LB COMITÉ DB DÉFENSE DE LA MAYENNE
Pétition au ministre de la Guerre,
Dans sa réunion extraordinaire du 3 de ce mois (novembre 1870), le Comité de défense de la May'enne a demandé à l'unanimité que le département de la Mayenne fût mis sous les ordres des généraux de Kératry et Carré-Kerisouët , commandant les forces de Bretagne.
En exécution de cette résolution , et par une délégation spéciale, trois, membres se sont rendus à Tours, où, n'ayant pu obtenir audience du ministre , ils lui ont fait remettre la lettre snivante.
A Son Excellence Monsieur le ministre de la Guerre.
Monsieur le Ministre ,
Les soussignés, membres du comité de défense de la Mayenne (comité élu par le suffrage universel des gardes nationales du département) délégués par lui, et vivement pressés par les po-
' Nons reprodaisons exactement le texte de cette pièce , d'après le placard original Presque tous les joarnanx du temps , en la pnbliant , en ont qaelqoe peu altère le texte. Certaines feuilles radicales , entre antres l'Ennemi de Laval, ont soin de corriger la dernière phrase. An lien de . « Que votre »eul cri de ralliement » , elles impriment : « Que votre cri de ralliement. »
* Voir ci>dessns, p. 15.
2â6 LE CAMP DE GONLIE.
pulations pour demander à M. le minUtre de la Guerre l'adjonction de la Mayenne à la ligue de Bretagne , se sont présentés le 7 novembre au ministère , à Tours.
Ils ont été reçus par M. Masure, secrétaire général ; ils lui ont exposé les motifs de leur démarche , les avantages qui de— vaient en résulter pour la défense nationale , et ont demandé avec insistance à entretenir M. le ministre de la Guerre à ce sujet.
Une audience leur a été assignée pour le lendemain, et cette fois encore, ils n'ont pu voir que M, le secrétaire général,
M. Masure leur a annoncé alors que la demande du comité de défense de la Mayenne était absolument repoussée, c comme étant contraire aux traditions et aux règles de la stratégie t , sans vouloir entrer dans aucun détail pour motiver ce refus.
En présence de cette réponse, qui prouve combien il est regrettable que M. le ministre n'ait pu condescendre h écouler lui-même Texposé des motifs si graves qni niilitent en faveur de leur demande , les soussignés croient de leur devoir de les lui adresser par écrit.
(Suit l'énoncé des motifs à Fappui de la demande, parmi les» quels nous nous bornons à relever le suivant :)
5*^ L'entraînement de la Mi^enne à s'unir à l'armée de Bretagne s'explique facilement, alors qu'elle voit ses mobilisés réclamer en vain des fusils pour s'exercer, tandis que , grâce à l'infatigable activité de MM. de Kératry et Garré*Kerisouët, ceux de la, Bretagne qui traversent le département sont parfaitement équipés ; elle sait aussi , à n'en pouvoir douter, qu'avec de tels
hommes sa défense serait assurée
Telles sont , Monsieur le ministre , les principales considérations qui ont guidé le comité de défense de la Mayenne dans la demande que nous vous adressons ea son ncmi , et nous espérons encore que la réponse faite par M. Masure ne sera pas définitive.
Dans cet espoir, veuillez agréer. Monsieur le ministre, etc.
Ont signé : MM. de la Poterie , Prévost
et DU Rocher.
Pour copie conforme, DU Rocher ^
^ Document extrait de V Ennemi , journal de la préfecture de la Mayeooe , n« du 15 novembre 1870.
Laval, 4 novembre 1870, 7 h. 55 soir.
Préfet Mayenne à Gambetta , Guerre , Tours, — Urgent,
J'apprends qu'en mon absence le Comité de dëfeifse a fait une démarche pour détacher la Mayenne du commandement de Fiéreck ^ Je désapprouve énergiquement.
Eugène Delattre.
Laval, 12 novembre 1870, 9 h. 48 matin.
