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mon savoir faire dans le menuet, etc. que Mlle de la Périère à ton égard, je te demanderais de diriger mes pas incertains vers cet art si désirable.
—Tu n'as pas besoin de cela pour intéresser Mile de Montigny. A un certain moment, ce soir, je me trouvais près d'elle, et, par quelques mots venus jusqu'à moi, j'ai compris qu'elle éprouvait un sentiment.... comment dirais-je ?.... sympathique ? pour toi et tes prouesses de là-bas, dans l'Ouest,
—T'e l’avouerai-je, mon cher Pierre, je.trouve que Mlle de Montigny était la plus belle de la fête !
—De cela, je n'en doute pas, dit de Noyelles, en riant ; il n’y avait qu’à te regarder lorsque tes yeux étaient tournés vers elle, pour être convaincu de ce fait.
—Mes yeux m'ont-ils trahi autant que cela 2. Tu badines !… Ah ! tu te ris de moi, Pierre !..
—Ton admiration n'était pas aussi marquée, je l'avoue, mais, j'ai bien vu, moi, que tu cédais aux charmes de cette jeune personne,
—Oh ! toi, tu es si perspicace !… Mais dis, beau chevalier si clairvoyant, ne trouves-tu pas que ses yeux sont les plus beaux du monde ?
A l'accent de Joseph, il était facile de comprendre qu'il s'exprimait avec sincérité.
Pierre éclata de rire.
—Peste ! dit-il, comme tu y vas, mon cher Joseph !… Es-tu pris aussi bien que cela ?..
Puis, sa malice habituelle le saisissant de nouveau. il ajouta :
—Tu trouves ses veux jolis. mais ils sont bleus !.…. et tu sais. les yeux couleur d'azur, de pervenche.. ou comme tu voudras… cela ne vaudra jamais l'œil noir qui étincelle, qui pétille de malice...
—Comme ceux de cette sémillante fillette, n'est-ce pas 2. Mlle de ia Périère 2. Et ce fut à son tour de rire, car son ami un peu déconcerté par ce trait inattendu, eut un moment de silence.
A railleur, railleur et demi. /
Mais il se remit aussitôt, et revint à la charge.
— Voyons, Joseph, disait-il tu n'oseras pas soutenir que les yeux bleus l’emportent sur les noirs ?
—Pourquoi non ? car, à mon avis les yeux bleus sont préférables aux noirs. Ils empruntent à l’azur des cieux leur couleur tendre, et duns leur regard franc on peut toujours lire la douceur et la bonté, tandis que les yeux noirs sont remplis d'artifice, et dans leur malice ne disent pas ce qu'il faut dire.
—En garde, beau ténébreux, et pare ce coup-ci 2 Tu dis que les yeux bleus réflètent la nuance de la voûte céleste, et qu'ils sont
francs ; mais ils ne sont pas toujours si sereins, et souvent il leur.
arrive de voiler leur franchise derrière un nuage trompeur. D'ailleurs il ne faut pas trop se fier à un ciel serein. Un court espace de temps suffit souvent pour le changer et le mettre entièrement à la tempête. Et alors, gare ! Mais les noirs ! oh ! les noirs !... leur colère n'est qu’un grain de courte durée... si, par hasard leur humeur persistait jusqu'à
l'orage, je trouve moi, que mouillés de pleurs, leur regard est plus.
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illeurs temps ôte. Et qu’un usqu'à
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séduisant ; il est impossible alors de. ne pas se rendre et de ne pas prodiguer nos plus douces et consolantes paroles.
—Fi donc!.... les yeux noirs sont trop, ou coquets et malicieux,
ou méchants et impérieux. C’est comme un bois aux sombres profon-
deurs ; celui qui s’y risque ne sait jamais comment il en sortira, soit avec heur ou malheur, Mais les yeux bleus, c’est ce coin du ciel, cette note gaie dans la nature qui nous fait trouver plus joli, le chemin que nous parcourons.
—Tous mes compliments, mon cher ami ; la charmeuse au regard tendre qui a le don de te plaire compte en toi un vaillant défenseur...
—Ce n'est pas que cela, Pierre, dit Joseph avec une pointe de malice. Comprends !.... dans mes voyages j'ai tant vu d'yeux noirs que je ne puis les trouver beaux, quoique à vrai dire, presque chaque fois, leur propriétaire était.... une sauvagesse.... Les seuls beaux yeux noirs que j'aie vus depuis mon retour de l’ouest, sont.... le devines-tu ?.... ceux de Mlle de la Périère !
—Vilain gouailleur !.... mais, mon pauvre Joseph, voilà que ton cœur va battre plus allègrement, parce que tu as rencontré une
jeune fille dont la figure te plaît.... et toi qui dois repartir bientôt, avec M. de Varennes, à la découverte de la mer de l’ouest ! Qui sait si tu reviendras de ce lointain e: périlleux voyage ?....
—Tu as bien raison, mais, je t'en prie, ne m'attriste pas avec de telles pensées. J'aurai bien le loisir de songer à cela sous peu.... D'ailleurs, Pierre, il faut que je parte, et maintenant encore plus qu'hier.... Tu connais l’état de notre fortune.... A découvrir des pays nouveaux pour le roi, nous n'avons recueilli que des dettes. Eh bien ! malgré cela, mon père n'est pas découragé, et quoique les années lui pèsent un peu plus sur les épaules, il est tout joyeux actuellement,
parce que le gouverneur lui confie une autre expédition au Nord- Ouest. Moi, je ne suis ici que pour aîder à mon père dans cette entreprise. Il m'a fait venir du fort Saint-Charles, où j'étais, seulement que pour cela.
—Et tu attends beaucoup de cette nouvelle excursion ?
— Oui, cette fois-ci, nous comptons en recevoir plus de profit qu'en nos voyages antérieurs.
En parlant de la sorte, les deux hommes, tournant au coin de la rue Saint-Paul, avaient remonté la rue Saint-Charles et passé devant la résidence de M. de la Jonquière ; un peu plus loin, au haut de la côte, ils se trouvaient en face de l’église et de la maison des Jésuites. Ils tournèrent à gauche et s’en allèrent par la rue Notre-Dame, toujours précédés de Baptiste et de Jacques, leurs domestiques, qui, eux
| aussi, causaient amicalement.
On avait passé, du même pas régulier, à gauche, les rues Saint-
| Vincent, Saint-Gabriel :t Saint-Jean-Baptiste, et à droite les rues
Saint-Gabriel et Saint-Lambert. La rue Saint-Cabriel était la seule dans cette partie de Montréal, qui coupait la rue Notre-Dame en deux.
À quelques pas au-delà de la rue Saint-Lambert, un cri d’horreur, sue à Eu sh et à Jacques, arrêta tout à coup la conversa- . de la Vérendrye et de Noyelles.
—-Qu'y a-t-il ? demandèrent ensemble les'deux amis, hâtant le pas et rejoignant leurs éclaireurs.
—M'sieu, répondit Baptiste, en allongeant le bras gauche et indiquant à deux ou trois pas en avant une masse sombre sur le sol, voyez, là ! un ::ime a été commis, un meurtre !.... Nous avons cru voir du sang !
— Approche avec ta lanterne que nous nous en assurions. Peutêtre n'est-ce qu’un amant de la bouteille qui gît là, inanimé.
—Non, regarde, dit M. de Noyelles à Joseph. Vois, ce sang qui coule de l’un des côtés de ce malheureux !.... Et tiens ! le couteau qui a servi au forfait est encore enfoncé dans le corps de cet homme !
À ce moment, on entendit une faible plainte s'échapper des lèvres du blessé.
—Ïl vit ! s’écria-t-on.
M. de la Vérendrye s'était emparé d'une des lanternes, et, s’approchant de la personne étendue sans mouvement sur le sol, il la reconnut.
—Eh ! je le connais bien, dit-il, surpris. C’est le vieux chef Mandane, le Bison, qui nous a suivis dans une partie de nos explorations. Puisqu'il vit encore, il faut l'enlever d'ici, où il trépasserait bien vite.
— Il y a une auberge à deux mètres d'ici, dit Jacques ; si nous le transportions là ?
—C'est ça, dit Pierre de N que Toi et Baptiste, allez frapper à cette maison et faites nous ouvrir ! puis, vous reviendrez nous aider à le porter chez cet aubergiste.
Ceci s’exécuta promptement, et la victime trouvée dans lu rue fut placée sur un lit dans l'auberge.
Aussitôt une ombre se détacha d'une porte cochère voisine et
s'approcha avec précaution de la maison où venait d'entrer le petit roupe, L'ombre vint s'appuyer contre l’un des volets fermés de l’aurge et, à travers les fentes, chercha à voir ce qui se passait à l’in-
térieur.
Après avoir fait mettre le vieux sauvage sur un lit, M. de la Vérendrye envoya Baptiste quérir au plus vite un médecin, afin de
‘ savoir si le blessé était frappé mortellement. La justice serait mise au
courant de l'affaire, le matin même, car une nouvelle journée commençait, minuit étant sonné au coucou de la chambre de l'auberge.
On avait porté le Mandane dans une pièce du rez-de-chaussé ; il était impossible de le monter à l'étage supérieur ; l’escalier étant trop étroit, et dans la condition du pauvre peau-rouge, cela ne SE aile être que dangereux.
© de la Vérendrye avait dit :
Te ae AS SRE SL
.__—Je vais attendre iri que le médecin arrive, avant de me retirer. Je désire connaître exactement le sort de cet infortuné sauvage... S'il était possible de le ramerier à la vie, j'en serais heureux ; je lui dois bien cela, car, un jour il m'a rendu un fier service sur le lac Supérieur, et qui sait ?. peut-être est-ce grâce à lui si je suis de ce monde aujourd'hui. .
Emu par le souvenir évoqué, le jeune homme s'approcha de la couche où l’ancien chef des Mandanes reposait presque sans vie, et il le contempla d’un œil attendri.
Puis, se tournant vers les personnes présentes, c’est-à-dire, son ani, Jacques, et l’aubergiste, il leur dit :
—Cet homme a la peau cuivrée, mais son cœur est loyal et sûr comme la lame d’une bonne épée. J1 a toujours été l’ami des Français et nous a été d’une grande utilité dans nos voyages. Le cas auquel j'ai fait allusion tout à l’heure est celui-ci : En 1741, quand mon père rentra dans la colonie—nous étions un jour au cap Tonnerre, à l’entrée de la baïe de ce nom, à la tête du lac supérieur—nous revenians du poste Kaministiquia. C'était dans l'après-midi, deux ou trois heures avant le coucher du soleil. Mon père, mon frère, et tout le reste de notre monde, étaient allés, dans nos deux grands canots, tendre des lignes pour la nuit, dans la baie. Je restai au campeinent avec le Bison. Tout à coup, il me prit envie de faire un brin de pêche, à une dizaiae de mètres du rivage, en face de notre halte. Je pris la petite embarcation qui restait inactive sur la grève et la poussai à l'eau, en m'y installant.
