PARIS
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L’Egypte est située au centre de l’ancien continent, entre 1 mer Méditerranée et la mer Rouge, aux extrémités nord-est de l’Afrique, entre le 22e et demi et Je 32e degré de longitude à l’est de Paris. C’est une grande oasis environnée de tous côtés par le désert et la mer.
E ESyPte proprement dite commence à Assouàn (Syène , première cataracte), par 24° 5' 23" de latitude nord. D’Assouàn au Caire, le pays offre l’aspect dune longue vallée sinueuse et étroite, où le Nil roule paisiblement ses eaux entre la chaîne arabique à l’est, et la chaîne libyque à l’ouest. Un peu au delà du Caire, au point appelé le Barrage , le fleuve se divise en deux branches; les montagnes disparaissent peu à peu , puis s’effacent complètement, et une vaste
plaine, sillonnée par des milliers de canaux, se déroule comme un immense tapis de verdure au milieu des sables qui l’enserrent, jusqu’à la Méditerranée. C’est à cette partie de l’Égypte qu’a été donné le nom de Delta, à cause de sa configuration ; on l’appelle plus ordinairement Basse-Égijpte ou Béhérah.
Le Delta ne présente aucune élévation naturelle, à l’exception des dunes qui bordent la côte ; quelques buttes artificielles sur lesquelles sont bâtis les villages ; des monticules formés de décombres ou de ruines d’anciennes villes, sont les seuls points élevés que l’on rencontre sur un terrain parfaitement plat.
Le Nil est l’unique fleuve qui baigne l’Égypte et ses provinces du sud. Ses sources, jusque-là inconnues, ont été découvertes de nos jours. Sorti du lac Oukeréoué (Victoria Nyanza) dans les régions équatoriales, il descend d’abord de terrasse en terrasse par une série de cascades, tantôt au milieu des savanes, tantôt au milieu des bois de tamariniers et de sycomores, ou de marécages hérissés de bambous. Il arrose Faouer, Gondokoro, le pays des Chillouks et des Baqqaras, et arrive à Khartoum sous le nom ue Bahr-el-Abiad (Fleuve-Blanc).
Après son confluent avec le Nil Bleu, et grossi de plusieurs rivières qu’il apporte du sud, le fleuve coule profondément encaissé entre de hautes falaises et des rochers à pic. Il franchit plusieurs rapides dont aucun n’est une véritable cascade, traverse toute la Nubie et, à Assouàn, fait son entrée en Égypte entre deux
montagnes de basalte que ses eaux ont tranchées; là sa vallée s’élargit, surtout sur la rive gauche beaucoup moins escarpée que la rive droite. II arrose Edfou , Esnehj Thèbes , Qéneh, Girgeh , Sgout , Manfalout , Mini eh, Beni-Souefet le Caire. Le fleuve qui a 1,200 mètres de largeur à Assouàn, ne recevant aucun affluent en Égypte, et faisant des pertes continuelles par les canaux et l’évaporation de ses eaux, n’en a plus que 600 au Caire. Divisé en deux branches, il traverse le Delta et se jette dans la Méditerranée à Rosette et à Damiette.
Les pluies très fréquentes d’avril en octobre, dans les régions des grands lacs et en Abyssinie, gonflent le fleuve qui inonde annuellement l’Égypte. C’est à cette inondation que le pays tout entier doit sa fertilité; son sol est uniquement composé du limon que le Nil charrie, et partout où l’eau n’atteint pas, il n’y a plus que le désert. « Jadis, dit M. Maspéro, toute la partie du pays connue sous le nom de Delta était recouverte par les eaux ; la Méditerranée venait baigner de ses vagues le pied du plateau sablonneux que domine la grande pyramide de Giseh. A la longue, les matières terreuses que le fleuve amène avec lui, se déposèrent en bancs de boue sur les bas-fonds, et finirent par former la plaine triangulaire que ses branches enfermaient, et dont chaque portion avait été rapportée grain à grain du fond de l’Afrique. « Et plus loin l’éminent égyptologue ajoute : « Le Nil n’a pas seulement créé le sol de l’Égypte; il a déter-
miné l’aspect général du pays et le genre de ses productions. «
C’est à ses inondations périodiques que le Nil doit le culte qu’on lui a rendu de tout temps en Égypte. Par un séjour de trois mois dans la basse teire, il dépose l’aliment de la végétation, et fait d un désert stérile une contrée riche et féconde. Quelques pieds de plus ou de moins que la hauteur normale de la crue sont également nuisibles : si la crue est trop forte elle ravage les terres; si elle est trop faible elle ne féconde pas suffisamment le sol et la disette se lait sentir. On peut donc dire sans exagération que le Nil est la mesure de l’abondance et la source de la vie pour l’Égypte, comme il peut être la cause de sa ruine. Aussi le commencement de sa crue et l’arrivée du fleuve à la hauteur nécessaire, sont-ils des événements qui s’annoncent au peuple par des fêtes publiques.
