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CHAPITRE XIX

Origine des Sociétés secrètes. — Franc-maçoiinerie chrétienne. — La Carhonaria, — L'unité de l'Italie. — Affiliation universelle. — Résurrection de l'Empire Romain.

Il est impossible de préciser la date à laquelle remonte la formation des premières Sociétés secrètes.

Les hommes, se rendant compte de leur faiblesse dans risolement, et de la puissance que leur donnait Tunion, ont dû, presque de tout temps, s'assembler en groupes dans le but d'améliorer le sort commun. Ces réunions sont devenues secrètes lorsque leurs intérêts étaient contraires à ceux des gouvernements auxquels elles étaient assujetties.

On retrouve, dans les temps les plus primitifs, des agglomérations humaines soumises à des impulsions occultes; ce n*est pas sans quelque vraisemblance que les francs-maçons font rémonter leur

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origine à la construction du temple do Salomon. L se trouvaient réunis, dans les chantiers, les maçons les frères do divers métiers, les compagnons et le maîtres.

Lors(]uc, à la fin du siècle dernier, on supprima le ; corporations, — que Ton s'efforce d'ailleurs de réta

blir de nos jours, dégagées de leurs abus, — Tartisai livré à lui-môme, sans contrôle, se considéra comm un homme libre ; mais bientôt, avec le sentiment d sa liberté il eut celui de sa faiblesse. Alors s'accrut 1 nombre des adeptes des Sociétés déjà existantes, etui grand nombre de nouvelles furent fondées. Leur per sonnel se recruta parmi les isolés, les faibles d'espri I ou de corps, les coureurs d'aventures, et ces masse

devinrent, entre les mains de quelques chefs habiles l de puissants moyens d'action.

^ Les grands-maîtres étaient l'esprit, l'âme de ce

' armées, dont les frères, les compagnons, tout le ba

^ monde, étaient les soldats et le corps. Les uns impri

maient une impulsion; les autres obéissaient san savoir ni vers quel but ni dans quelle direction ils de vaient se mouvoir.

. 93 a fait surgir autant de passions que d'intérêt

I nouveaux, et tous ceux qui se sentaient aptes à joue

un rôle de quelque importance, ont exploité à leu profit les anciennes et les nouvelles Sociétés.

Il existe bien de nos jours un assez grand nombn d'associations plus ou moins secrètes, mais en France la forme du gouvernement républicain donnanjt ui libre accès à toutes les ambitions, leurs véritable

chefs abandonnent la direction des troupes à des sous -ordres, qui doivent faire converger les efforts en vue de remporter des victoires électorales. On peut dire qu'aujourd'hui, si Ton comprend toutes les sociétés secrètes sous un même terme générique, la « franc-maçonnerie » n'est plus qu'une vaste organisation électorale.

L'importance de son organisation au commencement du siècle, tout le parti à en tirer, n'avait pas échappé au génie de Napoléon : aussi obligeat-il ses aides de camp à en devenir les grandsSmaîtres. Considérant les chrétiens comme une vaste association qui, pour ne pas être secrète, n'en célébrait pas moins dans le mystère ses cérémonies aussitôt qu'elle était persécutée, il pensa qu'il fallait encore tenir dans sa large main cette masse de croyants qui représentait la majorité de la nation. Il fit saisir le pape, leur grand-maître, lui dicta des lois, s'en fit un serviteur et un associé, avec lequel il échangeait entre temps les douces appellations de : « Comediantey tj^agediante. »

Les Concordats furent bâclés; la religion venait pardessus le marché, la politique faisant tous les frais du procès.

Après Napoléon, Louis XVIII, Charles X, Louis- Philippe se sont également servis des Sociétés secrètes ; mais c'est encore un Bonaparte, Napoléon III, qui a cherché à endiguer à son profit cette grande force vive du corps social, en lui imposant des chefs choisis parmi ses conseillers intimes.

L^ CABIKBT SOIR.

L* première moitié de ce sîide a donc tu grand nombre de ligues politiqoes de tont dont la plus imporUote et la mieux oTfa sans contredit, la Carbonaria.

Les Carbonari ont marché avec courage, rance et abnégation, vers un but déterminé de l'Italie. Ils sont arrivés i leurs fins après ans d'efforts, et ont réalisé dans toute soi le programme qu'ils s'étalent imposé, en { couronne sur la t^te d'un prioce de ta a Savoie- La qualification de Carbonari fut d'aborc par les lazzaroni de tapies en 1798. pendan Français, sous les ordres du général Cbac étaient maîtres de ce royaume. Les chefs de ( dérés détestaient les Français; ils se réunissi des cavernes, dans des lieux écartés, sous le ment de charbonniers, afin d'y organiserleui de résistance et d'y comploter à l'abri des n de l'autorité.

