Jacobins avait double leur confiance et leur courage. Ils refusèrent d'adhérer à la Constitution de I7!):î, et se préparèrent à soutenir un long siège. Quarante-deux dépar-
temens méridionaux leur envoyèrent des députés | r protester qu'ils
arboreraient aussi l'étendard du fédéralisme; inutile démonstration, qui fut plus nuisible qu'utile aux Lyonnais , parce qu'elle leur donna des espérances qui ne se réalisèn
Le souvenir de la persécution des J 5, el suit ut de la i
du proconsul Châlier, changea tout a cou]) l'enthousiasme guerrier des Lyonnais en une exaspération générale. Quelques voix se Grent en! elles demandaient la tète du proconsul jacobin.
■• Mort à Châlier, mort a l'infâme suppôt de la Montagne, » criaient les chefs di lyonnaises.
!■ I sul, qui avait impitoyablement ordonné li
de plusieurs habitans, fut à son tour traduit devant un tribunal militaire et condamné à m m complice Ribard Châlier mar supplice avec un calme stoïque; nous tenons d'un témoin oct qu'en passant dans les rues, il saluait les personnes qu'il r» en leur disant : vdieu, adieu, et poui long-temps il était vêtu d'une mauvaise capote grise, et marchait fièrement, le corps étroitement lie:
on remarquait sur son épaule gauche une colombe qui ne le quittait jamais, et l'accompagna jusqu'à l'échafaud. L'effrayant instrument de la révolution, la hideuse guillotine, commençait alors son terrible ministère; on assure même qu'a Lyon l'essai en fut fait sur la tète de Châlier 1 c
bourreau, encore maladroit, manqua son coup, et eut liesoin d'un coutelas pour séparer du tronc la tête de Châlier, qui expira après un quart d'heure de supplice.
Les Lyonnais, en jetant ainsi a la Convention la tète de son proconsul, comme un sanglant deli, se mirent dans la nécessité de liàter leurs préparatifs de guerre : il fallait un chef habile et courageux pour diriger les
travaux de défense, dans une grande ville qui était a la veille de se voir investie par les régimens delà republique; le brave Madinier n'était pas homme a suffire à de si Ltrandes difficultés. I .es sections lyonnaises, dans des circonstances qui devenaient de jour en jour plus graves, donnèrent le commandement de la place a M. de l'reev. ancien marcchnl-de-cuiip de l'armée du roi, ex-colonel de la garde constitutionnelle de l'infortune Louis XVI. Cet officier, qui réunissait a une bravoure éprouvée uni'
connaissance approfondie de l'art militaire, accepta avec un noble orgueil une mission si dangereuse; il se mit en marche el entra dans Lyon le 29 juillet 1793.
I! trouva la place presque Sans moyens de défense, et fil sur-le-champ un appel aux Lyonnais, pour qu'ils eussent a contribuer aux fortifications par ions hs moyens possibles. L'imminence du péril exaltait toutes les têtes, faisail battre tous les cœurs; les Lyonnais se mirent à l'ouvrage, et Al. (le l'reev. seconde par l'habile ingénieur Chelette, eut bientôt mis la ville de Lyon en état de soutenir le choc des années de la Convention chacun le secondait avec un /.de admirable; le fondeur Smith livra en quinze jours quatre canons de i, de s et de il'. MM. de Grammont,
de Granval, deVirieu, de Nervo furent choisis par le commandant | r
veiller ii la siirelcdes divers points de la place. On avait reçu la nouvelle de i,i prochaine arrivée d'une nombreuse année de Montagnards, commandée par le représentant du peuple Dubois-Crance.
L'argent manqua bientôt ; pour subvenir au salaire des ouvriers, on créa une monnaie obsidiale qui consistait en un papier signé par les plus riches habitans cl donnant droit d'hypothèque sur leurs biens. Cette ressource inespérée mit les chefs lyonnais a même de pousser plus rapidement les travaux, et d'apaiser quelques mécontens, que les Jacobins ne cessaient d'exciter a la révolte.
Les menaces de la Convention, les ordres terribles qu'elle avait donnes à ses représentais chargés des opérations du siège de Lyon, auraient dii réveiller les sympathies des rois étrangers pour une ville qui avait adopté le fédéralisme des provinces, ou dominait le parti royaliste. La cour de Turin lit seule quelques manifestations amicales, qui pourtant n'étaienl
inspirées que pat l'égoïs ; elle espérait, en secourant Lyon, reculer les
bornes de ses domaines; le courage lui manqua , et les Lyonnais virent
bientôt qu'ils ne pouvaient plus compter sur cette alliance Le prince de
i el d'1 nghien faisaient aussi des efforts inouïs
uverains du Nord; i!s ne furent pas plus heureux
quelesEnvc tir de Turin, et le vieux général 'Wurmscr
refusa de marcher.
endant, les habitans des campagnes voisini tienl que les
régimens de la République s'ctaienl déjà mis en marche, et que le
urait du Puy-dc i: •■ ■ entraînanl a sa suite les plus fa- ^ Montagnards de r Auvergne Le G aoill , ces bruits lurent commés, et le 7 les hostilii cèrenl l.<
coinni .isentani i n . ttaquèrenf d'abord le
ponl d ssés avie perte , ils 1
et furent encore culbutés avec perte. Les ponts de \a Guillolicrc trouvaient proti li fortes redoutes impr
par l'ingénieur Cliel i I duits p rlegi néral Doppet,
• un acharnement terns et les assiégés firent des prodigi s de valeur ; l'avan-
tage resta enlin aux Lyonnais, et les Républicains, désespérant d'emporter les deux redoutes, renoncèrent à poursuivre l'attaque.
Cel échec alarma beaucoup les représentai et surtout Dubois-Crancé, qui savait combien était à craindre rjmplacable sévérité de la Convention. 1 1 réunit les principaux officiers qui, d'un commun accord, votèrent pour le bombardement de la ville. La nuit suivante , une pluie de boulets rouges tomba sur le quartier Saint-Clair, cl plusieurs maisons lurent incendiées. Cet effrayant déploiement de manœuvres répandit d'abord la terreur dans Lyon; mais les chefs eurent bientôt ranimé le courage des sections. Le bombardement tut suspendu pendant quelques jours, que Dubois-Crancé employa à mieux arrêter son plan d'attaque. Les bombes et les boulets rouges reparurent dans l'ombre des nuits, et le bombardement ne discontinua plus, même pendant le jour.
Les partisans de Chàlier étaient en assez grand nombre dans Lyon; quelques uns sortirent secrètement de la ville, et convinrent avec les chefs de l'armée,! de certains signaux qui leur seraient faits de l'intérieur. Dès ce moment, les Jacobins, avec les signaux convenus, désignèrent aux canonniers républicains les édilices qui devaient être bombardés. Les boulets rouges furent d'abord dirigés sur l'arsenal ; les flammes de l'incendie dévorèrent bientôt cet édifice. M. de Précy fit alors arborer un drapeau noir au dessus del'Hôtel-Dieu. « Voyez ce signal de détresse, >• s'écria Dubois-Crancé, des qu'il aperçut le funèbre étendard.
