CHAPITRE I
Notions géographiques sur le Canada. — Limites, montagnes, lacs, cours d'eau. — Climat, forêts, richesses minérales. — Cultoi^e, histoire naturelle du pays.
Le Canada , vaste contrée du nord de l'Amérique , e la colonie la plus importante que l'Angleterre possède de nos jours dans le nouveau monde. Son étendue dépasse presque trois fois celle de la Grande-Bretagne réunie à l'Irlande. Dans la langue des sauvages appelés Iroquois, Canada ou plutôt Kanata signifie réunion de huttes ou wigwams. Les premiers navigateurs européens qui abordèrent ces plages lointaines prirent le mot Canada pour le nom du pa^, et ce nom lui est resté.
Ses principales limites sont : au nord , le Labrador, le Maine oriental et la baie d'Hudson ; à l'est et au midi , le golfe Saint-Laurent, le Nouveau-Brunswick, les États- Unis; à Touest, la Nouvelle -Bretagne. Il se divise en deux parties distinctes, le haut et le bas Canada. Ces provinces diffèrent entre elles par leur configuration, leur cUmat, Porigine et les mœurs de leurs habitants; elles sont séparées par l'Ottawa, c'est-à-dire par la rivière qui forme le principal affluent de l'immense fleuve Saint-Laurent.
Le bas Canada est situé au nord-est de TOttawa; sa configuration très-accidentée offre aux regards plusieurs chaînes de montagnes , parmi lesquelles on distingue : 1^ les monts Verts, ainsi appelés à cause des forêts de pins dont l'aspect ajoute à la majestueuse sévérité du paysage ; 2» les monts Poudreux^ couverts d'un perpétuel manteau de neige. En cette contrée le climat est froid, le sol ne devient^fertile qu'à la condition d'un rude et intelligent labeur, et les colons, d'origine française, ont Conservé avec une énergique persévérance les mœurs, les traditions, les croyances, les pratiques qui font l'honneur et la force de leur ancienne patrie.
Le haiit Canada, situé au sud-ouest de l'Ottawa, présente une surface assez unie. A l'exception d'un plateau élevé , formant ligne de faîte entre plusieurs des nornb^ux lacs qui s'y rencontrent, on ne voit guère là que ^ ^ collines peu escarpées ; la température y est relati- ' lent douce, la terre produit à peu de frais, et les ïmigrants venus d'Angleterre y importèrent autrefois de leur pays, avec le génie colonisateur, des lois persécutrices qui sévirent longtemps contre les catholiques.
Le fleuve Saint-Laurent arrose les deux provinces; il sort du lac Supérieur, traverse les lacs Huron , Érié, Ontario, et verse chaque année dans l'Océan quatre millions trois cent mille mètres cubes d'eau douce. Sa longueur dépasse troi^^nille kilomètres; sa largeur varie d'un à quatre-vingt-dix kilomètres : grâce au concours de plusieurs canaux, il peut porter de grands vaisseaux sur toute sa longueur. Plusieurs fois dans son parcours il lui arrive de changer de nom. Entre les lacs Érié et Ontario, il s'appelle Niagara; entre Érié et Sainte-Claire, il se nomme le Détroit; entre les lacs Sainte-Claire et Huron, c'est la rivière de Sainte-Claire ; quand il remonte vers le lac Supérieur, c'est le Sault-de- Sainte-Marie. Le golfe Saint-Laurent, qui jette à l'Océan les eaux de ce fleuve, est resserré par des îles devant lesquelles s'éteni le banc de Terre-Neuve, célèbre par les pèches de la morue. C'est là que chaque année plus de trente-cinq
inille hommes, Américains, Anglais, Français, contribuent par leur travail à l'alimentation générale pour une valeur supérieure à trente-cinq millions de francs.
