RUE DE BUFFON
(Extrait de VAnnuaire du Collège de France, i906.)
COURS COMPLÉMENTAIRES JkxxtlcivLitém Azxxôrioaizies.
Fondation Loubat.
M. LioN LEJEAXi, chargé da cours.
lo Cours du mercredi. Il devait porter sur Sahagun^ kisto^ rien de V antiquité mexicaine. Une étude définitive de VHistoria de las cosas de la Nueva Espana et de son auteur n'est point encore possible. En effet, VÉistoria fut originellement rédigée en nahuatl. Or ce texte primitif nous manque jusqu'à nouvel ordre. Nous en connaissons, il est vrai, d^importants fragments, publiés, d'après les manuscrits de la Bibliothèque du Palais de Madrid et de la Bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, par le D' Seler, Mais nous attendons toujours l'édition complète en fac-similé, avec commentaire, du Manuscrit de Florence (le meilleur de tous) que prépare, pour le gouvernement mexicain, M. Francisco del Paso y Troncoso. Je me suis donc, d'abord, et modestement borné, dans cette série de dix-huit leçons, à examiner les points suivants : a) critique des documents biographiques anciens relatifs à Fray Bernardino de Sahagun et des biographies modernes de l'historien franciscain ; b) catalogue raisonné de ses diverses œuvres et (autant qu'on pouvait le tenterV.des versions assez nombreuses (soit en mexicain, soit en espagnol) de son principal ouvrage; histoire (selon nos informations actuelles) des différents exemplaires manuscrits de cet ouvrage ; c) examen des deux éditions en espagnol imprimées (Bustamante et Kingsborough) de VHistoria ; d) Originalité de ce livre où» comme il avait été déjà indiqué l'an dernier, la partie d'apologie, si copieuse dans les historiographes antérieurs, se réduit à quelques pages, à des préfaces, prologues, avertissements au lecteur, à quelques phrases pieuses ici et là. VHistoria est le livre d'un écrivain fort soucieux de For* thodoxie, mais c'est aussi un livre de science pure et d'une belle sincérité.
J'ai ensuite essayé de définir, d'après les passages déjà publiés, la nature et l'utilité des renseignements que semble devoir nous apporter l'édition, du « Sahagun mexicain ». Mes exemples ont été pris au^ chapitres édités et commentés par M. Seler(l) sur la technique de l'orfèvrerie et de la mosaïque de plumes, puis à ce groupe si curieux des hymnes religieux que Sahagun,
(t) V. Compte-rendu de la VIII* eeseion du Congrèê international dee Amé-» ricanittee (Paris, 1890, p. 401-452).
pp. 48()-50U. — oeier (iLu.j, ^<r»èt/«f«c**^ ^^*^ * ^. .. ... '.h-
imd Alterthumskunde, I, Berlin, 1902, pp. 173-183,417-503,507-554; Id. « DieKorrekturen (1er Jahreslange iind der Venusperiode in den mexikanischen Bilderschriften » iZeitschrift fur Ethnologie, 1903. Heft 1, 27-49). Enfin, sous le titre : Mexican and Central American antiquities, calendar-systems and hintonj, la Smithsonan Institution (Washington, 190t) vient de publier la traduction anglaise d'un certain nombre des travaux de MM. Seler, Fôrstemann, Schellhas, Sapper et Dieseldorf.
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pour des motifs de prudence et par timidité confessiounelle, avait expulsés de son texte espagnol. J'ai insisté sur Thymne à Haloc^ inséré, avec les dix-neut autres, au tome II des Abhand' lungen de Seler (1). La tentative très fantaisiste d'édition et de traduction, faite par Daniel Brinton (2), un peu avant celle, strictement scientifique, de Seler, avait égaré l'opinion sur la valeur documentaire de ces vieux chants. Le travail de mon collègue de Berlin jette un jour tout nouveau sur l'histoire religieuse de l'ancien Mexique, surtout quant aux idées et aux rites magiques. Et l'histoire proprement dite, ainsi que l'archêologiei peut en tirer profit.
Dans la deuxième partie de ce cours, revenant au « Sahagun espagnol », j'ai étudié la méthode de composition, les sources, le plan général de l'auteur. J'ai cru devoir m'arrêter longuement aux chapitres ethnographiques et historiques. L'ethnographie « sahagunienne » parait, au premier ahord, confuse. Examinée de près, elle frappe par son érudition et sa véracité. Les recherches d'une science plus moderne confirment, le plus souvent, les descriptions et classements ethniques de l'écrivain. Quant au récit des migrations, il contredit souvent les faits racontés par les autres historiographes. Ces divergences tiennent à la différence des sources. Les devanciers, contemporains, ou successeurs de Sahagun s'en sont, généralement, tenus aux chroniques aztèques qui, nous l'avions vu l'année dernière, font venir les tribus par terre et du N.-O. Sahagun a recueilli, au contraire, des traditions, probablement empruntées aux peuplades de la côte Atlantique qui consacrent le souvenir d'une arrivée maritime par le Golfe et le rivage oriental. Il a, du reste, souvent confondu entre le premier peuplement du pays et l'introduction des premières civilisations. D'autre part, il a essayé de concilier les données de la tradition orientale avec celles de la tradition purement mexicaine. Mais, comme je crois l'avoir montré, une analyse raisonnée vient à bout de ces obscurités.