De 1 SOS ii 1 809, les Carbonari furent très r ils firent même, à ces deux dates, les ouve plus favorables au gouvernement autricbien furent trahis dans leurs négociations par hommes du cabinet de Vienne, vendus à li Un ambassadeur ù Paris, M. le comte de suus les yeux du gouvernement français les les noms des agents les plus actifs. Napoléon quelques meneurs.

En 1812 el 1813, les Italiens qui voulaien

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rer CQnIrô le pouvoir de Napoléon, trouvèrent le titre de « charbonniers » peu en rapport avec la gran* deur de leurs projets, et prirent, pour relever leur considération, le nom d'Unionistes d'Italie.

Leur but était d'affranchir l'Italie et de la réunir tout entière sous un seul gouvernement : Rome, Naples, le Piémont et tous les petits États, formant ensemble une population de plus de dix-huit millions d'âmes, furent compris dans ce projet d'organisation, — de là leur nom d'Unionistes. Depuis cette époque, la ligue patriotique italienne n'a jamais cessé d'exister et a toujours conservé une grande vitalité. Ses plans ont été plusieurs fois communiqués aux cabinets européens, notamment à celui de Saint- James.

Au commencement de la campagne de Russie, les Unionistes, se prévalant de l'absence de troupes françaises et italiennes, devinrent plus actifs, et s'entendirent avec certains Philadelphes de Paris, association républicaine très vivace répandue surtout dans Tarmée, qui se proposait de renverser le gouvernement impérial.

11 fut résolu comme principe fondamental, par cette vaste association, que la France et l'Italie seraient indépendantes l'une de l'autre, et que deux Consuls^ l'un civil, l'autre militaire, seraient placés àlatôte de chaque gouvernement. Ces gouvernements devaient être représentatifs.

Ce fut par suite de ce plan que la conspiration du général philadelphe Mallet fut organisée, et nullement,

paralt-fl, comme l'ont aTancé divers historiens, daos le bot de restihi' r le trône de la France à ses héritiers dits légitimes.

On devait offrir la paix aux Alliés en cas de succès, donnant les Alpes, le Rhin, les Pyrénées pour frontières à la France, et payant on tribut à l'Autriche afin d*obtenir sa protection.

L'empire de Napoléon était alors tout-puissani, le gouvernement autrichien ne voulut point se prêter à ces vues. S'il les eût acceptées, l'Italie eût, dès cette époque, — fatto da se, — secoué le joug que lui avait imposé Napoléon. Les motifs que fit valoir le cabinet de Vienne furent qu'il avait surlltalie « des droits imprescriptibles », et qu'il ne voulait pas qu'on lui imposât de reconnaître pour la Péninsule une forme particulière de gouvernement.

. Lorsque la conspiration de Mallet fut découverte, l'action des Unionistes se trouva momentanément paralysée. Mais l'association secrète s'étendit sur toute la surface de l'Italie ; le Piémont, la Yalteline, Venise et les Galabres, Rome et Milan eurent leurs vente, — lieux de réunion des Garbonarî, — et constants dans leur but comme dans leurs efforts, les Unionistes tournèrent contre la domination autrichienne la haine qu'ils portaient à Napoléon et à tout ce qui émanait de lui.

Ce but était toujours raffranchissement de l'Italie, la réunion des divers gouvernements en un seul, avec Home pour capitale. Ils ont soutenu une lutte acharnée contre tout ce qui pouvait entraver la réalisation

SOCIÉTÉS SECRÈTES. 3l->

de leurs espérances, ont conquis pied à pied Tindépendance du sol sacré de la patrie ; et comme un des leurs, Napoléon III, après s'être servi d'eux, ne se hâtait pas de teiiir ses engagements charbonniques envers la famille commune, Orsini et Pietri furent chargés de venir le tuer à Paris, — ce qui faillit arriver devant rOpéra lors de Vaffaire des bombes^ où deux balles traversèrent son chapeau.

Napoléon III, rappelé à ses engagements, fit la guerre d'Italie, contribua puissamment en 4860 à la réalisation du rêve pour lequel tant de cœurs avaient battu. Nos malheurs, nos désastres de 1870 sacrèrent enfin Rome capitale.

Au moment où les Carbonari se formèrent en société distincte, l'Europe était couverte de sectes politiques nombreuses. En Italie, les unes étaient cléricales et conservatrices, d'autres cléricales unitaires, d'autres encore d'un anti-cléricalisme intransigeant ; mais le but ûnanimementpoursuivi était toujoursTunité nationale.