Aux environs de Québec, le bassin du fleuve offre un aspect que M. Gregor décrit de la manière suivante : ^ « Le Saint-Laurent et toute la contrée déploient alors une scène dont la magnificence n'a pas son égale en Amérique, ni peut-être dans le monde. Tant sur eau que sur terre, on peut souvent voir devant soi une longueur de cinquante à cent milles de fleuve sur une largeur de dix à vingt milles *. Les traits principaux de ces majestueux paysages sont des montagnes élevées, de larges vallées , de jolis villages, situés parfois le long des coteaux; des îles fertiles, offrant aux regards des maisons blanches, de gras pâturages et de beaux troupeaux; des îlots hérissés de rochers, des affluents dont plusieurs s'élancent de précipices escarpés..., tandis que sur le fleuve même d'imposants navires, de grands brigantins, des goélettes , des bateaux et des chaloupes sans nombre attirent l'attention et récréent la vue du voyageur. »
Quant à l'Ottawa, cette grande rivière baigne d'importantes vallées, favorables à la culture, riches en carrières de marbre et en minerais de divers métaux.
Après les deux fleuves déjà cités, on pourrait encore énumérer une foule de cours d'eau , parmi lesquels on distingue le Saint-Maurice, qui se jette dans le Saint- Laurent par trois canaux , d'où lui est venu le nom de Trois- Rivières, sous lequel on le désigne souvent; le Saguenay, renommé pour ses cataractes, ses rapides chutes d'eau , ses trente affluents et les imposants rochers placés sur ses bords comme d'immobiles sentinelles, s'élevant à des hauteurs considérables (soixante à trois cents mètres). La largeur du Saguenay égale quelquefois deux kilomètres , et sa profondeur dépasse celle de tous les fleuves connus.
Nous devons encore mentionner le Richelieu, appelé aussi Chambly ou Sorel, plus large à sa source qu'aux
i Le mille anglais est de 1,060 mètres.
approches de son embouchure ; la Chaudière et le Montmorency, remarquables par leurs cascades.
Toutes ces rivières procureraient d'immenses ressources aux transports et à la circulation, si beaucoup d'entre elles ne se formaient par de fréquents rapides qui empêchent ou entravent la navigation. Quand les changements de niveau étaient de médiocre importance, autrefois on avait coutume de porter d'un plan de l'horizon à l'autre les petits bateaux dont on se servait, puis de recommencer à voyager sur l'onde ; et, en souvenir de cette manoeuvre incommode , les lieux où elle s'exécutait s'appellent encore portages; de nos jours elle est beaucoup moins usitée, grâce à la construction de canaux et d'autres travaux hydrauliques.
Les lacs, comme les cours d'eau, abondent au Canada. Le lac Supérieur, dont nous avons déjà parlé, forme la plus considérable des petites mers d'eau douce qui existent sur le globe. Il présente un circuit d'environ mille huit cents kilomètres; ses rives, garnies de rochers, de promontoires élevés, de baies sableuses, sont ombragées par d'épaisses forêts.
Viennent ensuite les lacs Huron,Michigan, Ontario, Érié, Sainte-Anne, Nipissing, Champlain, Simkoë, Saint- Jean, Saint -Pierre, Saint-François, Chomouchouan , Manicouagan et cent autres, qui servent pour la plupart à fertiliser les vallées , en produisant ou en alimentant des ruisseaux.
Les richesses minérales du Canada sont très-variées. Le fer s'y trouve en proportions considérables; certaines montagnes en sont tellement pourvues, qu'elles agissent sur l'aiguille aimantée de la boussole. Plusieurs gisements s'élèvent à une hauteur de deux cents mètres. Le minerai contient soixante pour cent de métal à cinq mètres de profondeur, et il devient plus pur à mesure qu'on creuse davantage. Le pays possède d'abondantes mines de cuivre, des couches de plomb argentifère, des mines d'or et d'argent, des carrières de plâtre, de pierres et de marbre, l'huile de pétrole et les sources salines.
Situé SOUS la même latitude que l'Europe centrale , le Canada devrait avoir une température analogue à celle de nos contrées , si le climat dépendait uniquement de la distance d'un lieuàl'équateur; mais d'autres causes, telles que le degré d'élévation au-dessus du niveau de la mer, le voisinage des montagnes, celui des eaux, etc., agissent sur la chaleur et sur le froid ; au point de vue climatérique, la contrée se rapproche plus de la Norwége que de la France. Le thermomètre centigrade y atteint 40 degrés, et descend jusqu'à 38 au-dessous de zéro. Dans le haut Canada et spécialement dans le voisinage des grands lacs, l'air y est plus tempéré, la chaleur moins élevée , le froid moins intense et l'hiver plus court : aussi les fruits les plus délicats y parviennent-ils à maturité.
