LUTTE POUR RÉSERVER LA PRÉDOMINANCE ÉCONOMIQUE DES INDIGÈNES
Pour toutes les raisons que nous avons énumé:rées plus haut le gouvernement du protectorat, soucieux du bien de ses sujets, a dû prendre des mesures dont le résultat devait être double: écarter d’abord la trop grande affluence des Chinois et Asiatiques assimilés ; d'autre part, maintenir dans le pays le plus grand nombre des étrangers qui s’y seraient établis. FE
Nous allons retrouver ces préoccupations dans le détail des mesures qui ont été prises.
L’ordonnance royale du 31 décembre 1891, modifiée en partie par celle du 17 décembre 1901, a. institué
les droits d’immatriculation des Asiatiques étrangers, c’est-à-dire qui ne sont ni Annamites ni Siamois ou Laotiens. Cette ordonnance est complétée par la circulaire du résident supérieur réglant le mode de perception de l’impôt sur les Annamites et les Asiatiques étrangers, en date du 11 février 1898.
On établit à Phôm-Penh un bureau central d'immigration. L’immigrant devra faire partie d’une des congrégations de son domicile, qui sont responsables solidairement des impôts de chacun de leurs membres, dont la cote personnelle est de 5 piastres 5o cents, moyennant le paiement de laquelle les Asiatiques reçoivent une carie de séjour.
Si ces Asiatiques désirent voyager dans l’intérieur du pays, ils doivent demander au chef de congrégation un laissez-passer, il en est de même pour changer de domicile.
C'est là que la tendance actuelle du gouvernement apparait très nette, puisque à l’époque où on précisait la nécessité du laissez-passer pour les Asiatiques étrangers, l'ordonnance du 26 octobre 19o1 supprimait cette formalité pour les Cambodgiens voyageant à l’intérieur du Cambodge.
Pour quitter le pays, ils doivent se munir d'un passeport de 2 piastres 68 cents.
Malheureusement de telles dispositions ne sont pas applicables aux Asiatiques qui, comme les Chinois, venant au moment des pêcheries, n’ont pas de
domicile au Cambodge et ne paient point, parsuite, d'impôt personnel de capitation, Mais, par contre, il est regrettable que, pour l'établissement de la carte d'identité, on fasse passer l’Asiatique à l’anthropométrie comme un malfaiteur,
On a en même temps décidé que les métis sinocambodgiens paieraient un droit d’immatriculation. de 1 piastre en se faisant inscrire sur la liste d'impôt personnel, mais qu'ils seraient punis d’une amende quadruple du montant de l'impôt doublée de quinze jours de prestation, s'ils reprenaient le. costume ou la coiffure chinoise.
D'autre part, l'arrêté du r4 août 1909 réglemente le mode de recrutement de la main-d'œuvre étrangère employée dans les exploitations agricoles ou minières de l’Indochine (r).
A côté des efforts du gouvernement, pour faire respecter la place qui revient au Cambodgien, examinons les institulions générales qui ont été établies pour pousser en avant dans le pays le progrès économique et lui donner une direction éclairée.
= D'abord, on remarque la création des services techniques destinés à seconder chacune des branches de travail qui correspondent aux richesses naturelles du pays.
1. V. Bulletin administratif du Cambodg'e, août 1409, p. 376 et annexes,
Service et Direction des Forêts, de l'Agriculture et du Commerce. — C'est ainsi, nous l'avons vu, qu’on a créé un Service et une Direction de l'Agriculture, des Forêts et du Commerce par les arrêlés des 27 septembre 1898 et 1 mars 1899, modifié le 25 mars 1905 et par le décret du 9 février 1901.
Ce Service de l’agriculture a pour objet, dans la pensée de ses auteurs, de rechercher « les moyens de développer la prospérité du Protectorat, l’introduction dans le pays de cultures nouvelles et l’étude des perfectionnements à apporter aux procédés de culture actuellement en usage. » ‘
Ce service « fournit aux colons toutes les indications pouvant contribuer au développement de leurs entreprises agricoles ».
Puis resserrant le champ d’action et la limite de chaque institution, le 28 février 1902, on créa par arrêté du Gouverneur général des services locaux d'agriculture, destinés à étudier les questions suivantes :
«Installation et fonctionnement des champs d'essais et stations expérimentales ;
» Jardins botaniques ;
» Direction et fonctionnement des laboratoires d'analyses, primes et encouragements à l’agriculture, (dont on avait créé la commission par arrêté du 21 avril 1901), mesures relatives au développement
des cultures existantes ou à l'introduction de cultures nouvelles ;
» Organisation des écoles d'agriculture. »
Les crédits inscrits sous la rubrique : (Direction de l’agriculture » sur le budget général et sur les budgets locaux de 1903 à 1908 sont les suivants en piastres :
1903 1904 1905 1906 1907 1908 33.780 4o.369 bo.g18 56.508 62.281 55.705
On a créé aussi le 13 novembre 1901, par arrêté, un service vélérinaire des épizooties.
Ces institutions rendent des services, mais elles n’ont pu encore avoir une influence énorme.
Des jardins d'essai ont été établis à Hanoï et à Saïgon, mais leurs ressources sont insuffisantes.
On a créé quelques concours agricoles vers 1905, des primes à l’agriculture en 1906 dans la province de Kompong-Chhnam; on commence aussi à tenter des foires, des fermes modèles.
Mais ces œuvres sont bien timides et ne portent pas de grands fruits, à cause du manque de capitaux, du manque de voies de communication, et du manque de bras.
Néanmoins, les dispositions sont prises, et l’on ne peut douter que les institulions sauront triompher d’aussi graves obstacles. |