‹ Le Cabinet historiqueChapitre 24 sur 162 · D. GUI AL. LOBINEAU A D. VAISSETTE · texte numérisé non relu

D. GUI AL. LOBINEAU A D. VAISSETTE

Mon Révérend Père, .

La manière dont vous proposez vos difficultés dans la lettre que tous m'avez fait l'honneur de m'escrire, me prouve beaucoup mieux la bonté du choix que l'on a fait de vous pour travailler à l'histoire de Languedoc, que tout ce que j'en avois entendu dire d'avantageux. Je n'ai garde après cela, de me flatter

que l'expérience de quelques années m'ait mis en estai de pouvoir vous donner des lumières , et en droit de me regarder comme vostre maislre. Je vous consulterois plus volontiers que je ne m'ingérerois de vouloir vous monslrer la route que tous devez tenir. Et si vostre politesse vous fait dire que j'affecte une modestie excessive, je ne puis mieux vous convaincre de la justice que je me rends à moi-mesme qu'en respondant de mon mieux à ce que vous me demandez : vous trouverez mes lumières foibles ; mais j'aime mieux en courir les risques en vous obéissant, que de ne pas respondre à l'honneur que vous me faites.

Je dois vous dire premièrement, que vous estes heureux d'avoir trouvé d'abord une si bonne cl si ample moisson. Vous faites quoique difficulté sur le mérite des copies, et vous demandez s'il ne seroit pas mieux de consulter les originaux? Il les faudra consulter, si ou eu peut avoir liberté, et si ecs originaux subsistent encore. Mais au hazard de ne pouvoir jouir des originaux, il ne seroit pas de la prudence de négliger les copies, qu'il est beaucoup plus aisé de transcrire que les originaux mesme. Après cela, le travail de collationner vos copies avec les actes originaux ne vous donnera qu'une peine légère. Pour les sceaux, l'usage m'a appris qu'on s'y intéresse extrêmement, c'est pourquoi il ne faut point les négliger. Je vois mesme que plus des trois caris du monde aiment les images, et véritablement, elles frappant beaucoup plus que le discours. C'est la raison pourquoi je ne me suis dispensé de dessiner les sceaux, que lorsque je n'ai pas eu absolument le temps de le faire. J'en ai un grand nombre qui ne sont que descrits, sans dessins, et ceux qui lisent ces descriptions me témoignent tous qu'ils auroient mieux aimé en voir le dessin.

Pour ce qui est du choix des pièces, vous avez raison de vous estre persuadé qu'il vaut mieux se charger trop, que de manquer de quelque chose d'essentiel. Tel acte vous paroistra aujourd'hui de nulle conséquence, que vous regretterez dans la

suite. Le choix dépend du plan que vous avez pris. Pour nous, comme nos veues embrassoient le général et le particulier, nous n'avons presque rien laissé en chemin qui meritast quelque attention, dont nous n'ayons fait usage. — Quelque longues que soient de certaines pièces de conséquence, comme Traitiez de paix ou d'alliance, Instructions d'ambassadeur, Négociations, Enquestes essentielles, etc., il faut s'armer de courage, elescrire tout. Vous pouvez feuilleter les historiens de M. Godefroi, et les autres livres historiques et généalogiques accompagnez de preuves, pour vous former à connoistre d'autant mieux quelles sont les pièces qui demandent d'èstre données en entier.

Je ne vous dirai rien au sujet de Foix et du Roussi lion, c'est à vous de voir quel parti vous avez à prendre là-dessus. Vous estes apparemment maistre de vostre plan. Vous rendrez sans doute un grand service au public si vous joignez l'histoire de ces deux comtez à celle du Languedoc, mais ce n'est point à moi à vous dire si vous devez le faire ou non. — Pour ce qui est du nobiliaire, celui que j'ai dressé de la Bourgogne, par ordre de H. Ferrand, ci-devant noslre intendant, m'a appris que dans les pays de droit escrit, les preuves de noblesse ne sont pas si précises que dans les pays de droit coustumier. Il doit cependant y avoir des règles pour distinguer Testât et la condition d'un chacun dans quelque pays que ce soit, et je ne doute pas que vous ne soyez au fait de ce qui regarde le Languedoc. Si vous entreprenez le nobiliaire, vous ne pourrez vous dispenser de pousser vos recherches jusques h la dernière reformation de 1660, et de charger vos mémoires de tous les noms que vous trouverez avec quelqu'une de ces marques de distinction qui prouvent la noblesse. Le détail est grand, mais vous le trouverez utile dans la suite. Quelque riches que soient les archh 2s d'un seigneur, on les a bientost dépouillées quand on ne prei d note que' des hommages, aveux, et des gentilshommes ses va. saux. D n'y a point de doute que quand vostre histoire générale ne

vous fournira plus rien pendant deux ou trois cents ans, on ne vous sache bon gré de vous arrester à quelques affaires municipales, et aux dcmeslez particuliers de quelques grandes maisons. Mais croiez-vous que les archives de vos Estats de Languedoc et leurs registres ne vous pussent pas fournir de quoi joindre le xiir siècle au xvr? Si les registres de nos Estats de Bretagne n'avoicnt pas esté dérobez en 1566, je ne doute pas que je n'y eusse trouvé bien des choses qui me manquent, car depuis 4567, ce qui me reste de ces registres m'a extrêmement enrichi. — Je vous suis très-obligé des extraits que vous m'avex envoiez, et vous prie si vous trouvez quelque autre chose, chemin faisant, qui regarde cette province, de vouloir bien en faire quelques notes à part, et de me le communiquer. — Si je trouve quelque chose qui puisse vous estre utile, je ne manquerai pas de vous le faire savoir.

Montpellier, au lieu de Montpensier, p. 219 de l'Histoire de Bretagne, n'est pas une faute d'impression, c'est une bévue de l'auteur mesme, qui avoit cru pouvoir le dire, après Mathiea Paris, qui assure que Louis VU! est mort apud monlem pessulanum. Je vous remercie de m'avoir découvert celte erreur, et je vous prie de ne faire grâce à aucune autre.

Je suis avec une estime singulière et un parfait respect, — mon Révérend Père, — vostre très-humble et très-obéissant serviteur et confrère,

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