SCENE IX
ALI-BAJOU, BIROTTEAU.
ali-bajou sort en parlant de la maison du Caid. Fiez-vous, seigneur, à mon zèle, Comptez sur mon empressement...
Je vais m'acquilter promptement De cette mission, en serviteur fidèle!
birotteau, à part Ah! voici du Caid le maussade intendant! On dit que de son faible maître Cet Eunuque est le confident.
Et ce n'est qu'en le marchandant Qu'auprès du Caid on pénètre!
ali-bajou, à part} sur Vavant-scène
Pauvre Caid! Il croit qu'en esclave soumis, A ses désirs humblement j'obéis, Quand seul ici j'approuve ou réprimande! Comme il ne voit que par mes yeux, Je m'arrange pour qu'il commande Ce que mon intérêt demande, Et je lui fais vouloir ce que je veux! BIROTTEAD à part Auprès d'Aboul-y-Far, il faut qu'il m'introduise!
Il s'avance et salue Ali-Bajou.
Mossu!
ALI-BAJOU
Que veux-tu, Franc?
Ce mol caractérise Aies sentimens ainsi que mon pays.
ALI-BAJOU
Au fait! Je suis pressé. Quelle est ta marchandise?
BIROTTEAU
Je ne suis pas marchand.
ALI-BAJOU
Ah! qu'es-tu donc?
BIROTTEAU
Je suis Capitaliste!
ALI-BAJOU
Bon!
BIROTTEAU à part
C'est le titre qu'étale Tout échappé de notre capitale!
ALI-BAJOU
Enfin, que demandes-tu?
BIROTTEAU
Rien, Que la faveur insigne de paraître Devant Aboul-y-Far, votre seigneur et maître!
ALI-BAJOU
Pourquoi?
Pour lui parler.
ALI-BAJOU
Eh bien!
Dis-moi ce que lu veux lui dire, • Je le lui transmettrai!
IMROTTLAl
Vous! non pas, s'il vous plaît!
au-bajou à part Prétendrait-il ici me nuire?
Tout doucement il le faut éconduire...
Haut.
Alors, écris, le papier est discret...
BIROTTEAIJ
Je ne le puis. C'est un secret Qui personnellement le touche!
Je veux qu'immédiatement Sans l'aide qu'aucun truchement 11 passe, à l'instant, de ma bouche, Dans l'oreille du vieux pacha.
ALI-BAJOU à part
Oh! oh! cela me semble louche!
Haut.
Retire-toi! jamais chrétien ne l'approcha!
BIROTTEAU
Il faudra pourtant qu'il m'entende!
ali-bajou à part C'est vraiment ce que j'appréhende!
Je lui crois, contre moi, quelque mauvais dessein...
Haut.
Allons, va t'en!
BIROTTEAB
Tu me chasses? Écoute :
Cet entretien, sois-en certain, Ici, malgré toi, ce malin, Je l'obtiendrai, quoi qu'il m'en coûte!
A part.
Je veux tries vingt mille boudjous!
Haut.
Adisias, doyen des marabouts!
Il sort par la droite.
ALI-BAJOU, puis MICHEL
ALI-BAJOU
Oui, oui, pauvre diable, menace!
Je saurai mettre un frein à ton audace! Et nous aurons bientôt un défenseur.
Justement, le voici. Venez, venez, seigneur!
MICHEL
Eh bienl mon vieux! quelle nouvelle?
ALl-BAJOO
Excellente!
MICHEL
Comment, j'obtiendrai donc ma belle, La fille du Caid?
Je l'espère, et bientôt...
MICHEL
A merveille! El dis-moi par quelle heureuse adresse As-tu fait réussir déjà notre complot?
ALI BAJOU
Vous savez bien, pour vous, jusqu'où va ma tendresse? De l'amour, sans que ça paraisse, Je comprends, hélas! les lourmens!
Je compatis aux chagrins des amans!
Vous ne m'apportez rien?
michel tirant de sa poche un flacon
Si fait!... une bouteille!...
ÀU-BAJOl'
C'est?
MICHEL
Du Parfait-Amour!
ALI-BAJOU
Quelle couleur vermeille!
Je ne bois pas de vin, Mahomet le défend; Mais le kiresh et le rhum, le rack et l'aniselte Ont sur mou cœur un pouvoir triomphant!
MICflll
Et maintenant, achève ta gazette!
ALI-BAJOU
Vous saurez donc qu'en zélé musulman, Le Caid, en Egypte, autrefois fil la guerre Contre Buonarpardi, votre illustre sultan. Les Français rembarques, certaine canliniôre, D'Aboul-y-Far la prisonnière, Par ses attraits, son bon ton, le charma; Il l'épousa. Voilà, de la belle Falhma, Comment une Française est mère.
MICHEL