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La question concernant les Pays-Bas et la Prusse-Rhénane

2. « Il n'a pas dépendu alors de la Prusse que les Français ne fui sent pour longtemps bridés et domptés, que Metz et Strasbourg, avec l'Alsace et la Lorraine, ne soient maintenant des pays allemands. »

Comités directeurs d'un grand nombre de Sociétés secrètes et les membres épars de la famille impériale.

Les archives de la Police sont bourrées de Rapports à ce sujet, et de délations d'affidés. Le dévouement envers l'Empereur et sa dynastie se manifestait généralement en raison inverse de l'élévation des grades de ses anciens compagnons.

Tous ceux — ou presque tous — qui avaient été comblés des bienfaits du maître, prenaientassez philosophiquement leur parti du nouvel état de choses. En ■effet quel repos! hier c'étaient des dangers à courir, des victoires à remporter... Aujourd'hui il ne fallait plus que plaire au roi, parader à la cour. Pour ceux qu'une telle ambition laissait indifférents et qui n'étaient mus que par l'intérêt du cœur, leurs souvenirs, leur espoir tenace dans une restauration, les poussaient à la résistance à outrance.

Decazes fut un moment si préoccupé de ce qui pourrait se produire car les petits, quoique plus faibles, sont naturellement beaucoup plus nombreux que les grands, — qu'il pensa à placer le duc de Reichstadt sur le trône de Ruenos-Ayres, à supprimer les effets en supprimant la cause.

Cette combinaison, on l'a vu dans les extraits de lettres et de dépêches que j'ai produits sur le duc Decazes, souleva la colère des Anglais : en effet, il leur était bien commode de peser sur les transactions politiques européennes du poids que leur donnait la possibilité de relâcher Ronaparte à leur convenance; d'autre part cette royauté du duc de Reichstadt à

Buenos-Ayres pouvait porter une atteinte grave à leur commerce, ce cher commerce auquel ils sacrifient tout, jusqu'à l'honneur, jusqu'à la parole donnée.

Mais le duc de Reichstadt ne devait pas régner, ni à Buenos-Ayres, ni en France. L'échiquier des intérêts européens était trop compliqué pour qu'on pensât sérieusement à le sortir de son obscurité, et sa mort, à laquelle un poison intelligent n'a sans doute pas été étranger, devait affranchir les trop craintifs souverains d'une menace constante.

Les Sociétés secrètes s'agitaient cependant ; les espérances, les intérêts étaient en ébullition ; Marie- Louise seule prenait les choses avec calme et indifférence. Niepperg veillait, de son œil de cyclope, aux portes de ses États, dont l'entrée était rigoureusement interdite à quiconque était suspecté de sympathies bonapartistes. Les quelques personnes qui parvenaient jusqu*à elle ne lui trouvaient pas les sentiments dont on aurait voulu la voir animée.

Le prince d'Eckmùhl, Caulaincourt, le général Sébastiani, Braunau, et quelques autres qui appartenaient à l'ancienne garde impériale, tels que le général Teste, le général Janin, étaient à la tête de la conspiration. Ils comptaient, sans avoir pourtant d'assurance positive, sur le concours de la Russie. Ils savaient que l'empereur Alexandre, dans les diverses entrevues qu'il avait eues à son arrivée à Paris avec des généraux français et avec le cardinal Fesch, leur avait dit que s'il était entré dans la capitale avant les autres alliés, les choses se seraient

arrangées différemment, parce qu'il prenait vivement à cœur les intérêts de Marie-Louise.

Un apothicaire qui avait épousé la fille d'une Corse au service de Mmc Lœtizia, centralisait rue Saint-Honoré les correspondances particulières des partisans d'une restauration impériale. Il se chargeait des lettres qu'on voulait lui faire parvenir, et les courriers prenaient la route des Grisons et de la Suisse.

Il y avait à Ferney, à une lieue de Genève, un groupe de réfugiés travaillant ardemment au retour de Napoléon IL, parmi eux les généraux Dupas, Beauchâteau et Ghastelard. Comme il fallait se reconnaître à un signe extérieur, ils attachaient presque tous à la boutonnière de leur vêtement de drap bleu turquin un petit bouquet d'herbe Louise. Ils devaient de plus être munis, comme signe de ralliement, d'un morceau de parchemin sur lequel était imprimé un cachet de cire d'Espagne aux armes de l'ex-Impératrice. Enfin, un des emblèmes dont se servaient ces fidèles était un trèfle à quatre feuilles.

