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BUREAU PARTICULIER

Monsieur le Directeur général.

Conformément à la lettre confidentielle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 29 mai dernier en réponse à celle que je vous avais adressée le 13 dudit, j'ai écrit le 5 du courant au sieur Antinori, une lettre dont je joins ici copie.

Je reçois par le courrier de ce jour la réponse de ce particulier, que je joins également à la présente.

D'après vos instructions, je me borne à vous référer le tout, et je m'abstiens de toute correspondance ultérieure avec cet étranger, mais je vous écris aujourd'hui par télégraphe.

Je suis avec respect, etc.

PERMON

Lyon, le 5 juin 1820.

A Monsieur Antinori, poste restante à Lausanne.

Monsieur,

J'ai reçu les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous êtes libre de m'adresser par écrit les

renseignements que vous m'annoncez avoir à fournir : je pourrai alors apprécier leur importance.

Mais si vous vous refusez à employer cette voie, vous m'autoriserez à en conclure que vos offres sont chimériques.

Recevez, etc.

Le Lieutenant de Police,

PERMON

Lausanne, le 12 juin 1820.

A Monsieur de Permox,

Convenez de bonne foi, Monsieur, que sans les récents événements de Paris, que je vous avais annoncés il y a deux mois, vous n'auriez pas eu la bonté de répondre en date du 5 juin à mes deux anciennes lettres.

Événements, qu'on aurait pu prévenir si vous aviez communiqué ma dernière lettre à Son Altesse Royale, événements qui ne sont que le prélude de votre ruine inévitable et prochaine : mais je suis trop rompu aux affaires pour pouvoir accéder à votre demande de vous communiquer ce que je ne pouvais communiquer qu'à Son Altesse Royale directement, ou tout au plus dans ce moment aux ministres de Sa Majesté. Vous n'avez qu'un moment pour vous sauver, et je vous en offre les moyens, dont je réponds sur ma tête; ce moment passé, vous êtes perdus irrémissiblement ; mais je ne communiquerai le danger que verbalement aux ministres de Sa Majesté, et sur leur invitation positive et directe de me rendre à Paris à cet objet.

C'est à vous, Monsieur, d'après ces données et d'après l'échantillon que je vous ai donné, d'examiner ce qu'il vous convient de faire : pour moi je vous servirai si vous voulez, je vous plaindrai dans le cas contraire; mais tout en gémissant sur vos malheurs et sur votre ruine, je ne cesserai d'être personnellement avec les sentiments de la plus parfaite estime et considération,

Votre très humble, etc.

ANTINORI.

P. S. Si vous n'avez pas la bonté, Monsieur, de répondre poste courante, je vous préviens que je me considère comme dégagé de toutes mes promesses; d'autant plus que sans un motif décisif je ne compte pas rester longtemps ici.

Le lieutenant de police du département du Rhône invite alors son correspondant à se rendre à Paris. Nous n'avons pas sa lettre. Elle a dû rester entre les mains d'Antinori, et M. de Permon n'en a pas fait parvenir copie au Directeur général ; mais elle lui attire la réponse suivante en date du 26 juin 1820.

Lausanne, le 26 juin 1820.

Monsieur de Permon,

Si j'étais difficile, ou moins bien intentionné, je pourrais, monsieur, faire des observations sur la manière dont vous m'invitez à me rendre à Paris, et sur la personne à qui vous m'adressez : mais je ne regarde que votre danger imminent, et j'embrasse sans balancer l'occasion de vous en garantir; mais vous êtes trop raisonnable pour exiger qu'en s'agissant de vous rendre un service essentiel et inappréciable, ce soit moi qui doive supporter les frais de voyage de translocation : je ne demande des récompenses que quand on aura apprécié mes communications et profité de mes services; mais mes finances ne me permettant pas de faire des avances, vous ne trouverez pas mauvais, monsieur, si j'attends que vous ayez la bonté de m'envoyer un ordre de cinquante louis pour me mettre en route à l'instant même que je les recevrai.

Vous auriez tort, monsieur, si vous pouviez douter que votre gouvernement puisse jamais regretter cette petite somme, puisqu'il s'agit de son salut, dont je réponds sur ma tète, mais je vous prie de m'excuser si je ne puis m'en

passer, et vous pouvez compter sur mon exactitude et mon

empressement à vous convaincre de mes promesses; c'est

pourquoi je vous remets mon reçu, dont vous ferez l'usage

convenable.

Votre réponse, monsieur, décidera du moment de mon

départ, et j'ose vous assurer positivement que mes révélations

sont de nature à sauver par leur importance votre patrie des

dangers affreux qui la menacent, et à assurer sa tranquillité

et son bonheur, et dans le même temps je ne dois pas vous

cacher que les instants sont précieux au delà de ce que

vous pouvez imaginer.

J'ai l'honneur, etc.

ANT1NORI.

Le Département de la Police ne veut plus perdre un instant : il faut faire venir à Paris ce trouble-fête, ce prophète de malheur. Naturellement on lui paie son voyage, en attendant qu'on lui paie son silence.

Il adresse son premier reçu.

J'ai reçu de M. de Permon, lieutenant général de Police à Lyon, cinquante louis d'or, que je lui ai demandés pour me rendre de Lausanne à Paris, où je promets d'être le... de ce mois de juillet; à l'effet de me présenter chez Son Excellence le Directeur général de l'Administration départementale et de la police du Royaume, en exécution du contenu de mes lettres adressées au dit M. de Permon.

ANTINORI.

Lausanne, juillet 1820.

De passage à Lyon, Antinori va présenter ses hommages à M. de Permon. Il ne lui dévoile pas ses secrets, mais il lui inspire une sainte frayeur; l'expression en est répercutée de collines en collines par les grands

bras du télégraphe, qui s'élevant dans les airs, gesticule avec effarement.

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