‹ Le cahier rouge; poésiesChapitre 23 sur 51 · AUBADE PARISIENNE · texte numérisé non relu

AUBADE PARISIENNE

1 ouR venir t'aimer, ma chère.

Je franchis les blancs ruisseaux, Et j'ai l'âme si légère Que j'ai pitié des oiseaux.

Quel temps fait-il donc? Il gèle, Mais je me crois au printemps.

Entends-tu, mademoiselle } Tu m'as rendu mes vingt ans.

Tu m'avS rendu ma jeunesse.

Ce cœur que je croyais mort, Je veux pour toi qu'il renaisse ; Ecoute, comme il bat fort !

Quelle heure est-il? Tu déjeunes ; Prends ce fruit et mords dedans.

C'est permis, nous sommes jeunes, Et j'en mange sur tes dents.

Parle-moi, dis-moi des choses.

Je n'écoute pas, je vois I S'agiter tes lèvres roses Et je respire ta voix.

Je t'aime et je t'aime encore; A tes pieds je viens m' asseoir.

Laisse-moi faire; j'adore Le tapis de ton boudoir!

LENDExMAIN

I uisqu'a peine désenlacée De l'étreinte de mes deux bras, Tu demandes à ma pensée

Ces vers qu'un jour tu brûleras,

II faut, ce soir, que je surmonte L'état d'adorable langueur

Où je rougis un peu de honte, Tout en souriant de bonheur.

Pourtant je l'aime, ma fatigue.

C'est ton œuvre, et le long baiser De ta bouche ardente et prodigue A pu seul ainsi m'épuiser ;

Et tu veux que je la secoue, Petite coquette ! tu veux Voir rimer les lis de ta joue Avec la nuit de tes cheveux.

Tu veux que, dissipant le voile Qui trouble mon cerveau si las, Je dise tes regards d'étoile Et ton haleine de lilas.

Mais la preuve, ô capricieuse, Que je ne pense qu'à t'aimer, C'est la fièvre délicieuse Qui m'empêche de l'exprimer.

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