“ Quand je me trouvai à distance convenable, ce qui se fit sans que j'eusse à me servir de pagaie, tant ma poussée, en embarquant, avait été bien donnée, je me livrai au plaisir de la pêche ; le poisson mordait bien, et je fus bientôt absorbé dans cet amusement,
“ Le Bison ne s’occupa pas de moi, ayant autre chose à faire. C’est tout au plus, je crois, s’il m'accorda quelques regards lorsque j’embarquai dans le canot. Dans mon attention à ma pêche, je n'avais pas remarqué que mon léger esquif s'éloignait insensiblement du rivage et que le courant l’entraînait au large, mais aussi, cela ne devait pas me préoccuper, puisque je savais qu'il y avait au fond du canot un aviron. Quand enfin je m'aperçus que Je dérivais, j'étais à une bonne distance du’cap et je ne distinguais qu'à peine l'endroit de notre atterrissage.
# —Allons ! me dis-je, il est plus que temps de rentrer.
“ Et je me baissai pour prendre l’aviron. Hélus ! la pagaie était brisée. En un instant, je vis toutes les conséquences de mon imprudence, Bientôt, je serais introuvable sur cette vaste nappe d’eau (1); le soleil s'abaissait déjà derrière la crête du cap Tonnerre, et quand il serait tout à fait disparu. ... le crépuscule, et puis l'obscurité. ... la nuit !.... Le lendemain, où serai-je ?..,. Peut-être très loin sur le lac, perdu à la merci des barbares sauvages qui me rencontreraient et ne verraient en moi qu'une chevelure de plus pour orner le ouigouam
- (1) Le lac Supérieur a 490 milles de long,80 à 160 de large, et une profondeur de 40 8 90 pieds. | , se :
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de l’un d'eux. Ou encore, je songeais avec effroi à l'éventualité d’un coup de vent ou d’une tempête surgissant qui chavirerait mon frêle canot d'écorce en un clin d'œil Tristes perspectives !.... J'avais bien pensé à me jeter à la nage et tenter le retour au camp de cette façon, mais j'avais une longue traite à fournir, et l'obscurité me caisirait certainement avant que je puisse remettre les pieds sur la terre ferme. Avec ça que, si je devenais fatigué de nager, je ne pourrais plus aisément remonter dans le canot que je ne voulais pas abandonner. |
“ J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis crier. Je portai mes yeux dans la direction d'où venait le cri, mais ne vis rien. Néanmoins, je répondis. L'appel entendu fut encore répété, et je reconnus avec joie la voix du chef sauvage. De ma voix, je le guidai jusqu’à moi. Bientôt, je distinguai la tête du vieux brave émergeant de l'onde, que ses bras vigoureux fendaient rapidement.
‘ Peu après, sa main se cramponnait au rebord du canot. Après s'être reposé un instant, lentement, mais avec une adresse rare, il monta près de moi.
. Ée tour de force et d'habileté, joint à la distance qu’il venait de franchir à la nage, l’épuisa.
“ Le Bison m'apportait le moyen de retourner au cap Tonnerre, car il s'était avtaché au cou une pagaie, qu'il, avait traîné avec lui, et qui, de la sorte, ne pouvait gêner aucunement ses mouvements.
“ Lorsqu'il s’aperçut que je dérivais, au premier abord il pensa à m'en avertir, puis, songeant que je devais avoir un aviron dans le canot, continua à vaquer à ses occupations.
“ Mais enfin, voyant que je m'éloignais toujours, il en fut surpris et, tout à coup, il se rappela que l’un de nos avirons s'était cassé en porens du fort Kaministiquia, qu’on l'avait probablement laissé dans
e canot, et que je me trouvais sans moyen de revenir.
‘ Contourner le cap ou le grimper en courant, pour faire signe à mon père et à mon frère, l’Indien eut.un instant cette idée, mais il se ravisa. Il se dit qu’il ne pourrait peut-être pas les voir ou leur faire des signaux, et qu'il perdrait là un temps précieux.
“ Saisissant une pagaie, qu'il attacha à son cou, il se mit résolument à l’eau ct s'élança dans la direction où il m'avait vu dériver.
“ Vous savez le reste.”
À ce moment, des pas résonnèrent à la porte de l'auberge ; Bap-
tiste et le Dr Sylvain, que le premier avait trouvé, entrèrent. Ayant
salué son neveu, de la Vérendrye, et de Noyelles, qu'il connaissait, et ayant échangé quelques mots avec eux, il examina les blessures du sauvage.
Des coups portés par le meurtrier, deux étaient mortels, et quand le disciple d'Eagslane voulut enlever l’arme enfoncée dans la plaie, il la trouva fixée si solidement, qu’il lui fut impossible de la retirer sans causer un mal extrême au moribond. Il crut même plus prudent de l'y laisser. Autrement, une forte hémorrhagie pouvait se produire et achever, en quelques minutes, l'œuvre de l'assassin, sans que le sauvage puisse reprendre connaissance et donner un indice qui permit de retrouver la personne qui l’avait frappé.
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Il lui glissa entre les lèvres quelques gouttes d’un cordial, et éprouva bientôt la satisfaction de le voir revenir à la vie. Les lèvres s’agitèrent, les paupières battirent, ses yeux s'ouvrirent et ses traits se contractèrent en un spasme douloureux. Il reconnut M. de la Vérendrye et voulut parler. D'abord des sons inarticulés s'échappèrent de sa gorge, puis, faisant un effort, il réussit à se faire entendre, et ses premières paroles furent pour demander “un homme à la robe noire, un miristre de ieu, disant qu'il sentait bien’ venir sa fin et qu’il ne voulait pas mourir sans avoir l’une des robes noires qui lui avaient déjà parlé d’une vie plus belle que celle-ci.
De Noyelles envoya Jacques chez les Sulpiciens, qui demeuraient tout près de l'auberge, avec mission d'amener un prêtre pour recevoir les derniers aveux d’un mourant.
Le médecin se retira en disant aux deux amis qu'il était impuis-
” sant à soulager le Bison, et que celui-ci le comprenait parfaitement.
—Profitez, leur dit-il, du répit que lui donne la mort pour découvrir l’auteur de ce crime.
Aussitôt le médecin sorti, le Bison fit signe à Joseph qu'il voulait lui parler, à lui seul, mais ce dernier montrant de Noyelles, expliqua au peau-rouge qu'il était un de ses parents, en qui il avait pleine confiance, et qu'il pouvait parler devant lui, mais Baptiste et l’auber-
” giste s’éclipsèrent. Comme ces deux personnages allaient sortir de la
chambre le sauvage faisant un effort pour se relever, hurla, son visage exprimant la colère, la haine, la fureur :
—Î[]l est là celui qui a frappé traîtreusement le Bison. ... je l’entends !....
Il désignait la pièce voisine.
On s’y précipita, mais on n’y découvrit rien d’anormal.
Evidemment le pauvre homme délirait !....
Nous avons dit qu’une ombre avait regardé par l’une des fentes d’un volet de l'auberge pour connaître ce qui se passait en dedans. Quand l’homme de science et Baptiste arrivèrent près de la maison, leurs pas avertirent l’inconnu de leur approche. Celui-ci se tapit vivement dans la porte cochère de la maison.
Lorsque le médecin sortit, un plan audacieux avait germé dans le cerveau de l'être mystérieux. Il se glissa jusqu’à la porte de l’habitation, et faisant jouer le pêne, s’aperçut avec joie que l’entrée était Jibre. Sans bruit, il se coula dans la première pièce. Sans bruit ?.... Non ; car, l'oreille du sauvage, si fine, si subtile, avait saisi le bruit de son entrée, imperceptible à l’ouie des autres personnes présentes,
Mais les paroles d'alarme du Bison parvinrent jusqu'à l'étranger qui disparut prestement dans une autre chambre.
Ne voyant plus que les deux gentilhommes à son chevêt, le Mandane reprit :
—Mon frère pâle a été bon pour le Bison.... Avant d'aller auprès du grand manitou, il va lui confier un secret qui le rendra riche.... bien riche !.... Le chef Mandane n'oublie jamais les bienfaits reçus de son frère blanc, et du père de ce frère, le grand voyageur !.... Le Bison meurt aujourd’hui pour n'avoir pas livré ce
secret qu'on a essayé de lui ravir !.... Un méchant visage-pâle connaissant le maudit goût du peau-rouge pour l’eau-de-feu.... en fit boire beaucoup au Bison, espérant que sous l'empire de la liqueur brûlante, il dévoilerait les cuchettes de son esprit... Mais, le chef s'est aperçu à temps du projet du méchant blanc qui se disait ami, et le chef est devenu muet comme un poisson !.... En sortant de l’auberge.... il faisait noir, et le Mandane n’a pas remarqué le blanc qui le suivait, et qui s’approchant à pas de loup le frappa avec un grand couteau !....
“ Ensuite, vaguemuat, le Bison a senti que le traître fouillait dans ses habits. ... mais il n’a pu trouver le secret.... Ma maiïn s’en est assurée tout à l’heure.... Le sauvage le dira à son ami, et celui-ci aura de l'or !.... beau@up !.... beancoup !.... 6
—Tu suis où il y a de l'or ? demandèrent les jeunes gens, vivement intéressés.
—Oui.... gros morceaux d’or !.... Ah! le frère blanc deviendra riche :.... ,
Le peau-rouge s'arrêta subitement ; on venait de frapper dehors.
C'était le religieux qui répondait à l’appel et venait préparer à une bonne mort celui qui le réclamait.
Joseph et Pierre se retirèrent dans la pièce attenante, pendant que le prêtre demeurait avec le Bison. de
IT
L'indien accueillit le Sulpicien avec joie.
—Vois, robe noire, dit-il, où le mauvais visage pâle et l’eau-de-feu ont conduit le vieux guerrier de la nation des Mandanes. [Le chef sauvage a déjà entendu ton frère lui parler du Grand Esprit des blancs, et son front a reçu l’eau qui efface le mal, mais depuis, le Bison n'a pas été bien bon.... il n’a pas pratiqué ce. que lui ensei- -gnait le fils du bon manitou.... Mais la mort vient vite pour enlever le vieux peau-rouge ; il s’est rappelé les bonnes paroles de jadis, et il veut encore entendre le langage bienfaisant d'autrefois.
Le tête-à-tête entre le mourant et le ministre de Dieu dura peutêtre vingt à vingt-cinq minutes. Le prêtre le prépara à subir chrétiennement la fin qui s'approchait.
Plus calme, plus affermi par l'effet des paroles divines, le Mandane attendit, résigné, que Dieu rappelât son âme de ce monde Mais il n'avait pas terminé ses confidences au cadet de la Vérendrye ; le plus important de ce qu'il voulait lui communiquer restait à dire, et, comme l’ange de la mort le couvrait déjà de ses ailes, il devenait urgent pour lui de se presser. Il pria le prêtre de faire rentrer les deux Canadiens.
