‹ Le camarade infidèleChapitre 37 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nous paraît rarement monstrueuse. Que voulez-vous? Les êtres que la vie n'a pas gâtés, on les flatte et les attendrit à peu de frais.

Vemois fait quelques pas pour échapper à l'égouttement des feuillages :

— C'est tout ce que vous aviez à me dire ? Elle murmure sans oser le rejoindre :

— Ce n'est pas pour cela que j'étais venue... Je me suis affolée... Pardonnez-moi.

Il ne s'attendait pas à la voir tout à coup si misérable :

— Voyons, Mademoiselle, ne restez pas dans cett4 flaque.

Elle avance un peu et répète :

— Dites que vous me pardonnez...

— Je vous en prie, voilà qu'il recommence à pleuvoir et vous êtes déjà trempée. Laissez-moi vous "ommander un grog.

Mais la plume brisé© s'agite de droite et de gauche :

— Je me suis déjà beaucoup trop attardée... J'étais veùue pour vous reparler de ces lettres... L'autre jour j'avais l'impression que vous saviez où elles étaient, mais que vous ne vouliez pas me le dire... Naturellement vous refusez de me répondre. Vous avez toujours à la bouche le souvenir de votre ami, le culte de sa

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mémoire ; mais l'affection qu'il avait pour moi, vous essayez de l'effacer. De quel droit, puisqu'il y tenait ? Vous la trouvez moins noble que l'autre. Toujours la même hypocrisie I... Non, je n'avais pas l'intention de vous faire de reproches... C'est ce mot du petit qui m'a bouleversée... Je vous en prie, ne m'en veuillez pas...

Et Vernois la voit s'enfuir sous la pluie.

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Bien qu'il n'ait fait que hausser les épaules aux insinuations de Mlle Gassin, Vemois se rapproche de la table à écrire. Sur un point l'institutrice n'a pas menti : le chasseur au brocart n'est plus là. Intrigué malgré tout, il cherche des yeux la photographie, espérant provoquer une explication de Clymène, qu'il obtient aussitôt.

— Oui, j'ai mis à l'écart un des portraits. C'est vous qui voyiez juste : il n'est pas ressemblant. Je m'étonne de l'avoir eu si longtemps sous les yeux sans y remarquer je ne sais quoi de suffisant, de satisfait, qui répond bien mal à ce qu'était vraiment votre ami. Et vous aviez encore raison : c'est le portrait en uniforme qui est le plus vrai.

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II rectifie comme pour lui-même :

— Qui est le plus beau.

— N'est-ce pas la même chose ? dit-elle naïvement Et comme il sourit :

— On nous enseigne pourtant, reprend-elle, qu'il suffit de s'être élevé pendant une seule minute à un parfait degré d'abnégation ou d'héroïsme pour que cette minute efface tout le reste et nous vaille la vie éternelle ou la gloire. C'est l'instant le plus beau qui compte seul. Je ne sais comment vous faire entendre ce que je veux dire. Ah, si vous aviez grandi à Follebarbe, vous comprendriez I

Il veut savoir pourquoi.

— Cela ne peut pas s'expliquer. C'est l'esprit même qu'on respire dans la maison... Tenez, pour prendre un exemple, parfois notre père nous disait inopinément ; « Si je vous lisais quelque chose ? » Or, dans la bibliothèque du salon il y avait plusieurs rangées de volumes, mais sauf un seul ouvrage on n'y touchait que pour les épousseter. Lire ne s'entendait chez nous que des tragédies de Corneille. (Mon père avait hérité ce goût de notre grand 'mère et le plus clair de notre éducation s'est borné là.) Parfois cette envie le prenait par une matinée de pluie ou, le soir, quand nous tenions déjà nos bougeoirs pour monter nous coucher.

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