‹ Le cambiste universel; ou, Traité complet des changes, monnaies, poids et mesures, de toutes les nations commerçantes et de leurs colonies; avec un exposé de leurs banques, fonds publics et papiersmonnaies. Traduit et calculé aux unités françaises sur la seconde édition (volume 2)Chapitre 20 sur 362 · CHANGE ÉTRANGER · texte numérisé non relu

CHANGE ÉTRANGER

Le principe du change étranger est le même que celui du change change intérieur, relativement à la manière de régler les comptes au moyen «^'ranger. d'un transfert de droits, et à la prime ou prix des billets, qui est fixé par le rapport du nombre des demandes à celui des offres. Mais la manière de payer la prime, pour les effets étrangers, diffère, et l'opération est plus complexe, attendu que les dénominations des monnaies varient. Car dans ce cas, la valeur des effets est estimée par le taux comparatif des monnaies et le temps qu'ils ont à courir.

Dans le change étranger une place donne toujours à l'autre une somme fixe ou pièce de monnaie, qu'on appelle le certain , pour un prix variable, qu'on nomme \ incertain. Ainsi on dit que Londres donne à Paris le certain pour \ incertain , c'est-à-dire une livre sterling pour un nombre variable de francs; et à l'Espagne X incertain pour le certain, ou un nombre variable de pence sterling pour la piastre de change. Le prix incertain qui se cote chaque fois se nomme taux ou cours du change.

Quand le papier sur Paris est demandé à Londres, on donne moins de francs pour la livre sterling et réciproquement; quand les demandes d'effets sur l'Espagne sont nombreuses, il faut compter plus de pence sterling pour la piastre et réciproquement.

Si au contraire le cours du change entre Londres et Paris est de 24 francs par livre sterling, et si ce nombre de francs contient la même quantité d'argent pur que 20 shillings sterling, le change est considéré comme étant au pair. Si Paris paie un prix plus élevé, il

est à la défaveur de la France et au bénéfice de l'Angleterre. C'est la manière générale déjuger si le change est favorable ou défavorable, quoique ce ne soit pas toujours celle sur laquelle les négocians basent leurs ojjérations. INIais avant de nous étendre sur le cours du change ou les causes qui le font varier, il faut expliquer plus au long ce qu'on entend par le pair du change, sujet sur lequel il y a eu tant de divergence d opinions.

Pair Le pair du change peut être envisagé sous deux points de vue :

(Inchangé. \q pair intrinsèque et \e pair commercial^ qui admettent l'un et l'autre des divisions et des subdivisions.

Le pair intrinsèque est la valeur de la monnaie d'un pays comparée à celle d'un autre , sous le rapport du titre et du poids.

Le pair commercial est la valeur comparative des monnaies de différens pays, soTis le rapport du poids, du titre et du prix des métaux sur la place.

Ainsi deux sommes de différens pays sont intrinsèquement au pair quand elles contiennent une quantité égale de la même espèce de métal pur. Deux sommes de différens pays, sont commercialement au pair, quand elles peuvent acheter une égale quantité de la même espèce de métal pur.

Ce dernier pair a reçu divers noms. Des auteurs l'ont appelé le pair courant, momentané, rationnel et éventuel. Quoique chacune de ces dénominations semble exprimer sa nature flottante et éphémère, le mot commercial mérite d'être préféré, comme aussi propre et peut-être plus clair.

Il y a d'autres pairs dont les négocians tiennent accidentellement compte, tel que \e pair nominal ou d'estimation, sur lequel on se règle communément quoiqu'il ne soit pas tout-à-fait exact; le pair monétaire qui se base sur la valeur courante déterminée par l'autorité ; le pair proportionnel , qui n'est autre chose que l'égalité de deux sommes de divers pays , comparées sous le rapport du taux du change d'une troisième place (on l'appelle an?,si pair politique ou pair d'arbitrage); enfin le pair moyen ^ dont on fait quelquefois

PRINCIPES nu CHANGE. 15

usage ; c'est une moyenne entre les pairs des monnaies réelles d'or et d'argent.

Le pair intrinsèque du change n'est dans le fait que le pair des monnaies re'elles ou pair métallique. En effet, quoique les monnaies de change soient presque toutes imaginaires, toutes ont une valeur déterminée par celle des monnaies réelles qu'elles représentent, ou celles avec lesquelles elles ont un rapport connu. On peut néanmoins supputer un pair approximatif ou moyen, à l'aide du rapport qui existe entre l'or et l'argent, tel qu'il est déterminé par les règlemens des monnaies des places dont il est question. On peut même dire que ces rapports sont les plus justes quand ils sont pris sur une moyenne de plusieurs années.

Ici s'élève une question importante. « Le pair du change doit-il être évalué sur les monnaies réelles d'or ou celles d'argent?» Locke, Harris, et autres auteurs du dernier siècle, pensent que l'égalité de l'argent, exprimée sous diverses dénominations de monnaies réelles, doit constituer le pair du change entre deux pays quels qu'ils soient; mais lord Liverpool dans son « Traité sur les monnaies réelles du royaume y> soutient que la mesure de valeur la plus convenable doit être du métal qui sert à faire les principaux paiemens. En conséquence, dans quelques pays, le pair doit être évalué en prenant l'or pour base, et dans d'autres en prenant l'argent, suivant l'espèce de monnaies dans laquelle se paient les lettres de change. Cependant en Angleterre, l'or a été reconnu étalon de valeur, par une loi de 1816, qui a décidé, qu'au-dessus de deux livres sterling, l'argent ne peut constituer une offre légale.