Quand ceux-ci furent près de lui'et que le Sulpicien fut parti, en
le conen fit iqueur e chef ami, et e l’aublanc ec un
t dans l'en est elui-ci | Vive-
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e-feu chef t des s, le nseiever et il
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promettant de revenir de bonne heure le matin, le Bison reprit ses confidences inachevées :
—Le Bison, dit-il, avait un jeune frère qu’il chérissait beaucoup. L’Aigle Noir figurait au rang des meilleurs guerriers de la tribu. Douze lunes séparaient nos deux existences.
D'après la coutume des Mandanes, le Bison remplacerait son père lorsque celui-ci aurait cessé de vivre ou serait trop âgé pour gouverner.
Vint un jour où le père trouva la mort dans une embuscade dressée par les Sioux des prairies, et le plus vieux des deux fils
” occupa la première place à la tête des guerriers de la bourgade. Mais
peu de lunes avaient passé lorsqu'il remarqua quelque chose d'étrange dans la conduite de son frère. Inquiet, ne sachant ce que cela voulait dire, le nouveau chef, qui aimait profondément l’Aigle Noir, le surveilla attentivement et finit enfin par découvrir qu'il ourdissait un complot dans l'ombre, avec ses partisans, quelques mécontents de la tribu, pour se débarasser du Bison. Celui-ci en fut atterré, chagriné immensément. Il était loin de s'attendre à cela, mais le fait existait ; l'ambition avait étourdi son frère.
* Le chef le fit venir dans son ouigouam, et seul à seul, lui déclara ce qu'il avait appris.
—Est-ce bien l'Aigle Noir, dit le Bison, qui veut nuire à son frère ?.... à son frère qui lui donnerait tout ce qu'il possède pour lui éviter toute mauvaise fortune ?.... Qu’a-t-il donc fait pour mériter cela ?.... Le jeune chef a suivi les conseils de son père pour être sage et bien diriger la bourgade, et il ne croyait pas qu'il y existât des mécontents.... Mais le chef a lu dans le cœur rebelle et voit que l'ambition y règne : l’Aigle Noir veut se débarrasser du Bison afin de lui succéder comme chef. Eh bien ! son désir s’accomplira, mais sans effusion de sang ; le trouble et la discorde passeront loin de nous.
“Ton frère a lu dans ta pensée, et s’est beaucoup tourmenté au sujet de la ligne de conduite à suivre en ce cas. Pour s’affermir dans le plan arrêté, il a consulté un homme blanc (1) dont les conseils sont sages, et celui-ci approuve le Bison.”
L’Aigle Noir refusa d’abord d'écouter son frère, et protesta forte-, ment de son innocence, mais ce dernier avait amassé des prenves irréfutables avant de s'ouvrir à l’ambitieux, et il lui fut très facile de le confondre.
Alors, sombre, farouche, l’Aigle Noir attendit que son frère eût fini de parler pour se déclarer, probablement, sur la nature de ses pare qui, sans doute, paraîtraient cruels, douloureux à son aîné. See
—Ma résolution est prise, dit! ce dernier. Demain, le Conseil s’assemblera, et devant les principaux guerriers de notre nation, tu seras proclamé chef à ma place.... Es-tu content ?....
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(1) En l'hiver de 1739, M. de la Vérendrye laissa deux hommes chez le Mandanes pour y apprendre la langue et étudier le pays, &c. /
—Et toi ? me demanda-til, soupçonneux.
—Moi, je vais aller trouver le grand chasseur blanc qui est venu ici, cet hiver. Je le suivrai partout où il ira.... il aura besoin d’un guide.... ilne me refusera pas comme tel.... et le Bison pour éviter toute lutte avec'son frère qu'il aimait tant.... se condamnera à l'exil, à la vie loin de tout ce qui lui est cher !....
Un revirement visible se fit dans l'attitude de l’Aigle Noir ; de meilleurs sentiments renaissaient en lui. Le chef en était heureux.
—Le Bison ne s'éloignera pas des Mandanes, dit l’Aigle Noir,
après un silence ; mais ce sera le mauvais frère qui a prêté l'oreille au.
méchant manitou qui le tourmentait ; il a eu tort et le reconnaît maintenant ; il doit souffrir seul, mais que le chef ne lui retire pas son affection... ,
—La décision du chef est bien pesée et inébranlable.... Ilna plus qu’une chose à demander. Voici : accepte l’amulette du Bison et garde-la en souvenir de lui.
L’Aigle Noir voulut encore tenter quelques observations ou objections, mais voyant qu'il n’y gagnerait rien, se décida à imiter l’action de son frère, lui présenta le talisman pendant à son cou.
C'était un objet fabriqué du bois du cerf, représentant un aigle. Cet emblême était teint en noir
Puis, le chef désirant la solitude, son frère se retira, et le laissa seul, en proie à ses noirs chagrins et aux tristes pensées qui l’assiégeäient. Le Bison éprouva un certain soulagement du tête-à-tête qu'il avait provoqué et de la décision prise.
Il fit savoir aussitôt aux chefs subordonnés et aux premiers guerriers de la bourgade, qu'il voulait les voir réunis en grand conseil Je lendemain, ayant une communication importante à leur faire.
Ensuite, il prépara ses armes et quelques effets pour son départ, et comme la nuit était venue, il sortit de son ouigouam et s’en alla errant à l'aventure vers le bois avoisinant le village Mandane. L'air frais du soir rafraîchit son front brûlant et au retour à sa couche il éprouva plus de calme au cœur, mais le sommeil ne vint pas clore ses yeux.
Le moribond se tut pendant quelques instans. Ses auditeurs crurent que les souvenirs évoqués l'avaient ému, et respectèrent son silence. Mais il n'y avait pas que cela ; il avait trop parlé et s'était affaibli, et lorsqu'il reprit la parole il dit aussitôt aux deux amis :
—Ât ! le Bison a fait sa dernière course, et la vie s'en va rapidement. Il lui faut abréger un peu son récit, afin de ne pas emporter dans la tombe le secret qu’il veut vous confier... Donnez, demandat-il, du breuvage préparé par l’homme à la médecine des blancs, afin que je puisse continuer.... |
Tandis que Pierre soulevait la tête du mourant, Joseph lui glissait entre les lèvres le contenu d’une cuillerée du cordial réclamé par le peau-rouge.
L'effet de la potion administrée fut immédiat ; comme le prouvèrent une légere coloration aux pomimettes des joues et la parole plus vive du sauvage.
| pren
est venu soin d’un
on pour imnera à
Voir ; de reux, le Noir,
connaît tire pas
Il n’a Bison: et
ions ou imiter u.
n aigle.
> laissa l’assiéte qu'il
emiers conseil
lépart, en alla
L'air iche il s clore
iteurs nt son s'était Je
rapi- Jorter anda- , afin
| glisé par
prouarole
reille au .
—-A l'assemblée des chefs ‘qui eut lieu, et après des harangues pour ou contre, le Bison fit A La son projet et l'Aigle Noir fut
proclamé le premier guerrier de la tribu.
Cinq jours plus tard, l’aîné des deux frères, se préventait devant le chef blanc qui habiteit une bourgade fortifiée sur la rivière des Assinibouëls (1).
Les Français firent bon accueil au Bison ; et le guerrier Mandane fit partie de tous leurs voyages dans l'ouest.
Il y a sept printemps, j'accompagnai tes deux frères, et deux voyageurs blancs, dans un voyage qu'ils firent jusqu'aux montagnes brillantes (2).
Il se rendirent d’abord à la tribu des Mandanes pour avoir quelques guides. (C’est le Bison qui les choisit : il connaissait les meilleurs hommes de la bourgade pour les visages-pâles. Le Bison ne revit pas alors l’Aigle Noir, qui chassait au nord.
Notre marche fut longue et pénible.
—Approchez-vous davantage, dit-il, après un second repos ; j'arrive à mon secret et je veux que vos oreilles seules entendent mes paroles.
Il se recueillit un instant et continua :
—Les montagnes brillantes avaient arrêté notre marche. Elles
, semblaient infranchissables, et, après une halte de quelques semaines à leur base, nous leur tournions le dos et revenions sur nos pas.
Durant notre séjour au pied des Montagnes de Roches, voici le fait qui s'accomplit : Deux guerriers visages-pâles, l'Œil Croche et la Grande Bartbe, étaient amis comme les doigts de la main ; ils étaient presque inséparables : soit en marche, soit en canot ou à la chasse. Un jour, l’un d'eux, celui qui a fait le mal au Bison, fut obligé de rester au camp, pendant que les autres s’en allèrent à la chasse.
Le soir, au repas, le chef sauvage remarqua une certaine gêne entre les deux amis, et plus particulièrement dans les manières de celui qui nous avait accompagnés. C'était singulier. Le lendemain et le jour suivant, le Bison constata plus de réserve encore entre les deux camarades. Intrigué, il résolut d'en avoir le cœur net. L’Œil Croche voulait toujours suivre la Grande Barbe, mais ce dernier n'avait plus le même désir qu'auparavant, d’avoir son ami avec lui.... surtout quand nous allions à la chasse.... et lui, Grande Barbe y allait fréquemment.... et revenait toujours sans gibier quoiqu'il eût l'air fatigué, rompu. down à |
—Suivons-le, dit le klane. Le sauvage est habile à suivre une piste ou à marcher sur les pas d'un autre dans le bois, sans se faire entendre, mais cette fois-ci le visage pâle disparut et ne laissa pas de traces pour aider à le retrouver. .
Entin, lé Mandane, pensant qu'il était temps de retourner au . camp, rebroussa chemin, mais parcourut à peine la distance qu’une pierre ferait, lancée en trois fois, par un homme, quand il s'embarrassa
CG Le fort la Reine.
2) Pierre et François, qui atteignirent les Monts de Roches le 1er janvier. /7443° à
| (ll |
les pieds dans l'herbe et tomba presque de tout son long sur la Grande Barbe, couché à terre dans les hautes herbes, baignant dans son sang qui coulait de plusieurs blessures.
L'Œil Croche l'avait poignardé pour lui voler un peu d’or trouvé dans les environs. C’est ce que-raconta la Grande Barbe, d’une voix entrecoupée de hoquets.... mais il avoua qu’il avait une cachette où il avait déposé une pépite assez grosse pour faire seule la fortune d’un homme, puisqu'elle pesait, selon lui, de soixante-dix à quatre-vingts livres (1), et, comme il ne pouvait indiquer où son trésor était caché, parce qu'il n'en avait plus la force, il fit prendre au Bison, dans la doublure de -son habit, de petits morceaux d’écorce de bouleau, sur lesquels il avait tout marqué.
À notre halte, l'Œil Croche ne reparut plus, et l'on crut qu'il avait été dévoré par des fauves.
