HABITANTS DE REIMS
De par le Roy,
Chiers et bien amez, nous avons reçeu voz lettres escriptes à Reims, le xxvii" jour du mois de mars dernier passé, par lesquelles nous avez signifié la prinse de notre amé et féal cousin le sire de Chaslillon, et de ceuk de sa compagnie, de laquelle prinse nous avons jà eu Bouvelie : pour laquelle cause nous avons jà escript et encore escripvons derechief aux villes dont par voz dites lettres nous avez adverty ; de laquelle chose nous vous savons très-bon gré et aussi de la bonne volonté que vous avez de demeurer en notre obéissance et de vous garder des rebelles et désobéissans à nous. Et quant est de Tescuier dont vous nous escripvez. par vos deux lettres , nommé Jehan Cauchon^ nous sommes très-content qu*il demeure et soit lieutenant» attendu le bon rapport que fait nous en avez et autres aussi. — Toutes voies, pour ce quelesdits rebelles et désobéissans Dnt acoustumé de user de plusieurs fraudes et malices pour venir à leurs dampnables fins et intentions, nous voulons et vous mandons que toujours soyez sur votre garde en y persévérant et continuant diligemment et au plaisir de notre Seigneur. Nous ferons bien brîef que vous et nos autres bons et loyaulx subjects serez ostés des adversaires que longuement avez soustenus par lesdits
LE CâBlUBT mSTORK^CE.
rebdks et désoiifiaMns, car nous itods eo Boordles de notre très-cfaer et très-amé fib^k Roy d'Angleterre, héritier et régeot de France, et de beaa fils îe duc dé Boorgiogne, par lesquels nous avons soeo que bien brîef ils rctoomeront par devers nous i très-grosse puissance pour conduire ce qn'ih ont commencé an bien de nous et de notre ropume ; et à leur dite renne n*oblirons pas vos bons et loyaolx services. Et si aucune afliûre cependant vous survenoit, signifiez4e-noos bien et dâigemment ensemble toutes nouvelles qui seront à signifier, et nous vous poilrverrons eo manière que vous en serez contents. Et quant est de nostre cousin de GiastiUon, noos pourchasserons par toutes manières sa délivrance, et avons fmtne espérance en Dieu que nous en vendrons à bonne condusion et briet. NouveUes nous sont vennnes que beau cousin le duc de Clarence qui estoit enarmes sur la rive de Loire k certain pas, accompagné d'anciens capitaines et de petit npmbre de ses gens, a eu rencontre de nos ennemis et ainsi qu'il a plust à Dieu le souffrir, est demouré mort en la place, et ont,«ceolx de son armée, reconnu le corps dodit beau cousin (I) ; et de présent est l'armée ensemble soubs beau cousin de Salesbery ; et pour ce que il -est à penser que de ce pourriez estre tr&ublés, nous vous signifions ces choses à celle fin que vous n'ajousiez aucune foy aux choses que Von vous pourroit donner à entendre contre vérité et que vous soyez sur vos gardes, en faisant nuit et Jour bon guet et garde tant à voz murs qu a vos portes.
Doimé à Parts le vu* jour d'avril.
Cbables.
Eî plui bas : Bordes.
(1) Le ànc de Clarence, frère de Henri V, goaverneiir de Normandie poar eeloi-ei, fui balla le 22 mars à Bançé, ea Algoa, par les traapes du dauphin, Jointes à nn secours d'Écossais, conunandés par le comte de Boukam. Le duc de Clarence, le duc de Sommerset et près de 3,000 Anglois y perdirent la fie.
UEffRT VI d'aNGLETERRE » SE DISANT ROI DE FRANGE , AUX ÉGHEVINS, BOURGEOIS Et HABITANTS DE LA VILLE DE ÈEIMS.
Henri V, époax de Catherine de France , étoit mort à Yincennes le 31 août 1422, à l'âge de 36 ans, c'est-^à-dire deux mois atant Charles YI, dont il se croyoit appelé à recueillir IHiéritage.