« Citoyen représentant, répondit un jeune officier, le drapeau flotte au « dessus de l'hôpital : les Lyonnais demande grâce pour les malades et « les blessés.
« Qu'on dirige les bombes de ce côté, dit le Représentant. »
Et quelques instans après, les terribles projectiles frappaient à coups précipites.
Alors commença un drame lamentable ; on vit une population effrayée, mais toujours énergique, portant sur des brancards, des malades, des moribonds, au milieu des éclats des bombes, au bruit du canon, au fracas des maisons qui s'écroulaient et écrasaient souvent les passans sous leurs décombres. Les Lyonnais assistèrent' d'abord à ce triste spectacle avec le calme de la douleur; puis, tout à coup, des cris de rage et de vengeance retentirent dans toutes les rues, sur les places publiques : chacun prit des armes, et courut aux postes les plus dangereux.
Pendant que la majorité de la population lyonnaise luttait ainsi avec l'effrayante énergie du désespoir, trois hommes tentaient un de ces coups hardis qu'on retrouve de temps à autre dans les fastes militaires de la France. Trois jeunes gens, MM. Bosquillon, Laurençot et Dujast, traversèrent lelihône dans une petite nacelle, bravèrent le feu des ennemis et incendièrent leurs chantiers. Une pluie de ballesetde mitraille fut dirigée contre la petite embarcation qui repassa heureusement le Rhône; les trois braves rentrèrent dans Lyon aux acclamations de leurs concitoyens; Dujast n'avait que vingt ans.
Les assiégeans poussaient leurs travaux avec une activité incessante ; ils travaillaient jour et nuit ; les attaques se succédaient à de très courts intervalles sur les divers points ; cependant, Dubois-Crancé était alarmé d'une si longue résistance ; il avait déjà reçu des lettres de la Convention qui l'accusait de lenteur; une semblable incrimination était alors suivie d'une condamnation à mort. Les Montagnards avaient déjà lancé sur Lyon i>7,000 bombes, I 1,000 boulets, 5,000 obus, et dépensé 300 milliers de poudre; la plupart des édifices de Lyon étaient renversés, la ville ne présentait de toutes parts que décombres et désolation ; Dubois- Crancé se croyait à la veille d'entrer dans la place, et il éq ivit à la Convention :
« La ville de Lyon ne tiendra pas deux jours; elle est percée à jour comme une écumoire. »
Le succès ne fut pas si prompt qu'il l'avait espéré ; le général Doppet arriva avec son renfort de huit mille Montagnards d'Auvergne, et Couti.oii avec trois mille hommes de la garnison de ValenGiennes ; l'armée républicaine fut ainsi portée à soixante-dix mille hommes. Le général
Précy avait à peine sous ses ordres trois mille hommes eu état de porter
les armes. Aussi, à dater de ce jour, les Lyonnais ne luttèrent plus avec avantage contre les Montagnards : le général Doppet s'empara du fort et du château de la Duçhère et de la Croix-Rousse. Ces pertes affligèrent vivement l'intrépide Précy, qui voyait déjà sa cause perdue, et dont les efforts ne tendaient qu'à prolonger la lutte.
Les assiégeans remportèrent quelques jours après un avantage beaucoup plus important. L'industrie et la patience des Lyonnais axaient vaincu des obstacles presque insurmontables, en fondant l'île de Perrache au milieu du Rhône : primitivement, à l'endroit où le grand fleuve reçoit dans son lit Jes eaux de la Saône, celles du Rhône laissaient quelquefois à sec un grand espace de terrain ; des herbes marécageuses, des mares d'eau occupaient l'emplacement de Perrache. Les Lyonnais, après plusieurs années de travail, étaient parvenus à opposer une digue aux eaux du fleuve, et, à l'époque du siège, Perrache comptait déjà au nombre des quartiers de Lyon. Les efforts des assiégeans se tournèrent tout à coup de ce côté : l'attaque fut si prompte, si vive, si imprévue, qu'ils restèrent maîtres de Perrache. Ce succès les enhardit au point qu'ils coururent au pont de la Mulatière et d'Oullins. Ces deux postes, après une vigoureuse résistance de la part des Lyonnais, tombèrent aussi au pouvoir des Républicains: Saïnt-Irénêe etSainl- Just eurent le même sort.
Chaque jour les assiégés perdaient du terrain ; les munitions s'épuisaient rapidement ; le nombre des combattans diminuait à toutes les attaques. Tout autre que Précy aurait perdu courage et demandé à capituler; mais cet officier, persuadé que la vengeance de la Convention serait terrible, lui ta toujours en désespéré; peut-être comptait-il encore sur les puissances étrangères.
Il convoqua donc les chefs des sections et leur communiqua ses nouveaux plans qui furent unanimement approuvés. Il s'agissait de reprendre les postes de Saint-Irénée cl de Saint-Jmt, et d'enlever Perrache aux Montagnards. L'attaque fut habilement combinée, et le 29 septembre les Lyonnais remportèrent une éclatante victoire sur les assiégeans ; le pont Morand et Perrache furent attaqués en même temps; les cavaliers de Vangrard firent des prodiges de valeur, et, au dire des historiens qui ont écrit sur le siège de Lyon, deux mille assiégés soutinrent, pendant plusieurs heures, le choc de quinze mille républicains et finirent par les culbuter.
