CIRCULATION DE CHANGE
Les circulations de change sont une espèce d arbitrage oii le banquier négocie ses effets sur son correspondant dans une place étrangère , en lui donnant ordre de tirer sur un tiers pour se rembourser; et en continuant l'opération sur le même plan, d'une place à l'autre, jusqu'à ce que le dernier correspondant se rembourse en tirant sur le premier négociateur ou tireur.
Ainsi cette opération entre plusieurs personnes est basée sur le même principe que celle entre deux correspondans qui tirent et retirent, c'est-à-dire dont l'un tire sur l'autre en lui donnant ordre de fournir sur lui à son tour pour son remboursement ; chacun d'eux vendant sa traite pour de l'argent comptant.
Ces circulations de change ont l'avantage de procurer des fonds de suite, et de donner des bénéfices considérables, quand elles sont dirigées adroitement. Pour conduire avec succès des affaires de ce genre, il faut que le tireur primitif jouisse d'un ci'édit suffisant sur toutes les places oii les effets sont négociés, et qu'il ait à sa disposition les fonds nécessaires pour payer à la fin tous ses engagemens.
Les circulations de change peuvent se diviser en deux espèces :
\° Opérations à l'aide desquelles des individus ou des maisons, possédant des capitaux bornés, entreprennent de grandes négociations, et se procurent, par leur crédit, des fonds et des bénéfices.
2" Opérations auxquelles les gouvernemens et les établissemens publics ont quelquefois recours , pour remettre des subsides ou pour produire une baisse ou une hausse dans les changes.
CIFxCULATION DE CHANGE. 115
La première espèce clé circulation a déjà été exposée à l'article des arbitrages composés. L'exemple 5, page l'28, l'a particulièrement expliquée.
La seconde espèce de circulation repose précisément sur les mêmes principes; mais, comme ce sujet est d'une haute importance en économie politique aussi bien qu'en spéculation commerciale, nous allons l'éclaircir par un exemple :
En 1804, l'Espagne avait à payer à la France des subsides considérables. Pour effectuer ces paiemens, trois moyens se présentaient :
1" D'envoyer des piastres à Paris par terre.
2" De remettre directement des lettres de change à Paris.
3° D'autoriser Paris à tirer directement sur l'Espagne.
Le premier moyen fut essayé, mais il parut trop long et trop dispendieux; les deux autres devaient rendre le change défavorable à l'Espagne. On adopta la méthode suivante, fondée sur la circulation du change :
Un négociant ou banquier de Paris fut chargé de diriger l'opération; voici comment il s'y prit : Il choisit les places de Londres, Amsterdam , Hambourg, Cadix , Madrid et Paris pour les pivots de son opération ; et il engagea ses correspondans dans chacune de ces villes, à entretenir la circulation. Madrid et Cadix étaient les places qui devaient fournir les remises, et les piastres étaient envoyées dans les villes où le cours leur était le plus favorable; là on achetait des lettres de change sur Paris ou sur toute autre place qui offrait plus d'avantages.
Les bases ayant été ainsi fixées, il ne restait plus qu'à limiter l'opération de manière à ne pas émettie trop de papier sur l'Espagne, et à entretenir, autant que possible, la circulation par des affaires réelles. Dans cette vue, Londres fut choisie pour le centre principal de l'opération. Le prix des piastres était alors élevé en Angleterre, circonstance qui rendait le change proportionel favorable à l'Espagne. L'affaire fut commencée à Paris, où la négociation de traites sur Hambourg et Amsterdam servit à satisfaire les premiers besoins de l'état. Des ordres furent transmis à ces places pour qu'elles eussent à se rembor sur Londres, Madrid ou
1 ic PAIR DU CHANGE.
Cadix , suivant le cours du change. Toutes les négociations furent
conduites avec sagesse et obtinrent le succès le plus complet.
Au commencement de l'ope'ration, le change de Cadix sur Londres était de 36 den., mais par le plan suivi, l'Espagne obtint 39^ den., comme on peut le voir par le calcul suivant.