Parmi les tribus que VHistoria nous décrit et qu'elle fait mouvoir, les Toltèques sont au premier rang. Sahagun ne tarit point sur le génie de cette race, disparue déjà depuis longtemps, dit-il, au temps de la Conquista, Et c'est sur son texte que s'est surtout édifiée la théorie célèbre, due à Brinton (3),
(i) GetammeUe Abhandlungen sur Amerikanischen Spràeh-und Alterthumê' kwuU, Zweiter Band. Berlin, 1904, p. 964.
(2) Dans Rig-Veda Amerieanns.
(3) V. Werethe Toltecs an hiatoric Nationality? (ia ; Proeeedingi of thê Ammean Philcsophical Society, année 1887).
qui nie, non seulement le rôle civilisateur des Toltèques, malt même la réalité de leur existence comme nationalité distincte. Nous avons consacré à l'examen de cette « question toltèque a nos huit derniers entretiens du mercredi. La lecture critique du livre III de VHistoria de las Cosas nous a permis d^apercevoir que cette partie de Tœuvre a pour base, non des traditions strictement historiques, mais une série de contes héroïques — et peut-être de chants — , où les vicissitudes de Tollan et du « Toltecayotl », l'histoire de leurs rois et de leurs pontifes se mêlent au mythe et à la légende de leur dieu Quetzalcoatl, dans sa lutte avec les dieux rivaux, Tezcatlîpoca et Huitzilopochtli. Ainsi s^expliquent les exagérations de tout genre dont Sahagun s^est fait Técho, quant à l'éclat de la culture toltèque. Attribuer aux épisodes de cette espèce d*épopée la valeur positive de renseignements historiques est évidemment une erreur de méthode. Mais, par là même qu^ils relèvent en partie de la action, il faut leur appliquer les mêmes règles de critique qu'à la fable. Ils ne permettent donc pas de mettre en doute ni l'existence des Toltèques, ni même leur supériorité sur les peuples qui les entouraient, ni leur rôle dans la diffusion et le progrès de certains arts. Ils montrent simplement quelle idée, à la longue embellie, les peuples subséquents s'étaient faite de ces hommes et de ces choses. Comme je Fai minutieusement prouvé, et les historiens autres que Sahagun, et les résultats de l'exploration archéologique, voire de l'anthropologie, nous dénoncent, dans tout le territoire consacré traditionnellement par le souvenir des Toltèques (notamment à Tula, Téotihuacan, XochicalcOy etc.), la présence d'une race spéciale, agissante et bien douée. Au résumé, si le mot « toltèque » n'a évidemment plus tout à fait la même valeur représentative qu'autrefois pour le Mexicanisme, ce mot ne saurait, cependant, s'effacer de notre vocabulaire. Les recherches sur l'époque dite homérique et les découvertes d'Issarlik et de Mycènes n'ont supprimé ni Troie, ni les Achéens. Elles ont seulement modifié nos conceptions à ce propos.
2» Cours du samedi. Il avait pour sujet : Le Pérou ancien^ d'après les historiens espagnols et les travaux de l'exploration contemporaine. Ce programme continuait celui de l'an dernier, mais avec un caractère différent. Il s'agissait, cette année, pour nous d'appliquer à l'histoire de l'ancien Pérou les données archéologiques, rassemblées dans le cours de 1904-1905. Tel a été le but des vingt-deux conférences dont je transcris le sommaire :
pp. 480-50U. — aeier lEiU.;, Lyc»«»»/f*cvi,^ -c**^..^ « .^. .. ;/i
und Allerthumskunde, I, Berlin, 1902, pp. 173-183,417-503,507-554; Id. « DieKorrekturen (1er Jahrcslange und der Venusperiode in den mexikanischen Bilderschriften » {ZcUschrifl fur Ethnologie, 1903. Heft 1, 27-49). Enfin, sous le titre : Mexican and Central American antiquities, cale ndar -Systems and histonj, la Smithsonan Institution (Washingfon, 190t) vient de publier la traduction anglaised'un certain nombre des travaux de MM. Seler, Fôrstemann, Schellhas, Sapper et Dieseldorf.
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