La joie de ce triomphe fut extrême dans toute la ville ; les généraux de la Convention , découragé par un semblable échec, ne savaient plus quel parti prendre, effrayés qu'ils étaient d'ailleurs par les menaces de la Convention. Le représentant Couthon, chargé d'espionner ses collègues, commença, dès ce jour, à sortir des rangs de ces Montagnards, intrépides recrues, que le Puy-de-Dôme avait jeté comme une avalanche sur la ville de Lyon; ce tribun, podagre et eul-de-jatte, avait une de ces âmes fortes et énergiques qui portent tout à l'excès, le crime comme la vertu : la violence de ses discours, les menaces qu'il ne cessait de faire aux généraux, ne tardèrent pas| à produire leur effet. Doppet proposa de s'emparer de Rives-de-Giers, d'où les Lyonnais tiraient leurs provisions de bouche; les assiégés ressentirent bientôt les affreux résultais de ce coup de main. Le blocus était complet ; les Républicains occupaient toutes les avenues; ne recevant plus de grains du dehors, la ville fui réduite en peu de jours aux horreurs de la famine : le pain de seigle devint si rare que les femmes renoncèrent à leurs rations pour les laisser aux combattans, qui ne recevaient qu'une demi-livre de pain dans les vingt-quatre heurts. Les dames, les vieillards, les enfans se contentaient • ite ration d'avoine, les moulins ayant été détruits ou incendies, ies Lyonnais se virent réduits à broyer le grain dans des moulins à
; ';is, iouî espoir n'était pas encore perdu ; le général Précy leur disait sans cesse que les puissances liguées viendraient les secourir. Les taient foi à ses paroles, parce qu'il est de la nature de l'homtn ■ de cri ïe il tous les rêves de bonheur : mais l'illusion ne dura pas long-temps ; on apprit que le général Kellermann avait battu lesPiémontais, ei que les années de la République remportaient des victoires
sur tous les points. Ces nouvelles augmentèrent le courage des treans, et les Lyonnais perdirent toul espoir
Le général Précj lui-même ne dissimula plus auN chefs des sections ijiie toute résistance devenait inutile, et, îles ce jour, les nobli - qui n'avaient pas cessé d'exciter l'enthousiasme des Lyonnais, songèrent aux moyens de sortir de la ville, et d'échapper à la poursuite îles républicains. Pendant une nuit très obscure, ils profilèrent d'un moment qu ils croyaient favorable pour leur évasion, et quittèrent la place qu'ils ne pouvaient plus détendre: les Lyonnais qui avaient pris part à cette lutte si longue, si héroïque, se dirigèrent vers la front les républi-
cains leur barrèrent le passage, et la plupart turent massacrés avant d avoir atteint une terri' hospitalière,
Les Lyonnais fuuitits, dit l'auteur d'un mémoire sur le siège de 1 von, dont l'impartialité n'est pas a l'abri de tout reproche . ne furent pas accueillis en Suisse comme l'auraient mérite leur courage et leurs malheurs : ou ne leur accorda pas une hospitalité désintéressée; uni de tolérance calculée fut toul ce qu'ils obtinrent. Ils lurent souvent ballottés de l'un à l'autre canton. Celui de Zurich, le plus commerçant et le plus manufacturier de tous, fut à la vérité le plus constant dans la pi rmission qu'il avait accordée aux Lyonnais de séjourner sur son territoire, mais il n'y admettait que ceux dont l'industrie pouvait profiter à ses manufactures et à son commerce: un habile teinturier, que nous avons connu, et qui avait donné la plus grande réputation aux sous coloriées - mains, s'entendant demander, pour prix de son séjour à Zurich, le secret de ses teinturee, répondit ;
< est la propriété de ma patrie; je la lui rési rve i our des temps plus heureux
Et il partit à l'instant.
Ceux des manufacturiers Lyonnais qui pensaient de même, el qui ne
voulaient pas aliéner ainsi l'industrie propre a leur ville, allèrent L'e rer dans la ville de Constance, où, sans exiger d'eux aucun sacrifice de - ire, on les accueillait tous avec satisfaction.
Pendant que les proscrits Lyonnais mendiaient ou obtenaient ainsi un asile sur la terre étrangère, les troupes de la République pénétrèrent dans le chef-lieu du département du Rhône : le général Doppet, a peine installé dans l'Hôtel-de-Ville, écrivit a la Convention pour lui donner des détails sur les dernières opérations du -
Lettre du générât Doppet au ministre de la guerre. i itoyen ministre,
de Lyon, je vous écrivis que ce poste me paii le plus important, je me proposais d'y rester jusqu'à la reddition de cette ville rebelle, .le n'ai pas vu le reste de l'armée des \lpes. L'état-major qui est dans le département du Mont-Blanc, n'a pas même correspondu avec moi : ainsi me voilà a l'abri de toute resp insabilité de l'armée qui est du côté des Mpes.
aussitôt arrivé^ a la partie de l'armée qui setrouvail autourde Lyon, je visitai les postes. Au troisième jour, je m'aperçus qu'il était né de s'emparer des hauteurs de Sainte-1 oix. Je disposai une cul. unie pour ce fait, et, le 2!) du mois dernier, ici, aux rebelles
tes. neuf pièces de canon et fin iup de prisonniers, parmi les-
quel se trouve Moulinier, l'évi ' m'i
ii de suite d Juil. - îainl-h
. je voulais que l.voi; - pour voir
Hier s. j'avais il ,,our donner ni. -
coup aux rebelles. A •"> heures du soir, ut para d'une forte redoute
it les maisons de Saint-Jtut. J'avais d'entrer dans la ville à Pei
neuf heures je fus averti que les rebelles allaient faire UB Vaize; ainsi je contremandai l'attaque de pour disposer des
forces capables de prendre et arrêter les rebelles.
lies commissaires des sections de Lyon vinrent dans la nuit porter
les VŒUX du peuple aux représentant je lis suspendre le feu; cependant, au milieu de la nuit, nos avant-gardes prenaient -des redi nous sommes entrés dans Lyon le matin.
i - rebelles se sont en effet enfuis de la ville, non pas sans recevoir
des el des fusillades; il est pourtant probable qu'ils n'iront
pas à deux lieues; plusieurs colonnes les cernent, et pendant le temps
que je dispose des forces militaires dans la ville pour nous mettreà l'abri
de trahison, de même que pour y maintenir l'ordre, je vous écris de la
maison commune. Nous recevrez, ainsi que la Convention nationale, de
plus amples dél dis, lorsque j'aurai pris buis les rens néces-
I ive la République.
Le général en chef de l'armée des Upes.
DOPPI i
Les d dans la lettre du général républicain sont le plus
éclatant témoignage qu'on puisse rendre a la valeur, a la constance des Lyonnais pendant toute la durée du siège Leur héroïsme leur donnait
droit a l'estime, je dirai même a la clémence de la Convention ; d n en
fut pas ainsi Le pouvoir était alors ombrageux ; les conspirations du dedans, la lutte il- émigrés aux frontières, avaient rendu ce tri! crUel ,i impitoyable; jamais peut-être juges n'agirent ave.- plus di
,. ne se montrèrent plus impitoyables que les membres de vention nationale. La révolte de Lyon, sa longue résistance était un crime qu'ils ne pouvaient lui pardonner; ils s'armèrent du glaive terribli de la loi qui, presque toujours logique, fut bien souvent barbare. Dans une séance solennelle. arres la leeti ne d'une lettre do il Cl iti luneuf-
U voulait se justifier de certaines imputations, le représentant Barrère monta à la tribune et proposa un terrible décret après la lecture de la lettre suivante :
, Au quarti ilde Lyon, le 9 octobre 1793, Van 3 de la répu-
blique une et indu isible.
Citoyens mes collègues, de nouveaux prodiges de valeur ont bientôt
suivi les journées du 25 et du 29, el dans cette nuit les troupes de la
République sont entrées dans l.von. Ces chefs des rebelles, au nombre
l lente de s évader, mais ils sont poursuivis de tous
ils ne pourront échapper a l'ardeur de nos troupes, même a celle
du peuple de l.von. furieux d'avoir été trompé. Je préviens mes collègues de cette entrée. Legénéral Doppet rend compte, par un courrier extraordinaire, des détails particuliers sur les opérations militaires. Couthon t porte, Dubois-Crancé et Foy, vont-.' rendre auprès de vous, et s'empresseront de vous instruire de toutes nos opérations i ai
partagé leurs peines, j'ai marche de ( len t avec mon collègue Maiguet
sur cette ville rebelle; nousn'avons pas perdu une minute; nous avons parcouru trente lieues di el de tagnes avec la masse du peuple
qui n'était point accoutume aux fatigues militaire- avec eus do sommi des redoutes et des pi Cbampagm
de celles de Sainte-Foj el de L'errache le 29, et aujourd'hui m Irons dans l.von,
\i, es m'avaient confii
militaires et de i ' feu; ils ont - cet honneur
ir rempli I
et une lettre du comité' dl
.qii" je suis ra| suivi a chargé; m
atiei; j'atti
ans crainte.
ait pas Montagnards.
