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monarque se détachait en lambeaux ; il se dégageait dans la chambre une odeur d'une fétidité repoussante '.
Les bulletins étaient toujours rédigés dans le même esprit de servilité. Rien n'y laissait prévoir que le roi était aux portes de l'éternité.
Le mardi, 10, à 3 heures 20 m., après midi, selon la relation d'un contemporain, Louis XV avait cessé de souffrir -. A cet instant, on vit une bougie s'éleindre : c'était le signal convenu ^ par les ciiels des écuries, avec les gens qui se trouvaient dans la chambre du roi, pour annoncer la lin du monarque. Louis XV étant mort d'une maladie contagieuse *,
.. ' Le spectacle était affreux. A peine le moribond put-il prononcer le mot Amen, quand les prières fureiit terminées... « Les ■^croûtes l'empêchaient de voir... Le roi avait un masque comme |p du bronze, et grossi par les croûtes... la bouche ouverte, sans que le vidage d'ailleurs fût déformé, ni montrât l'agitation, enfin, comme une léle de More, de nègre, cuivreux et enjlé. » llccit du duc de Crôy.
' D'après le D' Mauricet, qui a eu sous les \eux les pièces originales, le roi serait mort « le ii, à trois lieures et quart du matin, après un vomissement. » Le lendemain était le jour de la fête de l'Asi jnsion.
• Mémoires de M"* Campan.
* Voici quels furent les ordres donnés par Louis XVI, dèt son !
3oa LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
la nécessité s'imposait, dans l'intérêt général, de supprimer toutes les formalités observées d'ordinaire après la mort des souverains. Comme le disait une leuille anglaise de l'époque, Louis XV devait être inhumé priuately, c'est-à-dire en simple particulier *.
On avait bien pensé un moment à l'embaumer ; le premier gentilhomme de la chambre, le duc de Villequier, avait donné l'ordre au chirurgien Andouillé d'ou^Tir le corps de Louis XV et de procéder à l'embaumement, mais celui-ci ayant répliqué : « Je suis prêt, vous tiendrez la tête pendant que j'opérerai, votre charge vous l'ordonne », le duc n'avait pas insisté.
Le vide ne tarda pas à se faire autour du cadavre. A l'exception de ceux que le devoir de leur charge retenait au palais, tout le monde avait pris la fuite. Une heure après la mort du roi, le A^alet de cham-
avènement, pour dissiper le « venin », comme on désignait alors l'élément infectieux : « A l'égard de l'appartement du Roi, l'intention de S. M. étant que l'on remédie aux pièces qui ont pu contracter du venin, il convient de lessiver la pièce du Conseil, en conserver les fonds, autant que faire se pourra, pour être blanchie. En faire de même de la pièce de la pendule et de la petite antichambre des chiens et la petite salle à manger. Quant à la petite chambre à coucher, il convient de remettre un parquet neuf, de refaire le plafond qui est lézardé, lessiver et rcgrallcr au vif les corniches et lambris pour être blanchis et réparés pendant Compiègne et être dorés ensuite quand S. M. l'ordonnera ». Bulletin de la Société des sciences morales, des lettres et des arls de Seine-et-Oise, iSgS, n° I, p. l4« * Gentlemaa's Magazine, mai 177'».
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bre Laborde lui avait passé une chemise blanche. Au bout d'un assez court espace de temps, le corps était devenu aussi blanc que la chemise ; on n'y apercevait plus trace de variole, « parce que tout était rentré en dedans n.
On ensevelit le cadavre dans un cercueil de plomb, « enduit d'un mastic composé de chaux, de vinaigre et d'eau-de-vie camphrée, qu'on avait soudé sur le champ et enfermé dans un double cercueil de bois de chêne ^ » Les deux cercueils étaient séparés par uq lit de son.
Au moment où on emportait le cadavre ', dans les allées de Versailles, le peuple criait : « Tayaut, Tayaut!», tandis qu'à Saint-Denis l'on chantait: « Voilà le plaisir des dames, voilà le plaisir ^ 1 »
* Journal de Hardy, loc. cit., p. 887.
^ Le convoi se fit le i3, à la lueur des Qambeaux ; il n'était composé que de trois voilures de la cour à huit chevaux, dans l'une desquelles était le cercueil couvert du manteau royal et surmonte de la couronne. Les coins du poêle étaient portés par les grands officiers de la couronne. Dans la seconde voilure étaient les évoques ou ecclésiastiques nécessaires à celte pompe funèbre ; et, dans la troisième, M. le duc d'Orléans avec quelques seigneurs. Le tout était accouapagné d'un détachement de difiTérenls corps de la maison du roi et des valets de pied avec des flambeaux. (Extrait d'une lettre datée du i4 mai 1774 et dont nous devons la connaissance au D' Mauriceti.
" Revue rélrûspecllve, t. III (l834). P- 4a.
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La morl du roi provoqua une pluie d'épîtaphes satiriques ' ; celles que nous allons citer suffiront à donner le ton. Commençons par une des moins méchantes :
Cj-gist Louis le quinzième,
Du nom de Bien- Aimé le deuiicmo.
Dieu nous préserve du troisième!
Eu vo'.cl trois autres, plus malicieuses :
Cit-gît le bien-aimé Bourbon, Monarque d'assez bonne mine, El qui paye sur le charbon Ce qu'il gagnait sur la farine.
Ami des propos libertins, Buveur fameux et roi célèbre, Par la chasse et par les catins :
Voilà ton oraison funèbre 1
Louis termina sa carrière Et remplit ses nobles destins ; Fuyez, voleurs, pleurez, câlins.
Vous avez perdu votre père.
* Sophie Arnould dit, faisant allusion à la mort du roi et îi l'exil de la Du Barry : n >'ous voilà orpheline de père et de mère ».
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Les bienfaits du règne étaient assez bien résumés dans cette épigramme :
Cy-gist un roi tout-puissant.
D'abord à son peuple, en naissant Il donna papier pour argent, Plus d'une pierre en grandissant.
Puis la famine en vieillissant, Puis enfin la peste en mourant ; Priez pour ce roi bienfaisant 1
Mais voici le bouquet final :
La V par un bienfait
A mis Louis XV en terre En dix jours la petite a fait Ce que, pendant vingt ans, la grosse n'a pu faire.