Cette lettre, supposée écrite par son fils Henri YI (âgé seulement d'un an), est réellement du duc de Bedfort, régent d'Angleterre.
Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France et d'Angleterre, à nos chiers et bien aniez les gens d'Eglise, capitaines, eschevins, bourgeois, manans et habitans de Reims, salut et parfaite dilection : cqihme en nostre enfance, il a pieu au Roy tout puissant disftosatit toutes choses à soh plaisir, nous visiter et destituer en très-pou de temps de noz très-chiers seigneurs et pères, ChaHes roy de France, fet Henry roy d'Angleterre, héritier et régent de France, dernier trespassez^ dont il ait les âmes, desquels et de leurs royaulmes, nous, par la grâce divine, sommes filz, vfay successeur et légitime héritier; toutes voies, une, entre atitres choses, nous donne joie et singulière coiîsolation, ({ue nous sentons vo2 loyaulx courrages estre entièrement afifectez à nous, et vouloir garder et entretenir les sermons que avez faits, en la sainte et fructueuse paix des deux royaulmes de France et d'Angleterre, qui tant solempUeliement fut conclud et jurée par nos dicts très-^chiers seigneurs et pèrçs du conseil et assentement des seigneurs de leur sang et lignage, de leurs prélats, barons et nobles, de vous et des autres bons bourgeois et habitans des cités et bonnes villes, et finalement des trois estais des diz royauhnes; laquelle paix vous avez observée et entretenue jusques à Oies en gardant fermement sanz aucune violation voz ser-
62 LE CABINET UISTOAIQCE.
mens et loyaulté, dont nous rendons grâce à notre Créateur, TOUS en savons très-grant gré et sommes bien content de vous : en vous signifiant que nous qui sommes procréez des deux maisons souveraines de France et d'Angleterre, et vray héritier et successeur desdits Royaulraes, comme vous savez^ aurons tant comme Dieu nous donnera vie, propos^désir et volonté de vous amer, garder et deffendre et tenir en bonne paix, justice et seurelé, moyennant la grâce de nostre Créateur et à l'aide et bonne diligence de parens, amis et subgiez de Fun et Tautre noz royauN mes, Icsquclz pour amour et bonneur de nous et utilité de la chose publique^ suppléeront nostre jeune aage et de noz affaires prendont pour nous la charge, de bonne volonté. Pourquoy noz chiers et bien amez, nous qui très-singulièrement désirons vostre paix et salut, comme de noz vrays et loyaulx subgiez, vous prions et requérons et néantmoiris mandons et commandons sur la foy et loyaulté que devez avoir à nous et à nostre couronne de France , et par le serment que avez fait à Dieu et à noz trèschiers seigneurs et pères dessus diz, de garder et observer ladite paix et de obéir à nous après leurs décès, que icelle paix vous entretenez et y continuez et persévérez loyaument et constamment comme faire devez, et que nous en avons fiance en vous ; sans vous décliner, déclarer ne adhérer à quelconque autre partie, soubz quelconque couleur ou occasion que ce soit ou puist estre, mais à rencontre de toits ceulx qui vous vouldioient induire au contraire , résister constamment et vertueusement comme loyaulx et bons vassaulx et subgiez doivent faire, enprepant et arrestant de fait tous messages et lettres qui par quelconques noz ennemis et adversaires nous seroient envoyez, pour en faire telle justice et pugnitiou comme faire se doit de mortels ennemis ; lesquelles lettres par vous ainsi prises et arrestées, nous voulons estre envoyées en nostre grant conseil à Paris. Et si ainsi le faites, vous ferez vostre debvoir et acquitterez envers nous voz loyaultées, en recognoissance desquelles aurons vous
et Toz affaires à toujours en nostre singulière grâce et recommandation, vous traicterons et gouYernerons et ferons traicter et gouverner moyennant la grâce de nostre Seigneur en toute donlceur, paix, justice et sécurité et trouverez en nous telle si raisonnable et gracieuse seigneurie, que par toute raison en devrez estrecontens.