Signé Cn -.n .'-i si i f-R vxniiv , j>. jrader le courrier pour vous apprendre que les xe-
belles poursuivis sont tailles en pièces de tous côtés, leur train d'artillerie a été (iris et le trésor qu'ils emportaient »
BakrÈKE. — Le comité a bien senti qu'il ne fallait pas qu'un seul coupable échappât ; il a ordonné de poursuivre les fuyards, et de faire sonner le tocsin dans toutes les campagnes, afin que le peuple éveillé pût les exterminer tous.
Etonné que deux mille hommes aient pu s'échapper d'une ville qui était tout-à-fait cernée, le comité a écrit aux représentais du peuple qui dirigeaient le siège :
.. Enfin les rebelles sont vaincus; sont-ils tous exterminés!? Comment « se fait-il que deux mille hommes se soient échappés? Est-ce qu'ils ont « passé sur les rangs de nos soldats ? Point de faiblesse, point de grâce, « que tous soient frappés. N'épargnez que les patriotes et les indigens « persécutés par les riches. »
La prise de Lyon doit influer sur le succès de nos armes, et cette nuit deux courriers extraordinaires sont partis pour l'armée du Nord et de l'Ouest.
Le comité n'a pas pensé qu'il devait se borner à vous lire sa correspondance; il a dit :
- Les traîtres doivent être pris; leur punition doit être prompte; il « faut que les habitans de Lyon soient désarmés, et leurs armes confiées <■ à la jeunesse du Midi, qui s'en servira contre les esclaves de l'Espagne. >» Mais, laisserez - vous subsister une ville qui, par sa rébellion, a tait couler le sang des patriotes? Qui osera réclamer votre indulgence pour cette ville rebelle? Ce n'est pas une ville, celle qui est habitée par des conspirateurs; elle doit être ensevelie sous ses ruines!
Que devez-vous respecter dans votre vengeance? La maison de l'indigent persécuté par le riche ; ces manufactures dont le barbare anglais désire la destruction avec tant d'avidité. Que devez-vous respecter? L'asile de l'humanité, l'édifice consacré à l'instruction publique. La charrue doit passer sur tout le reste. Le nom de Lyon ne doit plus exister ; vous l'appellerez ville affranchie, et sur les ruines de cette infâme cité, il sera élevé un monument qui sera l'honneur de la Convention et qui attestera le crime et la punition des ennemis de la liberté. Ce seul mot dira tout : — Lyon/il la guerre à la liberté, et Lyon n'est plus!
Telle est la leçon que vous pouvez donner aujourd'hui, et qui est nécescessaire pour prévenir d'autres rebellions de ce genre. Les villes fédéralistes sont là qui attendent les suites de la reddition de Lyon, le genre de peine que vous porterez ; ainsi , cette superbe ville de la Gironde attendait toujours les évéïiemens, et aujourd'hui peut-être encore ses magasins et ses richesses nous répondent d'elle plus que son patriotisme. Quand les Prussiens envahissaient, l'année dernière, le territoire de la République, le Midi affectait du courage et du républicanisme. Tout a changé; t'est le Nord aujourd'hui qui défend la liberté, et c'est le Midi qui la tourmente. Eh bien ! il faut un grand exemple. Voici le projet de décret :
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport du comité de salut public, décrète :
Art. Ier. — Il sera nommé, par la Convention nationale, sur la présentation du comité de salut publie , une commission extraordinaire composée de cinq membres, pour faire punir militairement et sans délai les contre-révolutionnaires de Lyon.
Akt. IL — Tous les habitans de Lyon seront désarmés; leurs armes seront distribuées sur-le-champ aux défenseurs de la République.
Une partie sera remise aux patriotes de Lyon, qui ont été opprimés par les riches et les contre-révolutionnaires.
Art. III. — La ville de Lyon sera détruite; tout ce qui fut habité par les riches sera démoli; il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égorgés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie, les mouumens consacrés ù l'humanité et à l'instruction publique.
Art. IV. — Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République;
Ta réunion des maisons conservées portera désormais le nom de ville affranchie,
Abt. V. — Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription :
ti Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon n'est plus. — Le dix-neuvième » jour du premier mois de l'an II de la République une et indivisible. •>
Abt. VI. — Les représentais du peuple nommeront sur-le-champ des commissaires pour faire le tableau de toutes les propriétés qui ont appartenu aux riches et aux contre-révolutionnaires de Lyon, pour être statué incessamment par la Convention nationale sur les moyens d'exécution du décret qui affectera ces biens à l'indemnité des patriotes.
Le décret est adopté. 21 septembre 1793.
Ce décret de la Convention nationale est un acte de proscription si effrayant, si inoui, qu'on trouve dans l'histoire peu d'exemples d'une justice aussi cruelle. Ou se demande comment les représentais du peuple eurent le courage de voter avec acclamations la destruction de la seconde ville deErance; on cherche à deviner le secret de cette politique toujours farouche, toujours menaçante, toujours d'accord avec les principes qu'elle avait adoptés. Et pourtant, la Convention ne s'éloigna pas dans cette circonstance de la ligne tracée ; elle avait à cœur d'étouffer toutes les séditions que les fédéralistes et les royalistes fomentaient sur tous les points de la France : la démolition de Lyon eût devait évidemment porter dans les autres villes le découragement et la terreur. Or la Convoulait régner par la terreur
Les représentais qu'elle investit de ses pouvoirs se mirent à l'œuvre avec une effrayante énergie, et montrèrent une audace qu'on chercherait inutilement à dépeindre. Couthon, que nous avons déjà vu gourmander la lenteur des généraux républicains pendant les travaux du siège, fut chargé du rôle de démolisseur.
Cet homme, paralytique du corps, mais dont l'aine était d'une rage active et énergique, se fit porter dans les rues, le marteau à la main, suivi d'un grand nombre de Jacobins ; il adressait aux monumens cette fatale sentence :
Maison rebelle, lv loi te Fiuri>E, sois détruite!
Et aussitôt que le marteau du représentant avait désigné le monument, lis démolisseurs se mettaient à l'œuvre.
Pendant que Couthon frappait ainsi de proscription des édifices publics, des maisons, chefs-d'œuvre de l'architecture lyonnaise; pendant qu'il se faisait porter dans la patrie de Philibert Delorme armé du marteau du vandalisme, Collot d'Herbois, son collègue, exécutait d'une autre manière les ordres de la Convention nationale.
Le jour où l'armée républicaine entra dans Lyon, le massacre juridique des habitans commença; les mânes du tribun Chàlier, mis à mort par les sections lyonnaises, demandaient vengeance, et jamais victime d'un parti quelconque ne reçut plus de sang en expiation.
