CATHERINE H YDE
Marquise de Broglio-Solari, native d'Angleterre.
Ce témoignage de la marquise de Broglio-Solari, dont je n'ai pas à faire ressortir tout l'intérêt, toute l'importance, car la femme du ministre de la République de Venise était aussi digne de foi que M"" de Rambaud et Marco de Saint-Hilaire, — ce témoignage est doublé de celui de M. Labreti de Fontaine, biblio-
ihécaire de la duchesse douairière d*Orléans. On trouve dans Révélations de T existence de Louis XVII y page 25 :
En avril I8I4, l'impératrice Joséphine reçut au château de la Malmaison la visile du roi de Prusse et de l'empereur Alexandre ; Joséphine les implora en faveur de Louis XVII.
Le roi de Prusse ne promit rien.
L'empereur Alexandre promit défaire des efforts pour que tout restât en France dans un état provisoire, jusqu'à ce qu'on eût découvert le fils de Louis XVI, à qui il ferait rendre justice. Quelque secrète qu'ait été la conférence, il paraît qu'il en transpira quelque chose, car peu de jours après, Joséphine mourut presgwe suhitementy^i l'Europe entière nomma l'auteur de ce décès prématuré.
Parmi les historiens dont Tautorité est indiscutable, on peut citer Louis Blanc en première ligne, sanscrainte d'être démenti. Or non seulement il a admis l'évasion du Temple, mais il a cherché à expliquer les raisons qui avaient pu contribuera ce qu'elle fût tenue secrète, et à ce que Louis XVII n'eût jamais été à même de faire valoir ses droits.
Il s'exprime ainsi dans VBistoire de la Révolution Française, édition de 1869, tome XIII, page 100 :
On se demandera sans doute comment il se peut, s'il est vrai que le fils de Louis XVI ne soit pas mort au Temple, que son existence n'ait pas été reconnue, depuis, d'une manière certaine, et son identité solennellement constatée. Il y a effectivement lieu de s'en étonner. Et toutefois l'étonnement diminuera si l'on considère :
Qu'à l'époque indiquée comme celle de l'évasion le Dauphin n'avait pas encore 9 ans ;
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Qu'il était conséquemment livré sans défense à toutes sortes d'embûches;
Que dans ce temps-là l'Europe entière vivait dans un état d'effroyable confusion ;
Que le parti royaliste était un foyer d'intrigues, que ses principaux meneurs ne voyaient dans le rétablissement de la Monarchie qu'une proie à dévorer, et, entre des prétentions rivales, se tenaient prêts à soutenir celles qui leur promettraient une large part dans la curée des emplois;
Que le comte de Provence, appelé à ceindre la couronne faute d'héritier direct, joignait à une astuce profonde le plus violent désir de régner ;
Qu'il avait un intérêt puissant à laisser dans l'ombre dont les événements l'avaient enveloppée, la destinée de son neveu...
Gomme tous ceux qui écrivent sans rarrière-pensée de favoriser un parti au détriment des autres, Louis Blanc a été attaqué par tous. Mais ceux qui lui ont ' le moins pardonné de rechercher la vérité pour elle-même, ce sont sans contredit les royalistes. Ne pouvant combattre Técrivain, on a voulu frapper l'homme privé, et Ton s*est efforcé de porter atteinte à son honneur, — sans toutefois y parvenir, — en répandant l'opinion que Louis Blanc aurait dû être plus réservé dans ses jugements sur les Bourbons, car son père acceptait une pension que lui servait la liste civile. Charles Blanc, son père, était en effet porté sur la liste de ceux auxquels la royauté accordait des secours ; mais Louis Blanc a voulu se soustraire à toute reconnaissance, à toute compromission morale, en faisant cesser le bienfait. Les lettres que Ton va lire
rétablissent les faits sous leur véritable jour : elles ne nous semblent pas en dehors de notre sujet, car elles ne peuvent que rehausser le caractère d*un écrivain dont nous respectons et invoquons Timpartialité.
A M. le baron Mounier,
6 lévrier 1841.
Monsieur,
J'apprends que mon père touche de temps en temps des secours sur les fonds destinés aux anciens pensionnaires de la liste civile.
Gela me parait peu convenable, mes convictions m'imposant le devoir de combattre le gouvernement actuel.
Mon père est pauvre, je suis pauvre aussi; mais enfin la moitié de ce que je gagne par mon travail lui a jusqu'ici assuré une pension annuelle de douze cents francs. C'est assez pour que nous soyons l'un et l'autre à l'abri de l'extrôme misère.
Je vous prie donc instamment, monsieur, de vouloir bien rayer de la liste de ceux qui reçoivent des secours M. Charles Blanc (de l'Aveyron).
Toutefois, comme il ne serait pas juste que mon père souffrit des susceptibilités de son fils, je vous demanderai, monsieur, la permission de vous remettre pour lui, aux époques voulues, la petite somme qu'il a coutume de recevoir.
Il importe que mon père ignore complètement cette dé- ' marche : en la lui laissant ignorer, vous aurez acquis des droits à ma reconnaissance.
Veuillez agréer, monsieur, Tassurance de ma haute considération.
Louis BLANC.
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A M. Louis Blanc.
13 février 1841.
Vous m'avez écrit, Monsieur, pour m'engager à rayer M. Blanc, voire père, de Tétat des secours accordés aux pensionnaires de Tancienne liste civile.
Il ne me serait pas possible d'accéJer à une pareille demande. M. Blanc satisfait aux conditions présentes; il a droit dès lors de participer aux mesures prises pour adoucir la position de ces pensionnaires.