Donnée en nostre grant conseil à Paris, le xxvni* jour de novembre Tan de grâce mil un c. vint-deux, et de nostre règne le premier.
Par le Roy à la relation de Mgr le Régent le royaulme de de France, duc de Bedfort.
Au bas contre» signée: Bordes.
Au dos: Lettres de Henry, Roy d'Angleterre, soy disant Roy de Jrance après le trépas de Charles vi*.
HENRT YI/ROI d'aNGLETERRE, aux MEMES.
Il signifie ata Rémois le choix de son oncle Jehan, dnc de Betfafort , régent du royaume , pour faire le siégç et s'emparer de Moîemer (Mont-Aimé, près Verlus, forteresse du pays de Reims), aidé du comle de Salisbery , de l'évèque de Beauvais et autres: leur enjoint de choisir notables personnes pour aller requérir aide et assistance de la ville de Châlons.
Paris, 12 septembre 1425.
De par le Roy de France et d'Angleterre ,
Chiers et bien amez , pour pourveoir aux très-graûds maulx et excessifs dommages et oppressions qui ont esté faiz et se
faisoient de jour en jour es pals de Cbampaigne 6t autres qui redonde sur vous à vostre très-grand ctiarge et à noslre desplaisance, ad ce que le remède y fust mis, par l'ordonnance de nostre très-cher et très-amé oncle*^ Jehan , régent nostre dit royaulnie de France , duc de Bcttford , a esté appoincté que le siège seroit mis devant la place de Moymer, pour ycelle subjuguer et mettre en nostre obéissance, en ententioii de procéderaux autres, où il seroit besoing , qui ont esté et sont cauêé des maulx^ dommages et oppressions desdiz. Et pour ce que ladite place est de grant circuité et y convient tenir une très-grande et grosse puissance, nostre dit oncle a esté naguaires délibéré et conclud soy traire en sa personne à bonne puissance ou dit pais de Cbampaigne , laquelle conclusion il a différé mettre à exécution pour autres très-grans affaires touchans le bien de nous et de noz seigneuries y comme povez savoir et congnoistre par autres lettres naguaires à vous envoyées , de par nostre dict oncle : Et pour ceste cause, affin d'entretenir et acomplir la bonne volonté que nous et nostre dict oncle avons au bien de tous ledit païs de Cbampaigne et noz autres pais et subgicz, sont ordonnez eulx présentement traire ou dit païs-, noz amez et féaulx conseillers, Tevesque de Beauvaiz, pair de France, le comte de Salisbury et du Perche , nostre cousin ^ lieutenant de nostre dict oncle , au fait de la guerre , et Pierre dé Fontenay, Charles, seigneur de Rancé, et eulx employer en toute chose qu'ilz congnoistront estre au bien et relèvement dudit pals et à la confusion des adversaires et de tous autres greVables et nuysant audict pals. Si vous mandons très-expressément que, incontinent ces lettres veues, vous ordonnez et eslisez aucuns notables d'entre vous^ jusques à quatre personnes tant de l'église que des bourgeois et yceulx envoyez par devers nosdicts conseillers, en la ville de Chaalons, dedens le xxi' jour de ce présent mois de décembre , avecques puissance de octroyer, consentir et accorder toutes choses qui , pour le bien dudict pals
et de Yous-mesmes seront par les dessusdicis de par nous requises et exposées, et quepar deffaut de ce, le bien qui au plaisir de Dieu s'en pourra en suir ou soit empesché ou retardé , en adjoustant foy et créance à nozdits conseillers sur ce qu'ili TOUS diront en ceste partie de par nous. Donné à Paris, le xii' jour du mois de décembre.
Contresigné: Bordes.
Au dos : A noz chiers et bons amis les gens d'église , bourgeois, manans et habitans de nostre ville de Reims.
lieceues par Mahieu, chastellain, cheyaucheur de Tescuriedu Roy, le xviii* jour de décembre mil nu cent xxv.