Collot d'Herbois, comédien avant la révolution de 1789, avait été sifflé par le parterre lyonnais; il saisit avec une sorte d'avidité l'occasion qui lui fournissait à la fois les moyens de se venger de l'affront qu'il avait reçu des Lyonnais, et de montrer son dévouement, son zèle à la Convention nationale. Avant lui, les défenseurs de Lyon comparaissaient devant un tribunal, et puis marchaient à la mort. Collot d'Herbois trouva ces formes trop lentes, ces préliminaires inutiles; il fit attacher les condamnés deux à deux; on les conduisait sur une place publique et ils étaient mitraillés en masse.
Lyon, que la Convention nationale, par dérision sans doute, avait appelé ri/le affranchie, resta sous le poids accablant de la proscription jusqu'au 9 thermidor. La mort de Robespierre, qui clôtura le règne île la (erreur, aurait dû rendre la paix, l'union et la tranquillité à une.
Tille qui av;iit vu le sang de ses principaux habitons ruisseler dans ses
rues
Mais, triste effet «le la raison humaine! cette époque fut suivie d'une n iction aussi furieuse, aussi impitoyable que la persécution qui l'avait amenée. Les victimes devinrent à leur tour bourreaux; à la terreur conventionnelle succéda la terreur de Reverclion, ainsi oommée du chef qui la dirigeait, et qui, précédemment, s'était t'ait remarquer par des sentimens opposés Cette nouvelle persécution dura quelques mois et fut presque aussi funeste que la première, et Lyon ne recouvra entièrement le calme et le bonheur de la paix qu'au moment où Napoléon franchit les Upes, nommé gênerai en chef de l'armée d'Italie.
J.-M. Cwi.v.
(Mosaïque du Midi.)
IlEPAS DE PATAGONS.
Le Pampéro, vent redoutable qui a peut-être nivelé les plaines immenses du Paraguaj et de la Paiagonie, l'ouragan pour ainsi dire périodique qui brise les câbles des navires et vomit ceux-ci sur la plage déchirée, les rafales écrasantes qui couvrent de leurs gémissemens la voix des hommes et celle des flots amoncelés, n'ont guère plus de rapidité que le Patagon lorsqu'il a eu le bonheur de se choisir son coursier à sa guise.
Le coursier du Patagon est le seul ami de ce sauvage indompté, qui hait et fuit les cites, comme \ous fuyez et haïsse/, la solitude et le désert. Je me trompe pourtant : le Patagon a d'autres amis encore; rival du Gaoucho, son voisin, il se fait escorter d'un poignard entrant dans une gainé pratiquée a sa bottine sans semelle, d'un lacet a nœuds, d'un lacet a boules et d'une escopette : c'est là toute la richesse du Patagon. Maintenant vienne le ti^re, et le Patagon sera bientôt debout, disputant intrépidement la possession de cette terre marâtre qu'il renarde comme son domaine. L'ouragan seul lui tient tète dans cette lutte permanente
d'une vie sans cesse en activité contre les phen eues météorologiques
qui pèsent sur (ette étrange partie du Nouveau-Monde. .Mais quand la rafale carabinée envahit l'espace, h' Patagon se couche, se cramponne a un roc solide ou il quelques débris de tronc décapité, et attend avec calme que la tourmente ait pousse son dernier soupir.
Il remonte alors sur son coursier blotti à ses cotes, et le voila de nouveau franchissant d'un bond les profondes ravines, s élançant a la nage dans les rapides torrens et demandant un écho terrible au cri d'attaque qu'il jette dans son impatience.
On lui a répondu : qui? un jaguar, ce reptile des quadrupèdes, le plus agile, le plus rusé, le plus audacieux de cette race de titres qui parcourt l'Indoustan, décime les caravanes africaines et peuple les solitudes de
I' Amérique méridionale
Les deux jouteurs sont en présence; l'un d'eux dinera...
I.e lacet a boules est lancé; il emprisonne les jarrets de la bête féroce
Celle-ci tombe, l' ' ce, perce le cœur du tigre, lui ouvre le
ventre, l'animal est écorché : une peau magnifique et sans souillure sera
a Buenos lontevideo : en attendant le Patagon se
prépare a apaiser sa faim.
En deux coups de briquet elliptique dans lequel pénètrent ses doigts, il a allumé son amadou, des arbustes scelles par l'haleine du pôle austral sont placés en tas et forment le foyer, la flamme se dresse, Lonne,deuxcoupsde poignard séparentde la cuisse on de l'épaule du tigre
dépouille un frai: nt qui. jeté sur la braise, se raccornit, puis >e c ilore
d'une fumée noirâtre, et ne tarde pas a être dévi à nantie san-
guinolent.
tue nuée d '..iseauv v oraees attend la CI des cris pareils au
bruissement d'une cataracte tombant au fond de l abîme
La faim est apaiSi e, il faut boire ' OÙ est la mare, la source, on est le
torrent ou la rivièr c'est l'esclave qui va l'indiquer au maître c'i
cheval qui va y conduire le Patagon : celui-ci lui adresse quelques paroles dont l'harmonie fait dresser les oreilles du coursier, il bondit, piétine, ouvre ses naseaux, les ferme, les rouvre, aspire avec force autour de lui en pivotant et s'arrête enfin vers un des points de l'espace. C'est par là qu'est le torrent ou la rivière. I.e Patagon a jeté sur le nrin/o une couverture qui enveloppe les lianes de son compagnon de voyage, déjà il a plié la peau du tigre en porte-manteau, puis il s'est élance, en plaçant sou orteil dans des ctriers à peine assez; grands pour les recevoir et ne songe plus a ce qu'il a busse derrière lui.
Tel est le dîner des Patagons; mais il arrive parfois que c'est le tigre qui dîne sans laisser grand'chose aux vautours ou aux aigles noirs de la
Cordillière Occidentale
Je vous ai. je crois, parle dans ce rapide récit, ou je ne me suis att.i elle qu'aux faits principaux, du Gaoucho, rival du Patagon, sinon son vainqueur : eh bien ! le Gaoucho dîne aussi fort souvent de la chair du tigre; niais plus souvent de celle du cheval moins coûteuse a acquérir et plus savoureuse Croyez-m'en sur parole, j'ai mangé un beefsteack de deux cadavres île cheval et de jaguar, et en vous racontant ces chasses et ces dîners, il me semble que ma digestion n'est pas encore achevée. I.a mémoire de l'estomac est un don bien funeste.
Au surplus, connue le service n'a pas ete long, comme le repas du Patagon est presque aussi rapide que le pampero, il n'est pas hors-d'auvre que je vous lasse assister à un dîner de Gaoucho.
