DEUXIÈME PARTIE
— Comme vous voudrez, mon ami. Je ne prétendais que vous avertir. Je n'en conserve pas moins votre promesse.
— Oh pardon, je n'ai rien promis. Je vous ai dit mon intention, mais je ne suis pas seul en cause.
— Voyons, voyons, ne vous fâchez pas. Cette collaboration dont nous avions fait le projet et qui devait reprendre nos bonnes traditions des temps héroïques...
Cette fois Vemois se cabre tout à fait. Il faut qu'il satisfasse un besoin de vengeance. Pourtant c'est presque sur un ton plaisant qu'il repartit :
— La collaboration du temps de guerre n'était qu'un nom flatteur dont on récompensait notre obéissance. C'est nous qui en faisions tous les frais. Mais ces miracles d'abnégation ne se produiront pas deux fois. Le ressort est usé. Si par malheur il vous faut encore faire appel à nous, j'ai grand 'peur que vous ne sachiez pas le retendre. Je vous présente mes respects, mon général.
Dominant la crête déserte et les deux vallées, enseveli sous l'herbe folle qui ne parvient pas à en abolir le tracé, le fantôme du Chemin que se sont disputé deux mondes s'enfonce en ligne droite sous la broussaille de fil de fer, et, encore impraticable aux vivants, semble une voie solennelle réservée au peuple des ombres. La montée de la côte a été silencieuse et oppressée. Le petit Antoine lui-même, dont tous deux ont désiré la présence, n'a pas posé une question. Mais lorsque, atteignant le sommet, ils voient s'ouvrir autour d'eux l'immense solitude et, sous le délicat soleil de mars, l'échelonnement à perte de vue des collines en friche, la majesté du lieu endort un instant l'angoisse de Clymène.
— Comme l'herbe a poussé, murmure-t-elle. Il y A un an, l'endroit était encore si terrible.
— Nous allons vers ce mamelon, là-bas, dit Vemois. Nos lignes le coupaient par le milieu. Il s'agissait de les pousser jusqu'au confimencement de la déclivité, même pas jusqu'à ce rocher que vous voyez d'ici ; deux cents mètres à peine. Ah, que cela paraît maintenant peu de chose I Prenons par ce sentier qu'on a taillé dans les réseaux.
Elle le remercie d'un regard encore plein de la crainte qu'elle n'osait avouer :
— Alors nous ne serons pas forcés de suivre la tranchée ? Elle était déjà presque obstruée quand mon oncle m'y a conduite... Au retour nous nous sommes perdus...
Ce qu'elle ne dit pas mais qu'il sait par M. de Pontaubault, c'est que, dans un couloir, il a fallu franchir un éboulement d'où émergeaient deux chaussures, et qu'au retour, voulant lui épargner de passer par le même endroit, c'est à grand 'peine que le général l'a ramenée jusqu'à la route avant la chute du jour. Vernois la rassure : les Jaunes ont minutieusement battu la zone de combat ; d'ailleurs il a lui-même reconnu le chemin. Et marchant le premier, signalant les obstacles, les mauvais pas, il s'engage dans le