—Mon frère pâle, dit en commençant le Mandane au cadet de la Vérendrye, voici l’amulette de l’Aigle Noir. Conserve-là précieusement en souvenir du vieux Bison, parce que, un jour, si tu rencontres le guerrier l’Aigle Noir, il pourra t’être utile.
Et plus bas, il ajouta :
—Tu trouveras, dans l’amulette, les écrits de la Grande Barbe.
Le pauvre sauvage dut s'arrêter encore une fois, très affaibli. Le dénouement approchait, ce ne pouvait être qu'une question de peu d'instants.
Mais, faisant appel au reste de vie animant encore son être, il put ajouter :
—Ne perdez pas et ne brisez pas l’amulette !.... Cherchez, et vous trouverez le secret pour l'ouvrir !.... Méfiez-vous de l’'Œil Croche, il est revenu.... soyez sur vos gardes constamment.... Le Bison est bien reconnaissant, au jeune guerrier blanc et à son père, pour tout ce qu'ils ont fait pour lui...
Il se tut ; il étuit épuisé.
Les deux amis, Joseph et Pierre, assistèrent aux derniers moments du malheureux, plus émus qu'ils ne l'avaient été dans plusieurs autres scènes douloureuses et navrantes,
Dans les derniers spasmes de la mort, ils crurent ouïr ces mots : “ Méfiez-vous !.... l’Œil Crorhe!....”
Les deux jeunes gens reprirent le chemin de leur demeure, après avoir donné des instructions au cabaretier sur ce qu'il aurait à faire.
—Ce que c'est que la vie ! disait Joseph, en s’en allant. Il y a quelques hevres, nous étions à une gaie réunion, à une fête magnifique, où tout était en liesse.... et nous venons de voir la mort cueillir une victime.
— Allons ! tes idées ne sont pas réjouissantes, dit Pierre ; changeons de sujet. Je vais prendre un peu de repos.... de sommeil si c'est possible. ... et puis je reviens te voir.... avec ta précieuse amulette.... À moins qu'il n'y ait pas grand'chose dans tout ceci.... et
(1). En 1851, ou environ, Chs-Y. Tooker découvrit, en Californie, rivière St-
Joachim, une pépite pesant quatre-vingt-dix livres. — Chicago Mail.
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que le vieux cuivré nous ait trompé, comme on l'aurait trompé lui-
même....
— Qu'en sais-tu ? demanda Joseph.
or.... cela s'est-il Vu ?.... s'est-il trouvé ?.... —Pourquoi pas ?.... Enfin, nous examinerons ces papiers à nôtre aise.
Ils se séparèrent. a
Joseph se coucha, l'amulette serrée nerveusement dans l’une de ses mains, comme dans un étau. :
Il ne tarda pas à s'endormir : Mais quel sommeil ? plus fatigant pour son corps que s’il fût demeuré dans son lit, les yeux ouverts jusqu'au grand jour.
Il rêva.
Il se voyait riche tout-à-coup. De l'or, il en trouvait dans une cachette dans la maison paternelle, où il n'aurait jamais eu l’idée d’en chercher. Mais qu'importe ! Il avait de l’or à satiété, il était immensément riche !.... Puis la scène changeait un peu, il voyait son ami Pierre jaloux de son bonheur et voulant en jouir. Ilse prenait de querelle avec lui ; Pierre, enfin, lui enfonçait dans le côté droit un urand couteau, et Joseph s’éveilla en poussant un grand cri.
Pierre était là, le secouant vigoureusement pour le réveiller.
— Allons, disait-il, il est tard : levez-vous, monsieur le paresseux, il y a longtemps qu'une autre journée est commencée.
Et Joseph, bien content d'avoir été tiré, quoique rudement, d’un
rêve affreux, se leva prestement et fit sa toilette.
Naturellement, la première pensée des deux gentilshommes fut pour le cadeau du Bison, dans lequel était renfermé ce secret, devant les rendre possesseurs de grandes richesses.
L’amulette représentait un aigle, les ailes ouvertes, et n'était pas sans mérite au point de vue artistique. Le rude enfant des bois, qui l'avait façonnée, avait dû y consacrer beaucoup de temps et de patience, en sus d’un certain talent, pour couper ou sculpter d’un morceau de corne, l’objet qui, selon la croyance de son auteur, devait servir de préservatif contre beaucoup de choses plus ou moins redoutables. |
Le talisman avait été teint en noir, d'un noir permanent, aussi égal, aussi pur en 1749 qu’à l'époque de sa fabrication.
‘A l'endroit où se trouvaient les yeux, lu tête de l'aigle était percée de part en part, et par ce trou on pouvait introduire un cordon pour la suspendre au cou. ;
Joseph retourna l’amulette en tous sens, mais il ne put découvrir. quel en était le secret.
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Pierre regardait faire avec impatience ; il avait des fourmies dans. les doigts : il lui semblait qu’il pourrait, lui, trouver en moins de temps le mot de l'énigme. Aussi, voyant l'insuccès de son parent, ne pôt-il s'empêcher de dire ,
—Donne-moi donc, Joseph, que j'essaie à mon tour ; peut-être serai-je plus heureux que toi ?
Joseph lui présenta l’objet. Pierre l'examina d’abord minutieusement sur toutes ses faces. Avec la pointe d’un petit couteau qu'il pressait dans chaque ligne ou pli gravé sur l'os, il cherchait le moyen de l'ouvrir. Mais ses efforts furent vains.
Il tira sur les ailes, la tête, la queue ; la pièce, solide, ne 5e séparait pas.
Enfin, gagné par le dépit, Pierre dit, en jetant l'amulette rudement sur la table:
—J'en jette ma langue aux chiens !.... Peste soit du vieux Mandane et de son talismen !....
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Mais quelle ne fut pas sa surprise en voyant un pétit morceau d'os s'échapper de la base de l’amulette, qui, à cette place, était ronde ! Il reprit vivement l’amulette et vit, par l'orifice ainsi révélé, un petit rouleau serré qui, déroulé à la lumière, donna trois morceaux ténus d'écorce de bouleau, d'environ trois pouces carrés.
Qu'étaient ces feuilles minces, si bien cachées par le Bison et qu’un coup de hasard venait de faire découvrir ?
Les deux amis en prirent une, qu’ils étudièrent ensemble.
Ce morceau offrait une petite carte du dessin ci-dessus. Une particularité qu'ils remarquèrent, au premier coup d'œil, fut la couleur de l'encre ou du liquide qui servit à la confection de la cârte. On eut dit du sang !
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Joseph, le premier, rompit le silence et dit :
—Voici une rivière qui doit être importante, Quelle singulière configuration du pays. tn fois vu, il n’y a pas à craindre de l’oublier.
. —Tu m'as dit, je crois, que ton père se proposait de remonter la grande rivière, au nord du lac des Prairies, dans sa prochaine expédition à la découverte de la mer de l’ouest, n'est-ce pas ?
—Oui, répondit Josepl. ; la route n’est pas aussi belle que celle du sud, que nous connaissons ; il a l’intention de. s’aventurer plus au nord.
—Eh bien ! cela fera justement notre affaire. Nous irons par le nord, et si nous ne sommes pas sur l1 bonne voie, nous descendrons au sud. En ouvrant bien les yeux nous trouverons peut-être ce coin
de terre, en suivant les Montagnes Rocheuses du nord au sud,
—Je vois sur la carte “La Pipe”; c'est assez ressemblant av: cune pipe, n'est-ce pas ?
—C'est une inontagne, sans doute.
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—Probablement. Mais pour faire cette carte, l’auteur a dû grimper dans un arbre de haute taille et, esquisser de là l'aspect de la contrée. -
— Vois donc cette marque et ce G, dit Pierre. Que peuvent signifier ces signes ?.... Penses-tu que ce soit l’endroit du trésor que nous avons à chercher ?
—Non, fit de la Vérendrye, pensif, cette consonne veut dire plutôt qu’à cet endroit il y a une grotte !
—En effet, tu dois avoir raison. Et moi, je crois que dans cette grotte sont enfouies les richesses mentionnées par le vieux Mandane,
—J'en doute. Puis, il y a les jumelles. Ce sont deux buttes,
VOA PQUA, NP be" be: ” o nnecs .
AR D Er GEL La thon A Qu MER dy Damme ere ee ee pe ps mn
hi stu Ensuite nous venons à la montagne Ronde, et après, aux rocs !....
—Brrr!,...des Crocs ! dit Pierre, en interrompant son ami, ne trouves:tu pas que cela donne un peu sur les nerfs ?.... (
— Voyons un autre papier de bouleau, dit Joseph. Il prit. un | carré de dimension semblable au premier.
C'était encore une petite carte, ne représentant qu'une partie de | la première, mais sur une échelle plus grande.
— Tiens ! c'est la Pipe en détail ! remarqua Pierre. : l
—$Sans doute, et c'est probablement la solution du mystère qu’elle ic ad L'autre dessin donne une description générale du pays, atin de pouvoir se reconnaître et retrouver le trésor. Celui-ci est plus détaillé, c’est qu'il a plus d'importance.
Les deux hommes étudièrent en silence l'esquisse du second morceau d’ééorce. :
Puis ils examinèrent le troisième ; celui-ci contenait quelques
Det ds ue ne
lignes d'écriture. | G. UNE grotte spacieuse | o. extrémité de jumelle, mine d’or, 6 g enterré gros morceau ] entre source et la grotte, ; Nation sauvage à quelques
lieues o sud—a crindre. l
Bon poste d’observacion sur la pippe odessu de la G. x
Ecris ceci o k ne pourrai revenir pour que trouvaille
profitte à quelqu'un.
—T] était sage et prudent, dit Pierre, et si nous profitons de sa Ê découverte, je lui promets de ne pas l'oublier. Nous ne pouvons t qu’une chose pour lui : faire un don à quelque institution religieuse et obtenir, à titre de bienfaiteur, des prières spéciales pour le repos e de son âme. e
—Tu as bien pensé,.dit Joseph, en tapant amicalement de su main sur l'épaule de son ami, je t'en félicite ! J’y songeais aussi, moi, l et je me disais que je n’aurais pu jouir de ces biens, de cet or—si nous en trouvons—sans penser au pauvre garçon qui meurt si triste- J ment, alors qu’il croyait voir la fortune lui sourire.
—Nous savons maintenant à quoi nous en tenir au sujet du secret du Bison.... Nous sommes décidés à aller chercher cet or qui
Û nous attend là-bas, à l'extrême Ouest Canadien, et la Providence sem- f ble nous favoriser. Ton Père, M. de Varennes, reçoit mission de procéder à la découverte de la mer de l'Ouest, et il va se remettre en j
route bientôt, ?
—A l'ouverture de la navigation, dès le printemps prochain, c répondit Joseph. Lo —Toi, c'est décidé : tu feras partie de la nouvelle organisation ; P
rès, AUX
ami, ne prit. un
artie de
mystère rale du Celui-ci
nd mor-
quelques
ons de sa pouvons eligieuse le repos
t de su ssi, moi, tb or —si si triste-
sujet du et or qui nce semha de proettre en
prochain,
nisation ;
mais moi ?.... je n'en suis pas encore, et j'aimerais beaucoup à en être.
