‹ Le "Cahier rouge" de Benjamin Constant. PubliéChapitre 7 sur 36 · Voir Appendices VII et VIII, pp. 108 et liO · texte numérisé non relu

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Cependant mon père partit avec moi pour l'Angleterre, et après un séjour très court à Londres, il me conduisit à Oxford. Il s'aperçut bientôt que cette université, où les Anglais ne vont unir leurs études qu'à vingt ans, ne pouvait convenir à un enfant de treize. Il se borna donc à me faire apprendre l'anglais, à faire quelques courses dans les environs pour son amusement, et nous repartîmes au bout de deux mois, avec un jeune Anglais qu'on avait recommandé à mon père comme propre à me donner des leçons, sans avoir le titre et les prétentions d'un gouverneur, choses que mon père avait prises en horreur, par quatre expériences successives. Mais il en fut de cette cinquième tentative comme des précédentes. A peine M. May fut-il en route avec nous, que mon père le trouva ridicule et insupportable. II me mit dans la confidence de ses impressions, et de la sorte mon nouveau camarade ne fut plus pour moi qu'un objet de moquerie et de dérision perpétuelle.

M. May passa un an et demi à nous accompagner en Suisse et en Hollande. Nous séjournâmes assez longtemps dans la petite ville de

Geertruydenberg1. Là, je devins, pour la première fois, amoureux. Ce fut de la fille du commandant, vieux officier, ami de mon père. Je lui écrivais toute la journée de longues lettres que je ne lui remettais pas : et je partis sans lui avoir déclaré ma passion, qui survécut bien deux mois à mon départ.

Je l'ai revue depuis : et l'idée que je l'avais aimée lui avait laissé un intérêt ou peut-être simplement une curiosité assez vive sur ce qui me regardait. Elle eut une fois le mouvement de me questionner sur mes sentiments pour elle; mais on nous interrompit. Quelque temps après elle se maria et mourut en couches. Mon père, qui n'aspirait qu'à se débarrasser de M. May, saisit la première occasion de le renvoyer en Angleterre.

Nous retournâmes en Suisse où il eut recours, pour me faire prendre quelques leçons, à un M. Bridel, homme assez instruit, mais très pédant et très lourd. Mon père fut bientôt choqué de l'importance, de la familiarité, du mauvais ton du nouveau Mentor qu'il m'avait

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