CHAPITRE IX
Les craintes du Gouvernement proyisoire. — Bibliothèque d'exilé. — Les bottes de Monsieur. — L'île d'Elbe en 1827. — O'Mëara. — Coups de pied d'ânes. — Correspondance de Sainte- Hélène.
Lorsque après les victoires et les gloires de FEmpire arrivèrent les désastres, quand Napoléon devint Buonapûrte, le Gouvernement provisoire et celui de Louis XVIII mirent impitoyablement à Técart tout ce qui pouvait rappeler son souvenir. Une des premières mesures que prit Tadministration des Domaines, fut de faire disparaître, en quelques heures , écussons, chiffres, emblèmes impériaux. C'est, paraît-il, la préoccupation dominante de tout gouvernement qui se constitue. Si futile que semble la chose au premier abord, il faut admettre néanmoins qu'elle ait une certaine importance, et qu'aucun souverain ne puisse reposer paisiblement sous des lambris agrémentés du chiffre de son prédécesseur, puisque tous
TtO LE CABINET NOIR.
les gouvernements commettent les mômes petitesses, sans en excepter la République, qui est pourtant un régime de nature essentiellement impersonnelle. Napoléon lui-môme poussa les choses si loin, qu'en 1810 Rovigo ordonna à Goulu, le graveur de THenri IV de Porbus, de briser la planche, et que M. Portalis eut beaucoup de peine à obtenir que cette planche et ses épreuves fussent simplement mises sous scellés. Elles y restèrent jusqu'en 1814.
D'ailleurs ce n'étaient pas seulement les emblèmes impériaux, c'était Bonaparte qu'on aurait voulu voir anéanti ; tout vaincu qu'il fût, la crainte qu'il inspirait était telle, que le Gouvernement provisoire d'avril 1814 s'attendait à chaque instant à voir sauter tous les monuments, et à sauter lui-môme avec l'Elysée ou les Tuileries.
Le conservateur du Musée d'artillerie et l'architecte du Louvre furent chargés d'examiner si en effet le palais des Tuileries n'était pas miné. Voici leur procèsverbal.
« Ce jourd'hui il avril 1814, nous Maillard de Lescourt, major d'artillerie ; Edme Régnier, conservateur du Musée d'artillerie; Prosper-Hector Chanal, chargé de l'administration du mobilier de la Couronne, et Pierre -François -Léonard Fontaine, architecte des palais du Louvre et des Tuileries, en exécution des ordres supérieurs qui nous ont été communiqués par M. le baron Mounier, commissaire pour l'intendance générale de la Couronne; nous nous sommes trans-
portés au château des Tuileries et l'avons visité dans le plus grand détail, particulièrement les caves, souterrains et pièces de rez-de-chaussée.
« Nous avons reconnu qu'il n'a été fait aucun dérangement aux pavés ou constructions, et que rien ne présente des indices de mouvements récents ou autres dispositions extraordinaires.
« Nous n'avons rien aperçu qui puisse donner des craintes pour la sûreté du lieu ou des personnes, en foi de quoi nous avons signé le présent.