—Ne crains rien à cet égard, mon cher, je me fais fort de te caser dans notre troupe ;—et je serai bien content de t'initier aux charmes de lu vie aventureuse, qui sera la nôtre dans quelques mois,
—Combien-serons nous de temps absents de Ville-Marie ? Le sais-tu ?
Joseph se recueillit et calcula mentalement la durée de leur absence :
—Probablement trois ans !.... pas moins, peut-être davantage.
—Eh ! bien, je dis que je ne vais pas perdre une seule occasion de m'amuser, d'ici au mOment du dépurt.... me créer en quelque sorte, une foule de tendres souvenirs pour occuper mon esprit, quand le soir, aux haltes que nous ferons, je fumerai, silencieux et rêveur, près du feu de camp.
—Tu vas donc essayer de revoir l’aimable brunette du bal de M. Longueil ?.... Prends garde ! Si tu succombes devant le dieu de l'amour, tu n'auras plus la force de venir avec nous.
—Sois en repos là-dessus, mon cher chevalier.... mon cœur ne s'embrase pas aussi facilement... ni pour mademoiselle Boucher de la Périère, ni pour mademoiselle de Montigny, si charmeuse qu'elle soit. |
Et il donna à cette dernière phrase une intonation taquine, à l'adresse de M. de la Vérendrye.
—Y a-t-il longtemps que tu connais mademoiselle de Montigny ? demanda Joseph à son compagnon. :
—Oh ! oui.... plusieurs années. .....
—Tant que cela ?
—Ce n’est pas si long. Pourquoi t’'exclamer ainsi ?
—C'est que je suis très étonné que tu n’aies pas brûlé de l’encens à son autel !.... que l'on ne te compte pas au nombre de ses adorateurs !....
—Eh bien! pour être franc avec toi, je vais t'avouer que j'ai essayé de brûler de l’encens, comme tu dis si joliment, aux pieds de cette petite divinité blonde, mais j'en ai été jour mes peines. ...
Joseph eut un moment de gaité, iuis lierre continua imperturbablement :
—Je m'en suis vite consolé.... pas même versé une larme... Je me disais qu’il y en avait beaucoup de plus belles qu’elle, et....
— Arrête 1 s'écria, Joseph en riant ; arrête! tu blasphèmes !....
Mais en souriant, Pierre acheva ce qu'il voulait dire :
—... Et puis d’ailleurs! tu suis, moi, je n'ai janais été bien fol pour les yeux bleus !....
—Faisons la paix, dit de la Vérendrye, et tu y gagneras, car j'attaquerais ton idole aux yeux noir.
En riant, ils se donnèrent la main, et conclurent un armistice de quelqués heures, car l’incorrigible de Noyelles, ne pouvant réprimer
‘son humeur gouailleuse bien longtemps, était sûr de revenir à la
charge bientô Fa
20 UNE PAIRE DE COQUINS
Joseph ramassa les petits papiers, cartes et textes, qu’il roula et glissa dans la cavité de l'amulette, puis, après l'avoir bien fermée, la mit dans la poche de son habit.
—$i tu veux, Pierre, nous dirigerons nos pas vers l'auberge où
repose la dépouille mortelle du chef sauvage ? :
—J'allais te le proposer, dit Pierre. ,
Au même instant, un grattement se fit entendre à la porte de la chambre de Joseph et, sur la réponse de ce dernier, un domestique entra, portant une missive à son adresse.
Joseph la prit et la lut.
Elle était du sieur Varin, sub-délégué de l’Intendant, ou, si on trouve cela plus clair, du juge de Ville-Marie, le priant de passer à son bureau pour déposer ce qu’il savait du meurtre commis la nuit précédente sur la personne du Mandane, le Bison.
Les deux inséparables s’y rendirent à l'instant.
UNE PAIRE DE COQUINS
Le matin qui suivit la nuit du meurtre de la rue Notre-Dame, vers les sept heures, un gaillard, de singulière apparence, entrait à l'auberge du Grand Trappeur, rue Saint-Paul.
Ce personnage que Lagarde, l’aubergiste, salua du nom de Brossard, s'installa à une table près de fa fenêtre de la rue. Il interpella le maitre de céans d’une voix rude.
— Hé : père Lagarde, dit-il.
Et, d’un geste de lu tête, il lui fit signe de venir à lui.
L'aubergiste, d’un air mécontent, s’approcha, se disant que si Brossard voulait encore avoir à crédit, eh bien ! non, il ne le ferait pas ! il en avait trop donné Jusqu'ici du crédit, pour continuer encore.
Il fut agréablement surpris et réjoui, quand il s’entendit dire :
—Déridez dune votre beau visage, Lagarde mon ami, car je suis certain que ce que je vais vous apprendre vous plaira.... Faites-moi mou addition de ce que je vous dois, je viens vous payer.
À ces mots, Brossard tupa sur la poche de son habit, qui rendit un son métallique.
Aussitôt, la face rubiconde du maître du Grand Trappeur se rasséréna, f
—Ah ! je savais bien que je ne perdrais rien avec vous, cher M. Brossard !.... Et puis, avec cela. ... le brave homme allait dire : il n’y à pas de presse, vous savez.... Mais il se ravisa et dit : Avec cela, est-ce que vous ne consommerez pas quelque chose, ce matin ? l'air est trop vif, piquant, et, tenez ! j'ai de quoi dans ma cave, frais arrivé de France, qui vous réchauffera le sang !
—C'est bien, apportez-en une buteille pour commencer, en attendant un ami et le déjeuner, que vous allez me préparer.
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ou, si on passer à is la nuit
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UNE PAIRE DE COQUINS
—Ah ! tout de suite, mon bon M. Brossard.
Et le bonhomme s’élança au cellier pour rapporter ce que demandait son hôte, puis à la cuisine ordonner le déjeuner.
— Maintenant, se disait ce dernier, j'espère que Lanouiller ne tardera pas trop, autrement, j'aurais besogné pour ricn....
Pendant qu'il ingurgite quelques coups d'eau-de-vie, et qu’il est en pleine lumière, je me permettrai de le croquer sur le vif.
Brossard, devant jouer un rôle important dans ce récit. il convient que j'en donne une petite description, au physique seulement, car au moral le lecteur pourra le juger bientôt.
Cet homme ne dépassait pas la moyenne, environ cinq pieds cinq pouces, un peu maigre, mais moins que ne le faisaient paraître ses pommettes saïllantes. Son visage était jauni par le hâle et rougi par un usage immodéré et prolongé de méchantes liqueurs enivrantes, vrais toxiques. ;
Il louchait de l’œil gauche, et quaad un rictus entr'ouvrait sa bouche et mettait à nu quelques dents jaunes et ébréchées, on ne pouvait réprimer un frisson de crainte en songeant avec effroi que la rencontre de cet individu, dans un endroit isolé ou tard le soir, n'importe où, ne serait pas bonne à faire.
Tout à coup, un homme parut sur le seuil de l'auberge.
Un nouveau personnage venait d'entrer. Brossard ent une excla mation joyeuse. :
—Tiens ! Lanouiller !....
t-il. Il y a longteinps que l’on t'attend !
Lanouiller obéit et prit place vis-à-vis de Brossard.
— As-tu déjeuné ? demanda ce dernier ?
— Non.
— Alors, ça se trouve bien, tu partageras mon repas, et pendant
. que nos dents travailleront, nous parlerons..:. car j'a une impor-
tante chose à te communiquer.
Et etant un coup d’œil dans la salle pour s'assurer qu'ils étaient seuls, il dit plus bas :
-—Si tu veux coopérer avec moi dans une petite affaire où tu ne courras aucun danger, notre fortune est faite, à tous deux !.... Nous aurons de l’or.... des monceaux d'or !....
—Dis-tu vrai ? répliqua Lanouiller, surexcité.
—Là ! là ! fit Brossard. Ne te monte pas si vite ; garde un peu
plus de pouvoir sar tes nerfs.... Il ne faut pas que nous attirions
l'attention de maître Lagarde, que j'entends venir avec mon déjeuner.
L'aubergiste entrait, suivi d’un aide, et en un tour de main, un repas succulent s’étalait sur la table. Les narines des deux lurons se dilatèrent et aspirèrent avec volupté le fumet des viandes placées devant eux.
Ne songeant qu’au présent, il attaquèrent avidement le déjeuner, n'étant point habitués à pareille bonne fortune.
D'amples libations arrosèr it leur repas.
Eofin, quand ils eurent englouti presque tous les mets servis, Lanouiller songea le premier aux affaires.
Arrive donc ici, paresseux ! lui cria-
UNE PATRE DE COQUINS
— À présent, parle ! dit-il, je t'écoute avec la plns grande attention ! :
—C'est ça !.... Eh ! bien, figure-toi qu'hier maëin j'ai retrouvé une ancienne connaissance, qui avait suivi MM. de la Vérendrye dans plusieurs expéditions. ...:Tu sais, ceux qui pénétrèrent dans l’ouest
se promener, Car, pour ce que ça enrichit !....
—Il arrive parfois, mon cher Lanouiller, qu'en voyageant ainsi on peut trouver un trésor....
—Bast ! :En a-t-il trouvé, lui, M. de Varennes ?
—Non!.... Il ne travaille que pour la gloire.... et Dame Fortune est toujours aveugle pour lui.
— As-tu été plus heureux, toi ?.... Aurais-tu trouvé un second
—Oh ! non !.... mais...
Eh bien ! tu vois.... interrompit Lanouiller.
— Mais, laisse-moi finir !.... si je n'ai pas eu la main chanceuse, j'en connais un qui l'a eue...
—Va-t.en, blagueur !
— Puisque je te le dis !.... d’ailleurs ne pense pas que j'ai passé à ton domicile, ce matin, uniquement pour le plaisir de t'uffrir à déjeuner avec moi !.... Ecoute donc, et ne m'interromps plus.
“ Je disais donc que j'ai renouvelé connaissance avec un ancien compagnon de voyage.... qui n'avait plus le sou.... mais lui ne m'a pas reconnu.
“ La nuit précédente, le sort m'avait favorisé au jeu, et j'avais des jaunets dans wa poche. Donc, quand je vois le peau-rouge.... Tiens, ie ne t'ai pas dit que c'en était un ?.... et que je m'aperçois qu'il ne me reconnaît pas, je lui offre un petit coup.... parce que tu sais— ou tu ne sais pas—1le l’eau-de-vie, il n’y a rien comme ça pour renouveler l’anitié avec les peaux-cuivrées.... Mon homme ne refuse pas, et, en sirotant notre liqueur, je lui dégoise cinquante choses du passé qui lui prouvent que je le connaissais bien. Je lui offre d’autres verres, que le gaillurd avale gaiement. Et nous devenons bons amis, le Bison et moi....