Ecoutez ;
I.e Gaoucho est parti connue le Patagon. Son cheval aux jantes lins
et nerveux, il l'a dompté dans les pampas de la contrée, et cela sans ctriers, sans frein, seulement à l'aide de la voix , du renard et de la force des poignets. I.e Gaoucho va à la conquête de la peau du jaguar, ainsi qu'à la recherche de l'autruche sauvage, dont il vend les plumes aux navires européens qui mouillent à Montevideo. Pour lutter contre celle-ci, il n'est besoin que d'adresse et d'agilité; vous savez ce qu'il faut de sang-froid et de courage pour vaincre le jaguar, et si j'en
avais le loisir, je vous dirais les étonnantes prouesses d'un Gaoucho et d'un Patagon, qui se défièrent un jour dans un café, et s'elancercnt tous deux au milieu des déserts, on leur vanité de dompteurs les poussa dans les périls les plus épouvantables. I n seul de ces adversaii'i s revint au sein de sa famille, ce fut le l.aoucho.
J'ai (lit, dans mes \ oyages autour du Monde, les prouesses du C. -
cho et du Patagon; je vous engage a lue ce récit, mon invitation est une réclame.
Vous ave/, quitte le ci tiere de Montevideo à un quart de lieue a
l'ouest de la ville ; vous êtes au désert I.e Caonehn s'est précipité dans
l'intérieur des steppes qui limitent d'une façon si tranchée les immenses
et éternelles forêts dont la tète est la-bas au Brésil, et les pieds ici, côtoyant une terre abandonnée peut être depuis peu de siècles par les eaux du Meuve.
Reja irdez à présent le sol s eut. c'est une avalanche qui se précipite avec un horrible tracas; d'épais nuages de poussière montent et voili , i le jour ; cette avalanche ce sont des myriades de chevaux sauvages dont la race se perpétue et s'étend encore eu dépit des guerres ardentes que leur font les Européens et les indigèues.
\ ous comprenez que le Gaoucho va dîner Son lacet, non.' a une boucle du morceau de cuir qui lui sert de selle et qui est fortement sanglé, tournoie au dessus de la tête et forme deux i er 'les admirables dont on
trouverait le centre exact. Le Gaoucho s'excite par des cris rauques et
saccades, il choisit de l'œil au milieu de la lande effrayée la victime qu'il immolera a son appétit : la fatale courroie est lancée, le troupeau Sauva e poursuit sa course rapide, un s. ail cheval est la, pris par le cou,
et essayanl en vain de ressaisir sa liberté perdue; car le coursier du . i de toute la vigueur de ses jarrets et de ses flanc poui
retenir captif s. m frère aux abois.
Mais a quoi bon tuer un cheval pour le dîner d'un sud homme? I.e
Gaoucho s'est adressé cette question, vous allez savoir comment il y a répondu.
Un second lacet est dans ses mains; c'est celui qui porte une boule à chacune des dnix extrémités d'une courroie.
Le lacet est parti, les jambes du coursier arrêté se trouvent nouées, l'aniinal s'abat, «t le Gaoucho, armé de son couteau, s'assied paisiblement sur lui, découpe sur sa cuisse un beefsteack copieux, dénoue la courroie et rend la liberté au blessé, qui fuit avec d'horribles hennissemens.
Mis berbes sèches et quelques arbustes sont vite embrasés, le Gaoucho mange d'une ehair fraîche ; la nuit arrive , il s'étend à terre enveloppé de son poncho, pièce de drap bariolé, au milieu de laquelle est un trou pour le passage de la tête, invite son coursier à s'étendre à ses côtés; celui-ci obéit, l'oreille attentive aux bonds du tigre, et la tête appuyée sur une carcasse polie de cheval abandonné par les corbeaux et les vautours. L'indompté chasseur s'accroupit, s'endort et se réveille bientôt, impatient de nouveaux périls et de nouvelles conquêtes.
Des beefsteacks de cheval, des côtelettes de tigre, des fritures d'autruche, de l'eau limpide ou bourbeuse, voilà le repas du Gaoucho et du Patagon.
Ajoutons que l'intrépide habitant de ces contrées se console de sa maigre chère du désert quand il arrive triomphant à Monte\ idèo ou à Buenos-,\yres. lit, il s'assied sur un banc, il mange un morceau de buffle, une sardine, un radis, un oignon, une gousse d'ail, et, cette fois au moins, il boit de l'eau claire.
Jacques Arago.
(La Gastronomie.)
THEATRES
Théâtre du Gymnase. — Les Trois Lionnes, comédie-vaudeville en deux actes, par MM. Bayaed et Du.MAxom. — Qu'est-ce que c'est qu'une lionne? C'est tout simplement, si l'on en croit [Bnffon, la femelle du lion. Mais nous avons changé tout cela; et maintenant (lue le lion et le tigre sont des êtres humains, à peu près doués de raison, qui se reconnaissent communément à leur longue barbe, et à leur costume composé d'un paletot blanc, d'une paire de gants jaunes et d'un formidable jonc à pomme dorée; maintenant que le rat est devenu un bipède, orné d'une robe courte, d'un maillot chair, et faisant invariablement des ronds de jambe , et des roulemens d'yeux pour provoquer les rugissemens de satisfaction des lions et des tigres de l'Opéra, on nous assure que la lionne est une espèce du genre féminin, qui se distingue par de mâles allures et par un costume a l'avenant ; qui se rencontre au bois de Boulogne, montée sur un fringant coursier, la cravache à la main, le cigare à la bouche, et qui, dans un repas, tient tète aux plus intrépides buveurs. Mais il parait que dans l'espèce, il existe plusieurs subdivisions, car nous voici en présence de trois lionnes, bien différentes de mœurs et de caractères. Si l'une rappelle le portrait que nous venons d'esquisser, les deux autres s'en éloignent à bien des égards. Mme Adriani, par exemple, est une lionne" de la haute société, qui a fait bon marché de sa réputation, et qui, bravant les apparences, reçoit dans son salon une foule d'évaporés avec qui, nouvelle et fort imparfaite Célimènë, elle tient école de médisance. Auprès d'elle nous voyons une charmante petite lionne, douce et timide comme une brebis; elle a pour mari un M. Chenevières qui ne sort pas de son cercle enfume, et pour amant un prince russe dont les poursuites commencent a faire sur elle une certaine impression. Il est vrai que le prince a reçu un coup d'épée à son intention. i.;i pauvre jeune femme pour ne pas paraître ingrate, s'est compromise au point d'aller elle-même visiter le blessé; mais lorsqu'elle sortaii de die/, lui, dans un cA-rosse à la livrée du prince, la fatalité a amené sur sa route % Clie [ères, son mari.. qui par bonheur n'a fait
que l'entrevoir. Cependant chez M"" Adriani le brave homme reconnaît la livrée du carrosse : ses soupçons reprennent une nouvelle force, et le voilà qui s'élance à la recherche de l'homme qui lui a ravi sou honneur.
D'un autre côté, le prince russe parfaitement rétabli de sa blessure, a fait bien du chemin auprès de la petite Mme Chenevières; pour exciter sa jalousie il a feint d'adresser ses hommages à M"10 Adriani; la jeune lionne s'est laissée prendre au pieae . elle a perdu là tête, et à la suiie d'une scène de reproches, elle a accepté un rendez-vous pour le soir même, chez le prince.
