‹ Le camarade infidèleChapitre 1 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le silence qui dure depuis quelques secondes, Clymène sait qu'il faut le mettre à profit, sous peine de ne plus trouver, jamais peut-être, de chemin vers l'objet qui la préoccupe. Elle n'entend plus la mer déferler sous les murs de la villa ; la branche de vigne vierge a cessé de se balancer dans l'ouverture de la fenêtre ; les mouches même ne volent plus dans le salon.

— Mon oncle, je voudrais vous poser une question. La pipe ne quitte pas les dents qui la tiennent,

mais un regard, qui déjà sfe durcit un peu, signifie qu'on écoute.

— La veille de l'attaque du i6 juin...

Elle est interrompue aussitôt :

— Mon enfant, tu manques à nos conventions. Il était décidé que nous n'en parlerions plus.

Elle a l'audace que donne une grande timidité et poursuit, comme si elle n'avait pas entendu :

— Quand, la veille du i6 juin, vous avez donné l'ordre d'attaquer...

— Non pas donné : transmis. Un simple brigadier reçoit de l'Etat-Major de l'armée un plan qu'il se contente d'exécuter. Non, Clymène, je ne parlerai plus. Tu te plais à te faire du mal en ne cessant de revenir sur des événements dont tu connais tout ce qu'on peut savoir.

— Je me fais beaucoup plus de mal en cîierchant à me représenter tant de circonstances qui m'échappent. Ne comprenez- vous pas tout ce que l'imagination peut ajouter de cruel à la réalité ?

Il a posé les deux mains sur les accotoirs de son fauteuil, comme s'il allait se lever; mais elle s'écrie, les joues brûlantes :

— Vous devenez très lâche quand vous croyez voir poindre, de si loin que ce soit, quelque chose qui pourrait conduire à de l'attendrissement. Soyez juste pourtant : je ne vous ai jamais fatigué de mes larmes.

Tant de fermeté luit dans le regard de sa liièce,

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