‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 22 sur 170 · XIV. — GiBDONS DB RBIMS · texte numérisé non relu

XIV. — GiBDONS DB RBIMS

Si les preneurs de la poésie provençale opt été aveqgles ou peu justes à l'égard des preniiières productions littéraires ^e la françe septentrionale, il faut reconnaître que la critique en gépéral a toujours fait trop petite part à la Chsimp^gue et ai) pays d'Artois dans le mouvement intellectuel qui signala le moyen âge. Parce que Robert Wace a composé vers la fin du xii® siècle deux poèmes historiques sans doute fort curieux, mais d'une facture pçu littéraire, on l'avouera, on en a conclu qu'il falloit aller chercher les origines de notre poésie nationale en Normandie et même en Angleterre! Mais avant les romans de la table-ronde, composés dans la Grande- Bretagne, avant les poènies du Rou et du Brut, que revendique la Normandie, les Champenois avoient leur châtelain de Coucy, et l'Isle de France sqn Pierre de Saint*Clou. Plus de vingt grandes épopées sur les douze pairs avoient été composées à Paris, en Champagne, en Picardie par des auteurs dont le nom est aujourd'hui oublié. Ne parions donc plus d'antériorité : le mouvement littéraire au x;ii« siècle a été général et simultané , et bien difficile aujourd'hui seroit de marquer le point de départ d'une manière précise et absolue.

Parmiles noms poétiques des premiers temps dont se pourroit glo-

CliAMPAGNe, 57

rifier la Champagne, nous citeroqs C4rdûi|3 de Reims, troorère peu connu, que M. Tarbé n'a pas compris dans ses chansonniers de Champagne, et dont nous avons retrouvé quelques couplets d'une délicatesse achevée. Nous citerons ceux-ci, dont le début rappelle un peu trop peut-être la chanson de départ du châtelain de Coucy ; mais on pardonnera le plagiat en faveiir des derniers couplet» remplis de sensibilité et de naive élégance :

Li départir de la douce contrée Où la bêle est» m'a mis en grand tristor : Lessiers m'estuet la Hens qu'ai plus amée, Por Dam-le-Dieu servir, mon criator, Et ne pourquant, tôt remaing en s'amor ; Car toi li lez mon cuer et ma pensée : Se mes cuers va servir nostre Seignôr, Por ce n*est pas fine amor oubliét*.

Amors ci a trop dqre desenrée , Quant il m'estuét partir de la meiilor Qui oncques fu, ne qui jamais soit née; ' Tote a en li, et biauté et valor.

Nus ne s*en doit merveîUer se j'en plor, Quant mes, cors va fere sa destinée, Et mes fins cuers s'est ja mis el retor. Qui, sans fauser» pense à ipa dame et bée.

Dame en qui est et ma mort et ma vie, Dolent me pars de vos plus que ne di :

58 LE CàBINET HtSTORlOl'K.

Mon cuer ayez pîëca en vo baillie.

Retenez-le, ou vo8 m'avez tral.

Dex où irai ? Feral-je noise ou cri ? Quant il m'estuet fere la départie, De mon fin cuer et lessier à celi Qui aine du sien ne me lessa partie.

Douce dame, que mes cuers pas n'oublie Ne me veuillez, poi; Dieo^ mètre en oubli : James nul jor, ne feré autre^amie, Por Dieu vos pri, ne faites autre ami. Mais se je sai que vos gabez de mi.

Ma mort n'ezt pas entière ne demie ; Ne jà de mot ne ferez anemi , Se loiaulé ne ni i est anémie. .

[F. Cangé, 65.) 7222*j

Page 1