Préfet à Intérieur, Tours,
Hier, visite d*Allain-Targé. D'accord avec lui, j'ai dissous le Comité de défense ne s'occupant plus de sa mission. — J*ai conservé commission pour fabrication de cartouches, réparations d'armes et construction future de barricades. — Quelquesuns, mécontents, partent pour Tours; ce sont les mêmes qr.i vous ont demandé détachement de la Mayenne du commandement de Fiéreck.
Signé : Eugène Delattre.
BréGOCIATlONS A TOURS POUR LES ARMES 3.
A M, de Kératry, général en chef de l'armée de Bretagne.
Tonrs, le 16 novembre 1870.
Mon général.
Je suis arrivé seulement hier à midi à Tours. Je n'avais pu trouver de train au Mans , où j'avais dû passer la nuit à mon grand désappointement.
Toute la journée, je suis resté à attendre M. de Freycihet, qui m'a piètrement reçu, bien qu'il m'ait de suite accordé un escadron de 150 chevaux.
' Et ponr la rattacher, comme on vient de le voir, au commandement de M de Kératry, dont la modération politique était aaspccle i M. Delattre. Ce préfet radical a'ect IrooMe depuis lors mêlé dans l'arfaire du sieur Barthélémy, foarnissear de la défense nationale, condamné l'année dernière (1873) en police correctionnelle poar escroquerie.
^ Voir ci»dessni , p. 26-28.
Il m'avait déclaré carrément qu'il ne fallait compter sur aucun officier de l'armée régulière pour l'armée de Bretagne.
A cinq heures et demie, j'étais chez MM. Le Cesue, et j'obtenais de suite 5 mitraitteuses de Brest et 3 du Havre, plus 4 autres à leur arrivée prochaine. Quant aux fusils, néant ; deux navires portant des spencers sont à la mer, et on ignore au juste quand ils arriveront. Il existe 500 remingtons à Brest, avec 50,000 cartouches, 5,000 fusils Spencer ^ et 2,987 carabines Spencer avec cartouches, tenus à votre disposition. Ces messieurs vous offrent des carabines Spencer autant que vous voudrez.
Ils m'ont proposé d'acheter 2,000 chevaux anglais à 600 francs l'un, livrables de suite (sous quelques jours), 10 batteries Witworth avec accessoires , affûts , caissons ; dans le cas où vous accepteriez ces deux propositions, il faudrait que vous écriviez à M. Le Gesne pour qu'elles fussent transmises par lui à la Commission. M. Coq se rendra au Havre et à Brest, pour recevoir les mitrailleuses.
Ce matin, j'ai vu M. Steenackers qui partait installer un ballon captif à Orléans pour surveiller les mouvements de l'ennemi. Il est tellement occupé qu'il m'a serré la main en me disant adieu et vous faisant ses amitiés; il est parti de suite.
De chez M. Steenackers je me suis rendu chez M. Carré* Kerisouët, avec lequel j'ai déjeuné, et à une heure nous nous sommes rendus chez M. Gambetta, qui nous a fait attendre une demi-heure. Nous avons été accueilHs très-froidement, et je suppose fort qu'on l'avait prévenu contre nous; car au bout d'un quart d'heure seulement nous avons pu rompre la glace. M. Spuller nous a fortement appuyés, surtout lorsque nous avons parlé de la marine. Au nom de Fourichon , branle-bas général, nous restons vainqueurs, et il reste convenu que le général Kerisouët ira voir M. Thiers pour s'entendre avec lui et saper la marine. Je profite du moment, je saisis mes pièces, et en cinq minutes tout est signé, y compris les detix esca" drbns de Philippe ville. Vous voyez que nous avons assez bien réussi; mais quelle journée que celle d'hier, et quel mauvais vouloir à la Marine et à la Guerre !
Je pars ce soir pour Buelle , oi!i je vais installer le lieutenant Husson, et je pense qu'après-demain je serai à Conlie.
ment
* Erreur ponr les fusils Spencer ; il n'y en avait point à Brest on co mo-
Nous irons ce soir, vers cinq heures, chez M. Le Gesne; le ministre nous a dit qu'il mettait tout ce qui serait disponible (en dehors du service de la guerre) à notre disposition.
Veuillez agréer, mon cher général, l'expression de mes respects et de mes sentiments les plus dévoués/
Le lieutenant-colonel d'état'fnajor^