Voir Appendice XIX, p
était un jardin. Je passai par Leicester, par Derby, par Buxton, par Shortley, par Kendall, par Carlisle. De là j'entrai en Ecosse et je parvins à Edimbourg. J'ai eu trop de plaisir dans ce voyage pour ne pas chercher à m'en retracer les moindres circonstances. Je faisais de trente à cinquante milles par jour. Les deux premières journées j'avais un peu de timidité dans les auberges. Ma monture était si chétive que je trouvais que je n'avais pas l'air plus riche, ni plus gentlemanlike que lorsque je .voyageais à pied, et je me souvenais de la mauvaise réception que j'avais éprouvée en cheminant de la sorte. Mais je découvris bientôt qu'il y avait pour l'opinion une immense différence entre un voyageur à pied et un voyageur à cheval. Les maisons de commerce en Angleterre ont des commis qui parcourent ainsi tout le royaume pour visiter leurs correspondants. Ces commis vivent très bien et font beaucoup de dépense dans les auberges, en sorte qu'ils y sont reçus avec empressement. Le prix de la dinée et de la couchée est fixé, parce que les aubergistes s'en dédommagent sur le vin. J'étais partout considéré comme un de ces commis, et en consé-
quence reçu à merveille. Il y en avait toujours sept ou huit avec lesquels je causais, et qui, lorsqu'ils découvraient que j'étais d'une classe plus relevée que la leur, ne m'en traitaient que mieux.
L'Angleterre est le pays où, d'un côté les droits de chacun sont le mieux garantis, et, où de l'autre les différences de rang sont le plus respectées : je voyageais presque pour rien. Toute ma dépense et celle de mon cheval ne se montaient pas à une demi-guinée par jour. La beauté du pays, celle de la saison, celle des routes, la propreté des auberges, l'air de bonheur, de raison et de régularité des habitants, sont, pour tout voyageur qui observe, une source de jouissances perpétuelles. Je savais la langue de manière à être toujours pris pour un Anglais, ou plutôt pour un Écossais, car j'avais conservé l'accent écossais de ma première éducation en Ecosse.
J'arrivai enfin à Edimbourg le 12 août, à six heures du soir, avec environ neuf à dix shillings en poche. Je m'empressai de chercher mon ami Wilde, et, deux heures après mon arrivée, j'étais au milieu de toutes celles de mes connaissances qui se trouvaient encore en ville, la saison ayant
éloigné les plus riches, qui étaient dans leurs terres. Il en restait cependant encore assez pour que notre réunion fût nombreuse, et tous me reçurent avec de véritables transports de joie. Ils me savaient gré de la singularité de mon expédition, chose qui a toujours de l'attrait pour les Anglais.
Notre vie à tous pendant les quinze jours que je passai à Edimbourg fut un festin continuel. Mes amis me régalèrent à qui mieux mieux, et toutes nos soirées et nos nuits se passaient ensemble. Le pauvre Wilde surtout avait à me fêter un plaisir qu'il me témoignait de la manière la plus naïve et la plus touchante. Qui m'eût dit que sept ans après il serait enchaîné sur un grabat ■ ! Enfin, il fallut penser au retour. Ce fut à Wilde que je m'adressai. Il me trouva avec quelque peine, mais de la meilleure grâce du monde, dix guinées. Je remontai sur ma bête, et je repartis. J'avais été voir à Niddin, ces Wauchope qui m'avaient si bien accueilli, quand j'étudiais, et j'avais appris que la sœur aînée était dans une petite ville, un bain, si je ne me