Les divei's frais , occasionés par l'expédition des piastres de Cadix à Londres, montaient à 1 1 pour cent, et elles y étaient vendues à 5 s. 7 d. par once, d'où
^ 1 piastre de change.
85 piastres de change := G4 piastres fortes.
1000 piastres fortes =: 866 onces (par estimation commune).
1 once = 67 pence.
1 1 1 pence =100 pence avec frais.
Ce qui, réduit, donne le change 39| d.
Ainsi l'Espagne, au lieu d'avoir 36 den. par piastre de change, reçut 39 | den. , et gagna environ 8 pour cent par la remise des piastres à Londres. La circulation des lettres de change sur les diverses places du continent fut généralement utile au commerce. On gagna du temps pour le paiement des subsides , et le cours du change , au lieu de tourner contre l'Espagne , comme cela serait arrivé par des remises directes, se maintint en sa faveur par ce revirement d'opérations.
Le pair du change a déjà été considéré sous ses divers points de vue; il ne nous reste qu'à indiquer comment on calcule le pair intrinsèque; ce qu'on rendra plus sensible par des exemples. Nous mettrons Londres en pai'allèle avec les principales places commerciales de l'Europe, en comparant l'or avec l'or et l'argent avec l'argent , soit au moyen des règlemens des Monnaies de chaque place, soit au moyen des essais contenus dans les tableaux des monnaies d'or et d'argent, rapportés dans ce volume.
En calculant le pair du change par la règle conjointe, la monnaie
certaine doit être le premier conséquent, et la monnaie incertaine le terme de demande ou le dernier conséquent, comme dans les exemples suivans :
LONDRES ET AMSTERDAISI.
Quel est le pair du change entre Londres et Amsterdam pour la nouvelle pièce de 10 florins, pesant 6,7"29 grammes -^ de lin, et le souverain anglais ou pièce de 20 shillings? La dernière est la monnaie certaine et la première la monnaie incertaine.
1 livre sterling.
1 livre sterling = 240 pence.
934 ~ pence = 1 once étalon.
12 onces étalon = 1 1 onces d'or fin.
1 once = 480 grains.
15434 grains =^ 1000 grammes.
6,729 grammes x -;^ = 10 florins.
Résultat, 12 flor. 9 cents pour £ 1 sterling, ou 40 shillings 3 pence flam.
Le pair du change peut se trouver plus facilement au moyen des tables de monnaies réelles. Ainsi on peut voir dans la table suivante des monnaies d'or, que la pièce de 10 florins contient 93,46 grains, et le souverain 1 13 grains d'or fin , ainsi
gr. flor. pT- fl. Cfnt.
93,46 : 1 :: 113 : 12 09 comme ci-dessus. LONDRES ET AMSTERDAM. — Argent.
Quel est le pair du change entre Londres et Amsterdam , qu'on déduit de la comparaison du nouveau florin d'argent et de la livre sterling ?
On voit dans la table des monnaies réelles, que le florin contient 148,38 grains d'argent fin, et la livre 1718,7 grains, d'oti
gr. flor. pT- flor.
148,38 : 1 :: 1718,7 : 11,58 Ainsi le pair en argent est 1 1 florins 58 cents pour la livre sterl. ;
il diffère d'environ 4~ pour cent du pair d'or. Ils pourraient cependant coïncider en évaluant l'argent anglais à 5 s. 3 j dcn. par once au lieu de 5 s. 1 d.
LONDRES ET HAMBOURG. — Or.
Quel est le pair du change qui résulte de la comparaison du ducat de Hambourg, contenant 53 grains anglais d'or pur, et du souverain contenant 1 1 3 grains , dans la supposition que le ducat égale 6 marcs banco ou 16 shillings flamands.
gr. ih. gr. sh. d.
Ainsi le pair de l'or est 34 shillings 1,35 pence flam. par £ l sterling; mais d'après la valeur flottante du ducat, le pair ne peut être considéré comme permanent. En prenant le prix moyen du ducat des quatre dernières années, qui est 6^ marcs, le pair sera de 35 shillings 6 pence flam. par liv. sterling.