Je ne vous ai pas répondu plus tôt, parce que votre lettre ne me faisait point connaître votre adresse.
J'ai riionueur, etc.
Baron MOUNIER.
J'ai dit plus haut que M. Sosthène de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, savait à quoi s'en tenir sur la prétendue mort du Dauphin. Il n'était pas le seul, dans l'entourage de Louis XVIII, pour qui l'existence de celui-ci ne fût pas un mystère, et le Roi,, avisé par la police que, pour ne pas le faire ouvertement, on n'en parlait pas moins jusque dans son entourage, eut alors la pensée, non pas de mépriser ces malveillants propos, mais de les combattre. Le fidèle Decazes fut chargé de mener la campagne. Ancien serviteur 'de la famille impériale, il confie au^ comte Angles, qui est passé comme lui armes et bagages au service des Bourbons^ le soin d'ouvrir une enquête dont le but avoué est, dit-on, de récompenser les dévouements qui ont pu se produire au Temple en faveur du royal enfant. Mais l'enquête bien conduite
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ment fantaisistes ; mais le but que se proposait le Roi était de prouver la mort de son neveu, la légitimité de son règne... et Tenquète fut conduite à cet effet. Tous les témoins que Ton trouva encore vivants de cette sombre et mystérieuse tragi-comédie dont le Temple avait été la scène, furent recompensés en proportion de leurs affirmations en faveur de la mort. Les uns devinrent chevaliers de la Légion d'honneur» les autres reçurent de Targent, des emplois; mais, malgré toute l'adresse déployée par le comte Angles, l'histoire considérera toujours Simon et sa femme comme d'abominables gredins. Et vous-même, cher lecteur qui me faites l'honneur de parcourir ces lignes, aviez-vous connaissance de l'enquête de Louis XVIÏI, et pensez-vous sérieusement que la femme Simon ait été une seconde mère pour le petit Capet?
Le comte Angles était non seulement un préfet de Police très précieux, mais, chose non moins rare, un homme foncièrement honnête.
Ce qu'il pensait du rôle qu'on lui faisait jouer et du gouvernement qui lui imposait ce rôle, il va nous le dire lui-même.
A M, le baron Louis,
3 décembre 1827.
Ce sont les amertumes et toutes les persécutions que
j'ai éprouvées pendant sept ans, parce que je n'ai jamais voulu partager les passions d'un parti et en être l'instru» ment.
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' Je connaissais trop bien toutes ses manœuvres odieuses et perfides, et je prévoyais aussi l)ien que qui que ce soit, — peut-être mieux, par suite de ma position, — quels maux il pouvait attirer sur la France. Aussi n'hésitai-je pas à me retirer en même temps que M. le duc de Richelieu. Je fus à cette époque le seul fonctionnaire public occupant un poste élevé qui eut assez de caractère pour donner
sa démission
Comte ANGLES.
M. Ghantelauze ajoute, page 234 :
... Mais, sur la demande qu'adressa le Conseil général de la Commune, le 8 janvier 1794, au comité de Salut Public, pour qu'il exprimât a son vœu sur la nomination du citoyen qui devait remplacer Simon, gardien du petit Capet » le comité, avec la plus coupable imprévoyance et sans se rendre compte de la portée et des suites déplorables de sa décision, déclara « qu'il regardait comme inutile la mission de Fiimon, et pensait que les membres du Conseil devaient seuls surveiller les prisonniers du Temple >>. C'était en quelque sorte renoncer à toute espèce de contrôle sur le régime intérieur de cette prison, c'était permettre tacitement et lâchement que les enfants de Louis XVI, bien que considérés encore par la Convention comme prisonniers d'État, puisqu'on les maintenait dans une prison spéciale, fussent traités sur le même pied que les assassins et les voleurs, qu'ils eussent la même nourriture qu'eux, qu'on les privât comme eux de tout serviteur; c'était, en un mot, les livrer sans défense à la brutalité et à la férocité des bandits de la Commune. Nous verrons bientôt de quelle atroce manière, pour mettre sa responsabilité à couvert, celle-ci usa des pouvoirs sans limites qui lui étaient confiés.
En attendant, son conseil général prit un arrêté en vertu duquel quatre de ses membres seraient envoyés chaque jour au Temple en qualité de commissaires, pour y séjourner pen-
dant vingt-quatre heures et pour y exercer à Taveoir une surveillance immédiate sur les prisonniers.
On ne pouvait prendre des mesures plus efficaces en vue d'une évasion.
Un enfant qui n'a pas de serviteurs spéciaux à la discrétion desquels on soit obligé de se remettre, visité chaque jour par des personnes différentes... Rien de plus facile que de le faire évader sans qu*on s'en aperçoive, en mettant pendant quelques heures un autre enfant à sa place.
On en choisit un très malade; il meurt. . . Des étrangers qui n'ont jamais vu le Dauphin viennent constater qu'ils ont vu un enfant mort^w'on leur a dit èt?'e le petit Capet *, — et le tour est joué.
Il est du reste bien étonnant que le corps du jeune Dauphin n'ait jamais été retrouvé. Toutes les recherches ordonnées par Louis XVIII afin de découvrir ses restes dans le cimetière de Sainte-Marguerite sont restées sans résultat. Une police assez bien faite pour établir que Simon et sa femme étaient d'honnêtes gens, — bien plus, des gens vertueux! — aurait dû, ce semble, en dépit de tous les obstacles, retrouver le cercueil; mais il paraît que si cette police était prodigue d'affirmations, les preuves réelles et matérielles de la mort étaient plus difficiles à produire.
Il faut avouer que le Roi jouait de malheur : si Ton avait exhumé le corps de son neveu, les mauvaises