C’est vers le mois de juin que commence la crue du Nil, et déjà au temps d’Hérodote elle avait lieu régulièrement au solstice d’été. Les Coptes croient que les eaux montent toujours le 20 juin. Pendant la nuit qui précède ce jour, il tombe, disent-ils, elnouqtah, « la goutte « miraculeuse qui purifie l’air et qui présage une heureuse inondation. Une longue expérience a dû apprendre aux habitants de 1 Égypte à redouter les trop faibles et les trop fortes crues, et leur a prouvé qu’un terme moyen seul procure au cultivateur d’abondantes récoltes. L’art pourrait
rigoureusement remédier à l’excès des crues au moyen de digues éclusées qui déverseraient à volonté l’excédant des eaux à la mer ou dans les parties basses du désert; dans les crues insuffisantes on pourrait également retenir les eaux, et empêcher leur écoulement en pure perte. Le barrage entrepris à grands frais sous Mohammed-Ali devait atteindre ce but ; malheureusement ce gigantesque travail a été négligé, puis enfin abandonné. L’idée de régler l’inondation d’après les hautes et les basses eaux , n’est pas moderne : environ vingt-neuf siècles avant J.-C. , le pharaon Aménemhât III avait atteint ce but par la création du lac Mœris (province actuelle du Fayoum), dansleqnel les eaux étaient accumulées pendant les années d’abondance, et restaient emmagasinées pour arroser une partie du pays le jour où il serait menacé de stérilité par une crue trop faible.
Le principe de la fécondité du Nil est dû au limon qu’il charrie; ce limon est très compacte et de couleur brune. Sur cent parties il contient 0.48 d’alumine, 0.18 de carbonate de chaux, 0.9 de carbone, 0.4 de carbonate de magnésie, 0.6 d’oxyde de fer, 0.4 de silice, 0.11 d’eau pure. Le sol qui vient d’être arrosé est couvert d’une couche de terre noire , à laquelle chaque inondation superpose nécessairement une couche nouvelle. II résulte de ce phénomène, que nul ne peut révoquer en doute, que le lit du fleuve s’exhausse d’une quantité à très peu près égale à celle delà vallée, qui est proportionnée à la quan-
lité d’eau qui séjourne à chaque débordement, et par conséquent à la masse des matières terreuses que l’eau contient. Les ingénieurs français de l’expédition d’Égypte ont évalué en moyenne à 0m,126 l’exhaussement séculaire produit par les dépôts du limon. Par suite de cette élévation du sol, la base d’un grand nombre de monuments de la Haute-Égypte se tiouve aujourd’hui à plusieurs mètres au-dessous du niveau du Nil.
Lorsque les Arabes firent la conquête de l’Égypte, Amr’, général en chef des armées musulmanes, envoya au khalife Omar une description dans laquelle il lui dépeignait les effets merveilleux de l’inondation, et lui faisait remarquer que la condition essentielle de la prospérité du pays était l’entretien des digues et des canaux. Douze siècles plus tard, Napoléon, dans un morceau très remarquable sur la géographie de l’Égypte, a dit avec une grande et forte raison : ci Dans aucun pays l’administration n’a autant d influence sui la prospérité publique. Si l’administration est bonne, les canaux sont bien creusés, bien entretenus, les règlements pour l’irrigation sont exécutés avec justice, l’inondation est plus étendue. Si l’administration est mauvaise, vicieuse ou faible, les canaux sont obstrués de vase, les digues mal entretenues, les règlements de l’irrigation transgressés, les principes du système d’inondation contrariés par la sédition et les intérêts particuliers des individus ou des localités. Le gouvernement n’a aucune influence sur la pluie ou la
neige qui tombe dans la Beauce ou dans la Brie; mais en Egypte, le gouvernement a une influence immédiate sur l’étendue de l’inondation qui en tient lieu, n