‹ Le Canada chanté (volume 4)Chapitre 11 sur 16 · AUX CANADIENNES · texte numérisé non relu

AUX CANADIENNES

Aux Canadiennes aux yeux doux Ces rimes qu'hier j'ai semées Dans les forêts aimées Du pays de chez nous.

Pars courageusement, laisse toutes les villes; Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin. Du haut de nos pensers vois les cités serviles Comme les rocs fatals de l'esclavage humain. Les grands bois et les champs sont de vastes asiles, Libres comme la mer autour des sombres îles. Marche à travers les champs une fleur à la main.

Alfred de Vigxy.

Fierté

Toi, mon âme, viens-t'en rêver parmi les monts! À d'autres le mensonge et la gloire des villes ! Viens-t'en, car je suis las d'ouïr les gens habiles, Et me sens étranger au peuple des maisons.

Pour nous sont des déserts ces lieux encombrés

Où comme un oiseau noir passa ma vérité, [d'hommes,

Où j'ai si bien souffert, où j'ai si peu chanté

Le rêve que Dieu mit dans le fou que nous sommes!

Viens-t'en! Allons ailleurs semer notre chanson. Sortons du bruit, sortons de la foule méchante! Mon âme, entrons chez nous, soyons où l'arbre chante. Où le jour apparaît, puissant, à l'horizon.

La Terre vierge à ceux que le Rêve accompagne ! Plein ciel au regardeur de soirs et de matins ! Aux yeux francs la fuite immense des lointains! Aux pieds bons de marcher dans la paix des montagnes !

A Sir Wilfrid Laurier.

Premier ministre du Canada.

Tels dorment dans la mort aux pieds des bois vivants Les arbres dont l'amour a tourmenté la terre, Arbres forts que jadis la fuite des grands vents Faisait, tumultueux, chanter dans la lumière.

Homme, sais-tu les jours où dans l'ombre ils sont nés, Frêles, parmi les bois, leurs pères pleins de force. Sais-tu les printemps morts qui les ont couronnés Et les rudes hivers où tonna leur écorce?

Sais-tu combien de fois, travailleur ténébreux,

Du bourgeon des avrils à la feuille fanée,

Le Temps, nombrant sa marche en leurs troncs

D'un cercle parallèle a figuré l'année? [vigoureux,

S'évasant sur le sol leur flanc informe et lourd, Lentement, s'est vêtu d'épaisses moisissures. Et, parfois, les chasseurs font, avec un bruit sourd. Choir sous le mocassin leur grasse pourriture.

Songe que ces géants, orgueil du siècle enfui. Quand l'humus nourrissait leurs racines sans nombre. Portant plus haut leur front que les bois d'aujourd'hui, Remplis de majesté, faisaient la forêt sombre.

Il était vierge alors le ro3'aume des pins. Et la famille auguste et profonde des chênes Régnait, sans craindre l'homme, au sein des monts hau- Et, tel uxL océan, les bois couvraient les plaines, [tains.

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