D'autres généraux et un grand nombre de personnes notables ne résidant pas toujours à Ferney, étaient également d'actifs serviteurs de la cause ; on y comptait d'Arnaud, le comte de Lescaréne, Baraguey d'Hilliers, Michel Braume, Morand, Morlan, Janin, Meunier, Gros.

La police, tenue au courant de leurs agissements par un traître dont je ne crois pas devoir consigner le nom, fit arrêter Mme Cécilia Monti d'Arnaud, qui lui était signalée comme une des fanatiques du parti.

Voici ses aveux au Directeur de la Police du royaume Lombard-Vénitien chargé de l'interroger :

« Je commence par déclarer que tout ce que j'ai pu faire ou dire capable de porter ombrage au gouvernement autrichien ne m'a été dicté par aucune idée de nuire à la tranquillité ni au repos des Etals de Sa Majesté Impériale, pour laquelle j'ai tout le respect qui lui est dû, mais seulement par le désir de contribuer au bonheur de la malheureuse France, que je regarde comme ma seconde patrie.

« Lorsque Marie-Louise régnait en France, elle m'a donné tant de preuves de sa bonté, que je croirais manquer à un sentiment sacré, celui de la reconnaissance, si je ne conservais pas pour elle l'attachement respectueux que m'ont inspiré les grâces dont elle m'a comblée. C'est dans cette intention, — je l'avouerai franchement, — que j'ai voulu lui faire connaître que tous les bons Français sont dévoués à sa cause ; de manière qu'elle n'aurait qu'à se présenter aux frontières du royaume pour être reçue à bras ouverts, — pourvu cependant qu'il plût à son auguste père de lui donner son appui souverain ; parce que, si l'on désire en France le retour de Marie-Louise, tous les bons Français n'en désirent pas moins que cela se fasse d'une manière régulière et de concert avec la cour impériale de Vienne, afin de prévenir tout désordre.

« J'ai été provoquée à faire cette démarche par plusieurs personnages puissants, qui sont maintenant

disgraciés, tels par exemple que le prince d'Eckmiïhl, Caulaincourt, duc de Vicence, le général Sébastien, Braunau et autres, qui appartenaient à l'ancienne garde impériale,. — tels que les généraux Teste et Janin. Tous, au moment de mon départ pour l'Italie, me recommandèrent de voir, si je pouvais, l'archiduchesse Marie-Louise, et de savoir si elle voulait écouter une fois les vœux de tant de Français qui lui ont voué le plus profond attachement, en revenant régner parmi eux comme régente de son fils, qui partage avec elle l'amour des bons Français.

« Je n'ai pu réaliser ce projet, en raison des obstacles et des persécutions que m'a fait éprouver une société très dangereuse qui infeste aujourd'hui l'Italie et autres parties de l'Europe : je veux parler des Carbonari.

« Je suis venue en Italie au mois de janvier 1815; peu de moments avant de partir, je fus appelée par le général Soult, alors ministre de la Guerre. Il me dit que j'étais dans le cas de donner à la famille impériale de nouvelles preuves de mon attachement, puisqu'il était à peu près certain que Napoléon serait bientôt sorti de l'île d'Elbe et rentré en France. Il ajouta que le roi de Naples Joachim étant passé incognito dans l'île de concert avec lord Bentinck pour y traiter avec Napoléon, il avait été convenu que ce prince tiendrait prête son armée et la porterait sur les frontières du royaume de Naples, jusqu'à ce qu'il eût reçu de France des ordres ultérieurs. Le maréchal, doutant de la bonne foi de Joachim, finit par

me dire que je devrais me rendre en Italie pour surveiller sa conduite, parce qu'il s'était mis à la tête des Carbonari d'Italie. Il ajouta qu'à cet effet il avait expédié d'autres personnes dans le Ferrarois, qui devaient dépendre de moi et recevoir une direction, etc.. »

En résumé, non seulement Marie-Louise ne fit rien pour encourager les efforts de ses partisans, mais elle eut soin de tenir la cour de Vienne au courant de leurs manœuvres, et de lui faire parvenir les lettres confidentielles qu'on se croyait le devoir de lui adresser.

