‹ Le cabinet noir: Louis XVII, Napoléon, Marie-LouiseChapitre 34 sur 58 · ManusciHt 111, p · texte numérisé non relu

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Un point assez scabreux, sur lequel plusieurs historiens ont cherché à jeter la lumière, sans toutefois s'expliquer catégoriquement, touche les mœurs privées de Napoléon. On a prétendu qu'il traitait toujours les femmes en despote ; que, si belles, si attrayantes qu'aient été ses maîtresses, il n'avait jamais été l'esclave d'aucune d'elles; on a prétendu encore qu'il avait existé entre ce grand homme et ses sœurs, entre ce grand homme et sa belle-fille, des liaisons par trop intimes.

Les uns, Madame de Rémusat par exemple, ont écrit dans le sens affirmatif; d'autres, comme Bourienne, dans le sens négatif; je n'aurais aucune opinion à formuler sur cette question, si Mounier ne me fournissait des documents pour la résoudre, et si Pauline Bonaparte n'avait fourni, elle aussi, au Cabinet noir des preuves de son manque absolu de sens moral.

Mounier ne croit pas, ou tout au moins n'a jamais rien su, qui pût lui faire supposer qu'une liaison coupable se fût établie entre Napoléon et sa sœur Caroline. Quant à sa sœur Pauline et à sa belle-fille Hortense, il est convaincu que les bruits qu'on a fait courir étaient fondés, et, je le répète, Pauline en a elle-même donné les preuves.

Napoléon aurait pu inventer la maxime de M. de Bismarck : « La force prime le droit », en y ajoutant : « Le bon plaisir des puissants est au-dessus des lois de la nature et des conventions sociales. »

Voici donc ce que dit Mounier :

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« Bourienne a cru prouver dans ses Mémoires qu'il n'y avait eu aucune liaison amoureuse entre Napoléon et sa belle-fille, — cela me paraît tout à fait faux.

«M. Lespérut m'en a souvent parlé comme d'une chose reconnue. Il en était de môme dans la maison impériale.

<iOn regardait généralement le fils — prétendu — de Louis, comme l'enfant de Napoléon. Il voulait l'adopter et le désigner pour son successeur. Je me rappelle avoir vu moi-même Napoléon, au commencement de 1806, le tenant par la main et traversant la galerie de Saint-Cloud. La satisfaction et l'orgueil se peignaient sur sa figure. L'enfant était beau, et lui ressemblait évidemment. Tant que cet enfanta vécu, les projets de divorce ont été repoussés parce qu'il y avait un héritier.

« M. Capelle m'a raconté ces jours derniers que Joséphine ayant passé depuis sa chute quelques mois à Genève, il avait eu avec elle de longues causeries: dans l'une d'elles, elle lui avait avoué que sa fille avait eu des rapports intimes avec son mari. A cette occasion M. Capelle m'a aussi raconté que Joséphine lui avait dit à la même époque que Napoléon avait voulu jouer un tour à son frère Jérôme en se substituant à lui pour recevoir sa fiancée; qu'à cet effet il avait arrangé les choses de manière que la princesse de Wurtemberg devait se trouver seule avec lui; un itinéraire mensonger avait été donné à Jérôme; mais celui-ci, soupçonnant la fraude et le projet, était parti à temps et avait joint sa fiancée, qu'il n'avait plus quittée.

«L'histoire me semble difficile à croire, mais elle montre Topinion que Joséphine avait ou voulait qu'on eût de Napoléon.

« Je me souviens que des gens de la maison impériale m'avaient dit, du temps de l'Empire, que Napoléon avait voulu adopter le petit Louis et le proclamer son héritier, mais que son frère Louis avait déclaré que si cela se faisait, il se jetterait dans la Seine,

« Cette anecdote me paraît fondée.