La secte des Gonsistoriaux recrutait ses adeptes parmi les conservateurs cléricaux. Eux aussi voulaient l'unité du pays, mais en le soumettant aux nobles et aux prêtres : quelques-uns des chefs souriaient à l'idée de rétablir l'Inquisition. Les Adelphes étaient les intransigeants de l'époque ; peu enclins à la superstition, ils plaçaient à la tête de la Fédération un prince de la maison de Savoie, qui s'engageait en retour à combattre le pape, à le déposséder de ses États et à inaugurer un gouvernement libéral.

On comptait des Àdelphes dans toutes les classes de la société; mais il est digne de remarque que le peuple et les nobles y étaient fort peu représentés. La grande majorité des compagnons appaj:*tenait à la bourgeoisie, — au mezzo-cetto, — et, si bizarre que cela puisse paraître, au clergé. Lorsqu'ils se fondirent dans les Carbonari, un grand nombre des officiers de Tarmée de Murât se firent initier.

Murât les poursuivit vivement, tant dans son armée que dans ses Etats, jusqu'en 4814; puis lorsqu'il voulut, en 1815, armer l'Italie contre l'Autriche, H rechercha leur appui ainsi que celui des autres associations qui suivaient l'étendard de l'indépendance italienne. Mais il était trop tard.

Pendant un grand nombre d'années, les chefs des Adelphes étaient choisis parmi les ministres de la cour de Sardaigne. Les ducs de Modène étaient les grands-maîtres des Consistoriaux, combattaient naturellement les Adelphes, et tenaient, grâce à Metternich qui servait d'intermédiaire, la cour d'Autriche au fait de leurs agissements.

Quant au roi de Sardaigne, ses ministres étaient plus royalistes que lui : désigné pour ceindre la couronne d'Italie, il n'en protégeait pas moins sous main, àl'insu de ses conseillers, mais d'accord avec le duc de Modène, les Consistoriaux. Affaire de tempérament.

Rome avait jusque dans les antichambres du pape de hauts dignitaires, des princes de l'Église, appartenant aux différentes sectes. Lorsque l'avocat Domassi fut arrêté par les ordres du gouvernement romain,

— capture importante, car Domassi était un des chefs du parti anti-clérical, — il était à supposer que pour lui aucun cachot ne serait trop obscur, aucune chaîne trop pesante.

Au contraire, à Rome, M«' Pacca, gouverneur de la ville sainte, lui donna son propre palais pour prison ; on eut pour lui les plus grands égards, ce qui pouvait pa^ raître d'autant plus surprenant que Metternich tenait aussi la cour de Rome au courant de tout ce qu'il apprenait sur lesCarbonari, et faisait parvenir à M»' Pacca luimôme les extraits des Rapports qui lui étaient adressés.

Les Garbonari étaient donc fort bien organisés; et s'ils n'ont pu, dès le début, mettre à exécution leur programme jusque dans ses moindres détails; s'ils ont dû passer par les étapes de 1860, de 1870, — c^est qu'il faut faire entrer en ligne de compte les événements inattendus que la sagesse des hommes ne saurait prévoir.

L'Italie devait être partagée en onze régions, ayant pour chefs-lieux Rome, Naples, Cosenza, Modène, Florence, Bologne, Gênes, Venise, Milan, Turin, Ancône.

Les grands-maîtres, seuls dépositaires du plan secret, cherchaient des appuis auprès de tous les Cabinets européens qu'ils supposaient disposés aies servir dans leur vaste et patriotique entreprise.

Il est instructif — et très rarement donné — de pouvoir parcourir une des pièces de la diplomatie de ces sociétés fantastiques, qui, après tout n'avaient réellement de fantastique que le^ «, bagatelles de la

porte » destinées à frapper rimagination du commun, des mortels.

Voici un document qui fut communiqué très secrètement à lord Castelreagh en 1813; on pourrait le retrouver sans aucun doute dans le cabinet de Garlton House. Il prouve combien, dès cette époque, le but que poursuivaient les Garbonari était nettement déterminé.

Ce qu ils voulaient en 1813, en 1820, en 1830, ils le voulaient encore en 1860, en 1870. Fait assez étrange, et caractéristique de Timprévu des événements, organisés pour affranchir Tltalie en renversant un Napoléon, c'est à un autre Napoléon placé grâce à eux sur le trône de France, qu'ils durent en grande partie la réalisation de leurs espérances.

Le projet de décret suivant, rédigé dans la venta de Bologne et envoyé en Angleterre, fut remis à lord Castelreagh par le comte Comelli de Stuckenfeld, ancien officier autrichien, qui avait pris du service dans l'armée française lors de la première invasion de l'Italie. Il devait être présenté, et le fut en effet, à Sa Majesté Georges IV, alors prince-régent du Royaume-Uni.

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