—Le Bison ! Celui qui a été assassiné la nuit dernière ?
—Oui
—Mon chef, monsieur le sub-délégué de l'Intendant, ‘m'a fait averti: de cette affaire, et dire qu'il aurait besoin de mes services plus tôt que d'habitude, ce matin, pour prendre en note ce que l’enquête, qu'il veut faire, lui révèlera,
—Je payaïi plusieurs consommations au pauvre diable qui, lorsque lonudaitie eût noyé sa raison, s’oublia dans sa reconnaissance pour ma bonté envers lui, à me dire qu'il m'en récompenserait -un Jour.... après son retour de l'expédition qui s'organisait.... qu'il me donnerait de l'or au centuple pour l'argent que je dépensais à lui payer de l’eau-de-feu. ;
ade at-
trouvé e dans l’ouest
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Tiens, qu'il ne h sais — renouse pas, u passé verres, mis, le
’a fait ervices e l’en-
hi, lorsissance ait un u'il me y à lui
énfeis *
LD UNE PAIRE DE COQUINS 23
“ Je compris immédiatement que l’Indien connaissait l'endroit d’une mine d'or, et je résolus, si possible, de me rendre maître de son secret. ... Je fis semblant de douter de ses paroles Cette ruse eût son effet ; il se fâcha de mon manque de foi à son égard.
—Le Bison n’a pas la langue fourchue, me dit-il, il dit vrai, et pourrait prouver, confondre le visage pâle....
—Voyons-les donc ces preuves, dis-je en ricanant, mais le vieux chef avait éventé mon stratagème, et après cela, je n’ai pu lui tirer une parole du corps sur ce sujet. :
“ Néanmoins, je ne me tins pas pour battu.
“ Je voulus avoir ces preuves que le bonhomme pouvait produire —cela devait être un écrit—et je m'attachai à mon sauvage. Je simulai un vif regret d’avoir douté de ses paroles ; je fis le bon ami, et j'allai jusqu’à lui prêter une souple de louis d’or. Enfin, je parvins à endormir sa méfiance, et le soir venu, notre amitié s'était resserrée, et nous buvions ferme ensemble. Cela se passait au Fusil d'Argent sur la rue Notre-Dame....
— Une bonne place, fit Lanouiller.
—Vint la nuit ; il fallut sortir.
Je laissai partir le Bison, mais j'étais sur ses talons. A peine étions-nous dehors que, m’assurant qu’il n’y avait personne venant de notre côté, je lui enfonçai mon couteau trois ou quatre fois dans le corps. La dernière fois, j'ai dû y laisser mon arme qui s'était fixée
solidement dans la carcasse du sauvage.... Mais elle ne sera pas un indice accusateur. Je fouillai le vieux et je repris d'abord mes jaunets ; il fallait bien rendre à César, ce qui était à César.... et c’est
tout ce que je pus trouver sur lui....
—Muis, alors ?
—Minute ! mon cher !.... J'avais fiui ma besogne, et je contein-
prochant.
“* Je me blottis dans la porte cochère voisine. Elle était profonde ; et, caché dans l’un de ses angles obscurs, je vis quatre hommes s'arrêter autour du Mandane avec des exclamations d'horreur.
“ Ces bonnes gens, fit-il en ricanant, ramassèrent la forme inanimée et la portèrent à l’auberge que nous venions de quitter.
“ La curiosité me retint sur les lieux, et bien m'en prit,
—Abh pour le secret ? tit l'ami de Brossurd. Celui-ci hocha la tête en signe affirmatif, mais avant de continuer son récit se versa une large rasade.
=-Cinq minutes après que ces hommes eurent disparu derrière la porte publique de l'auberge, je m'en approchaï, et je collni mon œil contre uue fente de l'un des volets ; je vis qu’on avait déposé le mo-
ribond sur le lit de l'aubergiste. Malheureusement, je ne pouvais entendre ce qui se disait en dedans... et tn sais si je suis curieux. —Oui, et avec tu curiosité tu tiniras mal !.
—Juge un peu de mon étonnement, mon vieux, quand de mon poste d'observation, je constutai que l’indien reprenait ses sens. Je croyais pourtant l'avoir à jamais privé du goût du pain. Il faut que j'entre, me dis-je, et que j'entende ce que l'on va se raconter ! Jouant d’audace, j'ouvris la porte de l'auberge et je ine glissai dans la grande salle, aussi silencieusement que la couleuvre. J'y étais à peine que , l'ouïe si fine du peau-rouge saisit ma présence, et il eut une crise.
“ Lors de ma visite à l'auberge, j'avais observé la disposition des pièces, et je me jetai comme un trait dans une autre chambre, où l’on n'eut pas l’idée de regarder. Peu après, j écoutais parler le Mandane, qui dévoilait son secret à deux jeunes gens.... et sais-tu qui ?
—Comment veux-tu que je le sache ?
—C'est vrai. Eh bien ! c'était messieurs de la Vérendrye et de Noyelles.
—Est-ce vrai ? 7.
—Paraît que le Bison avait une ainulette représentant un aigle noir, et quie, dans cette image, était le secret.
—(x se complique. Il devient plus difficile maintenant de mettre la main sur l’amulette.
—Peut-être que non, dit Brossard, mais ouvre grandes tes oreilles, Et c'est à partir d'ici Que j'ai besoin de toi pour réussir.
VI c UNE SURPRISE En route, Pierre demanda à Joseph s’il raconterait au juge tout e ce qu'il savait concernant les confidences et le trépas du sauvage. ; —Non, répondit Joseph. Le secret que m'a révélé le Bison m'ap- $ partient désormais, et j je ne vois pas qu’il soit sage d’en parler. Il'y en a trop qui voudraient en profiter.
à —En eftet, c’est bien ce que je pense. Mais, il me vientune . idée : c'est qu'il serait plus prudent de prendre le contenu de l’amulette et le laisser chez moi, n’emportant que le talisman chez monsieur à 1e juge.
Très bien ! Pour nous rendre chez ce monsieur, nous passons à ta porte, et cela ne nous retardera guère d'entrer pour nous conformer à ton désir.
—Qui peut avoir donné nos noms au juge inquisiteur ? demanda Pierre.
—Oh ! probablement l'aubergiste.
72 — En effet, je n’y pensais pas.
Déjà la nouvelle du meurtre se répandait dans la ville, et les deux gentilshommes'entendaient sur leur route divers groupes commentant
Juvais ce crime. Beaucoup se dirigeaient vers l'auberge de la rue Notrerieux. Dame.
La justice avait visité cet endroit, et, par égard pour MM. dele . e mon Vérendrye et de Noyelles, au lieu de les faire appeler au Fusil d’Ar- 1s. Je gent, lors du commencement de l’enquête, le juge les avait priés de se at que rendre à son bureau pour recevoir leur témoignage. ouant Ils n’eurent pas à attendre une minute quand ils se présentèrent rrande chez le magistrat. Ce fonctionnaire était inconnu de Joseph, qui avait 1e que | vécu trop longtemps hors de Ville-Marie, mais tel n’était pas le cas e. pour Pierre. Les deux hommes échangèrent un salut amical. on des —AÀ mon regret, messieurs, dit le représentant de la justice, je ù l’on suis obligé de vous déranger. Comme vous le savez, un crime a été adane, commis : l’un des Mandanes, de passage dans nos murs, à été assassiné
la nuit dernière. Ses confrères crient vengeance ! Ce sont des alliés
que nous voulons conserver, et je suis chargé de découvrir le coupable
et de et de le punir sévèrement. Je ne vous retiendrai pas longtemps ; nous allons commencer tout de suite.
Raffermissant ses lunettes sur son nez, il commença son interro-
| aigle : gatoire, tandis que maître Lanouiller, son clerc, inscrivait rapidement les réponses.
nettre Il est inutile pour nous de reproduire le récit que Joseph et Pierre ; firent de ce meurtre.
reilles. Seulement, quand ils eurent terminé leurs dépositions, un évène-
ment se produisit qui causa uue grande surprise à tout le monde— excepté à Lanouiller.
On heurta à la porte du cabinet du juge, et lorsque le greffier ouvrit, on lui remit un pli cacheté, qui venait d'être apporté par un inconnu. Cette missive portait le nom de Sieur Varin, sub-délégué de monsieur l’Intendant,
L'on comprendra facilement la stupéfaction de cet homme, en y lisant une accusation directe d’assassinat contre les sieurs Louis-
e tout Joseph de le Vérendrye et Pierre de Noyelles. >, C'était bien cela ; on accusait ces deux messieurs d’avoir tué le m'ap- sauvage Mandane.
Il'y Le juge ne pouvait en croire ses yeux, et il relut le court billet ‘ devant lui. Les termes ne pouvaient être plus précis. On y donnait tune . même un mobile.
'amu- — Messieurs, dit le juge aux deux jeunes gens, je viens de rece-* isieur voir cette lettre qui, il est vrai, est anonyme. Je vais vous étonner certainement en vous apprenant qu'on vous y accuse d'être les auteurs ons à du forfait de la nuit dernière.
prmer Pierre et Joseph eurent un gestè d'horreur, et allaient protester énergiquement contre une accusation aussi infâme, mais le magistrat anda leur imposa silence, d’un signe de la main.
Il continua : = —Je me hâte de vous dire que je n’en crois pas un mot. Votre réputation est trop bien connue pour que je vous soupçonne un seul deux : instant ; sans compter que vons avez des témoins dans la personne de ntant -vos serviteurs pour établir votre présence chez M. de Longueuil et
votre départ de la belle fête de notre gouverneur pour rentrer chez vous.... mais.... (et le juge hésita un peu) mais.... voici qu'on vous prêéterait un mobile pour ce crime, dans cette lettre.... et je ‘suis sûr que vous devez être curieux de savoir lequel ?
—Oui, nous sommes bien curieux de le connaître, dit Pierre.
—On y dit : le voi d’un secret important.
Et reportant ses yeux sur le document sans signature, il lut lentement :
“ MM. de la Vérendrye et de Novelles ont lâchement assassiné le pauvre vieillard indien pour s'emparer d’un secret que renfermait une amulette que ie sauvage portait suspendue à son cou. Cette chose représentait un aigle noir. Ce secret doit indiquer l'emplacement d’une mine d’or, d’une richesse fabuleuse.”
—C'est tout, fit le sub-délégué en regardant attentivement ses auditeurs. Qu'en pensez-vous ?
Les deux amis se regardaient surpris.
—M. le juge, dit Joseph en avançant d’un pas vers ce fonctionnaïre, cette lettre est une infâme machination. Au sujét de cette amulette dont on fait mention, voici ce que j'ai à dire : Après avoir recueilli sur le sol le sauvage pres ue inanimé, et l'avoir porté dans l'auberge voisine, il revint à la vie. Je connaissais le vieillard de longue date,.et quand il me reconnut près de lui, il en fut bien aise, Il comprenait que ses heures étaient comptées et, je suppose, me trouvant alors la personne auprès de lui qu’il aimait le plus ici, il voulut me léguer un supposé secret que cachait une amulette.
