Scène VI
GIVRAC , HENRIETTE.
GIVRAC.
Et j'y suis...
HENRIETTE
El quoi !... vous ?.,.
GIVRAC.
Oui , moi... toujours amoureux de mon Henriette...
HENRIETTE
Quoi bonheur ! quelle joie !
( 12 ) GIVRAC.
Vous le voyez, je suis fidèle à ma parole.
HENRIETTE
Taisez-vous ! taisez-vous !
GIVRAC.
Qu'ai-je à craindre ?
HENRIETTE
Mais si mon père vous voit ici !
GIVRAC.
11 m'a déjà vu , ainsi que M. de Laurence ; je leur ai dit mon amour, le vôtre , Henriette; le but de mon voyage.
HENRIETTE
Qu'ont-ils répondu?
GIVRAC
Oh ! des choses absurdes et ridicules.
HENRIETTE
Oui , par exemple... Que vous êtes sans fortune ?
GIVRAC.
C'est vrai ; mais je travaille à m'en faire une.
HENRIETTE
Que vous n'avez pas d'emploi ?
GIVltAC.
C'est vrai ; mais j'en aurai bientôt dix.
HENRIETTE
Dix! rien que cela... Hâtez-vous donc, monsieur.
GIVRAC.
Je suis en route. J'ai déjà écrit aux ministres.
HENRIETTE
Vous les connaissez ?
; Non ; mais qu'importe ?
HENRIETTE
Vous êtes fou !
GIVRAC.
J 'en ferai bien d'autres... et j'ai dans ma poche une demidouzaine de circulaires qui toutes, certes , ne resteront pas sans résultat.
HENRIETTE
Les places ne s'obtiennent pas ainsi à la Cour.
GIVRAC.
Bah! bah !.. un peu d'originalité mène souvent à bien.
HENRIETTE
Faites-vous , au moins , valoir quelques services vrais , ou supposés ?
GIVRAC
Point !... Ne l'a-l-on pas fait pour moi au siège de Giroiine, où je nie conduisis en vrai gentilhomme, et où je reçus deux nobles blessures? Que m'en advint-il? rien... Non, non, croyez-moi , le mérite c'est du luxe, et j'espère d'autant plus obteniraujourd'hui, que je ne veux rien faire valoir. Je dis tout simplement: Monseigneur, ( monseigneur à tout le monde, ça flatte ), j'ai besoin d'un bel emploi ; je suis gentilhomme, je m'appelle Givrac , et j'attends la place avec voire réponse. ^J^ P oJD"u44^ ^
HENRIETTE
Mon ami, si ma tendresse pour vous n'était pas plus certaine , vous seriez bien a plaindre.. Mais je vous quitte : il faut que mon père ignore que nous nous sommes vus. S'il y a quelque chose de nouveau je vous l'écrirai. Où logez-vous ?
GiVRAC.
Hôtel du Lion-d'Or , rue des Mathurins-Sorbonnc , n° 2, au cinquième au- Jcssus du premier. 11 y a un entresol.
HENRIETTE
L'indication est précise ; je m'en souviendrai. Sans adieu, Givrac ; vous, tâchez de décider mon père.
GIVRAC
J'y mettrai tous mes soins.
Henriette, en sortant.
Hue des Mathurins-Sorbonne ?
givrac, la reconduisant.
Numéro i>.
HENRIETTE
Au cinquième ?..
GIVRAC.
Au-dessus du premier. Dites donc, Henriette, il y a un entre-sol.