Par bonheur M""" Adriani, qui au fond est une honnête lionne, a juré de protéger l'honneur de son amie, et de l'arracher aux séductions qui l'assiègent. C'est ce qui fait qu'au second acte nous retrouvons tous nos personnages dans l'hôtel du prince russe , et là, tout à coup la scène tourne au tragique. M™* Chenevières est sur le point d'être surprise par son mari, quand par un de ces tours de passe-passe si communs au théâtre, Mme Adriani prend sa place aux yeux de l'époux outragé. Voilà donc Mme Chenevières hors de danger, mais en revanche voilà Mmc Adriani à jamais perdue aux yeux du inonde, et, ce qui la touche davantage, aux yeux d'un certain M. Emmanuel qui avait mis à ses pieds son cœur et sa main, et qui, témoin de sa honte, lui retire a la fois son estime et son amour. C'est alors que le prince russe, effrayé des malheurs qu'il a causés fait un retour sur lui-même, et par un bel effort de dévoùment et de vertu, rend Mme Chenevières à l'affection conjugale, et assure le bonheur de M. Emmanuel et de M""' Adriani.
A travers cette intrigue, nous n'avons pas eu une seule fois occasion de parler de la troisième lionne, M""' Aspasie de Saint-Flour, et de son neveu, le lionceau Durandal, qui cependant sont les types du genre que nous avons signalé en commençant cet article. M""' Julienne déploie un vrai talent dans le rôle de cette lionne émérite qui ne. rêve que stccplc-chasc, et qui ne jure que par TamburirÀ. Nuina, dans le personnage de Chenevières , est toujours ce spirituel acteur que tout Paris connaît et applaudit. Mais malgré tous leur talent et tous leurs efforts, les amours de cette ménagerie de lions et de lionnes n'ont pu exciter à un bien haut degré la sympathie du public.
Palais-Royal. — Les Pênitens blancs, vaudeville en deux actes, par M. Varner. — Il nous semble que le temps oii nous sommes n'a pas été trop bien choisi pour la représentation de cette pièce qui eut pu être jouée le mardi-gras sans paraître trop sérieuse.
On nous excusera donc si nous analysons aussi brièvement que possible ce vaudeville qui est simplement l'histoire d'un gentil jeune homme de seize ans, élevé dans l'austérité d'une éducation chrétienne, puis jeté tout à coup dans de graves déréglemens par la balourdise de son gouverneur, M. Bachelard. Celui-ci, au lieu de le conduire au séminaire, le dépose par erreur entre les mains d'un duelliste, espèce de raffiné qui l'ail boire au pauvre enfant force bouteilles de Champagne, et le met eu contact avec île trop séduisantes beautés : on conçoit tout ce qu'une situation aussi délicate amené de résultats erotiques. Le débutant va dans son ingénuité au bal de l'Opéra croyant aller à matines, il fait la cour à toutes les femmes qu'il prend pour des pênitens blancs; il donne des soufflets et veut se battre en duel; il se montre enfin toutà-fait digne du nouveau monde qu'on a découvert à ses yeux.
Heureusement une passion moins déraisonnable s'empare de son errur. Il devient éperihinient amoureux d'une jeune et belle fille, et comme la prudence conseille de favoriser ce qui est licite, la toile vient couvrir tout v. la fois et ses réeens scandales et les préparatifs d'un mariage dont l'urgence est incontestable.
Le succès n'a pas été douteux. J'engage cependant les auteurs à taire une prompte pénitence en mémoire de ces damnés de pênitens blancs. Ils sont trop jolis, trop mondain surtout pour le temps du carême.
Théâtre de la Pobte-Saint-Martin. — Le Pemiquierûe l'Empereur, drame en cinq actes, par MM, Dupéùtî etMviu.w. — Depuis dix ans Napoléon es,t la Pro' idenç i des théâtres du boukyart; sa mer-
veilleuse existence est une source inépuisable d'intérêt dramatique, et à en juger par l'immense succès du Dernier vœu de l'Empereur, au Cirque-Olympique, il semble que l'enthousiasme napoléonien ne suit pas encore parvenu à sa dernière période. La Porte-Saint-Martin, qui compte
à peine trois mois d'existence depuis sa réouverture, <;n est déjà à conde édition des faits et gestes du héros à qui elle a dû. dans l'origine de l'ancienne direction, un des plus beaux triomphes dont les tin contemporains aient conservé le souvenir. L'un des auteurs de cette heureuse épopée, vient encore de placer son nom sous la protection de grande ombre qui est presque toujours un gage de succès pour ceux qui osent l'évoquer.
Reprenant le grand homme à Foriginede sa brillante carrière, MM. Dupeuty et Maillan nous le montrent d'abord simple officier d'artillerie. obligé* de laisser son épée en gage pour payer .SOU repas, tandis qu'il prélude par la pensée aux innombrables victoires qui doivent bientôt lui mériter une couronne. Tout à coup le cri mu s'est l'ait en-
tendre, et chacun vole a la frontière, Bonaparte en axant.
Au second acte, nous sommes en Italie au milieu d'un camp. \ droite voici la tente du grenadier Hébert, barbier de la "ri demi-brigade; a gauche est celle du voltigeur Moulin, mari de Catherine la cantinière, qui, avec le concours d'Hébert, a sauvé un entant dans le sac du cil iteau d'Akhera, et le cache à tous les yeux. I n Hébert,
et sous pri texte d'offrir ses services a l'armée française, il cherche ob des i gnemens sur le sort du malheureux enfant recueilli par Catherine; Hébert se déliant de cet homme, lui t'ait croire a sa mort, et Pietro jure de se venger sur le général en chef du massacre du sa famille; car le guide Piétro n'est autre que le comte il.- Montalban, français, et l'enfant trouvé au château d'Alchera est sa ûlle
I.e troisième acte nous ramené à Paris, dans la boutique du citoyen Moulin, qui a quitte la giberne pour prendre le rasoir. I.e grenadier Hébert, l'ancien barbier de la 32e demi-brigade, est devenu perruquier du premier consul ; et. en cette qualité, il peut arriver jusqu'à lui, a toute heure, i.e guide Pii 1,1 u sous le costume d'un porteur d'eau, s'introduit dans la boutique pour se l'aire raser, mais en realite pour donnera des conspirateurs un signal homicide; nous sommes au 3 nivôse. Hébert pénètre ce complot, n court prévenir le consul, niais inutilement; Bonaparte refuse de l'entendre. Cependant l'heure approche: Hébert revient précipitamment chez son i Moulin, et s'emparanl isoir, M se charge de caser Piéti
dantquela voiture du premier consul passe dans la rue Saint- Piétrone peut donner le signal, la machine éclate trop tard , et Bonaparte est miraculeusement sauvé par la présence d'esprit de son perruquier.
is sautons ints par-dessus l'Empire, et
nous nous arrêtons seulement à Raml 1815, après Waterloo.