“ Ce talisman qu’il gardait précieusement en souvenir d’un frère aimé, chef comme lui dans la nation des Mandanes, m'a été donné par le mourant.” \
Personne ne faisait attention au clerc du juge qui écoutait fièvreusement les paroles de Joseph. Si on l’eût regardé, on aurait certainement remarqué son excitation.
—Brossard ne mentait pas, se disait intérieurement Lanouiller.
—Chez moi, en présence de M. de Noyelles, nous avons réussi à ouvrir l’amulette, et....
interrompit le juge, profondément intéressé, Il répugnait à M. de la Vérendrye de dire un mensonge mais il ne voulait pas non plus livrer son secret. \
L’interruption du juge vint fort à propos pour lui permettre de chercher un biais, une réponse équivoque, qui, ne blessant pas sa conscience, lui donnerait un moyen de setirer d'affaire heureusement.
Mais il n'eut pas ce trouble. : :
De Noyelles n'avait pas le même scrupule que Joseph.
À la question : “ Et vous avez trouvé ? ” il s’'empressa de répondre :
— Rien ! Evidemment M. le sub-délégué, le pauvre cuivré divaguait, car nous en sommes quittes pour nos frais. |
Le juge eut l’air désappointé, Tout en croyant à la parfaite innocence des deux hommes sur la question du meuftre, il n’était pas sans ajouter foi à la lettre anonyme pour ce qui touchait à l'amulette, .
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D'abord, au commencement de son témoignage, M. de la Vérendrye avait passé sous silence le secret du Bison ; venait ensuite la lettre mystérieuse, et tout se déclarait, hors l’existence du secret,
M. de la Vérendrye avait donc intérêt à se taire.
Et une mine d'or !.... d’une richesse fabuleuse !.... comme le disait le billet,
—Bigre ! pensuit le magistrat, si je pouvais mettre la main sur ce secret !.... mais, à présent, il n’y a rien à faire !.... je vais les congédier, et puis, je les ferai espionner !.... Plus tard, nous verfons
—Messieurs ! reprit-il à haute voix, je vous remercie beaucoup des renseignements que vous avez donnés à la justice. Je vais m'occuper avec zèle de cette affaire— il était sincère—et je ne désespère pas de découvrir le coupabie.
Voyant que le juge n'avait plus besoin d'eux, les jeunes gens prirent congé de lui Mais Joseph, se = avisant soudain, se tourna vers le magistrat.
M. Varin, dit-il, je pense que si vous pouviez mettre la main sur l’auteur de l'écrit anonyme, vous auriez trouvé l'assassin de l’ancien chef des Mandanes.
Frappé par ces mots, le juge murmura ;
—En effet !.... cela se pourrait.... je vais y réfléchir !. ...
C’est Lanouiller, qui n’était pas de bonne humeur.
—Diable ! se disait-il, nous ne sommes guère plus avancés !
” Brossard a fait de la besogne inutile et qui lui attirera peut-être plus
‘d’ennui que de bien !.... Mais, tout de même, son idée était ingénieuse pour forcer le secret des deux gentilshommes.
—Lanouiller !
— Monsieur le juge ?
—Crois-tu qu’il n’y avait rien dans l’amulette de l'aigle noir ?
—Je crois tout le contraire.
—-Mais alors ?
—On a dépouillé l’'amulette de son contenu, que l'on cache ‘avec soin.
—Une mine d’or !.... d’une richesse fabuleuse !.... murmura le juge. Je pourrais retourner en France et vivre en grand seigneur le reste de mes jours !.... Haussant la voix, il dit : Je serais curieux de savoir ce qu'il y a de vrai dans toute cette histoire.
C'était énoncé avec intention, on le comprend.
—1l y aurait peut-être moyen de satisfaire le désir de monsieur, dit Lanouiller.
—Dis-tu vrai ?.... Tu sais, c’est simplement par curiosité, et je ne veux être mêlé à rien...
—Ne craignez pas, je vais essayer de vous faire ce petit plaisir, sans nuire à personne. el
—Bon ! tu es un brave garçon, Lanouiller !
Le juge était une créature de Bigot, cet être aux sentiments les plus vils, qui semble avoir inculqué tous ses vises à ses subordonnés, dès son arrivée au Canada. Il ne faut donc pas s'étonner outre mesure si nous voyons cet homme si avide de gain.
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—Tout de même, se disait son clerc, c’est une curiosité singulière qu'a monsieur le juge ; mais si je mets la main sur le secret de l’amulette, la curiosité du juge ne sera pas de longtemps satisfaite !....
Ah ! que ne ferait-on pas pour ce vil métal ! Allons trouver Bros- * sard, qui doit sécher d’impatience de connaître ce qui s'est passé.
On comprenira facilement toutes les réflexions qui se présen- | tèrent à l'esprit des deux amis, quand ils s’en retournèrent après leur 1h entrevue avec le juge. Cette lettre mystérieuse les occupait entièreqi ment.
—Elle est de l’auteur du crime, sans doute, disait Joseph.
—Je le crois, répondait Pierre. Quel être sait quelque chose du secret de l'amulette, sinon l'assassin ?
— Oui, et je crois que si nous avions examiné toute la maison, nous aurions peut-être trouvé le coupable...
—Que nous a dit le sauvage mourant ? emanda de Noyelles, d’avoir à nous méfier d’un.... d’un....
— Arrête ! dit Joseph, c'est un drôle de nom, comme les indiens
seuls savent en donner, dans leur langage figuré.... c'est.... l'Œilcroche !
—Eh bien ! ne serait-ce pas là un indice ?.... Vague, si tu veux, mais c’est toujours quelque chose !
—Oui, c’est quelque chose, quoique bien peu !.... Par Œil-cro-
che, le vieux Mantane a voulu dire : louche, et les personnes qui louchent, tout en n'étant pas très répandues dans la colonie, se voient assez souvent pour que notre piste soit difficile à relever. —Qui sait ? dit Pierre. Œil-croche ne signifie qu'un œil affecté par le strabisme, et c’est plus rare que deux. Dans tous les cas, il faudra d'abord étudier nos :artes, et les brûler, et cela aussitôt que, possible. De la sorte, notre secret ne pourra pas tomber entre des mains étrangères.
Joseph approuva ce propos. \ Mais un évènement triste et douloureux vint, à quelques jours de là, changer tout à fait le courant des idées du pauvre garçon, ainsi que de son parent, Pierre de Noyelles.
Le père de M. Joseph de la Vérendrye ; celui qui, avec une - indomptable énergie et au sein de difficultés et de dangers sans nombre avait ouvert l'Ouest Canadien au flambeau de la civilisation,
Bros- *
résenss leur itièrese du deses > pour 1 était aison,
velles,
idiens l'Œilveux, l-cro-
1 louoient
ffecté
as, il
ra Ci
rendait l’âme, le 6 décembre 1746, après quelques jours de maladie, (1) M. Pierre Gautier de Varennes avait alors soixante et quatre ans révolus. Malgré cet âge qu'il portait allégrement ; malgré toutes les fatigues endurées dans ses voyages sans compter les misères et les dégoûts dont ses envieux ou ses ennemis n'avaient cessé de l’abreuve r; malgré le peu de profit financier qu'il en avait retiré, l'intrépide Canadien, une semaine avant scn trépas, songeait encore à organiser une nouvelle expédition pour l'Ouest.
\ “ De Varennes, le pauvre grand découvreur du Nord-Ouest, fut l’une des gloires les plus rayonnantes du Canada,” a écrit l'une de nos plus belles plumes de romancier, muette maintenant (2), et une autre, celle d’un historien, le glorifie par ces mots : “ Deux figures se détachent au-dessus de toutes les autres dans ia galerie des personnages que l’histoire nous présente comme les fondateurs du Canada : Samuel de Champlain, et de la Vérendrye.... le second arrivé sur la scène un siècle plus tard découvrit et fonda le nord-ouest. L'œuvre de chacun d’eux a été définitive en ce sens qu’elle n’a pas été interrompue par leur mort. Une fois leurs travaux accomplis ils se sont couchés dans la tombe heureux et triomphants (3).” |
Comme l'illustre fondateur de Québec, Gautier de Varennes ambitionnait de découvrir de nouvelles contrées pour les livrer à la civilisation, et pour le roi de France.
Joseph prévint aussitôt son frère aîné, François de la Vérendrye, de la mort de leur père.
François reçut la triste nouvelle à Michilimakinac où il s’occupait de l'achat des approvisionnements des forts. Craignant d’être supplanté par les ambitieux dans les postes de l'Ouest, il se rendit en. toute hâte à Montréal, afin d'y faire valoir ses droits à la succession de son père (4). Mais tout avait été réglé autrement. Vers le milieu du mois de février 1759, le sieur Le Gardeur de Saint-Pierre avait été nommé en remplacement du père de Joseph, pour le voyage
rojeté.
a Quand les deux jeunes gens se présentèrent à M. de Saint-Pierre, ils n’en furent pas bien reçus, et celui-ci ne voulut prendre avec lui que M. de Noyelles.
Cela ne faisait point le compte des deux amis.
‘François de la Vérendrye avait usé de tous les moyens pour obtenir la direction de l'expédition, mais n'avait pu y réussir. On voulait garder à Montréal les trois fils de la Vérendrye, pendant que de
St-Pierre serait là-bas, dans l'Ouest.
La saison s’avançait. François devait s'occuper des vivres et pro-
visions des hommes à son service sous peine de les voix périr, et de-
vait attendre leur retour pour ne point les laisser piller et abandonner Ce fut à grand peine que François obtint la permission d'aller au-devant de ses gens ; (5) Joseph l'accompagna, tandis que Pierre
(1) Rapport sur les Archives du Canada, 1887, page clii.
(2) Joseph Marmette. cu . (3) B. Suite. Hist. des Can. Français, vol. VI.
(4) Abbé G. Dugas. L'Ouest Canadien, p. 123. %
(5) Abbé G. Dugas. L'Ouest Canadien, p. 127.
30 EN ROUTE POUR LE NORD-OUEST | de Noyelles, avec les gens de M. de St- Pierre, devaient le rejoindre peu après.
Chaque printemps, un nombre considérable de canots d’écorce partaient de Ville. Marie pour l'Ouest, allant faire la traite des pelleteries avec les sauvages, mais il n'y avait jamais eu autant de monde sur la plage ou sur les quais de la ville pour voir partir ces immenses flottilles que le 5 juin 1750, à l’occasion du départ de M. St-Pierre et ses gens, comprenant une compagnie des troupes détachées de la marine du Canada, et dont il était capitaine.
Tout Montréal était sorti ; et au bruit des acclamations de la foule les canots d’écorce s’élancèrent gaiement.
