MADAME EUGÉNIE DOCHE
L> ' e st l'aurore et c'est l'avril,
Lui dit-il.
Viens, la rosée étincelle.
— Le vallon est embaumé ;
Viens, c'est mai Et c'est l'aube, lui dit-elle.
Et dans le bois abritant
Un étang, Où les chevreuils viennent boire, Ils sont allés, les heureux
Amoureux, Suspendre leur balançoire.
Gaîment ils s'y sont assis,
Puis Thyrsis Prit les cordes à mains pleines ; Et voilà qu'ils sont lancés,
Enlacés Et confondant leurs haleines.
Daphné, près de son ami,
A frémi D'entendre craquer les branches , Et, prise d'un rire fou,
Mis au cou Du brun Thyrsis ses mains blanches.
LE PRINTEMPS
Mais, fier du fardeau léger,
Le berger La regarde avec ivresse Et presse le bercement
Si charmant Qui lui livre sa maîtresse.
Elle a son seul point d'appui
Contre lui, Qui touche ce que dérobe L'écharpe qu'un vent mutin
Du matin Fait flotter avec la robe.
Leurs beaux cheveux envolés
Sont mêlés.
Ils vont, rasant les fleurettes De leurs jeunes pieds unis;
Et les nids Là-haut sont pleins de fauvettes.
— Un baiser sur tes cheveux.
Je le veux Ec je veux que tu le veuilles.
— Non, berger, car les grimpants
^Egipans Sont là, cachés sous les feuilles.
— Un baiser, — qu'il soit moins prompt!
Sur ton front, Sur ta bouche qui m'attire !
— Non, berger. N'entends-tu pas
Que là-bas Déjà ricane un satyre?
Ainsi l'ingénue enfant
Se défend Et veut détourner la tête ; Mais, pour augmenter sa peur,
Le trompeur Fait voler l'escarpolette;
LE PRINTEMPS
Et craintive, et s'attachant
Au méchant Qui lâchement en profite, La vierge au regard divin
Bien en vain L'adjure d'aller moins vite.
Mais déjà le bercement
Lentement S'affaiblit et diminue.
Les enfants se sont assez
Balancés, Mais leur baiser continue.
Où ce jeu les mène-t-il?
Très-subtil Est Eros, riveur de chaînes, Et, dans le taillis en paix,
Très-épais Le gazon aux pieds des chênes.
Sur l'écorce des rameaux,
En deux mots Plus d'une idylle est écrite, Et sous les myrtes de Cos
Les échos Savent par cœur Théocrite.