On a aussi été partagé d'opinion sur le moyen exact d'établir mj pair entre les monnaies réelles d'or et d'argent, attendu que le prix relatif de ces deux métaux varie continuellement. Il est clair cependant que le pair intrinsèque du change ne peut se déterminer qu'entre deux places qui payent leurs effets dans la même espèce de métal. On doit même remarquer que la valeiu- du même métal varie beaucoup dans difféiens pays, comme dans le cas où ime place possède des mines et en approvisionne une autre de matières à monnoyer. Telles sont par exemple, l'Espagne et la France, ou le

Portugal et l'Angieterie. Dans les temps ordinaires, les différences de ce genre s'évaluent d'après les frais que coûte le transport des métaux précieux. Ainsi l'équivalence commerciale s'établit d'après le pair intrinsèque, les divers prix et dépenses.

La détermination du pair intrinsèque du change donne lieu à une autre question. La supputation doit-elle se faire d'après les règlemens des monnaies ou d'après les essais? On objecte à la première méthode que les administrations n'observent pas toujours leurs règlemens d'une manière bien scrupuleuse ; à la seconde , qu'il n'est pas sûr que les pièces de monnaies soumises aux essais soient exactement des échantillons moyens. Cette dernière objection n'est pas bien sérieuse et un calcul basé sur des essais faits avec soin , est le moyen qu'on préfère généralement. Les supputations contenues dans cet ouvrage ont été faites suivant ces deux méthodes.

Cours Le cours du change est le prix variable de la monnaie d'un pays,

fin ciiauge. q^'Q,^ p,^jg pour uue somme fixe de la monnaie d'un autre. On appelle l'un le certain et l'autre Xincertain, comme nous l'avons déjà dit.

Quand les négocians de Londres ont besoin de tirer ou de remettre des lettres de change, ils vont à la bourse où se traitent ces sortes d'affaires. Ils se divisent en deux classes, en tireurs et en remetteurs. Les premiers sont aussi appelés vendeurs d'effets, et les seconds acheteurs ou preneurs. Ils ont, comme tout vendeur et acheteur, des intérêts opposés. Le marché se fait par des agens de change qui mettent les parties en présence , et établissent le prix du change, après avoir examiné l'état des offres et des demandes. On doit observer que les prix du lingot et du change, se déterminent réciproquement ou tout au moins s'influencent.

Quand le cours des effets sur l'éti'anger est au-dessus du pair, on dit que le change est favorable à la place qui donne le certain pour l'incertain. Ainsi, dans le cas où le pair entre Londres et Hambourg est évalué à 35 shillings de Flandre pour 1 livre sterling, et que le

cours du change est à 3G shillings, on dit que le change est en faveui' de Londres et contre Hambourg ; c'est le contraire si le prix est audessous du pair.

On doit dire cependant que quanti le change est favorable à une place, cela ne s'entend que des acheteurs et remetteurs, mais non des tireurs et vendeurs auxquels il est de'savantageux.

Ainsi l'intérêt du preneur est identifié avec celui de la place où il acquiert sa lettre de change, et fintérèt du bailleur, avec celui de la place où se trouvent ses fonds et sur laquelle il tire.

Comment de tels prix sont-ils favorables ou défavorables, quand les bailleurs et les preneurs, qui ont des intérêts opposés, sont tlu jiième pays.^^ La réponse ordinaire à cette question consiste à dire que, quand le change est contre une place, le preneur a intérêt de payer ses dettes étrangères avec des espèces ou des lingots, au lieu de les acquitter avec des effets, et l'exportation des métaux précieux est souvent considérée comme une pcTte nationale.

Les fluctuations du change tiennent à diverses circonstances politiques et commerciales. La principale est généralement la balance du com^merce, c'est-à-dire la différence qu'il y a enti'e les importalions et les exportations d'un pays par rapport à vni autre. L'expérience prouve cependant que le change peut être défavorable à une contrée qui a pour elle la balance du commerce, car les demandes d'effets doivent surtout dépendre de la balance des dettes qui se liquident immédiatement, c'est-à-dire de la balance des paiemens.

D'un autre côté, les grandes exportations ne sont pas toujours avantageuses ni d'un prompt revirement, et quand même elles le seraient , la balance des paiemens peut encore devenir défavorable par des causes politiques, telles que des emprunts étrangers, des subsides, des expéditions ou des établissemens coloniaux. Les pays riches sont souvent exposés à voirie change leur devenir défavorable à raison des tributs qu'ils paient au moins opulens pour des objets de luxe.

Quand il survient quelque altération dans les monnaies réelles ou courantes d'un pays, le change en éprouve de correspondantes. Cette variation ne peut s'envisager comme un changement dans le prix des effets, mais bien dans la monnaie daus laquelle on les négocie.

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