Elle s'est consolée de la chute de Napoléon, — ou plutôt de sa propre chute, — dans les bras de Niepperg. Elle s'est consolée de la mort de Niepperg dans ceux de M. de Bombelles ; de la mort de son fils par un mariage secret; et il fallait qu'elle fût, comme je l'ai dit en commençant, d'un caractère bien méprisable, pour qu'on osât lui adresser des lettres comme la suivante, que j'extrais des archives du Cabinet noir, et qui montre l'opinion de ses intimes sur les sentiments qu'elle professait à l'égard de Napoléon.

Lettre de lady Burgfiersk à la duchesse de Parme.

« Madame,

«Avant de quitter Paris, j'ai eu la grande satisfaction de recevoir l'aimable lettre de Votre Majesté, qui m'a fait pleurer d'attendrissement et de reconnaissance pour tout l'attachement qu'elle daigne me témoigner.

Je suis restée quelques jours de plus que je ne voulais à Paris, à cause d'une forte attaque de bile qui m'a beaucoup fait souffrir et maigrir plus que jamais.

« Nous sommes heureusement arrivés à Londres, vendredi passé, et j'ai eu le bonheur de trouver toute ma famille en bonne santé; mais le souvenir de ma pauvre chère cousine empoisonne toute la joie que nous aurions de nous trouver ensemble.

« George a parfaitement bien supporté son grand voyage, quoiqu'il ait eu le mal de mer. Il est étonnamment fortifié et embelli depuis peu, et tout le monde l'admire beaucoup.

« J'avais écrit jusqu'ici, lorsqu'on est venu m'annoncer l'événement arrivé à Sainte-Hélène, le 5 mai dernier. Tout ce qui peut influer d'aucune manière sur le sort de Votre Majesté ne peut que m'être sensible ; aussi je voudrais bien être, dans ce moment, à portée de me rendre auprès d'Elle.

« On ne doit point se réjouir d'un événement de cette nature, mais comme il n'y a rien qui me tient plus au cœur que le bonheur et la tranquillité de Votre Majesté, j'espère qu'il m'est permis d'entrevoir pour Elle un avenir où il entrera plus de l'un et de l'autre qu'Elle n'a connu jusqu'à présent.

« Je commence à désirer bien impatiemment des nouvelles de Votre Majesté, et malgré tout le bonheur que je ressens en me trouvant dans le sein de ma famille, je pense avec joie à mon retour en Italie, et je puis dire que c'est uniquement pour avoir le bonheur de revoir Votre Majesté.

«Parle premier courrier qui partira, j'enverrai les couleurs à peindre et les robes, et j'espère que Votre Majesté me fera l'honneur de me donner d'autres commissions.

« En faisant mille vœux., du fond de mon cœur, pour ce qui peut rendre Voire Majesté heureuse et la consoler de tous les sacrifices qu'elle a faits jusqu'à présent, je la prie de vouloir bien recevoir les hommages respectueux, etc., etc. »

L'événement dont on ne doit pas se réjouir, — mais dont on se réjouit quand même, — est la mort de Napoléon ; lorsque cette nouvelle parvint à Marie- Louise, elle était à son septième mois de grossesse des œuvres du comte de Niepperg; elle n'avait donc pas attendu que Dieu la dégageât de ses liens terrestres, pour se consoler de tous les sacrifices quelle avait faits jusqu'alors, à la grande admiration de sa dame d'honneur... Seul hommage que lui réservât la postérité.

Notre tâche est terminée. Le résultat répondra-t-il à nos efforts? *

Si nous sommes parvenu à provoquer un jugement plus exact sur certains faits et certains personnages historiques, notre but aura été pleinement atteint, et nous nous croirons en droit de constater que, si les envers de l'histoire ont toute la brutalité du réalisme, il ne s'en dégage pas moins une haute et consolante morale.

Ce n'est pas toujours, en effet, une curiosité malsaine qui pousse le public à rechercher des révélations où lui apparaissent dans une nudité humiliante, ceux qui hier encore étaient ses maîtres : c'est au contraire un sentiment des plus naturels et des mieux justifiés, car en découvrant chez les grands d'indignes faiblesses et des turpitudes dont la seule pensée révolte — on relève la tête, on se sent porté à s'estimer davantage.

Que les lecteurs impartiaux auxquels il s'adresse accueillent favorablement ce volume, et nous en publierons d'autres, car nous n'avons reproduit qu'une bien faible partie des précieux documents inédits que nous possédons.

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