L'embarcation que montait M. de Noyelles était d'environ trente-quatre pieds de long, de trois pieds.de profondeur et cinq de large ; elle portait une charge de la pesanteur de deux tonneaux, et avait pour équipage huit hommes, tous hardis nageurs.
Voici comment on voyageait sur nos lacs et nos rivières en ce temps-là : À tous les deux milles on arrêtait quelques minutes pour fumer, et quand on faisait un portage, c'est-à-dire lorsque la navigation était interrompue par un rapide on une chute, il fallait atterrir ; alléger le canot ; et les hommes, à terre ou dans l’eau, le remorquaient jusqu'à ce que le rapide fût passé ; ou bien, on le portait sur les + épaules jusqu'à l'endroit le plus rapproché d’où il était possible de continuer la route.
Ou n’arrêtait pas pour se faire sécher, mais on continuait sans relâche jusqu’à l’heure du repas ou du coucher, et quand il y avait un portage à faire il était désigné par le nombre de repos ou d’arrêts qu'il fallait faire avant de le franchir.
Toutes ces choses intéressaient fort M. de N loyelles, Chaque jour lui présentait quelque chose de nouveau.
Mais ce n'était là qu'un commencement, et bien d’autres choses devaient l’étonner en chemin,
A la vue d’une croix tombale, quand un cours d’eau était franchi ou qu'un autre commençait, les voyageurs ôtaient leurs coiffures et se signaient, pendant qu'ils disaient une courte prière.
Ensuite, les avirons nageaient en cadence sous le rythme des beaux chanteurs de l'expédition.
On chantait :
Dans mon chemin j’ai rencontré Trois cavaliers fort bien montés, Lon, lon, loridon, deine,
Lon, lon, laridon, dai.
Et tous reprenaient en chœur :
Lon, lon, etc.
Ou bien :
? Quand j'étais chez mon père, (bis) Petite et jeune étions, Dondaine et don, Petite et jeune étions, Dondaine.
ejoindre
d’écorce gs pelle- > monde nmenses ierre et :s de la
ns de la
environ cinq de eaux, et
es en ce es pour navigatterrir ; quaient
sur les sible de
ait sans vait un d’arrêts ue jour
choses
franchi s et se
beaux
Ou d’autres du même genre.
“ Tous ceux à bord qui pouvaient chanter le faisait avec un vif plaisir.
Et le chœur, un chœur formidable, puissant, réveillait gaiement les échos sonores d’alentour.
Le soir venu, le commandant ordonnait l’atterrissags. Le souper se prenait avec appétit ; puis, les sentinelles placées, les autres personnes se livraient au repos.
Après un voyage de six semaines, sans alerte, sans rencontre
fâcheuse, tout le monde arrivait, le 12 juillet, à Michilimakinac, où
les Français avaient un poste.
C’est à ce poste que M. de Saint-Pierre rejoignit les frères de la Vérendrye ; il offrit des excuses à François pour la conduite qu'il avait tenue envers lui. Il se dit bien fâché de ne pas les avoir avec lui, et leur témoigna beaucoup de regrets.
Joseph crut le moment favorable pour parler et demanda la FAR de suivre son ami, M. de Noyelles, ce à quoi M. de Saint-
ierre consentit sur le champ.
Ayant pris un repos de trois semaines, ils partirent pour le Sault Sainte-Marie.
En arrivant en cet endroit, ils rencontrèrent des gens d'en haut retournant à Montréal. Ces hommes étaient partis de bonne heure au printemps et revenaient, leurs canots lourdement chargés de riches
elleteries. Les canotiers de la troupe de M. le chevalier de Saintierre, en les apercevant, les saluèrent des cris de : “ Bonjour ! Comment çà va, les mangeurs de lard ?”
Ceux que l'on apostrophait ainsi répliquèrent sur Il: même ton : ‘ Eh ! mais pas trop mal, mangeurs de suif et de blé d'inde !”
Les voyageurs qui moôntaient—c'était le terme employé lorsqu'on se rendait dans les pays du Nord-Ouest—que pour faire le convoi des fourrures, demandaient une meilleure nourriture que leurs confrères qui s'engageaient pour aller faire la traite ou toute expédition de longue haleine, etc, et on leur donnait du lard, d'où leur était adressée par dérision l’épithète de : mangeurs de lard (1).
Les Français firent, au Sault, une halte de quelques heures tout au plus, puis ils entrèrent dans le lac Supérieur dont ils côtoyèrent la rive nord jusqu’à la rivière de la Flèche, vis-à-vis l'extrémité sud de l’île Royale.
Le lendemain, ils quittaient ce lieu pour le fort Saint-Pierre, au
lac La Pluie, le one établissement des postes de l'Ouest,
Le plus difficile du voyage commençait, et il fallait une pratique bien formée pour en connaître tous les chemins.
Du lac, Supérieur au fort Saint-Pierre la distance est de deuxcent-cinquante milles environ, mais il y avait dix portages à faire, tantôt du côté nord, tantôt du côté sud de la rivière. Le premier de ces portages, et le plus long est de trois lieues,
Aussitôt arrivé à ce premier poste, M. de Saint-Pierre convoqua en assemblée, tous les sauvages des environs et dans une harangue
(1) Le Can. Antiquarian, vol, III page 48—1893, publié à Montréal.
bicn tournée leur fit grandement valoir la bonté que le roi son maître avait de les faire visiter et de pourvoir à tous leurs besoins,
Il fut écouté religieusement, mais quand il cessa de parler, les sauvages, selon leur habitude, lui demandèrent des présents, qu'il n’accorda qu'en partie, car il n’y avait pas moyen de les satisfaire.
De Noyelles, émerveillé de tout ce qu'il voyait, ne s'étant jamais aventuré aussi loin de Ville-Marie, avait souvent recours aux lumières de M. de la Vérendrye pour des explications qui lui étaient très intéressantes et très instructives.
Le commandant représenta à ces nations combien M. le général leur père était peiné relativement à la guerre qu'ils ne cessaient de faire aux Sioux ; que s'ils voulaient donner des preuves de leur soumission et de l’obéissance qu'ils devaient à un bon père, il fallait qu'ils discontinuassent d'aller en guerre contre les Sioux, Sukis, Puants et Renards qui n'étaient pas moins chers qu'eux à Ononthio ;
que pour concilier leurs esprits leur père avait détaché M. #ärin chez +
les Sioux et autres nations, pour les porter également à la paix et à la plus parfaite union. (1)
Il leur signifia en même temps que si, malgré ces défenses, ils persistaient à faire cette guerre, comme par le passé, ils le mettraient dans la dure nécessité de les priver des secours que les Français introduisaient chez eux avec beaucoup de peine et à grands frais. Il ajouta qu'ils ne pouvaient pas raisonnablement oublier combien était affreuse leur misère avant qu'ils eussent des Français chez eux.
La réponse des sauvages lui plut, surtout celle des deux chefs les plus considérés : mais il n'osa compter entièrement sur leur parole, et il fit bien. \
Ayant pris congé de ces gens, les Français continuèrent leur route par la rivière la Pluie et le lac des Bois au fort Saint-Charles, puis, par le chemin de l'angle du Nord-Ouest à la rivière Rouge, et au fort de ce nom ; ensuite, remontant le cours de l’Assiniboine jusqu'au fort La Reïne,—où est aujourd'hui Portage-des-Prairies, — il s'installa pour hiverner.
Il apprit bientôt que les sauvages réunis an fort Saint-Pierre étaient partis en guerre, mais il était trop éloigné d'eux pour les en empêcher.
Le manque de vivres que l'on avait coutume de trouver au fort Saint-Charles, ou au fort M::repas, à l'embouchure de la rivière Ouimipik, mit le capitaine daus l’absolue et indispensable obligation de dépêcher M. le chevalier de Niverville, enseigne des troupes détachées de la marine, à la rivière Paskoyac, où, ne pouvant se rendre en canot, le chevalier fut obligé de cacher dans les bois une partie de ses vivres, et d'emporter l’autre partie avec lui sur des “ tobagans ” —traîneaux sauvages. |.
. Îl n’est point de misère qu’il n’éprouva ; n'ayant presque pas de vivres, il était exposé tous les jours, lui et sa troupe, à mourir de faim, n'ayant que la maigre ressource, pendant l'hiver, de quelques
(1) ‘ Mémoire ou journal sommaire du chev. Jacq. Legardeur de St-Pierre chef de cette expédition.”
Le
maître
ler, les 8, qu'il ire.
jamais mières s inté-
énéral ent de ir soufallait Sakis, athio ; n chez M x et à
ses, ils raient intr'oajouta freuse
efs les ole, et
leur arles, ige, et boine 1es, —
Pierre les en
‘A LES KINONGÉ-OUILINI poissons. C'est ainsi qu'il se soutinrent jusqu'au printemps, quand la pêche fut plus aisée et plus abondante.
Les deux amis, de la Vérendrye et de Noyelles appartenaient à la troupe de M. de Niverville, et Pierre, en subissant ces dures privations, se disait souvent que tout n’est pas rose dans la vie d'un découvreur, et que, n’était la perspective dorée qu'il entrevoyait au nd aurait bientôt planté là l'expédition, et serait retourné à Ville-
arie.
Le capitaine de Saint-Pierre avait donné l'ordre à M. Niverville Éprauod établir un fort à trois cents lieues plus haut que celui de Pas-
oyac.
Le 29 mai 1751, M. de Niverville fit partir dix hommes, en deux canots, puis remontèrent la rivière Paskoyac (1).
Ces embarcations étaient commandées par M. de la Vérendrye, qui avait pour lieutenant, M. de Noyelles.
M. de Niverville devait partir un mois plus tard pour les rejoin-.
vi aux Montagnes-Rocheuses, mais la maladie le retint au fort Paskoyac.
” : Joseph et Pierre jubilaient et dans leur for intérieur remerciaient sincèrement la Divine Providence qui favorisait si visiblement leur projet, On leur donnait huit hommes bien armés, et deux canots chargés de vivres et de présents pour se rendre favorables les sauvaget faruuches qui barraiïent la route.
Enfin, on saurait donc ce qu'il y avait de vrai dans toute cette histoire du pauvre Bison |
C'est ce que pensaient les inséparables amis, au moment du départ de Paskoyac pour l'inconnu. C’est aussi le sentiment qui animait l'un des huit hommes donnés à Joseph.
Cet homme s'était attaché aux pas de Pierre, depuis Montréal, et ne l'avait j mais perdu de vue.
Le lecteur devine quel est ce personnage, qui porte sur un œil un petit morceau de cuir, comme si cet œil était malade.
Ajoutons que ce morceau de cnir avait été posé quelques jours avant le départ pour l'Ouest, à Ville-Marie, afin de cacher au regard observateur de M. de Noyelles un œil, un seul, qui louchait beaucoup, tandis que l’autre était bon.
C'était bien l’homine que le Bison voulait désigner par ce nem étrange de l'Œil Croche.