‹ Le camarade infidèleChapitre 68 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

transparentes..- Ce n'est pas votre faute... si mon mari...

Il dit :

— Je ne vous ai conduite ici que pour vous contraindre à lui pardonner.

Alors elle le regarde bien droit et dit avec désolation:

— Comment ne voyez-vous pas... que cela m'est devenu facile P

Elle étouffe un sanglot, très vite, car Antoine se rapproche. Et tandis que le petit saute au cou de Vernois, elle fuit vers la voiture.

Ne fût-ce que par haine pour M. de Pontaubault ; ne fût-ce que pour démontrer à Thomas la naïveté de ses conseils ; ne fût-ce que par cynisme et par dérision de lui-même, Vernois est revenu dès la semaine suivante ; et dans le fond d'une cour tranquille, il est satisfait de sonner à la porte de cette maison où il s'était promis de ne jamais pénétrer.

Clymène lit près d'une fenêtre ; elle ne l'entend pas entrer.

— C'est moi, dit-il ; j'ai voulu vous montrer ce que valent mes résolutions.

Elle ne s'écrie pas. On dirait que la présence de [Vernois ne la force qu'à peine à changer de pensée.

— J'avais tellement espéré, dit-elle.

Il lui baise les deux mains l'une après l'autre

— Je viens en homme raisonnable qui vous /•lemande pardon de tout ce qu'il a fait ou dit depuis le jour où il vous a vue.

Elle voudrait l'arrêter, mais il lui baise encore les mains.

— Pauvre amie, avons-nous assez quintessencié et coupé des cheveux en quatre. C'est votre faute aussi : pourquoi me braviez-vous avec votre héroïsme ? Il faut croire que c'est bien français ce goût des acrostiches de sentiments. Si nos voisins en font des gorges chaudes, ils n'ont pas tort. Mais il y a, Dieu merci, notre bon sens qui finit toujours par avoir raison. Alors c'est entendu, n'est-ce pas ? Désormais nous serons sincères.

Elle essaie de dégager ses mains :

— Je le veux bien, dit-elle d'une voix qui tremble un peu.

— C'est-à-dire que jamais nous ne jouerons au plus fin l'un avec l'autre. Il faudra terriblement changer d'habitudes. . Enfin nous nous y efforcerons, si vous voulez.

Comme il lui a rendu la liberté de ses mouvements, elle reprend de la hardiesse :

Page 1