CHAPITRE VI
L'Impératrice Joséphine complice de l'évasion du Dauphin. — Une page de Louis Blanc. — Son père et la liste civile. — L'enquête de Louis XVIII. — Qu'en pense le comte Angles? — Une lettre de Jules Favre.
L'Impératrice Eugénie disait, il y a quelques mois, à une de ses anciennes dames d'honneur, qu'il était de tradition dans la famille desBonapartes que Joséphine avait contribué à l'évasion du Temple, et que sa mort si soudaine, si étrange, pouvait bien avoir pour cause ce qu'elle avait eu l'imprudence de révéler à ce sujet.
Nauendorff était-il véritablement le fils de Louis XVI ? Ceci est, je le répète, une question qu'il ne m'appartient pas de résoudre. Je suis simplement convaincu que le Dauphin n'est pas mort au Temple, mais ceux qui déniaient à Nauendorff son identité, auraient dû — c'était élémentaire,— établir son véritable état civil. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait? Car lorsqu'on
parcourt les nombreux documents réunis par Jules Favre, il faut être de mauvaise foi ou bien borné d'esprit pour ne pas reconnaître en Nauendorff un personnage politique. Il était donc doublement intéressant, — et pour la police ce devait être un jeu d'enfant, — de trouver son père. Pourquoi encore ne l'a-t-on pas fait? Je tiens à produire une dernière attestation qui confirme de la façon la plus absolue et la plus authentique le fait dont a parlé l'Impératrice Eugénie.
Aujourd'hui, le 6 juillet 1840, par devant Me John Sise Venn, notaire public à Londres, dûment admis et juré, se trouvant à Gamberwell Green, n°8, près Londres, et les deux témoins soussignés, qui ont atteste l'identité de la comparante, fut présente Mme Catherine Hyde, marquise de Broglio-Solari, laquelle comparaissant en présence de moi, notaire, et desdits témoins» a déclaré solennellement comme suit, savoir :
Moi, Catherine Hyde, marquise de Broglio-Solari, anciennement attachée au service de Sa Majesté Maiie-Antoinette et connue sous le nom de la petite Anglaise, je déclare ce qui suit :
1° Que me trouvant à Bruxelles avec mon mari, le mar- <;uis de Broglio-Solari, ministre de la République de Venise, pendant l'hiver de 1803, nous fûmes invités à dîner chez Barras, un des ex-Directeurs de la République Française.
Bonaparte étant devenu le sujet de la conversation entre mon mari et Barras, ce dernier, un peu échauffé par le vin, s'écria : « Il ne réussira pas dans ses projets ambitieux, car le fils de Louis XVI existe. » Ceci se passait en 1803. A cette époque, le préfet Pontécoulant avait reçu l'ordre de ne laisser visiter Barras que par des étrangers.
2° Que mon mari et moi, nous étions présents à la vente
que fit cet ex-Directeur au général Moreau, de la terre de Grosbois, anciennement appartenant au comte de Provence, fait que je cite ici comme une preuve de l'intimité de Barras avec mon mari, qu'il appela à signer au dit contrat de vente.
3° Qu'ayant passé quelque temps avec Hortense, reine de Hollande, à Augsbourg, vers l'année 1819 à 1820, elle me confirma dans plusieurs conversations l'évasion du Dauphin du Temple, et qu'entre autres choses elle me dit que, lorsque l'empereur Alexandre et le roi de Prusse allèrent visiter Joséphine, ils lui dirent : « Qui mettrons-nous sur le trône de France? » et Joséphine leur répondit : « Naturellement le fils de Louis XVI. »
4° Qu'ayant appris à Londres qu'un personnage, demeurant à Camberwell, se disait être le fils de Louis XVI, je sollicitai une audience, et, l'ayant obtenue, j'acquis la ferme et parfaite conviction, par les faits qui sont venus à ma connaissance et par les preuves que Son Altesse Royale m'a données, que lui, Charles-Louis, duc de Normandie, autrefois connu sous le nom de Naùendorff, est le véritable fils de Louis XVI et de Marie- Antoinette.
Je m'empresse donc d'offrir à Son Altesse Royale cette présente déclaration, affirmant devant Dieu et devant les hommes que tout ce qu'elle contient est l'exacte vérité.
En foi de quoi j'ai signé :