Les tempêtes ne sont pas fréquentes au Canada, mais les vents y sont très -variables ; et si l'on excepte les mois de gelée, le temps change ordinairement tous les trois à quatre jours. Le printemps est court, les moissons croissent et se développent avec une merveilleuse rapidité. La végétation est si active dans certaines vallées :, que le blé semé dans le mois de mai se rentre à la fin de juillet. L'été ramène d'excessives chaleurs, souvent modérées par des pluies bienfaisantes. L'automne tempéré se prolonge avec ses brillants couchers de soleil ; l'hiver commence vers la fin de novembre et règne jusque vers le miUeu d'avril. L'épaisseur moyenne de la couche de neige qui tombe chaque année est d'environ soixante-seize centimètres.
Un air léger, un ciel sans brouillards et sans nuages, contribuent à la salubrité du pays. Les épidémies , les maladies contagieuses d'une certaine gravité sont presque inconnues, et la longévité des Canadiens dépasse très-notablement celle des Français.
D'immenses forêts couvrent le sol du Canada : les essences les plus répandues sont le pin du lord % attei-
1 Cet arbre doit son nom à lord Weymouth , qui le premier Tiii' troduisit en Angleterre.
gnant en Amérique soixante mètres de haut sur six de circonférence ; le mélèze, d'où découle une résine abondante; le sapin haumier, qui produit le baume du Canada, et diverses autres espèces d'arbres verts; les chênes, les frênes, le charme, l'orme, le hêtre, le bouleau, le peuplier, le tremble, le tilleul, le noyer noir, l'érable à sucre, dont la sève remplace la bière ; le sycomore, l'aune, le saule, le myrica ou cirier, dont les fruits sont enduits d'une cire avec laquelle on fabrique la bougie. Des arbustes et des fleurs, le laurier- cerise, le cornouiller fleuri , les lobélies , là gentiane pourpre , le lupin bleu, le chèvrefeuille éoarlate, etc., ajoutent à l'agrément du paysage et à l'ornement de la végétation .
Nos céréales, le tabac, le chanvre, le lin, la pomme de terre et la plupart de nos légumes sont cultivés avec succès dans ces contrées.
La plupart de nos arbres fruitiers réussissent dans le haut Canada ; mais le pommier seul peut prospérer dans le bas Canada.
Les animaux carnivores et les rongeurs qui fournissent la plupart des pelleteries vivaient autrefois fort nombreux dans le beau pays dont nous étudions la géographie; ils sont devenus plus rares depuis qu'on leur fait une guerre acharnée. On y trouve encore le castor, le daim , le renne, le caribou, le vison, les renards et les martres aux fourrures estimées, les chevreuils, les lynx à la vue perçante , l'ours , le lapin, le Hèvre blanc, ce pain quotidien des sauvages, dont îa peau est employée en guise de couverture et de bas. Les pigeons, les sarcelles, les oies, les pies, les geais, les aigles, les merles, les oiseaux-mouches, les éperviers, les milans, les chardonnerets, les colibris se partagent le domaine des airs avec les oiseaux blancs, dont la voix harmonieuse annonce le retour du printemps.
Quant aux insectes , il suffira d'indiquer les moustiques, dont les douloureuses piqûres sont une épreuve de la saison d'été, et les industrieuses abeilles , dont le travail multiplie les rayons de miel au bénéfice des habitants.
Les lacs et les rivières sont peuplés de poissons estimés, tels que le saumon, la truile, l'esturgeon, la raie, les écrevi>se3, le brochet, le hareng d'eau douce, la perche, l'anguille, etc.
Ainsi, de quelque côté qu'on envisage cette importante contrée de l'Amérique du Nord, on reconnaît que la Providence lui a prodigué ses bienfaits. Là comme partout, l'homme doit travailler pour vivre; mais là, plus vite qu'en d'autres lieux, il lui est donné, comme couronnement d'une conduite régulière et de désirs modérés, de parvenir à l'épargne, à la propriété, à l'aisance même, ces fruits justement appréciés d'un labeur consciencieux et intelhgent.