« Quant aux rapports intimes de Napoléon avec ses sœurs, MM. Lespérut et Gapelle n'en doutaient point, ni M. Beugnot, qui, chargé de la police immédiatement après l'Empire, s'est occupé de tout cela, ne fût-ce que pour amuser le Roi. Du reste M. Lespérut nous avait avoué la chose dès 1807.

« M. de Sémonville m'a conté que Pauline Bonaparte, alors M°^° Leclerc, lui avait dit peu après le 18 brumaire :

c< — Je suis très bien avec mon frère. Il a déjà couché deux fois avec moi.

« M. de Sémonville avait été un des mille amants; il était resté en très bons termes avec elle. Il a ajouté :

« — Nous étions cinq de la même maison qui partagions ses faveurs, avant son départ pour Saint-Domingue.

« Il ne les a pas nommés; mais je suppose que lui, Macdonald et Montholon en faisaient trois.

« Pour Macdonald, il nous a dit que Pauline en avait été très éprise; qu'ils s'étaient enfermés tous deux pendant trois jours à Saint-Leu avec des provi-

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sions choisies ad hoc, et sans ouvrir la porto à âme vivante.

« Peu après ils se brouillèrent.

« M. de Sémonville nous parlait comme de chose courante des rapports de Napoléon et de Pauline, qu'il disait être la plus grande et la plus séduisante coquine qui se puisse imaginer.

« Le mariage avec Leclerc a été fait ainsi :

« Le général Bonaparte travaillait dans son cabinet, à Milan. Leclerc était officier d*état-major, et profita d'un paravent pour exprimer un peu trop cavalièrement son amour à Pauline.

« Le général Bonaparte entend du bruit, se lève et voit. Le mariage fut célébré sans perdre un moment.

« M. Decazes possède une médaille que lui a donnée cette princesse.

« D'un côté, sa tète à la grecque, et pour légende :

nAVAINA ZEBAZTOV AAEA(J)H « De l'autre, les trois Grâces, légende :

HMQN KAAH BASIAEVE* « Chacune des Grâces représente la princesse dans

1. « Belle Pauline, sœur d'Auguste, règne sur nous. » Les trois sœurs de Napoléon, ainsi que la reine Hortense, s'étaient fait frapper des médailles du même module. Elles avaient toutes quatre des inscriptions grecques. Pauline, la médaille dont nous venons de parler ; celle de Caroline était frappée d'un côté à son effigie, et portait de l'autre une Victoire couronnant un taiireau

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une attitude différente, ou plutôt vue d'un côté différent : de dos, de face, et de profil. G*est Denon qui a fait la médaille d*après le dessin de Canova, lequel avait travaillé diaprés le nu complet.

« C'est à ces séances que s'applique le mot célèbre...

« Beugnot m'a conté à Gand que, pendant qu'il était chargé de la police de 1814 à 1815, on avait intercepté des lettres écrites de l'île d'Elbe par Pauline. On y lisait :

« Envoie-moi du Bob de Laffecleur, Depuis que je « suis ici y je n'ai affaire qu'à ce vieux pourri *. »

Par un sentiment d'intérêt personnel assez compréhensible, Louis XVIII faisait exercer une surveillance des plus actives tant sur le prisonnier de l'île d'Elbe que sur tous ceux qui avaient joué un rôle pendant son règne. La préoccupation constante dont l'obsédait Bonaparte était doublée d'une curiosité égoïste; et chaque fois que sa police lui dévoilait une intrigue quelconque qui n'était pas à l'honneur de son puissant prédécesseur, il en éprouvait un réel plaisir.

La police fut chargée d'envisager les choses non seulement au point de vue politique, mais encore sous leurs côtés les plus mesquins.

à tôto humaine. Elisa avait, sur le revers de la sienne, une femme à demi couchée soutenant une roue d'une main, et au-dessous : 4, Via da Lucca a Pisa.

Enfin, la médaille de la reine Hortense avait d'un côté sa tête charmante, et de l'autre les attributs des arts auxquels elle était adonnée, la peinture et la musique.

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