Hébert est concierge de - royale, l'une des dernières
étapes de .\apoleon déchu, ai ■ ment a Rochefort.
a prémédité de l'accomplir au moment du passage de l'Emperet le fidèle Hébert est encore là pou sauvei son maître, et pour appt en même temps à Montalban que sa fille existe.
Vu dernier acte, quelques ani coulées; H
Moulin et Catherine habitent une mon le bord de la mer,
•ur le vleu n gravit le haut d'un
pour apercevoir de plus loin le vaisseau qui doit lui ramener s pereur. Sa raison est dérangée, et il ne laretrouvre qu'au momi comte «le Montalban lui apporte mie copie du testament de son i qui ne l'a | | Dgcd'lUH
Hébert rend a Montalban sa lille. puis il rel prendre sa place au haut du rocher poui l'Empereur.
' drame, dont notre analyse nerqu'ui
plete, renferme quelques se mes d'un tout ce
qui se ratt a<
acte, celui de la machine infernale, où la manière dont le consul échappe au danger, a du moins le mérite de l'invention et de la nouveauté. pourcelad i un démenti à Fit En somme, le Perruquiei' de
l'Empereur a obtenu un sucées réel et qui promet de devenir fructueux
et durable
MODES
Il y n aujourd'hui un contraste frappant entre ce que l'on voit exposé les meilleurs magasins et ce que l'on porte. Quoique les manteaux, les bournous, les manchons el les fourrures soient a peu près abandonnés, on s'habille encore de cachemire, de satin, de velours et d'autres étoffes de couleurs demi-claires ou même tOUt-à-fait sombres, tandis que derrière les laci S de do mis en renom, comme sur leurs élégans comptoirs
el dans les salons qu'ils ont consacres a leur t'ashionable clientèle, on n'aperçoit que de légers tissus dont les fraîches couleurs font penser .m soleil . a la verdure et aux Heurs. Suivons donc la mode dans .sa course lapide, et d'abord empressons-nous de signaler comme une grande noules chapeaux tissus à jour, en soie végétale, et ornés de rubans torsadés que l'on entremêle de petits bouquets de Meurs. Vvec des rubans ou dominent le rose, le hlas et le bleu, OU emploie le muguet, l'aubépine et le jasmin; avec ceux dont la couleur principale est paille ouvert-pré, on unit les violettes de l'arme, les petites branches de lilas, etc. : mais rien ne nous a paru d'un effet aussi gracieux pour cet usage que les guirlandes en feuilles de houx accompagnées de buis baies rouges (ie même genre d'ornement s'applique également aux chapeaux de paille cousue ou a jour, quoique le plus souvent on les garnisse seulement de rubans. Les plumes blanches sont ce qui s'allie le mieux avec la paille d'il [uefois on en place deux au dessus du chapeau, de
façon à ce qu'elles retombent, en se séparant, de chaqui i i i lapasse Pour les chapeaux de paille de riz, on emploie des branches de roses donl la disposition doit être la même que celle des plumes dont m. us venons de parlei-, (tutre ces divers genres de chapeaux qui sont créés spécialement pour la saison dans laquelle nous entrons, on portera cette année beauen crêpe et en p0U-de-S0ie glacé. Pc nouveaux chapeaux en gros de Naples a maille île filet, el ornes A'uur demi-guirlande de Heurs, paraissent éj dénient di stinés i obtenir beaucoup de succi
Les robes -:- eel les robes d'étoffes transparentes sonl les seules dont l'u reconnu par la mode. Les premières oui souvent les
manches justes et le corsage à pointe; li ont toujours les man-
ches larges et le corsage froncé. Les jupes des roi de | ries, de i luillons, de n lis ou de plis terminés
par un ,; s que l'on em] I moment sont la levan-
tine , la moire , le pompadour d'i ulard ns- nouveaux ,
l'armure-praii ic el 1 1 rii al I qui préfèrent < e qu'il y a de
plus nouveaux choisiront le pékin .Nathalie et le taffi lonl les
noms sont puises dans le dernier roman de M. d' Uliueourt.
1 ne e de la même mai
devrait être i comme un accessoin ible de la toilette
de ville ou de pi n de n'accordait aux cachemires une
faveur certaineme el probablement plus durable. Le cachemire
carré- uni et borde d'une broderie OU d'uni 'crie de couleur'
gravure : iur,est uif nouveauté bien do i c inssignali i
schalls en pou,: i Rel , donl le semé !
t lesmémi :de nuances
ractéri é, i i ■ urMariton vient de prendre la direi • ilue des
riche- delaW leli in -,
Cette n amélio-
donl on parle b<
élégant : c'est l'établissement d'un salon on Mariton lui-même viendra tous te jours, d'une heure à quatre, enseigner la manière de placer, d'ajuster les bonnets, les chapeaux, les turbans, les voiles, etc., etc., et de distribuer les cheveux selon l'air du visage. Nous pensons (pie ce salon là ne désemplira pas.
TABLETTES DES SIX JOURS
Faits divers.
25 mars. — On dispose en ce moment l'Elysée-Bourbon pour servir de demeure à la reine Christine, attendue prochainement à Paris.
— Un journal annonce que M. l'abbé Taillandier, prêtre du diocèse du Mans, parti pour les missions de la Chine, il y a environ deux ans, a été saisi par les mandarins en débarquant à Canton.
— Le Courrier anglais publie une lettre adressée parle capitaine R. Burton, de la marine royale, au premier lord de l'amirauté, au sujet d'un accroissement de force qu'il a trouvé moyen de donner aux canons des vaisseaux. Ce sont des espèces d'obusiers qui feront que des pièces de 120 auront une force égale aux pièces de 130, celles de 90 auront une force égale aux pièces de 100, celles de 50 qui sont à bord des frégates auront une force égale aux pièces de GO, etc. Une commission sera, dit-on, nommée pour examiner cette nouvelle invention et en faire un rapport à l'amirauté.
20. — Le Mammouth, navire que fait construire la compagnie du Great-"\\estern-Ship, à Bristol, dépassera la contenance de trois mille six cents tonneaux, c'est-à-dire six cents de plus qu'aucun navire connu. Sa construction en fer permenttra d'y ménager la place nécessaire pour sa provision de charbon aller et retour; ce qui, eu égard à la qualité inférieure du charbon américain, sera d'une grande importance. Ses machines sont de la force de mille chevaux.
27. ])es lettres de Milan annoncent la déplorable fin du feld-maréchal comte Radetzky, commandant eu chef l'armée autrichienne en Italie. Ce général, d'une haute distinction, souffrait depuis quelques temps de maux d'yeux fort douloureux. Après une longue hésitation, ses médecins crurent devoir l'avertir qu'un cancer se déclarait A cette affreuse nouvelle, sa fermeté ne parut pas se démentir; mais, à peine L'eût-on laissé seul dans ses appartenons, qu'un coup de pistolet se lit entendre, et les gens de sa maison accourus au bruit de la détonation ne trouvèrent plus qu'un cadavre.
j^e Saval and militari/ Gazette annonce officiellement la mise sur
chantier de seize bateaux il vapeur de guerre, qui recevront des canons portant des boulets creux de dix pouces.